‹ Le capital T. 1Chapitre 166 sur 357 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Bastiat, après son maître Mac Culloch, a découvert qu’ils n’avaient aucune idee de 1 économie politique ni du christianisme. Ils ne comprenaient point, par exemple, qu’il n’y a rien comme la machine pour faire prolonger la journée de travail. Ils excusaient l’esclavage des uns parce qu’elle était la condition du développement intégral des autres; mais pour prêcher l’esclavage des masses afin d’élever au rang d’ « éminents filateurs, » de « grands banquiers » et d’ « influents marchands de cirage perfectionné, » quelques parvenus grossiers ou à demi décrottés, la bosse de la charité chrétienne leur manquait.

c ) Intensification du travail'

La prolongation démesurée du travail quotidien produite par la machine entre des mains capitalistes finit par amener une réaction de la société qui, se sentant menacée jusque dans la racine de sa vie, décrète des limites légales à la journée: dès lors l'intensification du travail, phénomène que nous avons déjà rencontré, devient prépondérante.

L’analyse de la plus-value absolue avait trait à la durée du travail, tandis qu'un degré moyen de son intensité était sous-entendu. Nous allons maintenant examiner la conversion d’un genre de grandeur dans l’autre, de l’extension en intensité.

Il est évident qu’avec le progrès mécanique et l’expérience accumulée d’une classe spéciale d’ouvriers consacrée à la machine, la rapidité et par cela même l’intensité du travail s’augmentent naturellement. C’est ainsi que dans les fabriques anglaises la prolongation de la journée et l’accroissement dans l’intensité du travail marchent de front pendant un demi-siècle. On comprend cependant que là où il ne s’agit pas d'une activité spasmodique , mais uniforme, régulière et quotidienne, on arrive fatalement à un point où l’extension et l’intensité du travail s’excluent l’une l’autre, si bien qu’une prolongation de la journée n’est plus compatible qu’avec un degré d’intensité moindre, et inversement un degré d’intensitc supérieure qu’avec une journée raccourcie.

Dès que la révolte grandissante de la classe ouvrière força 1 État à imposer une journée normale, en premier lieu à la fabrique proprement dite, c’està-dire à partir du moment où il interdit la méthode d’accroître la production de plus-value par la multiplication progressive des heures de travail , le capital se jeta avec toute son énergie et en pleine conscience sur la production de la plus-value relative au moyen du développement accéléré du système mécanique.

En même temps ce genre de plus-value subit un changement de caractère. En général la plus-value relative est gagnée par une augmentation de la fertilité du travail qui permet à l’ouvrier de produire davantage dans le même temps avec la même défait jour! Dao a imposé aux nymphes le travail des filles et les voilà qui sautillent allègrementsur la roue et voilà que l’essieu ébranlé roule avec ses rais, faisant tourner le poids de la pierre roulante. Vivons de la vie de nos pères et oisifs, réjouissons-nous des dons que la déesse accorde. • (Antiparos).

1. Parle mot intensification nous désignons les procédés qui rendent le travail plus intense.

E-tîr- Lc "lêmo tcmps de travail continue roll ■ *" !e, a m^me valeur d’échange, bien que

ï ”3, “ r'“* produits Ll cbJw, Endlf P*' d’un prii

ds Si'";!. 1''1 ’ d''1 no'o »TO> lo i-at-conrcisstnnoiit li—nl do la jour, ms L’énorme impulsion qu i| développement du système mécanique à l’t nue des frais contraint l’ouvri^S à déje^t moyen d une tension supérieure, plus d'activité dans ™ume temps, a resserrer les pores de sa journée et a condenser ainsi lc travail à un degré qu’il nè sauiait atteindre sans ce raccourcissement.

Dès lors on commence à évaluer la grandei r du travail doublement, d’après sa durée ou son extension, et d après son degré d’inlcnsilé, c’csi-àdtre la masse qui en est comprimée dans un espace de temps donné, une heure par exemple1. L’heure plus dense de la journée de dix heures confient autant ou plus de travail, plus de dépense en force vitale, que 1 heure plus poreuse de la journée de douze heures. Une heure de celle-là produit par conséquent autant ou plus de valeur qu’une heure et un cinquième du celle-ci. Trois heures cl un tiers de surlravail sur six

heures et deux tiers de travail nécessaire fum niss.-ul donc au capitaliste au moins la même masse, de plus-value relative qu’auparavanl quatre heures du surtravail sur huit heures de travail nécessaire.

