CHAPITRE X.IV
tastrophes l’arbitraire déréglé des producteurs marchands.
La division manufacturière du travail suppose l’autorité absolue du capitaliste sur des hommes transformés en simples membres d’un mécanisme qui lui appartient. La division sociale du travail met en face les uns des autres des producteurs indépendants qui ne reconnaissent en fait d autorité que celle de la concurrence, d autre force que la pression exercée sur eux par leurs intérêts réciproques , de même que dans le règne animal la guerre de tous contre tous , bcllum omnium contra omnes, entretient plus ou moins les conditions d’existence de toutes les espèces. Et cette Conscience bourgeoise qui exalte la division manufacturière du travail, la condamnation à perpétuité du travailleur à une opération de détail et sa subordination passive au capitaliste, elle pousse des hauts cris et se pâme quand on parle de contrôle, de réglementation sociale du procès de production ! Elle dénonce toute tentative de ce genre comme une attaque contre les droits de la Propriété, de la Liberté , du Génie du capitaliste. « Voulez-vous donc transformer la société en une fabrique? » glapissent alors ces enthousiastes apologistes du système de fabrique. Le régime des fabriques n’est bon que pour les prolétaires !
Si l’anarchie dans la division sociale et le despotisme dans la division manufacturière du travail caractérisent la société bourgeoise, des sociétés plus anciennes où la séparation des métiers s’est développée spontanément, puis s’est cristallisée et enfin a été sanctionnée légalement, nous offrent par contre l’image d’une organisation sociale du travail régulière et autoritaire tandis que la division manufacturière y est complètement exclue, ou ne se présente que sur une échelle minime, ou ne se développe que sporadiquement et accidentellement1 * * *.
Gcs petites communautés indiennes, dont on peut suivre les traces jusqu’aux temps les plus reculés, et qui existent encore en partie, sont fondées sur la possession commune du sol, sur l'union immédiate de l’agriculture et du métier et sur une division du travail invariable, laquelle sert de plan et de modèle toutes les fois qu’il se forme des communautés nouvelles. Établies sur un terrain qui comprend de cent à quelques mille acres, elles constituent des organismes de production complets se suffisant à ellesmêmes. La plus grande masse du produit est destinée à la consommation immédiate de la communauté; elle ne devient point marchandise, de manière que la production est indépendante de la division du travail occasionnée par l’échange dans l’ensemble de la société indienne. L’excédant seul des produits se transforme en marchandise, et va tout d aboid. entre les mains de l’État auquel, depuis les temps les plus reculés, en revient une certaine par-
1. « On peut.... établir en règle générale que moins l’autorité préside à la division du travail dans l’intérieur de la so-
ciété, plus la division du travail se développe dans l’intérieur de l’atelier, et plus elle y est soumise à l’autorité d’un seul.
Ainsi l'autorité dans l’atelier et celle dans la société, par rap-
port à la division du travail, sont en raison inverse l'une de
l’autre. . (Karl Marx, Misère de la Philosophie, p. 130, 131.)
vêtent'rhvD^6 rCIîte 6U nature- Ges communautés rel’Inde formes dans différentes parties de
nauScuW T U plus simplc’ la «orna»!
doits entre S° T commun ct partage les pro-
tes comptus de l'agriculture ct du cadastre’1.! "S ° gtetre tout ce gui rapporte; » «SUlSS qui poursuit les criminels ct protège les voya— etrangers qu il accompagne d’un village à l'autre'- 1 homme-frontière qui empêche les empiètements des communautés voisines; l’inspecteur des eaux qui fait distribuer pour les besoins de l'agriculture l’eau dérivée des réservoirs communs; le brmuine qui remplit les fonctions du culte; le maître d'école qui enseigne aux enfants de la communauté à lire et à écrire sur le sable; le braminc calendrier qui en qualité d’astrologue indique les époques des semailles et de la moisson ainsi que les heures favorables ou funesles aux divers travaux agricoles; un forgeron et un charpentier qui fabriquent et réparent tous les instruments d agriculture ; le potier qui fait toute la vaisselle du village; le barbier, le blanchisseur, l’orfévre et çà et là le poète qui dans quelques communautés remplace l’orfèvre et daus d’autres, le maître d’école. Cette douzaine de personnages est entretenue aux frais de la communauté entière. Quand la population augmente, une communauté nouvelle est fondée sur le modèle des ancien nés et s’établit dans un terrain non cultivé. L’ensemble de la communauté repose donc sur une division du travail régulière, mais la division dans le sens manufacturier est impossible puisque le marché reste immuable pour le forgeron , le charpentier, etc., et que tout au plus, selon l’imporlancc des villages , il s’y trouas deux forgerons ou deux potiers au lieu d’un1. La%)i qui règle la division du travail de la communauté agit ici avec l’autorité inviolable d’une loi physique, tandis que chaque artisan exécute chez lui, dans son atelier, d après le mode traditionnel, mais avec indépendance et sans reconnaître aucune autorité , toutes les «jj>éralions qui sont de son ressort. La simplicité de 1 organisme productif de ces communautés qui se su I lisent à elles-mêmes, se reproduisent constamment sous la même forme, et une fois détruites accidentellement se reconstituent au même lieu et avec le même nom », nous fournit la clef de l’immutabilité des so-
1. Lieut. Col. Mark Wilks : llistorical Sketches of the South „f India,, Lond., 1810-17, v. I, p.
exposition des différentos formes de la ^ , m2
dans l'ouvrage deGeorge Campbell . d (,avs onl