‹ Le capital T. 1Chapitre 253 sur 357 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

acheteurs, indépendants les uns des autres et entre qui tout rapport cesse à l’échéance du ternie stipulé par leur contrat. Si la transaction se répète, c'est grâce à un nouveau contrat, si peu lié avec l’ancien que c’est pur accident que le même vendeur le fasse avec le même acheteur plutôt qu’avec tout autre.

Pour juger la production marchande d’après ses propres lois économiques, il faut donc prendre chaque transaction isolément, et non dans son enchaînement, ni avec celle qui la précédé, ni avec celle qui la suit. De plus, comme ventes et achats se font toujours d’individu à individu, il n’y faut pas chercher des rapports de classe à classe.

Si longue donc que soit la filière de reproductions périodiques et d’accumulations antérieures par laquelle le capital actuellement en fonction ait passé, il conserve toujours sa virginité primitive. Supposé qu’à chaque transaction prise à part les lois de l'échange s’observent, le mode d’appropriation peut même changer de fond en comble sans que le droit de propriété, conforme à la production marchande, s’en ressente. Aussi est-il toujours en vigueur, aussi bien au début, où le produit appartient au producteur et où celui-ci, en donnant équivalent contre équivalent , ne saurait s’enrichir que par son propre travail, que dans la période capitaliste, où la richesse est accaparée sur une échelle progressive grâce à l’appropriation successive du travail d’autrui non payé1 * *.

Ce résultat devient inévitable dès que la force de travail est vendue librement comme marchandise par le travailleur lui-même. Mais ce n’est aussi qu’à partir de ce moment que la production marchande se généralise et devient le mode typique de la production, que de plus en plus tout produit se fait pour la vente et que toute richesse passe par la circulation. Ce n’est que là où le travail salarié forme la base de la production marchande que celle-ci nonseulement s’impose à la société, mais fait, pour la première fois, jouer tous ses ressorts. Prétendre que l’intervention du travail salarié la fausse revient à dire que pour rester pure la production marchande doit s’abstenir de se développer. A mesure qu’elle se métamorphose en production capitaliste, ses lois de propriété se changent nécessairement en lois de l’appropriation capitaliste. Quelle illusion donc que celle de certaines écoles socialistes qui s’imaginent pouvoir briser le régime du capital en lui appliquant les lois éternelles de la production marchande !

On sait que le capital primitivement avancé, même quand il est dû exclusivement aux travaux de son possesseur, se transforme tôt ou tard, grâce à la reproduction simple, en capital accumulé ou plusvalue capitalisée. Mais, à part cela, tout capital avancé se perd comme une goutte dans le lleuve

1. La propriété du capitaliste sur le produit du travailleur « est une conséquence rigoureuse de la toi de l’appropriation, dont le principe fondamental était au contraire le litre de propriété exclusif de chaque travailleur sur le produit de son pro-

pre travail. • Cherbuliez : Itiche ou Pauvre. Paris, 1841,

p. SK. — L'auteur sent le contre-coup dialectique, mais l'ex-

plique faussement.

f . . r>- ne i accumulation, u est là

dit si bien reconnu par les économistes qu’ils aiment a définir le capital : « une. richesse accumulée '*u n<>"veau à la production d’uno m-o h b UC "r ,C “Fi‘al»te • “ possesseur du

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sous cctte autre forme que tout le capital actuel est

“O, m‘eret aocumJulu «U capitalisé, car l’intérêt n’est qu un fragment de la plus-value. « Le capital dit l Economiste de Londres, avec l’intérêt composé de chaque partie de capital épargnée, va tellement en grossissant que toute la richesse dont provient 1, , e venu dans le monde entier nV.sl plus depuis I, mitemps que l’intérêt du capital». » L’Eammns'r es, réellement trop modéré. Marchant sur les traces du docteur Price, il pouvait prouver nar clos calculs exacts qu’il faudrait annexer d'autres planètes à ce monde terrestre pour le mettre à même de rendre au capital ce qui est dû au capital

Fausse interprétation de la production sur une échelle progressive.

Les marchandises que le capitaliste achète, avec une partie de la plus-value, comme moyens de jouissance, ne lui servent pas évidemment de moyens de production et do valorisation 4; le travail qu’il paie dans le même but n’est pas non plus du travail productif. L’achat de ces marchandises et de ce travail, au lieu de l’enrichir, l’appauvrit d’aulanl. Il dissipe ainsi la plus-value comme revenu, au lieu de la faire fructifier comme capital.

• En opposition à la noblesse féodale, impatiente de dévorer plus que son avoir, faisant parade de sou luxe, de sa domesticité nombreuse et fainéante, l’économie politique bourgeoise devait donc prêcher l’accumulation comme le premier des devoirs civiques et ne pas se lasser d’enseigner que, pour accumuler, il faut être sage, ne pas manger I- ait -on revenu, mais bien en consacrer une lionne parti ' à l’embauchage de travailleurs productifs. remlt-iit pinqu'ils ne reçoivent. .

