‹ Le capitalChapitre 89 sur 356 · That the manufacturées would absorb it and use it u · texte numérisé non relu

That the manufacturées would absorb it and use it u

Ihose were the very words used by the cotton manufaclu rers. » 1. c.

bagages. Quelques-uns suivaient à pied , et beaucoup d’entre eux erraient çà et là égarés et demimorts de faim dans les districts manufacturiers. La Chambre des communes pourra à peine le croire, ce commerce régulier, ce trafic de chair humaine ne fit que se développer, et les hommes furent achetés et vendus par les agents de Manchester aux fabricants de Manchester, tout aussi méthodiquement que les nègres aux planteurs des États du sud.... L’année 1860 marque le zénith de l’industrie cotonnière. Les bras manquèrent de nouveau, et do nouveau les fabricants s’adressèrent aux marchands de chair, et ceux-ci se mirent à fouiller les dunes de Dorset, les collines de Devon et les plaines de Wilts; mais l’excès de population était déjà dévoré. Le Bury Guardian se lamenta ; après la conclusion du traité de commerce anglo-français, s’écria-t-il, 10 000 bras de plus pourraient être absorbés , et bientôt il en faudra 30 ou 40 000 encore I Quand les agents et sous-agents du commerce de chair humaine eurent, parcouru à peu près sans résultat, en 1860, les districts agricoles, les fabricants envoyèrent une députation à M. Villiers, le président du Poor Lato Board, pour obtenir de nouveau qu’on leur procurât comme auparavant des enfants pauvres ou des orphelins des Workhouses 1 . »

1. L. c. M. Villiers, malgré la meilleure volonté du monde était, « légalement » forcé de repousser la demande des fabricants. Ces messieurs atteignirent néanmoins leur but grâce à la complaisance des administrations locales. M. A. Redgrave, inspecteur de fabrique, assure que cette fois le système d’aprè3 lequel les orphelins et les enfants des pauvres sont traités « légalement » comme apprentis ne fut pas accompagné des mêmes abus que par le passé. (Voy. sur ces abus Fréd. Engels, 1. c.) Dans un cas néanmoins « on abusa du système à l’égard de jeunes filles et de jeunes femmes qui des districts agricoles de l’Ecosse furent conduites dans leLancashire et le Cheshire.... » — Dans ce système le fabricant passe un traité avec les administrateurs des maisons de pauvres pour un temps déterminé. Il nourrit, habille et loge les enfants et leur donne un petit supplément en argent. Une remarque de M. Redgrave, que nous citons plus loin, paraît assez étrange, si l’on prend en considération que parmi les époques de prospérité de l’industrie cotonnière anglaise l’année 1860 brille entre toutes et que les salaires étaient alors très-élevés, parce que la demande extraordinaire de travail rencontrait toutes sortes de difficultés. L’Irlande était dépeuplée; les districts agricoles d’Angleterre et d’Écosse se vidaient par suite d’une émigration sans exemple pour l’Australie et l’Amérique; dans quelques districts agricoles anglais régnait une diminution positive de la population qui avait pour causes en partie une restriction voulue et obtenue de la puissance génératrice et en partie l’épuisement de la population disponible déjà effectué par les trafiquants de chair humaine. Et malgré tout cela M. Redgrave nous dit : . Ce genre de travail (celui des enfants des hospices) n’est recherché que lorsqu’on ne peut pas en trouver d’autre, car c’est un travail qui coûte cher (high priced. labour). Le salaire ordinaire pour un garçon de treize ans est d’environ 4 sh. (5 fr.) par semaine. Mais loger, habiller, nourrir 50 ou 100 de ces enfants, les surveiller convenablement, les pourvoir des soins médicaux et leur donner encore une petite paie en monnaie, c’est une chose infaisable pour 4 sh. par tête et par semaine. » (Rep°rt of lhe lmp. of Factories for 30 th. April 1860, p. 27.) M. Redgrave oublie de nous dire comment l’ouvrier lui-même pourra s acquitter de tout cela à l’égard de ses enfants avec leurs 4 sh. de salaire, si le fabricant ne le peut pas pour 50 ou 100 enfants qui sont logés, nourris et surveillés en commun. — Pour prévenir toute fausse conclusion que l’on pouriait tirer du texte, je dois faire remarquer ici que l’industrie cotonnière anglaise, depuis qu’elle est soumise au Factory Act de 1850, à son règlement du temps de travail, etc.,