Gomment le travail est-il rendu plus intense?

Le premier effet du raccourcissement de la journée procède de cette loi évidente que Incapacité d’action de toute force animale est en raison inverse du lumps pendant lequel elle agit. Dans certaines limites, on gagne en efficacité ce qu’on perd en durée.

Dans les manufactures, telles que la puteiie par exemple, où le machinisme ne joue aucun rôle ou un rôle insignifiant, l’introduction des lois de fabrique a démontré d’une manière frappante qu’il sulfit de raccourcir la journée pour augmenter merveilleusement la régularité, l’un ifo: mil*’, 1 ordre, la continuité et l’énergie du travail1. Ge résultat paiaissail cependant douteux dans la fabrique proprement dite, parce que la subordination de 1 ouvrier au mouvement'continu et uniforme de la machine y avait créé depuis longtemps la discipline la plus sevè.c. Lors donc qu’il fut question en 164 i de réduit e 1«: journée au-dessous de douze heures, les ial.ii-.anl •> déclarèrent presque unanimement « que leur.-, contre-maîtres veillaient dans les diverses salles a ce que leurs bras ne perdissent pas de temps, » « que le degré de vigilance et d’assiduité déjà obtenu était à peine susceptible d’élévation , » et que toutes les autres circonstances, telles que marché des machines, etc., restant les mêmes, « c etai une absurdité d’attendre dans des fabrique* n:

. Différents genres de travail '““J ‘5'*,.* peut,

Jre même différant* U diffé-

d q«« f* déjà démontre Adam ^ 4

tes se compensent par d autres q J 1.- t-j q» nue besogne. Mais comme mesure do .a ravail n’est affecté que dans les cas ou la ,-u.ido r du travail et son degré d'intensité constituent tféur apresit de ta même quantité qui s’tvcHient mutuellement.

Vov : • Reports oflmp. of Fact. for 3ht. On. lKo». .

moindre résultat d’une augmentation de dirigées 1 ^ deg ouvricr6*. „ Cette assertion

d-utcc par les faits. M. R. Gardner fit travailler

fut ret dans ses

deux grandes fabriques à Preston, à partir du 20 avril 1844, onze heures au lieu de douze par jour L’expérience d’un an environ , démontra que << le même quantum de produit était obtenu aux mêmes frais et qu’en onze heures les ouvriers ne gagnaient pas un salaire moindre qu auparavant en douze heures.1 * 3 4 » Je ne mentionne pas les expériences faites dans les salles de filage et de cardage, attendu que la vitesse des machines y avait été augmentée de deux pour cent. Dans le département du tissage au contraire, où 1 on fabriquait diverses sortes d’articles de fantaisie et à ramage, les conditions matérielles de la production n’avaient subi aucun changement. Le résultat fut celui-ci : « du 6 janvier au 20 avril 1844, la journée de travail étant de douze heures, chaque ouvrier reçut par semaine un salaire moyen de 10 sli. 1 '/* d., et du 20 avril au 29 juin, la journée de travail étant de onze heures, un salaire moyen de 10 sh. 3 '/» d. par semaine. * » En onze heures il fut donc produit plus qu’auparavant en douze, et cela était dû exclusivement à l’activité plus soutenue et puis uniforme des ouvriers ainsi qu’à l’économie de leur temps. Tandis qu’ils obtenaient le même salaire et gagnaient une heure de liberté, le capitaliste de son côté obtenait la même masse de produits et une économie d’une heure sur sa consommation de gaz, de charbon etc. Des expériences semblables furent faites avec le même succès dans les fabriques de MM. llorrocks et Jacson *.

Dès que la loi abrège la journée de travail, la machine se transforme aussitôt entre les mains du capitaliste en moyen systématique d’extorquer à chaque moment plus de labeur. Mais pour que le machinisme exerce cette pression supérieure sur ses servants humains, il faut le perfectionner, sans compter que le raccourcissement de la journée force le capitaliste à tendre tous les ressorts de la production et à en économiser les frais.

