‹ Le capitalChapitre 64 sur 356 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ou au remplacement de la valeur des bâtiments, des machines, du coton, du charbon, etc., alors toute analyse devenait chose oiseuse. « Messieurs, avait-il à répondre tout simplement, si vous faites travailler 10 heures au lieu de 11 heures 7ai l a consommation quotidienne du coton, des machines, etc., toutes circonstances restant égales, diminuera de I heure 1 / 2 . Vous gagnerez donc tout juste autant que vous perdrez. Vos ouvriers dépenseront à l’avenir

1 heure */ 2 de moins à la reproduction ou au remplacement du capital avancé. » Pensait-il au contraire que les paroles de ces messieurs demandaient réflexion, et jugeait-il en qualité d’expert une analyse nécessaire; alors il devait avant tout, dans une question qui roule exclusivement sur le rapport du bénéfice net à la grandeur de la journée de travail, prier les fabricants de ne pas mettre ensemble dans le même sac des choses aussi disparates que machines, bâtiments, matière première et travail, et de vouloir bien être assez bons pour poser le capital constant contenu dans ces machines, matières premières, etc., d’un côté, et le capital avancé en salaires, de l’autre. S’il trouvait ensuite, par hasard, que d’après le calcul des fabricants le travailleur reproduit ou remplace le salaire dans 2 / 23 desajournée, ou dans une heure, l’analyste avait alors à continuer ainsi :

«Suivant vos données, le travailleur produit dans l’avant-dernière heure son salaire et dans la dernière votre plus-value ou bénéfice net. Puisqu’il produit des valeurs égales dans des espaces de temps égaux, le produit de l’avant-dernière heure est égal au produit de la dernière. De plus, il ne produit de valeur qu’autant qu’il dépense de travail, et le quantum de son travail a pour mesure sa durée. Cette durée, d’après vous, est de 11 h. */ 2 par jour. Il consomme une partie de ces 11 h. */ 2 pour la production ou le remboursement de son salaire, l’autre partie pour la production de votre profit net. Il ne fait rien de plus tant que dure la journée de travail. Mais puisque, toujours d’après vous, son salaire et la plus-value qu’il vous livre sont des valeurs égales, il produit évidemment son salaire en 5 heures 3 /* et votre profit net dans les autres 5 heures 3 /*.Comme de plus les filés produits en

2 heures équivalent à son salaire plus votre profit net, cette valeur doit être mesurée par 11 heures */, de travail, le produit de l’avant-dernière heure par 5 h. 3 / 4 , celui de la dernière également. Nous voici arrivés à un point délicat ; ainsi, attention I L’avant-dernière heure de travail est une heure de travail tout comme la première. Ni plus ni moins. Comment donc le fileur peut-il produire en une heure de travail une valeur qui représente 5 h. 3 / 4 ? En réalité, il n’accomplit point un tel miracle. Ce qu il produit en valeur d’usage dans une heure de travail est un quantum déterminé de filés. La valeur de ces filés est mesurée par 5 heures 3 / 4 de travail, dont 4 heures 3 / 4 sont contenues, sans qu’il y soit pour rien, dans les moyens de production, coton, machines, etc., consommés, et dont 74 ou une heure a été ajoutée pour lui-même. Puisque son salaire est produit en cinq heures et trois quarts, et que les filés qu il fournit en une heure contiennent la même

somme de travail, il n’y a pas la moindre sorcellerie à ce qu’il ne produise en cinq heures et trois quarts de filage qu’un équivalent des filés qu’il produit dans une seule heure. Mais vous êtes complètement dans l’erreur, si vous vous figurez que l’ouvrier perde un seul atome de son temps à reproduire ou à remplacer la valeur du coton, des machines, etc. Par cela même que son travail convertit coton et broches en filés, par cela même qu’il file, la valeur du coton et des broches, passe dans les filés. Ceci n’est point dù à la quantité, mais à la qualité de son travail. Assurément il transmettra une plus grande valeur de coton, etc., en une heure qu’en une demiheure, mais tout simplement parce qu’il file plus de coton dans le premier cas que dans le second. Comprenez-le donc bien une fois pour toutes : quand vous dites que l’ouvrier, dont la journée compte onze heures et demie, produit dans l’avantdernière heure la valeur de son salaire et dans la dernière le bénéfice net, cela veut dire tout bonnement que dans son produit de deux heures, que celles-ci se trouvent au commencement ou à la fin de la journée, juste autant d’heures de travail sont incorporées, qu’en contient sa journée de travail entière. Et quand vous dites qu’il produit dans les premières cinq heures trois quarts son salaire et dans les dernières cinq heures trois quarts votre profit net, cela veut dire encore tout simplement que vous payez les premières et que pour les dernières vous ne les payez pas. Je parle de payement du travail au lieu de payement de la force de travail, pour me conformer à votre jargon. Si maintenant vous examinez le rapport du temps de travail que vous payez au temps de travail que vous ne payez point, vous trouverez que c’est demi-journée pour demi-journée, c’est-à-dire J 00 pour cent, ce qui assurément est le taux d’un bénéfice assez convenable. Il n’y a pas non plus le moindre doute que si vous faites travailler vos bras treize au lieu de onze heures et demie et que vous annexiez simplement cet excédant au domaine du Surtravail, ce dernier comprendra sept un quart au lieu de cinq heures trois quarts, et le taux de la plus-value s’élèvera de 100 °/ 0 à 126 */* °/ 0 . Mais vous allez par trop loin, si vous espérez que ? addition de cette heure et demie élèvera votre profit de 100 à2OO°/ 0 ou davantage, ce qui ferait « plus que le doubler. »D’un autre côté, — le cœur de l’homme est quelque chose d’étrange, surtout quand l’homme le porte dans sa bourse — votre pessimisme frise la folie si vous craignez que la réduction de la journée de onze heures et demie à dix heures et demie fasse disparaître tout votre profit net. Toutes circonstances restant les mêmes, le surtravail tombera de cinq heures trois quarts à quatre heures trois quarts* ce qui fournira encore un taux de plus-value tout à fait respectable, à savoir 82 **/„ •/,. Les mystères de cette «Derniers heure» sur laquelle vous avez débite plus de contes que les Chiliastes sur la fin du monde, tout cela est « ail bosh, » de la blague. Sa perte n aura aucune conséquence funeste; elle notera ni à vous votre profit net, ni aux enfants des deux sexes, que vous consommez productivement, cette

Page 1