‹ Le capital T. 1Chapitre 21 sur 357 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

séquent un instrument d’échange*. Il veut donc l’aliéner pour d'autres marchandises dont la valeur d’usage puisse le satisfaire. Toutes les marchandises sont des non-valeurs d’usage pour ceux qui les possèdent et des valeurs d’usage pour ceux qui ne les possèdent pas. Aussi faut-il qu’elles passent d’une main dans l’autre sur toute la ligne. Mais ce changement do mains constitue leur échange et leur échange les rapporte les unes aux autres comme, valeurs et les réalise comme valeurs. Il faut donc que les marchandises se manifestent comme valeurs, avant qu’elles puissent se réaliser comme valeurs d’usage.

D’un autre côté, il faut que leur valeur d’usage soit constatée avant qu’elles puissent se réaliser comme valeurs ; car le travail humain dépensé dans leur production ne compte qu’autant qu’il est dépensé sous une forme utile- à d’autres. Or leur échange seul peut démontrer si ce travail est utile à d’autres, c’est-à-dire si son produit peut satisfaire des besoins étrangers.

Chaque possesseur de marchandises ne veut l’aliéner que contre une autre dont la valeur utile satisfait son besoin. En ce sens l’échange n’est pour lui qu’une affaire individuelle. En outre, il veut réaliser sa marchandise comme valeur dans n’importe quelle marchandise de même valeur qui lui plaise, sans s’inquiéter si sa propre marchandise a pour le possesseur de l’autre une valeur utile ou non. Dans ce sens, l’échange est pour lui un acte social général. Mais le même acte ne peut être simultanément pour tous les échangistes de marchandises simplement individuel et en même temps simplement social et général.

Considérons la chose de plus près : pour chaque possesseur de marchandises , toute marchandise étrangère est un équivalent particulier de la sienne; sa marchandise est par conséquent l’équivalent général de toutes les autres. Mais comme tous les échangistes se trouvent dans le même cas, aucune marchandise n’est équivalent général, et la valeur relative des marchandises ne possède aucune forme générale sous laquelle elles puissent être comparées comme quantités de valeur. En un mot, elles ne jouent pas les unes vis-à-vis des autres le rôle de marchandises, mais celui de simples produits ou de valeurs d’usage.

Dans leur embarras, nos échangistes pensent comme Faust. Au commencementétait l’action. Aussi ont-ils déjà agi avant d’avoir pensé, et leur instinct naturel ne fait que confirmer les lois provenant de la nature des marchandises. Ils ne peuvent comparer leurs articles comme valeurs et par conséquent comme marchandises qu’en les comparant à une autre marchandise quelconque qui se pose devant eux comme équivalent général. C’est ce que

1. » Car l’usage Je chaque chose est de deux sortes: l’une est propre à la chose comme telle, l’autre non; une sandale, par exemple, sert de chaussure et de moyen d’échange. Sous ces deux points do vue la sandale est une valeur d’usage, car celui (pii rechange pour ce qui lui manque, la nourriture, je suppose, se sert aussi de la sandale comme sandale, mais non dans mm genre d usage naturel, car elle n’est pas la précisément pour rechange. •• (Atislole, de It e/n, 1. I, c. 9.)

vaTn1?80 préc,édent0a déJà démontré. Mais cetéemitirm <= g0"eral ’le P**1 être le résultat que. d’une acmise \C,1U °h ne marchandise spéciale est donc chanruJc, \par nn acto commun des autres marrt La f:1 sm î cxrcr le™ valeurs réciprô-

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Le rûlêTl. l r, “T,*'»’ valide.

c , d «[«valent general est désormais la fonction

sociale spécifique de la marchandise exclue et elle devient argent. « IUi mum co nsilium habenit ^ tutem et polestatem suam bestiæ traduni. El ,ie nuh passa emere nul venclere, nisi qui habet characlcrcm aut nomen bestiæ, aut numcruui nominis ejus » (Apocalypse.) J

L argent est un cristal qui se forme spontanément dans les échanges par lesquels les divers produits du travail sont en fait égalisés entre eux et par cela même transformés en marchandises. Le développement historique de l’échange imprime de plus en plus aux produits du travail le caractère de marchandises et développe en même temps l’opposition que recèle leur nature, celle de valeur d’usage et de valeur. Le besoin même du commerce

force à donner un corps à cette antithèse, tend à faire naître une forme valeur palpable et ne laisse plus ni repos ni trêve jusqu’à ce que celte forme soit enfin atteinte par le dédoublement de la marchandise en marchandise et en argent. A mesure donc que s’accomplit la transformation générale des produits du travail en marchandises, s’accomplit aussi la transformation d’une marchandise en argent1.

