Si Senior a prouvé que le bénéfice net des fabricants
«pureté d’âme» qui vous est pi chère'. Quand, une bonne fois, votre dernière heure sonnera, pensez au professeur d’Oxford. Et maintenant, c’est dans un
monde meilleur que je désire faire avec vous plusam-
l’existence de l’industrie cotonnière anglaise et le marché de la Grande-Bretagne dépendent « de la Dernière heure de travail, » le docteur Andrew Ure a par-dessus le marché démontré pour sa part, que si, au lieu d’exténuer de travail les enfants et les adolescents au-dessous de 18 ans dans l’atmosphère brûlante mais morale de la fabrique, on les renvoyait une heure plus tôt dans le monde extérieur aussi froid que frivole, l’oisiveté et le vice leur feraient perdre le salut de leurs âmes. Depuis 1848 les inspecteurs ne se lassent jamais dans leurs rappo 1 '*' 3 "“mestriels de railler et d’agacer les fabricants avec « la dernière, la fatale dernière heure. » On lit, par exemple, dans le rapport de M. Howell, du 31 mai 1855 : « Si 1 ingénieux calcul suivant (il cite Senior) était j uste, toutes les fabriques de coton dans le Royaume-Uni auraient travaillé avec perte depuis 1850. » ( Reports of the Insp. of Fact. for tlie half ycar ending 30 th. Aprit 1855, p. 19, 20.) Lorsque le bill des dix heures passa au Parlement en 1848, les fabricants firent signer par quelques travailleurs des localités disséminées entre les comtés deDorset et de Sommerset une contre pétition, dans laquelle on lit entre autres choses ce qui suit : «Vos pétitionnaires, tous pères de familles, croient qu’une heure de loisir additionnelle n’aurait d’autre effet que de démoraliser leurs enfants, car l’oisiveté est la mère de tousles vices. » Le rapport de fabrique du 31 octobre 1848 fait à ce propos quelques observations:
.. L’atmosphère des filatures de lin, dans lesquelles travaillent les enfants de ces tendres et vertueux parents, est remplie d’une si énorme quantité de particules de poussière, de fil et autres matières, qu’il est extraordinairement désagréable d’y passer seulement 10 minutes; on ne le peut même pas sans éprouver la sensation la plus pénible, car les yeux, les oreilles, les narines et la bouche se remplissent aussitôt de nuages de poussière de lin, dont il est impossible de se garer. Le travail lui-mème exige, en raison de la marche vertigineuse de la machine, une dépense continue de mouvements rapides et faits à propos, soumis à une attention infatigable, et il semble assez cruel de faire appliquer par des parents le terme de « fainéantise » à leurs enfants qui, déduction faite du temps des repas, sont cloués 10 heures entières à une pareille occupation et dans une telle atmosphère. Ces enfants travaillent plus longtemps que 'les garçons de ferme des villages voisins.
Ces propos sans cesse rebattus sur « l’oisiveté et la paresse » sont du cant le plus pur et doivent être flétris comme l’hypocrisie la plus éhontée.La partie du public qui, il y a quel¬
ques années, fut si stupéfaite de l’assurance avec laquelle on proclama ouvertement et publiquement, sous la sanction des plus hautes autorités, que le « bénéfice net » des fabricants provenait tout entier du travail de la dernière heure, de sorte qu’une réduction d’une heure sur la journée de travail anéantirait ce bénéfice, cette partie du public en croira à peine ses yeux quand elle verra quels progrès a fait depuis cette théorie qui comprend maintenant dans les vertus de la dernière heure la morale, et le profit ex æquo, si bien que la réduction du travail des enfants à 10 heures pleines ferait aller à la dérive la morale des petits enfants et le profit net de leurs patrons, morale et profit qui dépendenttous deux de cette heure fatale. « (Rptslnsp. of Fact. 31 st. Oct. 1848, p. 101.) Le même rapport nous fournit ensuite des échantillons de la « morale » et de la « vertu » de messieurs les fabricants ; il mentionne tout au long les intrigues, les détours, les menées, les ruses, les séductions,les menaces, les falsifications, etc., qu’ils emploient pour faire signer des pétitions de ce genre par un petit nombre d’ouvriers intimidés et les présenter ensuite au Parlement comme pétitions de toute une branche d’industrie et de tout un comté ou de plusieurs. — Reste un fait qui caractérise fort bien l’état actuel de la « science » soi-disant économique; c’est que ni Senior lui-même qui, à son honneur, se déclara plus tard énergiquement pour la limitation légale de la journée de travail, ni ses premiers et récents contradicteurs n’ont su découvrir les paralogismes de la « découverte originale. » Force leur a été d’en appeler à l’expérience pour toute solution. Le comment et le pourquoi sont restés un mystère.
