CHAPITRE XXV
travail, le système capitaliste développe aussi les moyens de tirer plus de travail du salarié, soit en prolongeant sa journée, soit en rendant son labeur plus intense, ou encore d’augmenter en apparence le nombre des travailleurs employés en remplaçant une force supérieure et plus chère par plusieurs forces inférieures et à bon marché, l’homme par la femme, l’adulte par l’adolescent et l’enfant, un Yankee par trois Chinois. Voilà autant de méthodes pour diminuer la demande de travail et en rendre l’oflre surabondante, en un mot, pour fabriquer des surnuméraires.
L’excès de travail imposé à la fraction de la classe salariée qui se trouve en service actif grossit les rangs de la réserve, et, en augmentant la pression que la concurrence de la dernière exerce sur la première, force celle-ci à subir plus docilement les ordres du capital. A cet égard il est très instructif de comparer les remontrances des fabricants anglais au dernier siècle, à la veille de la révolution mécanique, avec celles des ouvriers de fabrique anglais en plein dix-neuvième siècle. Le porte-parole des premiers, appréciant fort bien l’effet qu’une réserve de surnuméraires produit sur le service actif, s’écrie : «Dans ce royaume une autre cause de l’oisiveté, c'est le manque d’un nombre suffisant de bras. Toutes les fois qu’une demande extraordinaire rend insuflisante la masse de trayail qu’on a sous la main, les ouvriers sentent leur propre importance et veulent la faire sentir aux maîtres. C’est étonnant, mais ces gens-là sont si dépravés, que dans de tels cas des groupes d’ouvriers se sont mis d’accord pour jeter leurs maîtres dans l’embarras en cessant de travailler pendant toute une journée1,» c’està-dire que ces gens « dépravés » s’imaginaient que le prix des marchandises est réglé par la «sainte» loi de l’offre et la demande.
Aujourd’hui les choses ont bien changé, grâce au développement de l’industrie mécanique. Personne n’oserait plus prétendre, dans ce bon royaume d’Angleterre, que le manque de bras rend les ouvriers oisifs 1 Au milieu de la disette cotonnière, quand les fabriques anglaises avaient jeté la plupart de leurs hommes de peine sur le pavé et que le reste n’était occupé que quatre ou six heures par jour, quelques fabricants de Bolton tentèrent d'imposer à leurs hleurs un temps de travail supplémentaire, lequel, conformément à loi sur les fabriques, ne pouvait frapper que les hommes adultes. Ceux-ci répondirent par un pamphlet d’où nous extrayons le passage suivant : « On a proposé aux ouvriers adultes de travailler de douze à treize heures par jour, à un moment où des centaines d’entre eux sont forcés de rester oisifs, qui cependant acepteraient volontiers même une occupation partielle pour soutenir leurs familles et sauver leurs frères d’une mort prématurée causée par l’excès de travail.... Nous le demandons, cette habitude d’imposer aux ouvriers occupés un temps de travail supplémentaire permet-elle d’établir des rapports supportables entre les maîtres et leurs serviteurs? Les victimes du travail excessif ressen-