GENÈSE DES FERMIERS CAPITALISTES
Après avoir considéré la création violente d’un prolétariat sans feu ni lieu, la discipline sanguinaire qui le transforme en classe salariée, l’intervention honteuse do l’État favorisant l'exploitation du travail, et partant l’accumulation du capital, du renfort de sa police, nous ne savons pas encore d’où viennent, originairement, les capitalistes. Car il est clair que l’expropriation de la population des campagnes n’engendre directement que de grands propriétaires fonciers.
Quant à la genèse du fermier capitaliste, nous pouvons pour ainsi dire la faire toucher du doigt, parce que c est un mouvement qui sc déroule lentement et embrasse des siècles. Les serfs, de même que les propriétaires libres, grands ou petits, occupait ni leurs terres a des titres de tenure très-divers :
1 f s.c l'ouvèrent donc, après leur émancipation,
ans (*os (;lroonstances économiques trèsuiilerontcs.
Lu Angleterre, le fermier apparaît d’abord sous la tonne du baili/J (bailli), serf lui-même. Sa position ressemble à celle du villicus de l’ancienne Hume, mais dans une sphère d’action plus étroite. 1 endant la seconde moitié du quatorzième siècle il est remplacé par le lcrmier libre, que le propriétaire pourvoit de tout le capital requis, semences, bétail et instruments de labour. Sa condition diffère peu o celle des paysans, si ce n’est qu’il exploite plus c journaliers. Il devient bientôt métayer, colon
partiaire. Une partie du fonds de culture est alors avancée par lui, l’autre par le propriétaire , tous deux se partagent le produit total suivant une proportion déterminée par contrat. Ce mode de fermage, qui s’est maintenu si longtemps en France, en Italie, etc., disparaît rapidement en Angleterre pour faire place au fermage proprement dit, ou le fermier avance le capital, le fait valoir, en employant des salariés, et paie au propriétaire à titre de rente ioncière une partie du produit net annuel, à livrer en nature ou en argent, suivant les stipulations du bail
Tant que le paysan indépendant et le journalier cultivant en outre pour son propre compte s enrichissent par leur travail personnel, la condition du fermier et son champ de production restent également médiocres. La révolution agricole des trente dernières années du quinzième siècle, prolongée jusqu’au dernier quart du seizième, l’enrichit aussi vite qu’elle appauvrit la population des campagnes . L’usurpation des pâtures communales, etc., lui Pef* met d’augmenter rapidement et presque sans frais
1. « Les fermiers, dit Harrison dans sa Description de ^ gleterre, qui autrefois ne payaient, que difficile™^. J* livres sterling de rente, en paient aujourd’hui ^ua . ' ; a
quante, cent, et croient avoir fait de mauvaises nomme l’expiration de leur bail ils n’ont pas mis de côté une somme équivalente au total do la rente foncière acqu P dant six ou sept ans. •