CHAPITRE X
sion toujours cherchée et toujours bienvenue de dépasser la limite nominale delajournée de travail. Par exemple dans les branches d’industrie extrêmement fatigantes que nous venons de citer, la journée de travail officielle comprend pour chaque travailleur douze heures au plus, heures de nuit ou heures de jour. Mais le travail en plus au delà de cette limite est dans beaucoup de cas, pour nous servir des expressions du rapport officiel anglais, « réellement épouvantable >3 (truly fearful) 1 . « Aucun être humain, y est-il dit, ne peut réfléchir à la masse'de travail qui, d’après les dépositions des témoins, est exécutée par des enfants de qeuf à douze ans, sans conclure irrésistiblement que cet abus de pouvoir de la part des parents et des entrepreneurs ne doit pas être permis une minute de plus 2 . »
« La méthode qui consiste en général à faire travailler des enfants alternativement jour et nuit, conduit à une prolongation scandaleuse de la journée de travail, aussi bien quand les opérations sont pressées que lorsqu’elles suivent leur marche ordinaire. Cette prolongation est dans un grand nombre de cas non-seulement cruelle, mais encore incroyable. Il arrive évidemment que pour une cause ou l’autre un petit garçon de relais fasse défaut çà et là. Un ou plusieurs de ceux qui sont présents et qui ont déjà terminé leur journée doivent alors prendre la place de l’absent. Ce système est si connu, que le directeur d’une laminerie auquel je demandais comment s'effectuait le remplacement des relayeurs absents me répondit: « Vous le savez aussi bien que moi, » et il ne fit aucune difficulté pour m’avouer que les choses se passaient ainsi 3 »
« Dans une laminerie où la journée de travail nominale pour chaque ouvrier était de 11 heures 1 ' 2 , un jeune garçon travaillait au moins quatre nuits par semaine jusqu’à 8 h. y, du soir du jour suivant et cela dura pendant les six mois pour lesquels il •était engagé. Un autre âgé de neuf ans travaillait jusqu’à trois services de relais successifs, de 12 heures chacun, et à l’âge de dix ans deux jours et deux nuits de suite. Un troisième maintenant âgé de dix ans travaillait depuis 8 h. du matin jusqu’à minuit pendant trois nuits et jusqu’à 9 h. du soir les autres nuits de la semaine. Un quatrième maintenant âgé de treize ans travaillait depuis 6 h. du soir jusqu’au lendemain midi pendant toute une semaine et parfois trois services de relais I’ud. après l’autre depuis le matin
gane de la vue et évoque par cela même une plus grande activité dans les diverses fonctions du cerveau. » M. W. Strange, médecin en chef du « General Hospital » de Worcester, auquel nous empruntons ce passage de son livre, sur la Santé (1864), écrit dans une lettre à l’un des commissaires d’enquête,
M. White : « J’ai eu l’occasion dans le Lancashire d’observer les effets du travail de nuit sur les enfants employés dans les fabriques, et contradictoirement aux assertions intéressées de quelques patrons, je déclare et je certifie que la santé des enfants en souffre beaucoup. • (L. c. 284, p. 55). Il est vraiment merveilleux qu’un pareil sujet puisse fournir matière à des controverses sérieuses. Rien ne montre mieux l’effet de la production capitaliste sur les fonctions cérébrales de ses chefs et de leur domesticité.