Elle avait encore à combattre le préjuge populaire qui confond la production capitaliste avec la i ii,-.-aurisation et se ligure qu’accumuler veut duc ou d.roher à la consommation les objets qui constituent la richesse, ou sauver l'argent des risques de la circulation. Or, mettre l'argent sous cle est la méthode la plus sûre pour ne pas le capitalise!, e amasser des marchandises en vue de thésauriser ne

. . Capital, c'est-à-dire richesse accumulée n profit. . [Ualthue, i. c.) - Le eap.wi d„ .

.iio misée sur Se revenu et employée - ^ IS.CJ,

Jones : An Introductory Lecture o

lü. . J . eest à-‘iire 'lu capital. »

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Clément le mouvement qui tait «1 une vaieu .« »'-}*n «»* uropre multiplicat'00*

le fait d'un avare en délire *. L’aceaurait étrc T'® marchandises, quand elle n’est pas ciimulaii 00 asgager de leur circulation même, est un iDC't'l /un encombrement du marché ou d’un

le résulta1 u

de production \

6 U langage de la vie ordinaire confond encore l’accumulation capitaliste, qui est un procès de production, avec deux autres phénomènes économiques, savoir l'accroissement des biens qui se trouvent dans le fonds de consommation des riches et ne s’usent que lentement*, et la formation de réserves ou d’approvisionnements, fait commun à tous les modes de production.

L’économie politique classique adonc parfaitement raison de soutenir que le trait le plus caracténstirrue de l’accumulation, c’estquoles gens entretenus par le produit net doivent être des travailleurs produclifs et non des improductifs *. Mais ici commence aussi son erreur. Aucune doctrine d’Adam Smith u’a autant passé à l'état d’axiome indiscutable que celle-ci : que l’accumulation n’est autre chose que la consommation du produit net par des travailleuis productifs ou, ce qui revient au même, que la capitalisation de la plus-value n’implique rien de plus que sa conversion en force ouvrière.

Ecoutons, par exemple, Ricardo :

« On doit comprendre que tous les produits d’un pays sonl consommés, mais cela fait la plus grande différence qu’on puisse imaginer, qu’ils soient consommés par des gens qui produisent une nouvelle valeur ou par d’autres qui ne la reproduisent pas. Quand nous disons que du revenu a été épargné et joint au capital, nous entendons par là que la portion du revenu qui s’ajoute au capital est consommée par des travailleurs productifs au lieu de l’être par des improductifs. Il n’y a pas de plus grande erreur que de se figurer que le capital soit augmenté par la non-consommation*. »

Il n’y a pas de plus grande erreur que de se figurer que « la portion du revenu qui s’ajoute au capital soit consommée par des travailleurs productifs. » D’après celte manière de voir, toute la plus-value transformée en capital deviendrait capital variable, ne serait avancée qu’en salaires. Au contraire, elle se divise, de même que la valeur-capital dont elle sort, en capitul constant et capital variable , en

Balzlc’ <lui a B* profondément étudié toutes le: " de 1 ava,l06> le vieil usurier Gobseck est-il déjà tombi

en vue' d" m'ôsaurîser. Cummunco 1 amasser d6s marchandise!

chanûeA“r.n!.,T'tln *!? mal’cl,îlntlis(!s - stagnation dans Téchange excès de production. » (Th. Corbctt, 1. c., p. 14).

. | Usldi,nsÇ? sens «lueNecker parle des » objets de faste tt du somptuosité . dont • lu temps a grossi l'accumulation « c <)uc . les lois de propriété ont rassemblés dans une seule elasso de la société .. Ofurrn de IL Necker. Paris et Lausanne p 2 9 j ’ : ' Ih U(imm,4<rafi<)n des finances de la France

4. - Il n’est pas aujourd’hui d’économiste qui, par épargner c 1 :lrilCmCnl ,hi,aurittT> à part ce procédé élroi ce erme’ °“ “* f*"™1 imaf?mer à quoi peut bien servi, à inUimmX d[,r>o0r, a /‘f05? ce n’est pa:

les suiiimmenl l’ I Ca},plu' laitUa ces épargnés selon qu’el im|»v„,t„ctiij. v Maillas iac 6 eeiUC dB lravail (productif ot c., p. îéu. noie.

moyens de production et force de travail. Pour se convertir en force de travail additionnelle, le pro<. doit net doit renfermer un surplus de subsistances de première nécessité, mais, pour que cette force devienne exploitable, il doit en outre renfermer des moyens de production additionnels, lesquels n’entrent pas plus dans la consommation personnelle des travailleurs que dans celle des capitalistes.

Gomme la somme de valeurs supplémentaire, née de l’accumulation, se convertit en capital de la même manière que toute autre 9ommc de valeurs, il est évident que la doctrine erronée d’Adam Smith sur l'accumulation ne peut provenir que d’une erreur fondamentale dans son analyse de la production capilalistc. En effet, il affirme que, bien que tout capital individuel sc divise en partie constante et partie variable, en salaires et valeur des moyens de production, il n’en est pas de même de la somme des capitaux individuels, du capital social. La valeur de celui-ci égale, au contraire, la somme des salaires qu’il paie, autrement dit, le capital social n’est que du capital variable.

