Je ne m’occupe que de temps à autre de la période qui
s’étend du début de la grande industrie en Angleterre jusqu’en
1845, et sur cette matière je renvoie le lecteur au livre de Friederich Engels sur la situation des classes ouvrières anglaises. (Die Lage der arbeitenden Klasse in England, von Friedrich Engels. Leipzig, 1845.) Les Factory Reports, Reports on Mines, etc., qui ont paru depuis 1845 témoignent de la profondeur avec laquelle il a saisi l’esprit du mode de production capitaliste, et la comparaison la plus superficielle de son écrit avec les rapports officielsjde la « Children's Employment Commis-
environ quinze minutes, tantôt plus, tantôt moins, f avant 6 heures du matin, et le fait terminer quinze minutes, tantôt plus, tantôt moins, après 6 heures de l’après-midi. Il dérobe 5 minutes sur le commencement et la fin de la demi-heure accordée pour le déjeuner et en escamote 10 sur le commencement et la fin de l’heure accordée pour le dîner. Le samedi, il fait travailler environ quinze minutes, après 2 heures de l’après-midi. Voici donc son bénéfice :
Avant S h. du matin. 15 m.j
Après 6 h. du soir. 15 m.l .
Sur le temps du déjeûner. 10 m.l Somme en 5 jours : 300 minut.
Sur le temps du dîner. 20 m .(
Le samedi.
Avant 6 h. du matin. 15 m.) .
Au déjeûner. 10 m. Profit de toute la semaine : 340 m.
Après 2 h. de l’après-midi. 15 m.)
Ou 5 heures 40 minutes, ce qui, multiplié par 50 semaines de travail, déduction faite de 2 semaines pour jours de fête et quelques interruptions accidentelles, donne 27 journées de travail 1 . »
« La journée de travail est-elle prolongée de 5 minutes chaque jour au-delà de sa durée normale, cela fournit 2 jours et demi de production par an 2 . ». « Une heure de plus, gagnée en attrapant par ci par là et à plusieurs reprises quelques lambeaux de temps, ajoute un treizième mois aux douze dont se compose chaque année 3 . »
Les crises, pendant lesquelles la production est suspendue, où on ne travaille que peu de temps et même très-peu de jours de la semaine, ne changent naturellement rien au penchant qui porte le capital à prolonger la journée de travail. Moins il se fait d’affaires, plus le bénéfice doit être grand sur les affaires faites ; moins on travaille de temps, plus ce temps doit se composer de surtravail. C’est ce que prouvent les rapports des inspècteurs sur la période de crise de 1857-58 :
« On peut trouver une inconséquence à ce qu’il y ait quelque part un travail excessif, alors que le commerce va si mal ; mais c’est précisément ce mauvais état du commerce qui pousse aux infractions les gens sans scrupules ; ils s’assurent par ce moyen un profit extra. » « Au moment même, dit Leonhard Horner, où 122 fabriques de mon district
sion » publiés 20 ans plus tard, montrent avec quel art admirable il a su peindre la situation dans tous ses détails. Ces derniers rapports traitent spécialement de branches d’industrie où la législation manufacturière n’était pas encore introduite en 1862 et en partie ne l’est même pas aujourd’hui. L’état des . choses, tel que l’a dépeint Engels, n’y a donc pas subi de modification bien sensible. J’emprunte mes exemples principalement à la période de liberté commerciale qui a suivi 1848, à cette époque paradisiaque dont les commis-voyageurs du libre-échange aussi terriblement bavards que pitoyablement ignorants racontent tant de merveilles. — Du reste, si l’Angleterre figure au premier rang, c’est qu’elle est la terre classique de la production capitaliste, et qu’elle possède seule une statistique continue et officielle des matières que nous traitons.
1. » Suggestions, etc., by M. L. Horner, Inspector of Factories » dans le : « Factory Régulation act, ordered by the House of Commons to be printed, 9 août 1859, » p. 4, 5.
2. Reports of the lnsp. of Fact. for the half year ended, 1856, p. 34.