FORMULES DIVERSES POUR LE TAUX DE LA PLUS-VALUE
On a vu que le taux de la plus-value est représenté par les formules :
D apres les formules II, nous obtenons au contraire :
j Plus-value / p \ Plus-value
Capital variable \ v ) Valeur de la force de travail Surtravail Travail nécessaire"
Les deux premières raisons expriment comme rapports de valeur ce que la troisième exprime comme un rapport des espaces de temps dans lesquels ces valeurs sont produites.
Ces formules, complémentaires l’une de l’autre, ne se trouvent qu’implicitement et inconsciemment dans l’économie politique classique, où les formules suivantes jouent au contraire un grand rôle :
j| f Surtravail \ 1 Plus-value Produit net
' \ Journée de travail/ ~ Valeur du produit"~Produit total"
Une seule et même proportion est ici exprimée tour à tour sous la formule des quantités de travail, des valeurs dans lesquelles ces quantités se réalisent, et des produits dans lesquels ces valeurs existent. Il est sous-entendu que par valeur du produit il faut comprendre le produit en valeur rendu par une journée de travail, et qu’il n’y est pas renfermé une parcelle de la valeur des moyens de production.
Dans toutes ces formules le degré réel de l’ex- j ploitation du travail ou le taux de la plus-value est faussement exprimé. Dans l’exemple employé plus ! haut, le degré réel d’exploitation serait indiqué par les proportions:
6 heures de surtravail Plus-value de 3 fr.
6 heures de travail nécessaire ~ Capital variable de 3 fr 100 “100"
1. Nous mettons la première formuleentre parenthèses parce ; que la notion du surtravail ne se trouve pas explicitement dans l’économie politique bourgeoise. |
6 heures de surtravail Plus-value de 3 fr. f,0 Journée de 13 heures Produit en valeur de i> fr. ïbô"
Ces formules dérivées n’expriment en fuit que la proportion suivant laquelle la journée de travail, ou son produit en valeur, se distribue entre l’iinvricret le capitaliste. Si on les traite comme des expressions immédiates de la mise en valeur du capital, on arrive à cette loi erronée : Le stirtravai! ou la plus-value ne peuvent jamais atteindre cent pourcent1. Le surtravail n’étant qu’une partie aliquolc de la journée, et la plus-value qu'une partie aliquote de la somme de valeur produite, le surtravail est nécessairement toujours plus petit que la journée do travail, on la plus-value toujours moindre que la valeur produite. Si le surtravail élait. à la journée de travail comme 100 est à 100, il absorbe rait la journée entière (il s’agit ici de la journée moyenne de l’année), et le, travail necessaire s évanouirait. Mais si le travail nécessaire disparaît, le surtravail disparait également puisque celui-ci n est . Surtravail
qu’une fonction de celui-là. La raison^- - travJJj
Plus-value
1 Valeur produite
. hmite — et encore
ne peut donc jamais atteindre
moins s’élever à
Tôô
lais il en est autrement du taux de la p u du degré réel d’exploitation du tra.ai • 1
renne par exemple l’estimation de - • ’ i -
.avergne, d’après laquelle l’oüvner agrmole ’oblient que l/h, tandis que le capitaliste . - i
1 v I, are verni, le : Vriller Drief an v. Kirehmann ton llodbertus. Widerieyung der Iticanlo schen Theone ton der f.rundrente und Vegrûndung einer neuen Hentenlheor le. Berlin,
, ■«. obtient 3/4 du produit ou de sa va- ?UnTde quelque manière que le butin se partage enl 'L entre lecapitaliste et le propriétaire foncier, etc. Le surtravail de l'ouvrier anglais est dans ce cas à eon travail nécessaire comme 3 est à 1, c’est-à-dire que le degré d’exploitation est de 300 0/0-
La méthode de l’école classique, qui est de traiter la journée de travail comme une grandeur constante, a trouvé un appui dans l’application des formules II, parce que là on compare toujours le surtravail avec une journée de travail donnée. Il en est de même quand on considère exclusivement la distribution de la valeur produite. Du moment que la journée de travail s’est déjà réalisée dans une valeur, ses limites ont nécessairement été données.
L’habitude d’exposer la plus-value et. la valeur de la force de travail comme des fractions de la somme de valeur produite dissimule le fait principal, l’échange du capital variable contre la force de travail, fait qui implique que le produit échoit au nonproducteur. Le rapport entre le capital et le travail revêt alors la fausse apparence d’un rapport d’association dans lequel l’ouvrier et l’entrepreneur se partagent le produit suivant la proportion des divers éléments qu’ils apportent1.