Dans l’échange immédiat des produits, l’expression de la valeur revêt d’un côté la forme relative simple et de l’autre ne la revêt pas encore. Cette forme était : x marchandise A = y marchandise B. La forme de l’échange immédiat est : x objets d’utilité A = y objets d’utilité B*. Les objets A et B ne sont point ici des marchandises avant l’échange, mais le deviennent seulement par l’échange même. Dès le moment qu’un objet utile dépasse par son abondance les besoins de son producteur, il cesse d’être valeur d’usage pour lui et, les circonstances données, sera utilisé comme valeur d échange. Les choses sont par elles-mêmes extérieures à l’homme et par conséquent aliénables. Pour que 1 aliénation soit réciproque, il faut tout simplement que ( es hommes se rapportent les uns aux autres, par une reconnaissance tacite, comme propriétaires privés de ces choses aliénables et par cela même comme personnes indépendantes. Cependant un tel rapport d’indépendance réciproque n’existe pas encore poulies membres d’une communauté primitive, que J que soit sa forme, famille patriarcale, communauté

1. On peut d’après cela apprècieH^ ai veut éterniser la production ^ et al.gc.rli, • c’estmPS abolir « i’opposition de ^ (|ans ccUe opposi-

dire l’argent lui-memc, c ' J1 l'économie politique,

on. V. sur ce sujet dans ma Ci tttque ac

f l^rïûe deux objets Utiles différents ne sent pas encore langés, mais qu’une masse chaotique de choses s of rte comme équivalent pour une troisième ainsique ,yons chez les sauvages, l’échange immédiat des produit, est lui-meme qu’à son berceau,

■ .• „ ï'ct Inca comme au Pérou, etc. L’échange

inJjenne. bl* J t.ncc là 0iî le» communautés

des matdwml ^ ^ contact avec des commu-

avec des membres de ces der-

iinïs^ntVA leurs poin.s de contact avec des communautés él

flïdeSnûeV des marchandises dans la vie corn-

i . ll I ~ A nvi Arir» o-n I ûtrammpnt

naU":S clmmunautés. Dès que les choses sont une

ml,nc avec l’étranger, elles le deviennent également mr contre-coup dans la vie commune intérieure. La proportion dans laquelle elles s’échangent est d abord purement accidentelle. Elles deviennent échangeables par l’acte volontaire de leurs possesseurs qui se décident à les aliéner réciproquement. Peu à peu le besoin d’objets utiles provenant de l’étranger se lait sentir davantage et se consolide. La répétition constante de l’échange en fait une affaire sociale régulière, et avec le cours du temps une partie au moins des objets utiles est produite intentionnellement en vue de l’échange. A partir de cet instant, s’opère d’une manière nette la séparation entre l’utilité des choses pour les besoins immédiats et leur utilité pour l’échange à effectuer entre elles, c’est-àdire entre leur valeur d’usage et leur valeur d’échange. D’un autre côté, la proportion dans laquelle elles s’échangent commence à se régler par leur production même. L’habitude les fixe comme quantités de valeur.

Dans l’échange immédiat des produits, chaque marchandise est moyen d’échange immédiat pour celui qui la possède, mais pour celui qui ne la possède pas, elle ne devient équivalent que dans le cas où elle est pour lui une valeur d’usage. L’article d’échange n’acquiert donc encore aucune forme valeur indépendante de sa propre valeur d’usage ou du besoin individuel des échangistes. La nécessité de cette forme se développe à mesure qu’augmentent le nombre et la variété des marchandises qui entrent peu à peu dans l’échange, et le problème éclôt simultanément avec les moyens de le résoudre. Des possesseurs de marchandises n’échangent et ne comparent jamais leurs propres articles avec d’au- Ires articles dillérents, sans que diverses marchandises soient échangées et comparées comme valeurs pai louis maîtres divers avec une seule et même troisième espèce de marchandise. Une telle troisième marchandise en devenant équivalent pour diverses autres, acquiert immédiatement, quoique dans d droites limites, la forme équivalent général

