MACHINISME ET GRANDE INDUSTRIE
Développement des machines et de la production mécanique
« Il reste encore à savoir, » dit John Stuart Mill, dans ses Principes cCèconomie polilique, « si les inventions mécaniques faites jusqu’à ce jour ont allégé le labeur quotidien d’un être humain quelconque'. »Ce n’était pas là leur but. Comme tout autre développement de la force productive du travail, l’emploi capitaliste des machines ne tend qu’à diminuer le prix des marchandises, à raccourcir la partie de la journée où l’ouvrier travaille pour luimême, alln d allonger l’autre où il ne travaille que pour le capitaliste. C’est une méthode particulière pour fabriquer de la plus-value relative.
La force de travail dans la manufacture et le moyen de travail dans la . production mécanique sont les points de départ de la révolution industrielle. Il faut donc étudier comment le moyen de travail s’est transformé d’outil en machine et par cela même définir la différence qui existe entre la machine et l’instrument manuel. Nous ne mettrons en relief que les traits caractéristiques : pour les époques historiques, comme pour les époques géo-
logiques, il n’y a pas de ligne de démarcation rigoureuse.
Des mathématiciens et des mécaniciens, dont 1 opinion est reproduite par quelques économistes anglais, définissent 1 outil une machine simple, et la machine un outil composé. Pour eux, il n’y a pas de différence essentielle et ils donnent même le
1. Mill aurait du ajouter . qui ne vit pas du travail d’autrui, » car il est certain que les machines ont grandement augmenté le nombre des oisifs ou ce qu’on appelle les gens comme il faut.
nom de machines aux puissances mécaniques élémentaires telles que le levier, le plan incliné, la vis, le coin, etc. '. En fait, toute machine se com- ' pose de ces puissances simples, de quelque manière qu’on les déguise et combine, biais celle définition ne vaut rien au point de vue social, parce que l’élément historique y fait défaut.
Pour d’autres, la machine diffère de l’outil en ce que la force motrice de celui-ci est l’homme et celle de l’autre l’animal, l’eau, lovent, etc. 5. A ce compte, une charrue attelée de bœufs, instrument commun aux époques de production les plus différentes, serait une machine, tandis que le Circular Loom de Claussen, qui, sous la main d’un seul ouvrier, exécute 96 000 mailles par minute, serait un simple outil. Mieux encore, ce même loom serait outil, si mû par la main* machine, si mû par la vapeur. L’emploi de la force animale étant une des premières inventions de l’homme, la production mécanique précéderait donc le métier. Quand John Wynlt , en 1735, annonça sa machine à filer, f,i, avec elle, la révolution industrielle du dix-h ui liera
J. V. par exemple Hutton’s Course de
2. . On peut à ce point de vue tracer «»•*« démarcation entre outil et machin - P > . d’art qui
ciseau, etc., les vis et les leviers, 5eule force
s'y trouve al teint, du moment que H “ entend par ouru ^rXJmen, par la* force
^ j moulins à vent» à eau. etc., douent être comp-
d? narmHes machines . (Wilhelm Schulz : Die Bexcerjun'j der Produel, on. Zurich, 1843, p. 38.) Cet écrit mérite des eloges sou» plusieurs rapports. o ^
„„ dit root de ce que l'homme serait, remnlaÎcororoe moteur par l'âne et cependant c’est à î âne que ce rôle échut. Une machine pour «filer sans doiffts, » tel fut son prospectus *.
Tout mécanisme développé se compose de trois parties essentiellement différentes ; moteur, transmission et machine d’opération. Le moteur donne l’impulsion à tout le mécanisme. Il enfante sa propre force de mouvement comme la machine à vapeur, la machine électro-magnétique, la machine calorique, etc., ou bien reçoit l’impulsion dune force naturelle externe, comme la roue hydraulique d’une chute d’eau, l’aüe d’un moulin à vent des
courants d’air.
La transmission, composée de balanciers, de roues circulaires, de roues d’engrenage, de volants, d’arbres moteurs, d’une variété infinie de cordes, de courroies, de poulies, de leviers, de plans inclinés, de vis, etc., règle le mouvement., le distribue, en change la forme, s’il le faut, de rectangulaire en rolnloirc et vice versa, et le transmet à la machine-
outil.
j.es deux premières parties du mécanisme n’ existent, en effet, que pour communiquer à cette dernière Je mouvement qui lui fait attaquer l’objet de travail et en modifier la forme. Cest la machine- outil qui inaugure au dix-huitième siècle la révolution industrielle; elle sert encore de point de départ toutes les fois qu’il s’agit de transformer le métier on la manufacture en exploitation mécanique.
