‹ Le capital T. 1Chapitre 163 sur 357 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La productivité de la machine est, comme nous i’avons vu en raison inverse de la part de valeur qu’elle transmet au produit. Plus est longue la période pendant laquelle elle fonctionne, plus grande est la masse de produits sur laquelle se distribue la valeur qu’elle ajoute et moindre est la part qui en revient à chaque marchandise. Or la période de vie active de la machine est évidemment déterminée par la longueur de la journée de travail ou par la durée du procès de travail journalier multipliée par le nombre de jours pendant lesquels ce procès se répète.

L’usure des machines ne correspond pas avec une exactitude mathématique au temps pendant lequel elles servent. Et cela même supposé, une machine qui sert seize heures par jour pendant sept ans et demi embrasse une période de production aussi grande et n’ajoute pas plus de valeur au produit total que la même machine qui pendant quinze ans ne sert que huit heures par jour. Mais dans le premier cas la valeurde la machine se serait reproduite deux foisplus vite que dans le dernier, et le capitaliste aurait absorbé par son entremise autant de surtravail en sept ans et demi qu’autrement en quinze.

L’usure matérielle des machines se présente sous un double aspect. Elles s’usent d’une part en raison de leur emploi, comme les pièces de monnaie par la circulation, d’autre part par leur inaction, comme une épée se rouille dans le fourreau. Dans ce dernier cas elles deviennent la proie des éléments. Le premier genre d’usure est plus ou moins en raison directe, le dernier est jusqu’à un certain point en raison inverse de leur usage1. :

La machine est en outre sujette à ce qu’on pourrait appeler son usure morale. Elle perd de sa valeur d’échange à mesure que des machines de la même construction sont reproduites à meilleur marché, ou à mesure que des machines perfectionnées viennent lui faire concurrence2. Dans les deux cas, si jeune et si vivace qu’elle puisse être, sa valeur n’est plus déterminée par le temps de travail réalisé en elle, mais par celui qu’exige sa reproduction ou la reproduction des machines perfectionnées. Elle se trouve en conséquence plus ou moins dépréciée. Le danger de son usure morale est d’autant moindre que la période où sa valeur totale se reproduit est plus courte, et cette période est d’autant plus courte que la journée de travail est plus longue. Dès la première introduction d’une machine dans une branche de production quelconque, on voit se succéder coup sur coup des méthodes nouvelles pour

ques Sauniers dit dans son rapport de 1844 : ■ Parmi les ouvrières il y a des femmes qui sont occupées de 6 heures du matin a minuit pendant plusieurs semaines de suite, à peu de jouis P* es, a\ec 2 heures pour les repas, de sorte que pour 5 jours de la semaine, sur les 24 heures de la journée, il ne leur en reste que 6 pour aller chez elles, s’v reposer et cA revenir. »

1. . On connaît le dommage que cause l'inaction des machines à des pièces de métal mobiles et délicates ■ (Ure 1 c t.II, p. 8).

2. Le Manchester Spmner, déjà cité ( Times 26 nov. 1862. dit: ■ cela (c’est-à-dire, l'allocation pour la détérioration des machines ) a pour but (le couvrir la perle qui résulte constamment du remplacement des machines, avant qu’elles ne soient usées, par d’autres de cotnsruction nouvelle et meilleure. »

la îeproduirc à meilleur marché1; puis viennent Qes ameliorations qui n’atleignent pas seulement tion^pLr''* °U ^°S aPPilre'ls isolés, mais sa constmede sa nW’ U8S1 ‘fn csUce li 1,1 motif qui fait

nomhre double d’ouvriers exige une avance' don" b le .do capital constant en bâtiments machines matières premières, matières auxü,!ur(’ MaU

a prolongation de la journée permet’ d'agrandir ] l echcl.e de la production sans augmenter la portion de capital lixue en hâLiments et en machines». Nonseulement donc la plus-value augmente, mais les dépenses nécessaires pour l'obtenir dimiuueni.. Il Csi vrai que cela a lieu plus ou moins tonies les fois qu’il y a prolongation de la journée ; mais c’est ici d’une tout autre impôt tance, parce que la partie du capital avancé en moyens de travail pèse davantage dans la

balance4. Le développement de la prodnclir ,é-

canique fixe en elïet une partie toujours en ii -saille du capital sous une forme où il petit d’mvpnrl tire constamment mis en valeur, et perd d'autre part valeur d’usage et valeur d’échange dès que son contact avec le travail vivant est interrompu. «Si un laboureur, » dit M. Àslnvorlh, un des clton lords d’Angleterre, faisant la leçon au professeur Nassau W. Senior, « si un laboureur dépose sa pioche., il rend inutile pour tout ce temps un capital de 12 pence (1 fr. 25 c.). Quand un de nos hommes abandonne la fabrique, il rend inutile un capital qui a coûté 100 000 liv. st. (2 500 000 francs)5. » 11 suffit d’y penser! rendre inutile, ne fùl-ceque pour une seconde, un capital de 100 000 liv. st.! C'est à demander vengeance au ciel quand un de nos hommes se permet de quitter la fabrique! El le susdit Senior renseigné par Ashworth finit par reconnaître

1. « On estime en gros qu’il faut cinq fois autant de dépense pour construire une seule machine d’après un nouveau modèle, que pour reconstruire la même machine sur le meme modèle. - (Babbage 1. c. p. 349).

2. ■ Depuis quelques années il a etc apporté à la fabrical.on des tulles des améliorations si importantes et si nombreuses, qu’une machine bien conservée, du prix de 1200 liv. s!., a c Invendue quelques années plus tard, 60 liv. st..... Les ameliorations se sont succédé avec tant de rapidité que des machines sont restées inachevées dans les mains de leurs constructeurs, mises au rebut par suite de l'invention de machines meilleures. Dans cette période d’activité dévorante, es la..rtcants de tulle prolongèrent naturellement le temps de travail de 8 heures à 24 heures en employant le double d ouvriers. • (L. c. p. 377, 378 et 389).

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