Les formules II peuvent d’ailleurs être toujours ramenées aux formules I. Si nous avons par exem- , , . Surtravail de 6 heures
p e a proportion journ(ie travail de 12 heures*
alors le temps de travail nécessaire est égal à la journée de douze heures moins six heures de sur-
1. Li partie du produit qui compense simplement le capital constant avancé est mise d: cote dans ce calcul. M. Léonce de Lavergnc, admirateur aveugle de l’Angleterre, donne ici on rapport plutôt trop lias que trop élevé.
2. Toutes les formes développées du procès de production capitaliste étant des formes de la coopération, rien n’est naturellement plus facile que de faire abstraction de leur caractère antagoniste et de les transformer ainsi d’un coup de baguette en formes d'association libre, comme le fait le comte A. de Labordc dans son ouvrage intitulé : De l’esprit d'association dans tous les intérêts de la communatité. Paris, 1818. I.c Yankee H. Carey exécute ce tour de force avec le même • iccès à propos mémo du système osclavagiste.
travail, et l’on obtient:
Surtravail de 6 heures
Travail nécessaire de 6 heures
Voici une troisième formule que nous avons déjà quelquefois anticipée :
jjj Plus-value Surtravail
Valeur de la force de travail Travail nécessaire Travail non payé.
Travail payé
T , , Travail non payé , ,
La formule — = : — n estqu uneexpres-
Travau paye ^ *
, . , „ . Surtravail
sion populaire de cello-ci : =■ ^ ; : — .
r r Travail necessaire ■
Après nos développements antérieurs, elle ne peut plus donner lieu à cette erreur populaire que ce que le capitaliste paye est le travail et non la force de travail. Ayant acheté cette force pour un jour, une semaine, etc., le capitaliste obtient en échange le droit de l’exploiter pendant un jour, une semaine, etc. Le temps d’exploitation se divise en deux périodes. Pendant l’une, le fonctionnement de la force ne produit qu’un équivalent de son prix ; pendant l’autre , il est gratuit et rapporte, par conséquent, au capitaliste une valeur pour laquelle il n’a donné aucun équivalent, qui ne lui coûte rien*. En ce sens, le surtravail, dont il tire la plus-value, peut être nommé du travail non payé.
Le capital n’est donc pas seulement, comme dit Adam Smith, le pouvoir de disposer du travail d’autrui; mais il est essentiellement le pouvoir de disposer d’un travail non payé. Toute plus-value, quelle qu’en soit la forme particulière, — profit, intérêt, rente, etc., — est en substance la matérialisation d’un travail non payé. Tout le secret de la faculté prolifique du capital, est dans ce simple fait qu’il dispose d’une certaine somme de travail d’autrui qu’il
ne paye pas.
1. Quoique les physiocrates n'aient pas pénétré le secret de la plus-value, ils ont au moins reconnu qu’elle est • une richesse indépendante et disponible qu’il (son possesseur) n’a point achetée et qu'il vend. » (’l'urgot, 1. c. p. 11.)
transformation de la valeur ou du prix de la force de travail en salaire
A la surface de la société bourgeoise la rétribution du travailleur se représente comme le salaire du travail: tant d’argent payé pour tant de travail. Le travail lui-même est donc traité comme une marchandise dont les prix courants oscillent audessus ou au-dessous de sa valeur.
Mais qu’est-ce que la valeur ? La forme objective du travail social dépensé dans la production d’une marchandise. Et comment mesurer la grandeur de valeur d’une marchandise? Par la quantité de travail qu’elle contient. Comment dès lors déterminer, par exemple, la valeur d’une journée de travail de douze heures? Par les douze heures de travail contenues dans la journée de douze heures, ce qui est une tautologie absurde *.
Pour être vendu sur le marché à titre de mar-
1. « M. Ricardo évite assez ingénieusement une difficulté, qui à première vue menace d’infirmer sa doctrine que la valeur dépend de la quantité de travail employée dans la production. Si l'on prend ce principe à la lettre, il en résulte que la valeur du travail dépend de la quantité de travail employée à le produire, ce qui est évidemment absurde. Par un détour adroit, M. Ricardo fait dépendre ia valeur du travail de la quantité de travail requise pour produire les salaires, par quoi il entend la quantité de travail requise pour produire l’argent ou les marchandises données au travailleur. C’est comme si l’on disait que la valeur d’un habillement est estimée, non d’après la quantité de travail dépensée dans sa production, mais d’après la quantité de travail dépensée dans la production de l’argent contre lequel l’habillement est échangé..