1. M. le professeur a pourtant tiré quelque profit de sa brillante campagne à Manchester. Dans ses « Letters on the Fac¬
ile connaissance. Salut.» C’est en 1836 que Senior avait fait la découverte de sa «Dernière heure. » Huit ans plus tard, le 15 avril 1848, un des principaux mandarins delà science économique officielle, James Wilson, dans Y Économiste, de Londres, à propos de la loi des'dix heures, entonna la même ritournelle sur le même air.
Le produit net
Nous nommons produit net (surplus produce) la partie du produit, qui représente la plus-value. De même que le taux de celle-ci se détermine par son rapport, non avec la somme totale, mais avec la partie variable du capital, de même le montant du produit net est déterminé par son rapport, non avec la somme restante, mais avec la partie du produit qui représente le travail nécessaire. De même que la production d’une plus-value est le but déterminant de la production capitaliste, de même le degré d’élévation de la richesse se mesure, non d’après la grandeur absolue du produit brut, mais d’après la grandeur relative du produit net 1 .
La somme du travail nécessaire et du surtravail, des parties de temps dans lesquelles l’ouvrier produit l’équivalent, de sa force de travail et la plusvalue, cette somme forme la grandeur absolue de son temps de travail, c’est-à-dire la journée de travail ( luorhing day).
tory act » le bénéfice net tout entier « profit » et « intérêt » et même « quelque chose de plus » ‘dépendent d’une heure de travail non payée de l’ouvrier. Une année auparavant, dans son livre intitulé: Outlines of Political Economy, composé pour la délectation des étudiants d’Oxford et des * classes éclairées, » il avait « découvert, » contrairement à la doctrine de Ricardo, suivant laquelle la valeur est déterminée par le temps de travail, que le profit provient du travail du capitaliste et l’intérêt de son abstinence. La bourde était vieille, mais le mot nouveau. Maître Roscher l’a assez bien traduit et germanisé par le mot Enthaltung qui a le même sens. Ses compatriotes moins frottés de latin, les Wirth, les Schulze et autres Michel, l’ont vainement encapuchonné. L’abstinence ( Enthaltung ) est devenue renoncement ( Entsagung .)
1. « Pour un individu qui possède un capital de 20000 1. st, et dont les profits se montent annuellement à 2000 1. st., ce serait chose absolument indifférente, si son capital occupait 100 ou 1000 ouvriers et si les marchandises produites se vendaient à 10 000 ou à 20000 1. st., pourvu que dans tous les cas ses profits ne tombassent pas au-dessous de 20001. st. Est-ce qu’il n’en est pas de même de l’intérêt réel d’une nation?'En supposant que ses revenus nets, ses rentes et ses profits restent les mêmes, il n’y a pas la moindre importance à ce que la nation se compose de 10ou 12 millions d’habitants.» (Ricardo, 1. c. p. 416.) Longtemps avant Ricardo, un fanatique du produitnet, Arthur Young, écrivain aussi prolixe et bavard que dépourvu de jugement, dont la renommée est en raison inverse de son mérite, disait entre autres : « De quelle utilité serait dans un pays moderne une province entière dont le sol serait cultivé, selon l’ancien mode romain, par de petits paysans indépendants, fûtil même le mieux cultivé possible? A quoi cela aboutirait-il? . sinon uniquement à élever des hommes (the mere purpose of breeding men) ce qui en soi n’a pas le moindre but ( is a useless purpose). » Arthur Young : Political arithmetic, etc. London, 1774, p. 47. — Hopkins fait cette remarque fort juste :
« Il est étrange que l’on soit si fortement enclin à représenter le produit net comme avantageux pour la classe ouvrière, parce qu’il permet de la faire travailler. Il est pourtant bien évident que s’il a ce pouvoir, ce n’est point parce qu’il est net. » (Thomas Hopkins : On 1lent of Land, etc. London, 1828, p. 126.