Un fabricant de drap, par exemple, transforme en capital une somme de 200 000 francs. Il en dépense une partie à embaucher des ouvriers tisseurs, l’autre à acheter de la laine filée, des machines, etc. L’argent, ainsi transféré aux fabricants des filés, des machines, etc., paie d’abord la plus-value contenue dans leurs marchandises, mais, cette déduction faite, il sert à son tour à solder leurs ouvriers et à acheter des moyens de production fabriqués par d’autres fabricants, et ainsi de suite. Les 200 000 fr. avancés par le fabricant de draps sont donc peu à peu dépensé^ en salaires, une partie par lui-même, une deuxième partie par les fabricants chez lesquels il achète ses moyens de production, cl ainsi de suite, jusqu’à ce que toute là somme, à part la plus-value successivement prélevée, soit entièrement avancée en salaires, ou que le produit représenté par elle soit tout entier consommé par des travailleurs productifs.

Toute la force de cet argument gît dans les mots : « et ainsi de suite », qui nous renvoient de Caïplie à Pilate sans nous laisser entrevoir le ca pitaliste entre les mains duquel le capital constant, c’est-à-dire la valeur des moyens de production, s’évanouirait finalement. Adam Smith arrête ses recherches précisément au point où la difficulté commence 1 .

La reproduction annuelle est un procès très-facile r à saisir tant que l’on ne considère que le fonds de la production annuelle, mais tous les éléments de celle-ci doivent passer par le marché. Là les mouvements des capitaux et des revenus personnels se croisent, s’entremêlent et se perdent dans un mouvement général de déplacement — la circulation de la richesse sociale — qui trouble la vue de l’observateur et offre à l’analyse des problèmes très-com-

1. En dépit de sa • Logique », M. J. St. Mill ne soupçonne mais les erreurs d’analyse de ses uiaîires; il se contente e !S reproduire avec un dogmatisme d’écolier. C ont encoio ici : cas. .. A la longue, ilil-il, le capital même se résout entiesment en salaires, et. lorsqu’il a été reconstitue parla vente es produits, il retourne de nouveau en salaires. >»

pliqtiés 1 2 3 * . C’est le grand mérite des pbysiocratcs d’avoir les premiers essayé de donner, dans leur tablait, economique, une image de la reproduction annuelle telle qu'elle sort de la circulation. Leur exposition est à beaucoup d’égards plus près de la vérité que celle de leurs successeurs.

Après avoir résolu toute la partie de la richesse sociule, qui fonctionne comme capital, en capital variable ou fonds de salaires, Adam Smith aboutit nécessairement à son dogme vraiment labuleux, aujourd’hui encore la pierre angulaire de l’économie politique, savoir : que le prix nécessaire des marchandises se compose de salaire, de profit (l’intérêt y est inclus), et de rente foncière, en d’autres termes, de salaire et de plus-value. Partant de là, Storch a au moins la naïveté d’avouer que : « Il est impossible de résoudre lo prix nécessaire dans ses éléments simples5.»

Enfin, cela va sans dire, l’économie politique n’a pas manqué d’exploiter, au service de la classe capitaliste, cette doctrine d’Adam Smith :quc toute la partie du produit net qui se convertit en capital est consommée par la classe ouvrière.

Division de la plus-value en capital et en revenu. — Théorie de l’abstinence.

Jusqu’ici. nous avons envisagé la plus-value, tantôt comme fonds de consommation, tantôt comme fonds d’accumulation du capitaliste. Elle est l’un et l’autre à la fois. Une partie en est dépensée comme revenu5, et l’autre accumulée comme capital.

Donné la masse de la plus-value, l’une des parties sera d’autant plus grande que l’autre sera plus petite. Toutes autres circonstances restant les mêmes, la proportion suivant laquelle ce partage se fait déterminera la grandeur de V accumulation. C’est le propriétaire de la plus-value, le capitaliste, qui en fait le partage. Il y a donc là acte de sa volonté. De l’aliquote du tribut, prélevé par lui, qu’il accumule, on dit qu’il l'épargne , parce qu’il ne la mange pas, c’est-à-dire parce qu’il remplit sa fonction de capitaliste, qui est de s’enrichir.

Le capitaliste n’a aucune valeur historique, aucun droit historique à la vie, aucune raison d'être sociale, qu’aulant qu’il fonctionne comme capital personnifié. Ce n’est qu’à ce litre que la nécessité transitoire de sa propre existence est impliquée dans la nécessité transitoire du mode de production capitaliste. Le but déterminant de son activité n’est

1. On en trouvera la solution dans le deuxième livre de cet ouvrage.

2. Storch, 1. c., édition de Pétersbourg, 1815, t. J, p- 140, note.

3. Le lecteur remarquera que nous employons le mot revenu dans deux sens différents, d’une part pour designer la plusvalue en tant que fruit périodique du capital; d’autre part pour en désigner ia partie qui est périodiquement consommée

par le capitaliste ou jomte par lui à son fonds de consommation. Nous conservons ce double sens parce qu’il s’accorde avec

le 'ingage usité cher, les économistes anglais et fiançai».

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