( Critical Dissertation on the nature, etc., of value , p. 50, 51.)
chandise, le travail devrait en tout cas exister auparavant. Mais si le travailleur pouvait jlui donner une existence matérielle, séparée el indépendante de sa personne, il vendrait de la marchan- | dise et non du travail '.
Abstraction faite de ces contradictions, un échange direct d’aigent, c’est-à-dire de travail réalisé, contre du travail vivant, ou bien supprimerait la loi de la valeur qui se développe précisément sur la hase de la production capitaliste, ou bien supprimerait la production capitaliste elle-même qui est fondée précisément sur le travail salarié. La journée de 1 travail de douze heures se réalise par exemple dans une valeur monétaire de six francs. Si l’échange se fait entre équivalents, l’ouvrier obtiendra donc six lianes pour un travail de douze heures, ou le prix de son travail sera égal au prix de son produit. Dans ce cas il ne produirait pas un brin de plus-value pour l’acheteur de son travail, les six francs ne se métamorphoseraient pas en capital et la base de ia production capitaliste disparaîtrait. Or c est précisément sur cette base qu'il vend son travail et que
. Si vous appelez le travail une marchandise « n’est j d'abord produite en vue i comme une marchandise qui est a Y
l’échange et portée ensuite au marche, ou élis doit être année contre d’autres marchandises suivant les quantité, chacune qui peuvent se trouver en meme temps sur le rché- le travail est créé au moment où on le porte au mar- ; on’ peut dire même qu’il est porté au marché avant d'être é. • (Observations on sortie verbal disputes, etc., p. 15, 76.)
wt travail salarié. Ou bien ü obtient son trava g de travail moins de six francs,
p,0U,r- dira moins de douze heures de travail. Douze ] uni à* travail s’échangent dans ce cas contre dix, six etc., heures de travail. Poser ainsi comme (Wles des quantités inégales, ce n'est pas seulement anéantir toute détermination de la valeur. Il ost ,„êrne impossible de formuler comme loi une contradiction de ce genre qui se détruit elle-
même '. .
11 ne sert de rien de vouloir expliquer un tel échange de plus contre moins par la différence de forme”- nlre les travaux échangés, l’acheteur payant eri travail passé ou réalisé, et le vendeur en travail actuel ou vivant*. Mettons qu’un article représente six heures de travail. S’il survient une invention qui permette de le produire désormais. eu trois heures, l'article déjà produit, déjà circulant sur le marché, ti'aura plus que la moitié de sa valeur primitive. Il ne représentera plus que trois heures de travail, quoiqu'il y en ait six de réalisées en lui. Cette forme de. travail réalisé n’ajoute donc rien à la valeur, dont la grandeur reste au contraire toujours déterminée par le quantum de travail actuel et socialement nécessaire qu’exige la production d’une iiiarchundise.
Ce qui sur le marché fait directement vis-à-vis au capitaliste, ce n’est pas le travail, mais le travailleur. Ce que celui-ci vend, c’est lui-même, sa force de travail. Dès qu’il commence à mettre cette force en mouvement, à travailler, or, dès que son travail existe, ce travail a déjà cessé de lui appartenir et ne peut plus désormais être vendu par lui. Le travail est la substance et la mesure inhérente des valeurs, mais il n’a lui-même aucune valeur3.
Dans l'expression : valeur du travail , l’idée de valeur est complètement éteinte. C’est une expression irrationnelle telle que par exemple valeur de lr, terre. Ces expressions irrationnelles ont cependant leur source dans les rapports de production euxmèmc.s dont elles réfléchissent les formes phénoménales. On sait d ailleurs dans toutes les sciences, à 1 économie, politique près, qu’il faut distinguer entre les apparences des choses et leur réalité \
Ayant emprunté naïvement, sans aucune vérification préalable, à la vie ordinaire la catégorie « prix du travail «, l’économie politique classique se demanda après coup comment ce prix était déterminé. Elle reconnut bientôt que pour le travail comme pour toute autre marchandise, le rapport entre l’offre et la demande n’explique rien que les oscillations du prix de marché au-dessus ou audessous d’une certaine grandeur. Dès que l’offre et la demande se font équilibre, les variations de prix qu’elles avaient provoquées cessent, mais là cesse aussi tout l’eflet de l’offre et la demande. Dans leur état d’équilibre, le prix du travail ne dépend plus de leur action et doit donc être déterminé comme si elles n’existaient pas. Ce prix-là, ce centre de gravitation des prix de marché, se présenta ainsi comme le véritable objet de l’analyse scientifique.
