‹ Le capital T. 1Chapitre 143 sur 357 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

portait écrit sur son front qu’il était la propriété de Jéhovah, de même l’ouvrierde manufacture estmarqué comme au fer rouge du sceau de la division du travail qui le revendique comme propriété du capital.

Les connaissances, l’intelligence et la volonté que le paysan et l’artisan indépendants déploient, sur une petite échelle, à peu près comme le sauvage pratique tout l’art de la guerre sous forme de ruse personnelle, ne sont désormais requises que pour l’ensemble de l’atelier. Les puissances intellectuelles de la production se développent d un seul côté parce quelles disparaissent sur tous les autres. Ce que les ouvriers parcellaires perdent, se concentre en face d’eux dans le capital *. La division manufacturière leur oppose les puissances intellectuelles de la production comme la propriété d’autrui et comme pouvoir qui les domine. Cette scission commence à poindre dans la coopération simple où le capitaliste représente vis-à-vis du travailleur isolé l’unité et la volontédu travailleur collectif; elle sedéveloppe dans la manufacture qui mutile le travailleur au pointde le réduire à une parcelle de lui-même; elle s’achève enfin dans la grande industrie qui fait de la science une force productive indépendante du travail et l’enrôle au service du capital î.

Dans la manufacture l’enrichissement du travailleur collectif, et par suite du capital, en forces productives sociales a pour condition l’appauvrissement du travailleur en forces productives individuelles.

«L’ignorance est la mère de l’industrie aussi bien que delà superstition. La réflexion et l’imagination sont sujettes à s’égarer ; mais l’habitude de mouvoir le pied ou la main ne dépend ni de l’une, ni de l’autre. Aussi pourrait-on dire, que la perfection, à l’égard des manufactures, consiste à pouvoir se passer de l’esprit, de manière que, sans effort de tête, l’atelier puisse être considéré comme une machine dont les parties sont des hommes5. » Aussi un certain nombre de manufactures, vers le milieu du dixhuitième siècle, employaient de préférence pour certaines opérations formant des secrets de fabrique , des ouvriers à moitié idiots 4.

« L’intelligence de la plupart des hommes, » dit A. Smith, ■ se forme nécessairement par leurs occupations ordinaires. Un homme dont toute la vie se passe à exécuter un petit nombre d’opérations simples.... n’a aucune occasion de développer son intelligence'ni d’exercer son imagination.... Il devient en général aussi ignorant et aussi stupide qu’il soit possible à une créature humaine de le devenir. » Après avoir dépeint l’engourdissement de l’ouvrier parcellaire, A. Smith continue ainsi : • L’uniformité de sa vie stationnaire corrompt natu-

1. A. Ferguson, l. c., trad. franc. 1783, t. H, p. 135, 136 . Lun peut avoir gagné ce que l’autre a perdu. . n ^ .' Lf. savanl le travailleur sont complètement séparés

un de 1 autre, et la science dans les mains de ce dernier, ai heu de développer a sonavantage ses propres forces productives s’est presque partout tournée contre lui.... La connaissance de vient un instrument susceptible d’être séparé du travail et dt lui être opposé. . (W. Thompson : An Inquiry into the rrinci pies of the Distribution of 1 Vealth. Lond., 1824, p. 274.)

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