En perfectionnant l’engin à vapeur on réussit à augmenter le nombre do scs coups do piston par minute et, grâce à une savanle économie de force, à chasser par un moteur du même volume un mécanisme plus considérable sans augmenter cependant la consommation du charbon. En diminuant le frottement des organes de transmission, en réduisant le diamètre et le poids dos grands et pelils arbres moteurs, des roues, des tambours, etc. a un minimum toujours décroissant, on arrive à imre transmettre avec plus do rapidité la force

1. .. Reports o( Insp. 0f Fuel for 1844 and I ht quarter enamg H)ih april 1815 • p. 30, 21.

7. L. c. p. 19. Comme chaque mètre fourni était payé aux ouvriers au môme taux qu’auparavant, le montant do leur salaire hebdomadaire dépendait du nombre do mètres tisses.

4. L’élément moral joua un grandrôle dans ces expériences. * Nous travaillons avec plus d’entrain, » dirent les ouvriers snnrn^CCiCU' do.la fal,ri<luo> “ nous avons devant nous la perau travail °w,tir ,‘lc moillcurc hei>re et une joyeuse ardeur piU vLuxT1* fabri<lue <lePuis 10 P,us tenue jusqu’au élément les uL ?cs Jt-tsTt T™™ ^ coasidéra-

d’impulsion accrue du moteur à toutes les branches du mécanisme d’opération. Ce mécanisme lui -même est amélioré. Les dimensions des machines-outils sont réduites tandis que leur mobilité et leur efficacité sont augmentées, comme dans le métier à tisser moderne; ou bien leurs charpentes sont agrandies avec la dimension et le nombre des outils qu’elles mènent, comme dans la machine à filer. Enfin ces outils subissent d incessantes modifications de détail comme celles qui. il y a environ quinze ans, accrurent d’un cinquième la vélocité des broches de la mule automatique.

La réduction de la journée de travail à douze heures date en Angleterre de 1833. Or, un fabricant anglais déclarait déjà en 1836 : « Comparé à celui d’autrefois le travail à exécuter dans les fabriques est aujourd’hui considérablement accru, par suite de l’attention et de l’activité supérieures que la vitesse très-augmentée des machines exige du travailleur. * » En 1844 Lord Ashley , aujourd’hui comte Shaftesbury , dans son discours sur le bill de dix heures, communiqua à la Chambre des communes les faits suivants :

« Le travail des ouvriers employés dans les opérations de fabrique est aujourd’hui trois fois aussi grand qu’il l'était au moment où ce genre d’opérations a été établi. Le système mécanique a sans aucun doute accompli une œuvre qui demanderait les tendons et les muscles de plusieurs millions d’hommes ; mais il a aussi prodigieusement (prodigiously) augmenté le travail de ceux qui sont soumis à son mouvement terrible. Le travail qui consiste à suivre une paire de mules , aller et retour, pendant douze heures, pour filer des filés n° 40, exigeait en 1815 un parcours de 8 milles ; en 1832 la distance à parcourir était de 20 milles et souvent plus considérable1. En 1825 le fileur avait à faire dans l’espace de douze heures 820 stretches pour chaque mule ce qui pour la paire donnait' une somme de 1640. En 1832 il en faisait 2,200 pour chaque mule ou 4,400 par jour; en 1844, 2,4C0pourchaquemule, ensemble 4,800 ; et dans quelques cas la somme de travail (amount of labour) exigé est encore plus considérable. En estimant les fatigues d’une journée de travail il faut encore prendre en considération la nécessité de retourner quatre ou cinq mille fois le corps dans une direction opposée a aussi Lien que les efforts continuels d’inclinaison et d’érection... J’ai ici dans les mains un autre document daté de 1842, qui prouve que le travail augmente progressivement, non-seulement parce que la distance à parcourir est plus grande, mais parce que la quantité des marchandises produites s’accroît tandis qu’on diminue en proportion le nombre des bras, et que le coton (ilé est de qualité inférieure, ce qui

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