‹ Le capitalChapitre 47 sur 356 · Petty · texte numérisé non relu

Petty

2. « Le prix naturel du travail consiste en une quantité des choses nécessaires à la viç, telle que la requièrent la nature du climat et les habitudes du pays, qui puisse entretenir le travailleur et lui permettre d’élever une famille suffisante pour que le nombre des travailleurs demandés sur le marché n’éprouve pas de diminution. » R. Torrens : An Essay on the extefnal Corn Trade. London, 1815, p. 62. — Le mot travail est ici employé à faux pour force de travail.

six heures. Il faut alors une demi-journée de travail pour produire chaque jour la force de travail. Ce quantum de travail qu’elle exige pour sa production quotidienne détermine sa valeur quotidienne. Supposons encore que la somme d’or qu’on produit en moyenne, pendant une demi-journée de six heures, égale trois schellings ou un écu 1 . Alors le prix d’un écu exprime la valeur journalière de la force de travail. Si son propriétaire la vend chaque jour pour un écu, il la vend donc à sa juste valeur, et, d’après notre hypothèse, le possesseur d’argent en train de métamorphoser ses écus en capital s’exécute et paye cette valeur.

Le prix de la force de travail atteint son minimum lorsqu’il est réduit à la valeur des moyens de subsistance physiologiquement indispensables, c’est-à-dire à la valeur d’une somme de marchandises qui ne pourrait être moindre sans exposer la vie même du travailleur. Quand il tombe à ce minimum, le prix est descendu au-dessous de la valeur de la force de travail qui alors ne fait plus que végéter. Or, la valeur de toute marchandise est déterminée par le temps de travail nécessaire pour qu’elle puisse être livrée en qualité normale.

C’est faire de la sentimentalité mal à propos et à très-bon marché que de trouver grossière cette détermination de la valeur de la force de travail et de s’écrier, par exemple, avec Rossi : « Concevoir la puissance de travail en faisant abstraction des moyens de subsistance des travailleurs pendant l’œuvre de la production, c’est concevoir un être de raison. Qui dit travail, qui dit puissance de travail, dit à la fois travailleurs et moyens de subsistance, ouvrier et salaire 2 . 55 Rien de plus faux. Qui dit puissance de travail ne dit pas encore travail, pas plus que puissance de digérer ne signifie pas digestion. Pour en arriver là, il faut, chacun le sait, quelque chose de plus qu’un bon estomac. Qui dit puissance de travail ne fait point abstraction des moyens de subsistance nécessaires à son entretien; leur valeur est au contraire exprimée par la sienne. Mais que le travailleur ne trouve pas à la vendre, et au lieu de s’en glorifier, il sentira au contraire comme une cruelle nécessité physique que sa puissance de travail qui a déjà exigé pour sa production un certain quantum de moyens de subsistance, en exige constamment de nouveaux pour sa reproduction. Il découvrira alors avec Sismondi, que cette puissance, si elle n’est pas vendue, n’est rien 3 .

Une fois le contrat passé entre acheteur et vendeur, il résulte de la nature particulière de l’article aliéné que sa valeur d’usage n’est pas encore passée réellement entre les mains de l’acheteur. Sa valeur, comme celle de tout autre article, était déjà déterminée avant qu’il entrât dans la circulation, car sa production avait exigé la dépense d’un certain quantum de travail social ; mais la valeur usuelle de la force de travail consiste dans sa mise en œuvre qui

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