En examinant la machine-outil, nous retrouvons en grand, quoique sous des formes modifiées, les appareils et les instruments qu’emploie l’artisan ou l’ouvrier manufacturier, mais d’instruments manuels de l’homme ils sont devenus instruments mécaniques d’une machine. Tantôt la machine entière n’est qu’une édition plus ou moins revue et corrigée du vieil instrument manuel, — c’est le
1. On se servait déjà avant lui de machines pour filer, très itnparlailes, il est vrai; et c’est en Italie probablement qu’oi paru les premières. Une histoire critique de la technologie Xr rail voir combien il s’en faut généralement qu’une inventio quelconque du dix-huitième siècle appartienne à un seulind v“lu. U n’existe aucun ouvrage de ce genre. Darwin a attii 1 attention sur l’histoire de la technologie naturelle, c’est-à-dii s >r la formation des organes des plantes et des animaux eons i« n«,Tme mo,yci’s dc production pour leur vie. L’hisloit toute or'-anisatÜI UClllS '!“ 1 l,0mmc social> ba3e matérielle d blables ixclipirliZZ'1* n° sela't,'obc Pas digne de serr celte cntienrise a*i ^ ne serait-il pas plus facile de ment foire de l’homme ’0,,“c.fin- Pllls<iue, comme dit Vico, l’his que nous "Zî ^ n'istoi'e d<= la "Muré en t
à nu le mode dVtion' dcVhn0" Cel—’ ÎLaleclmob)6'e mi . î • “C 1 homme vis-a-vis de la natnrp
procès de production de sa vie matérielle, et par conséouén ongme des rapports sociaux et des idées ou conceptZs unë Icctuellcs qui en découlent. L'histoire delà rcligion'clle-mémi si Ion fait abstraction de cette base matérielle, manquée critérium. Il est en effet bien plus facile dc trouver par l’am ljse, ie contenu, le noyau terrestre des conceptions nuaget ment Z n" f^lre voir Par une voie inverse con
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cas pour le métier à- tisser mécanique*, — tantôt ' les .organes d’opération, ajustés à la charpente de la machine-outil, sont d’anciennes connaissances, comme les fuseaux de la Mule-Jenny, les aiguilles du métier à tricoter <les -bas, les feuilles de scie de la machine à scier, le couteau de la machine à hacher, .etc. La plupart de ces outils se (distinguent par leur origine meme de la machine dont ris forment les organes d’opération. En général unies produit aujourd’hui encore par le métier ou la manufacture, tandis que la machine, à laquelle ils sont ensuite incorporés, provient de la fabrique mécanique*.
La machine-outil est donc un mécanisme qui, ayant reçu le mouvement convenable, execute avec ses instruments les mômes opérations que le travailleur exécutait auparavant avec des instruments pareils. Dès que l’instrument, sorti de la main de ■l'homme, est manié par un mécanisme, la machineoutil a pris la place du simple outiL Une révolution s’est accomplie alors môme que l’homme reste le moteur. Le nombre d’outils avec lesquels l’homme peut opérer en même temps est limité par le nombre de ses propres organes. On essaya, au dix-septième siècle , en Allemagne de faire manœuvrer simultanément deux rouets par un fileur. Mais cette besogne a été trouvée trop pénible. Plus tard on inventa un rouet à pied avec deux fuseaux ; mais les virtuoses capables de filer deux fils à la fois étaient presque aussi rares que des veaux à deux têtes. La Jenny , au contraire, même dans sa première ébauche, file avec douze et dix-huit fuseaux; le métier à bas tricote avec plusieurs milliers d’ai guilles. Le nombre d’outils qu’une même machine d’opération met en jeu simultanément est donc de prime abord émancipé de la limite organique que ne pouvait dépasser l’outil manuel.
Il y a bien des instruments dont la construction même met en relief le double rôle de l’ouvrier comme simple force motrice et comme exécuteur de la 'main-d’œuvre proprement dite. Prenons, par exemple, le rouet. Sur sa maichette, le pied agit simplement comme moteur, tandis que les doigts filent en travaillant au fuseau. C’est précisément cette dernière partie de l’instrument , l’organe de l’opération manuelle, que la révolution industrielle saisit tout d’abord, laissant à l’homme, à côté de la nouvelle besogne de surveiller la machine et d en corriger les erreurs de sa main, le rôle purement mécanique de moteur.
Il y a une autre classe d’instruments sur lesquels l’homme agit toujours comme simple force motrice, en tournant, par exemple, la manivelle d’un moulin*, en manœuvrant une pompe, en écarts Dans la première forme mécanique du métier à tisser, on reconnaît au premier coup d’œil l’ancien métier. Dans sa dernière forme moderne cetLe analogie a disparu.
2. Ce n’est que depuis 20 ans environ qu’un nombre toujours croissant de ces outils mécaniques sont fabriqué* mécaniquement en Angleterre, mais dans d’autres ateliers de construction que les charpentes des machines d’opération. Parmi les machines qui servent à la fabrication d’outils mécaniques, on peut citer l’automatique bobbin-making eng me, le card setling engine , les machines à forger les broches des mules et des métiers continus, etc.