‹ Le capital T. 1Chapitre 138 sur 357 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

comme la division du travail dans la manufacture, en partant de points opposés. Dans une famille, et dans la famille élargie, la tribu, une division spontanée de travail s’ente sur les différences d’âge et de sexe, c’est-à-dire sur une base purement physiologique. Elle gagne plus de terrain avec l’extension de la communauté, l’accroissement de la population et surtout le conflit entre les diverses tribus et la soumission de l’une par l’autre. D autre part, ainsi que nous l’avons déjà remarqué , 1 échange des marchandises prend d’abord naissance sur les points où diverses familles, tribus, communautés entrent en contact ; car ce sont des collectivités et non des individus qui, à l'origine de la civilisation, s’abordent et traitentles uns avec les autres en pleine indépendance. Diverses communautés trouvent dans leur entourage naturel des moyens de production et des moyens de subsistance différents. De là une différence dans leur mode de production , leur genre de vie et leurs produits. Des relations entre des communautés diverses une fois établies , l’échange de leurs produits réciproques se développe bientôt et les convertit peu à peu en marchandises. L’échange ne crée pas la différence des sphères de production ; il ne fait que les mettre en rapport entre elles et les transforme ainsi en branches plus ou moins dépendantes de l’ensemble de la production sociale. Ici la division sociale du travail provient de l’échange entre sphères dé production différentes et indépendantes les unes des autres. Là où la division physiologique du travail forme le point de départ, ce sont au contraire les organes particuliers d’un tout compacte qui se détachent les uns des autres, se décomposent, principalement en vertu de l’impulsion donnée par l’échange avec .des communautés étrangères, et s’isolent jusqu’au point où le lien entre les differents travaux n’est plus maintenu que par l’échange de leurs produits.* * -

Toute division àu travail développée qui s’entretient par l’intermédiaire de l’échange des marchandises a pour base fondamentale la séparation de la ville et de la campagne1. On peut dire que l’histoire économique de la société roule sur le mouvement de cette antithèse, à laquelle cependant nous ne nous arrêterons pas ici.

De même que la division du travail dans la manufacture suppose comme base matérielle un certain nombre d'ouvriers occupés en même temps, de même la division du travail dans la société suppose une certaine grandeur de la population, accompagnée d’une certaine densité, laquelle remplace l’agglomération dans l’atelier2. Cette densité cependant

1, Cest Sir James Steuart qui a le mieux traité cette question. Son ouvrage, qui a précédé de dix ans celui d’Adam Smith, est aujourd hui encore à peine connu. La preuve en est que les admirateurs de Malthus ne savent même pas que dans la première édition de sonécritsur lapopulation, abstraction faite de la partie purement déclamatoire, il ne fait guère que copier James Steuart, auquel il faut ajouter Wallace et Townscnd.

2. * 11 faut une certaine densité de population soit pour les communications sociales, soit pour la combinaison des puissances par le moyen desquelles le produit du travail est augmenté. . (James Mill, 1. c., p. 50.) « A mesure que le nombre

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sure que se différencient les instruments de travail leur fabrication va se divisant en différents métiers2’ L industrie manufacturière prend-elle possession d un metier qui jusque-là était connexe avec d’autres comme occupation principale ou accessoire, tous étant exercés par le même artisan, immédiatement ces métiers se séparent et deviennent indépendants; s’introduit-elle dans une phase particulière dc là production d’une marchandise, aussitôt les autres phases constituent autant d industries différentes. Nous avons déjà remarqué que là où le produit final n’est qu’une simple composition de produits partiels et hétérogènes, les différents travaux parcellés dont ils proviennent peuvent sc désagréger et se transformer en métiers indépendants. Pour perfectionner la division du travail dans une manu-

facture on est bientôt amené à subdiviser une branche de production suivant la variété dc ses matières prëmières, ou suivant les diverses formes que la même matière première peut obtenir, en manufactures différentes et pour une bonne part entièrement nouvelles. C’est ainsi que déjà dans la première moitié du dix-huitième siècle on tissait en France plus de cent espèces d’étoffes de soie, et qu’à Avignon par exemple une loi ordonnaque «chajuc ap prenti ne devait se consacrer qu’à un seul genre de fabrication et n’apprendre jamais à tisser qu’un seul genre d’étoffes. » La division territoriale du travail qui assigne certaines branches de production à certains districts d’un pays reçoit également une nouvelle impulsion de l’industrie manufacturière qui exploite partout les spécialités2. Enfin l’expansion du marché universel et le système colonial qui font partie des conditions d’existence générales de la pé-

es travailleurs augmente, le pouvoir productif dc la société ugmente aussi en raison composée de cette augmentation rultipliée par les effets de la division du travail. » (Th. Hodgkin, 1. C., p. 125, 126.) . i

1. Par suite de la demande considérable de colon depuis 861 la production du coton dans quelques districts de 1 Inde 'ailleurs très-peuples, a été développée aux dépens de la roduction du riz. Il en est résulté une famine dans - •rande partie du pays, les moyens défectueux de c0““

ion ne permettant pas de compenser le /feutres dltricts. listrict par une importation assez de utr . (J

2. C’est ainsi que la fabrication des Miettes ormait en Hollande déjà au dix-seplieme site c

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