DES ÉCHANGES
Les marchandises ne peuvent point aller ellesmêmes au marché ni s’échanger elles-mêmes entre elles. Il nous faut donc tourner nos regards vers leurs gardiens et conducteurs, c est-a-dire vers leurs possesseurs. Les marchandises sont des choses et conséquemment n’opposent à l’homme aucune résistance. Si elles manquent de bonne volonté, il peut employer la lorce, en d’autres termes s’en emparer1 2. Pour mettre ces choses en rapport les unes avec les autres à titre de marchandises, leurs gardiens doivent eux-mêmes se mettre en rapport entre eux à litre de personnes dont la volonté habite dans ces choses mêmes, de telle sorte que la volonté de l’un est aussi la volonté de l'autre et que chacun s’approprie la marchandise étrangère en abandonnant la sienne, au moyen d’un acte volontaire commun. Ils doivent donc se reconnaître réciproquement comme propriétaires privés. Ce rapport juridique, (pii a pour forme le contrat, légalement développé ou mm , n’est que le rapport des volontés dans lequel su rellèle le rapport économique. Son contenu est donné par le rapport économique lui-même1. Les
1 . Dans le douzième siècle si renommé pour sa piété, or trouve souvent parmi tes marchandises des choses très-délicates. Un poète fiançais de cette époque signale, par exemple pai nii les marchandises qui se voyaient sur le marché du Lan dit, a coté des étoiles, des chaussures, des cuirs, des instru menls d'agriculture, « des femmes folles de leurs corps. »
2. Bien des gens puisent leur idéal de justice dans les raji ports juridiques qui ont leur origine dans la société basé sur la production marchande, ce qui, soit dit en passant leur fournit agréablement la preuve que ce genre do produt dans rlTnzT1 !°"3lemPs 'iuc la justice elle-même. Ensuit
îoïnt 4W 'non d.r la soci6t6 acludle> ils Panent leu P 1 L pour i donner cette société et son droit. Qu
personnes n’ont aflaire ici les unes aux autres qu autant qu’elles mettent certaines choses en rapport entre elles comme marchandises. Elles n’existent les unes pour les autres qu’à, titre de représentants de la marchandise quelles possèdent. Nous verrons d’ailleurs dans le cours du développement que les masques divers dont elles s’aftublcnt suivant les circonstances, ne sont que les personnifications des rapports économiques quelles maintiennent les unes vis-à-vis des autres.
Ce qui distinguo surtout l’échangiste de sa marchandise, c’est que pour celle-ci toute autre marchandise n’est qu’une forme d’apparition de sa propre valeur. Débauchée et cynique, naturellement elle est toujours sur le point d’échanger son âme et même son corps avec n’importe quelle autre marchandise, cette dernière lût-elle aussi dépourvue d’attraits que Maritorue. Ce sens qui lui manque pour apprécier le côté concret de ses sœurs, l’échangiste le compense et le développe par ses propres sens à lui, au nombre de cinq et plus. Pour lui, la marchandise n’a aucune valeur utile immédiate ; s’il en était autrement, il ne la mènerait pas au marché. La seule valeur utile qu’il lui trouve, c’est qu’elle est porte-valeur, utile à d’autres et par con-
penscrait-on d’un chimiste qui au lieu tl’étudier tes lois des combinaisons matérielles et de résoudre sur cette base des problèmes déterminés, voudrait transformer ccs combinaisons d'après les . idées éternelles de l’affinité et do la naturalité ? ■ Sait-on quelque chose de plus sur « l’usure, » par exemple, quand on dit qu’elle est en contradiction avec la > justice éterîMj, ” el " '’équilé éternelle, » que n’en savaient les Pères do l Eglise quand ils en disaient autant on proclamant sa centra* diction avec la • grâce éternelle, la foi éternello et la volonté éternelle de Dieu? »