CHAPITRE III
Cette loi, que la quantité des moyens de circulation est déterminée par la somme des prix des marchandises circulantes et par la vitesse moyenne du cours de la monnaie 1 , revient à ceci : étant données et la somme de valeur des marchandises et la vitesse moyenne de leurs métamorphoses, la quantité du métal précieux en circulation dépend de sa propre valeur. L’illusion d’après laquelle les prix des marchandises sont au contraire détermines par la masse des moyens de circulation et cette masse par l’abondance des métaux précieux dans un pays , repose originellement sur l’hypothèse absurde que les marchandises et l’argent entrent dans la circulation, les unes sans prix, l’autre sans valeur, et qu’une partie aliquotc du tas des marchandises s’y
1. « Il y a une certaine mesure et une certaine proportion de monnaie nécessaire pour faire marcher le commerce d’une nation, au-dessus ou au-dessous desquelles ce commerce éprouverait un préjudice. Il faut de même une certaine proportion de farthings (liards) dans un petit commerce de détail pour échanger la monnaie d’argent et surtout pour les comptes qui ne pourraient être réglés complètement avec les plus petites pièces d’argent.... De même que la proportion du nombre de farthings exigée par le commerce doit être calculée d’après le nombre des marchands, la fréquence de leurs échanges, et surtout d’après la valeur des plus petites pièces de monnaie d’argent ; de même la proportion de monnaie (argent ou or) requise par notre commerce doit être calculée sur le nombre des échanges et la grosseur des payements à effectuer. • (William Petty, A Trealise on Taxes and Contributions, London, 1GG7, p. 17.)
La théorie de Hume, d’après laquelle * les prix dépendent de l’abondance de l’argent, » fut défendue contre sir James Steuartel d’autres par A. Young, dans sa Political Arithmelic, London, 1774, p. 112 et suiv. Dans mon livre : Zur Kritik, etc., p. 183. j’ai dit qu’Adam Smith passa sous silence cette question de la quantité de la monnaie courante. Cela n’est vrai cependant qu’aulant qu’il traite la question de l’argent ex professa. A l’occasion, par exemple dans sa critique des systèmes antérieurs d’économie politique, il s’exprime correctement à ce sujet : « La quantité de monnaie dans chaque pays est réglée par la valeur des marchandises qu’il doit faire circuler La valeur des articles achetés et vendus annuellement
dans un pays requiert une certaine quantité de monnaie pour les faire circuler et les distribuer à leurs consommateurs et ne peut en employer davantage. Le canal de la circulation attire nécessairement une somme suffisante pour le remplir et n’admet jamais rien de plus. »
Adam Smith commence de même son ouvrage, ex professo , par une apothéose de la division du travail. Plus tard, dans le dernier livre sur les sources du revenu de l’État, il reproduit les observations de A. Ferguson, son maître, contre la division du travail. (Wealth of Nations, 1. IV, c. 1.)