îvoeT’în- iP' f°T gén6rale uaît et disparaît vie et " soc,al Passager qui l’a appelée à la mie I S rapidement et tour à tour tantôt à

• c maicUaiKhse, tantôt à l’autre. Dès que l’échange

exclusivement a une espece particulière de mari h.mdise ou se cristallise sous forme argent. Le hasaid décidé d abord sur quel genre de marchandises . dlc leste hxeo; on peut dire cependant que cela dépend en généra de deux circonstances décisives La tonne argent adhéré ou bien aux articles d’importa bons les plus importants qui révèlent en fiït i

l’élément principal d* ^ 1 “tile qm lorme

comme

des développât le^n,r0-mp1!- l)euPles noma- 1,1 l"'em>m la forme argent parce

que tout leur bien et tout leur avoir se trouve non» forme mobilière, et par conséquent aliénable. Déplus, leur genre de vio le \ , c mstammenten contact avec des sociétés elrtuigeie*, et les sollicite par cela même à l ecl.angii dos produits. Les hommes ont souvent fait, de l hommc même, dans la ligure de l'esclave, la matière primitive de leur argent; il n’en a jamais etc ainsi du sol. Une telle idée ne pouvait naître que dans une société bourgeoise déjà développée. Elle date du dernier tiers du dix-septième siècle ; et sa réalisation n’a été essayée sur une grande échelle, par toute une nation, qu’un siècle plus tard, dans la révolution de 1789, en France.

A mesure que l’échange brise ses liens purement locaux, et que par suite la valeur des marchandises représente de plus en plus le travail humain en général, la forme argent passe à des marchandises, que leur nature rend aptes à remplir la fonction sociale d’équivalent général, c’est-à-dire aux métaux précieux.

Que maintenant « bien que l’argent et l’or ne soient pas par nature monnaie, la monnaie soit cependant par nature argent et or1, » c’est ce que montrent l’accord et l’analogie qui existent entre les propriétés naturelles de ces métaux et les fonctions de la monnaie2. Mais jusqu’ici nous ne connaissons qu’une fonction de la .monnaie, celle de servir comme forme de manifestation de la valeur des marchandises , ou comme matière dans laquelle les quantités de valeur des marchandises s’expriment socialement. Or, il n’y a qu’une seule matière qui puisse être une forme propre à manifester la valeur ou servir d’image concrète du travail humain abstrait et conséquemment égal, c’est celle dont tous les exemplaires possèdent la même qualité uniforme. D*un autre côté, comme des valeurs ne diffèrent que par leur quantité, la marchandise monnaie doit être susceptible de différences purement quantitatives; elle doit être divisible à volonté et pouvoir être recomposée avec la somme de toutes ses parties. Chacun sait que l’or et l’argent possèdent naturellement toutes ces propriétés.

La valeur d’usage de la marchandise monnaie devient double. Outre sa valeur d’usage particulière comme marchandise, — ainsi l’or, par exemple, sert de matière première pour articles de luxe, pour boucher les dents creuses, etc., — elle acquiert une valeur d’usage formelle qui a pour origine sa fonction sociale spécifique.

Gomme toutes les marchandises ne sont que des équivalents particuliers de l’argent, et que ce dernier est leur équivalent général, il joue vis-à-vis d’elles le rôle de marchandise universelle et elles ne représentent vis-à-vis de lui que des marchandises particulières3.

On a vu que la forme argent ou monnaie n’est tiirpllprnnn»aiX’ ' *?"’ ^5. * Los métaux précieux sont na-

luei rirr,a,e- ■ <Gaiiani -• m,a “ . te «.

cueil de Custodi, parle moderna, t. III, p. nî.)

, amI),cs détails à ce sujet dans mon ouvrage

r ‘ k'h- métaux précieux.

P ' 16)" L!U®0llt est *a marchandise universelle. » (Vcrri, 1. c..

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