On. arriva encore au même résultat en considérant une période de plusieurs années et en comparant les moyennes auxquelles se réduisent, par des compensations continuelles, les mouvements alternants de hausse et de baisse. On trouva ainsi des prix moyens, des grandeurs plus ou moins constantes qui s’affirment dans les oscillations mêmes des prix de marché et en forment les régulateurs intimes. Ce prix moyen donc, « le prix nécessaire » des physiocrates, « le prix naturel » d’Adam Smith — ne peut être pour le travail, de même que pour toute autre marchandise, que sa valeur , exprimée en argent. « La marchandise, dit Adam Smith, est alors vendue précisément ce qu’elle vaut. »
L’économie classique croyait avoir de cette façon remonté des prix accidentels du travail à sa valeur réelle. Puis elle détermina cette valeur par la valeur des subsistances nécessaires pour l’entretien et la reproduction du travailleur. A son insu elle changeait ainsi de. terrain, en substituant à la valeur du travail, jusque-là l’objet apparent de ses recherches, la valeur de la force de travail, force qui n’existe que dans la personnalité du travailleur et se distingue de sa fonction, le travail, tout comme une machine se distingue de ses opérations. La marche de l’analyse avait donc forcément conduit non-seulement des prix de marché du travail à son
i. * Si ion traite lo travail comme une marchandise, elle capital, le produit du travail, comme une autre, alors si les valeurs de ces deux marchandises sont déterminées par d’ép.ths ([nantîtes de travail, une somme de travail donnée s’é- , . * K' n‘ '■ l’m,r a ‘l'snililc de capital qui aura été produite '• ’1. ""T- sommc dc inu'ail. Ou travail passé échangera
• • ,iVl .,arrT,STmC traVail Prtenl- Mais la valeur du Ura.l p.u ■ apport aux autres marchandises.... n’est pas dé-
termii.ee par des quantité» de travail égales. . (K. G Wake-
ïüfl'KÆ, tlc?"' S‘Uilh' Wl'aUh * Nati™> v- I-
!. » Il a fallu convenir (encore une édition du « contrat social») que toutes les lois qu’il échangerait du travail fait contre du travail à faire, le dernier (le capitaliste) aurait une valeur supérieure au premier (le travailleur). » (Sismondi De la richesse com merci ale. Genève, 1803, t. I, p. 37.)
3. ■ Le travail, la mesure exclusive de la valeur lo créateur exclusif de toute richesse, n’est pas marchandise. . (lh. Iloilj'skiu, 1. e. p. IbO.)
4. Déclarer que ces expressions irrationnelles sont pure licence poétique, c’est tout simplement une preuve de l’im puissance de l'analyse, tussi ai-je relevé cette phrase de Proudhon : « Le travail ost dit valoir, non pas eu tant que
marchandise lui-même, mais en vue des valeurs qu’on suppose renfermées puissanciellement en lui. La valeur du travail est une expression figurée, etc. » Il ne voit, ai-je dit, dans le travail marchandise, qui est d’une réalité effrayante, qu’une ellipse grammaticale. Donc toute la société actuelle, fondée sur le travail marchandise, est désormais fondée sur une licence poétique, sur une expression figurée. La société veutelle éliminer « tous les inconvénients » qui la travaillent, eh bienl qu’elle élimine les termes malsonnants, qu’elle change de langage; et pour cela elle n’a qu’à s’adresser à l’Açadémie, pour lui demander une nouvelle édition de son dictionnaire. « (K. Marx , Misère de la philosophie, p. 34 , 35 ) Il est naturellement encore bien plus commode de n’entendre par valeur absolument rien. On peut alors faire entrer sans façon, n’importe quoi dans celte catégorie. Ainsi en f1!?
J. B. Say. Qu’est-ce que la « valeur?» Réponse : « 1 .
qu’une chose vaut. » Et qu’est-cc que le > PrlX? “ pourquoi » La valeur d’une chose exprimée en monnaie. * , me,
■ le travail de la terre . a-t-il . une valeur? » Harce qu ony
un prix. Ainsi la valeur est ce qu’une ^ nlonnaie.
a une « valeur . parce qu’on exprime sa s’expliquer le
Voilà on tout cas une méthode bien simple de s expuq comment et lo pourquoi des choses.