‹ Le capital T. 1Chapitre 321 sur 357 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Dans les annales de l’histoire réelle, c’est la conquête, l’asservissement, la rapine à main armée, le régné de la force brutale, qui l’a toujours emporté. Dans les manuels beats de l’économie politique, c est 1 idylle au contraire qui a do tout temps régné. A leur dire il n’y eut jamais, l’année courante exceptee, d’autres moyens d’enrichissement que le travail et le droit. En fait, les méthodes do l’accumulation primitive sont tout ce qu’on voudra, hormis matière à idylle.

Le rapport officiel entre le capitaliste et le salarié est d’un caractère purement mercantile. Si le premier joue le rôle de maître et le dernier le rôle de serviteur, c’est grâce à un contrat par lequel celui-ci s’est non-seulement mis au service, et parlant sous la dépendance, de celui-là, mais par lequel il a renoncé à tout titre de propriété sur son propre produit. Mais pourquoi le salarié fait-il ce marché? Parce qu’il ne possède rien que sa force personnelle, le travail à l’état de puissance, tandis que toutes les conditions extérieures requises pour donner corps à cette puissance, la matière et les instruments nécessaires à l’exercice utile du travail, le pouvoir de disposer des subsistances indispensables au maintien de la force ouvrière et à sa conversion en mouvement productif, tout cela se trouve de l’autre côté.

Au fond du système capitaliste il y a donc la séparation radicale du producteur d’avec les moyens de production. Cette séparation se reproduit sur une échelle progressive dès que le système capitaliste s’est une fois établi ; mais comme celle-là forme la base de celui-ci, il ne saurait s’établir sans elle. Pour qu’il vienne au monde, il faut donc que, partiellement au moins, les moyens de production aient déjà été arrachés sans phrase aux producteurs, qui les employaient à réaliser leur propre travail, et qu’ils se trouvent déjà détenus par des producteurs marchands, qui eux les emploient à spéculer sur le travail d’autrui. Le mouvement historique qui fait divorcer le travail d’avec ses conditions extérieures, voilà donc le fin mot de l’accumulation appelée « primitive » parce qu’elle appartient à l’âge préhistorique du monde bourgeois.

L’ordre économique capitaliste est sorti des entrailles de l’ordre économique féodal. La dissolution de l’un a dégagé les éléments constitutifs de l’autre.

Quant au travailleur, au producteur immédiat, pour pouvoir disposer de sa propre personne, il lui fallait d’abord cesser d’être attaché à la glèbe ou d’être inféodé à une autre personne; il ne pouvait non plus devenir libre vendeur de travail, apportant sa marchandise partout où elle trouve un marché, sans avoir échappé au régime des corporations, avec leurs maîtrises, leurs jurandes, leurs lois d’apprentissage, etc. Le mouvement historique qui convertit les producteurs en salariés se présente donc comme leur affranchissement du servage et de la hiérarchie industrielle. De l’autre côté, ces affranchis ne deviennent vendeurs d’eux-mêmes qu’après avoir été dépouillés de tous leurs moyens de production et de toutes les garanties d’existence offertes par l’ancien ordre des choses. L’histoire de leur expropriation n’est pas matière à conjecture : elle est

écrite dans les annales de l’humanité en lettres de sanS et de feu indélébiles.

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L ensemble du développement, embrassant à la fois la genèse du salarié et celle du capitaliste, a pour point de départ la servitude des travailleurs; le progrès qu’il accomplit consiste, à changer b forme de l’asservissement, à amener la métamorphose de l’exploitation féodale en exploitation capitaliste. Pour en faire comprendre la marche, il no nous faut pas remonter trop haut. Dien que les premières ébauches de la production capitaliste aient été faites do bonne heure dans quelques villes delà Méditerranée, l’ère capitaliste ne date que du seizième siècle. Partout où elle éclot, l'abolition du servage est depuis longtemps un fait accompli, et le régime des villes souveraines, cette gloire du moyen âge, est déjà en pleine décadence.

Dans l’histoire de l’accumulation primitive, touto révolution fait époque qui sert de levier à l'avancement de la classe capitaliste envoie de formation, celles surtout qui, dépouillant de grandes masses de leurs moyens de production et d’existence traditionnels, les lancent à l’improvisto sur le marché du travail. Mais la base do toute cette évolution, ccst l’expropriation des cultivateurs.

Elle ne s’est encore accomplie d une manière radicale qu’en Angleterre: ce pays jouera donc rieccso. os l'onmn f 1 n rtrfttnw>r Wi le dans notre esquisse. Mais

sairementlc premier rôle dans notre esquisse. Mais tous les autres pays de l’Europe occidentale parcourent le même mouvement, bien que selon c un i< u il change de couleur locale, ou se resserre dans un i i.,„ /ivnii nu mésente un caractère inouï >

cercle plus étroit, ou présente un caractère moins fortement prononcé, ou suive un ordre de buccession différent1.

1 En Italie, où la production capitaliste t’est développée plu.; l“t qu'leurs, leP féodalisme a également fût. Les serfs y furent donc émancipés de Sljr

le temps de s’assurer d'anciens droits de pre J terres qu’ils possédaient, tue bonr.e i»rtie K^,3 pour libres et légers comme 1 air, affluai » s«jgne un *•- e;.t de

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bonne heure préférées com ^ Ju qujn*ii-Loe secte :

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prit un essor sans précédent.

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