L’expérience montre en général au capitaliste qu il y a un excès constant de population, c est- à-dit e excès par rapport au besoin momentané du capital, bien que cette masse surabondante soit formée de générations humaines mal venues, rabougries, promptes à s’éteindre, s’éliminant hâtivement les unes les autres et cueillies, pour ainsi dire, avant maturité 1 . L’expérience montre aussi, à 1 observateur intelligent, avec quelle rapidité la production capitaliste qui, historiquement parlant, date d hier, attaque à la racine même la substance et la force du peuple ; elle lui montre comment la dégénérescence de la population industrielle n’est ralentie que par l’absorption constante d’éléments nouveaux empruntés aux campagnes, et comment les travailleurs des champs , malgré l’air pur et malgré le principe de « sélection naturelle » qui règne si puissamment parmi eux et ne laisse croître que les plus forts individus, commencent eux-mêmes à dépérir*. Mais le capital, qui a de si « bonnes raisons » pour nier les souffrances de la population ouvrière qui l’entoure, est aussi peu ou tout autant influencé dans sa pratique par la perspective de la pourriture de l’humanité et finalement de sa dépopulation, que par la chute possible.de la terre sur le soleil. Dans toute affaire de spéculation, chacun sait que la débâcle viendra un jour, mais chacun espère qu’elle emportera son voisin après qu’il aura lui-même recueilli la pluie d’or au passage et l’aura mise en sûreté. Après moi le déluge ! telle est la devise de tout capitaliste et de toute nation capitaliste. Le capital ne s’inquiète donc point de la santé et de la durée de la vie du

peut être considérée comme l’industrie modèle en Angleterre. L’ouvrier anglais dans cette industrie est sous tous les rapports dans une condition supérieure à celle de son compagnon de peine sur le continent. « L’ouvrier de fabrique prussien travaille au moins 10 heures de plus par semaine que son rival anglais, et quand il est occupé chez lui à son propre métier, ses heures de travail n’ont môme plus de limite. >• ( Rap. of Insp. of Fact. 31 Oct. 1855, p. 103.) L’inspecteur Redgrave cité plus haut fit un voyage sur le continent après l’exposition industrielle de 1851, spécialement en France et en Prusse, pour y étudier la situation manufacturière de ces deux pays. « L’ouvrier des manufactures prussiennes, nous dit-il, obtient un salaire suffisant pour le genre de nourriture simple et le peu de confort auxquels il est habitué et dont il se trouve satisfait.... il vit plus mal et travaille plus durement que son rival anglais. • [Hep. of Insp. of Fact. 31 Oct. 1853, p. 85.)

1. « Les travailleurs soumis à un travail excessif meurent avec une rapidité surprenante; mais les places de ceux qui périssent sont aussitôt remplies de nouveau, et un changement fréquentdes personnesneproduilaucunemodificationsurlascène.» England and America, London, 1833 (par E. G. Wakefield.)

2. Voy. « Public Health. Sixth lieport of the Medical Officer of the Privy Council, 1863, » publié à Londres en 1864. Ce rapport traite des travailleurs agricoles. « On a présenté le comté de Sutherland comme un comté où on a fait de grandes améliorations ; mais de nouvelles recherches ont prouvé que dans ces districts autrefois renommés pour la beauté des hommes et la bravoure des soldats, les habitants dégénérés ne forment plus qu’une race amaigrie et détériorée. Dans les endroits les plus sains, sur le penchant des collines qui regardent la mer, les visages de leurs enfants sont aussi amincis et aussi pâles que ceux que l’on peut rencontrer dans l’atmosphère corrompue d’une impasse de Londres. » (Thornton 1. c., p. 74. 75.) Ils ressemblent en réalité aux 30 000 *• gallant Highlanders » que Glasgow fourre dans ses « wynds and closes » et accouple avec des voleurs et des prostituées.

travailleur, s’il n’y est pas contraint par la société 1 . A toute plainte élevée contre lui à propos de dégradation physique et intellectuelle, de mort prématurée, de tortures du travail excessif, il répond simplement ; « Pourquoi nous tourmenter de ces tourments, puisqu’ils augmentent nos joies (nos profits) 2 ? » Il est vrai qu’à prendre les choses dans leur ensemble, cela ne dépend pas non plus de la bonne ou mauvaise volonté du capitaliste individuel. La libre concurrence impose aux capitalistes les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes 3 .

L’établissement d’une journée de travail normale est le résultat d’une lutte de plusieurs siècles entre le capitaliste et le travailleur. Cependant 1 histoire de cette lutte présente deux courants opposés. Que l’on compare, par exemple, la législation manufacturière anglaise de notre époque avec les statuts du travail en Angleterre depuis le quatorzième jusqu au delà delà moitié du dix-huitième siècle 4 . Tandis que la législation moderne raccourcit violemment la journée de travail, ces anciens statuts essayent violemment de la prolonger. Assurément les prétentions du capital encore à l’état d’embryon, alors qu’en train de grandir il cherche à s assurer son droit à l’absorption d’un quantum suffisant de travail extra, non par la puissance seule des conditions économiques, mais avec l’aide des pouvoirs publics, nous paraissent tout à fait modestes, si nous les

1. « Quoique la santé de la population soit un élément important du capital national, nous craignons d’être obligés d’avouer que les capitalistes ne sont pas disposés à conserver ce trésor et à l’apprécier à sa valeur. Les fabricants ont été contraints d’avoir des ménagements pour la santé du travailleur. » [Times, octobre 1861.) Les hommes du West Ridxng sont devenus )es fabricants de drap de l’humanité entière, la santé du peuple des travailleurs a été sacrifiée et deux générations auraient suffi pour faire dégénérer la race, s’il ne s’était pas opéré une réaction. Les heures de travail des enfants ont été limitées, etc.» ( Report of the Regislrar General for October 1861.)

Page 1