‹ Le capital T. 1Chapitre 150 sur 357 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

tant et rapprochant les hras d’un soufflet, en broyant des substances dans un mortier, etc. Là aussi l’ouvrier commence à être remplacé comme force motrice par des animaux, le vent, l’eau'. Beaucoup de ces instruments se transforment en machines longtemps avant et pendant la période manufacturière sans cependant révolutionner le mode de production. Dans l'époque de la grande industrie, il devient évident qu’ils sont des machines en germe, même sous leur forme primitive d’outils manuels.

Les pompes, par exemple, avec lesquelles les Hollandais mirent à sec le lac de Harlem en 1 836-37 , étaient construites sur le principe des pompes ordinaires, sauf que leurs pistons étaient soulevés par d’énormes machines à vapeur au lieu de l’être à force de bras. En Angleterre, le soufflet ordinaire et très-imparfait du forgeron est assez souvent transformé en pompe à air; il suffit pour cela de mettre son bras en communication avec une machine à vapeur. La machine à vapeur elle- même, telle qu’elle exista, pendant la période manufacturière, à partir de son invention vers la lin du dix-septième siècle2 jusqu’au commencement de 1780, n’amena aucune révolution dans l’industrie. Ce fut au contraire la création des machines-outils qui rendit nécessaire la machine à vapeur révolutionnée. Dès que l’homme, au lieu d’agir avec l’outil sur l’objet de travail, n’agit plus que comme moteur d’une machine-outil, l’eau, le vent, la vapeur peuvent le remplacer, et le déguisement de la force motrice sous des muscles humains devient purement accidentel. Il va sans dire qu’un changement de ce genre exige souvent de grandes modifications techniques dans le mécanisme construit primitivement pour la force humaine. De nos jours toutes les machines qui doivent faire leur chemin, telles que machines à coudre, machines à pétrir, etc., et dont le but n’exige pas de grandes dimensions, sont construites de double façon, selon que l’homme ou une force mécanique est destiné à les mouvoir.

La machine, point de départ de la révolution industrielle, remplace donc le travailleur qui manie un outil par un mécanisme qui opère à la fois avec plusieurs outils semblables, et reçoit son impulsion d’une force unique, quelle qu'en soit la forme3.

bœuf qui bat le grain. » Les très-pieux et très-chrétiens seigneurs germains, pour se conformer aux préceptes bibliques, mettaient un grand carcan circulaire en bois autour du cou du serf employé à moudre, pour l’empêcher de porter la farine à sa bouche avec la main.

1 . Le manque de cours d’eau vive et la surabondance d’eaux stagnantes forcèrent les Hollandais à user le vent comme force motrice. Ils empruntèrent te moulin à vent à l’Allemagne, où cette invention avait provoqué une belle brouille entre la noblesse, la pt èLraiÜe et l’empereur, pour savoir à qui des trois le vent appartenait. L’air asservit i’homme, disait-on en Allemagne, tandis que le vent constituait la liberté de la Hollande et

rendait le Hollandais propriétaire de son sol. En IOL on fui

encore oblige d avoir recours à liüOO moulius à vent d’une force do 6000 chevaux, pour empêcher les deux tiers du pays de revenir à l'état -marécageux.

2. Elle fut, il est vrai, trùs-améliorée par Watt, au moyen de la machine à vapeur dite à simple effet; mais sous cette dernière forme elle resta toujours simple machine à souleverl’eau.

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