DE LA SECONDE ÉDITION ALLEMANDE
En Allemagne l’économie politique reste, jusqu’à celte heure, une science étrangère. — Des circonstances historiques, particulières, déjà en grande partie mises en lumière par Gustave de Gülich dans son Histoire du commerce , de l'industrie , etc., ont longtemps arrêté chez nous l’essor de la production capitaliste, et, partant, le développement de la société moderne, de la société bourgeoise. Aussi l’économie politique n’y lut-elle pas un fruit du sol ; elle nous Mnt toute faite d Angleterre et de France comme un article d importation. Nos professeurs restèrent des i coiers, ien mieux, entre leurs mains l’expression îeouquc e sociétés plus avancées se transforma en un recuei « ogmes, interprétés par eux dans le sens d une société arneree, donc interprétés à rebours. Pour dissimuler leur fausse position, leur manque d'originalité, leur impuissance scientifique, nos pédagogues dépaysés étalèrent un véritable luxe d’érudition historique et littéraire ; ou encore ils mêlèrent à leur denrée d’autres ingrédients empruntés à ce samilgondis de connaissances hétérogènes que la bureaucratie allemande a décoré du nom de Kameral-wissenjçhuftcn (Sciences administratives).
Depuis 1848, la production capitaliste s’est de p us en plus enracinée en Allemagne, et aujour-
d’hui elle a déjà métamorphosé ce ci-deyant pays de rêveurs en pays de faiseurs. Quant à nos économistes, ils n’ont décidément pas de chance. Tant qu’ils pouvaient faire de l’économie politique sans arrière-pensée, le milieu social qu’elle présuppose leur manquait. En revanche, quand ce milieu fut donné, les circonstances qui en permettent l’étude impartiale même sans franchir l’horizon bourgeois, u’existaient déjà plus. En effet, tant qu’elle est bourgeoise, c’est-à-dire qu’elle voit dans l’ordre capitaliste non une phase transitoire du progrès historique, mais bien la forme absolue et définitive de la production sociale, l'économie politique ne peut rester une science qu’à condition que la lutte des classes demeure latente ou ne se manifeste que par des phénomènes isolés.
Prenons l’Angleterre. La période où cette lutte n’y est pas encore développée, y est aussi la période classique de l’économie politique. Son dernier grand représentant, Ricardo, est le premier économiste qui lasse délibérément de l’antagonisme des intérêts de classe, de l'opposition entre salaire et profit, profit et rente, le point de départ de ses recherches. Cet antagonisme, en effet inséparable de l’existence même des classes dont la société bourgeoise se com-
EXTRAITS de la postface
pose, il le formule naïvement comme la loi naturelle, immuable de la société humaine. C’était atteindre la limite que la science bourgeoise ne franchira pas. La Critique se dressa devant elle, du vivant même de Ricardo, en la personne de Sismondi.
La période qui suit, de 1820 à 1830, se distingue, en Angleterre, par une exubérance de vie dans le domaine de 1 économie politique. C'est l’époque de l’élaboration de la théorie ricardienne, de sa vulgarisation et de sa lutte contre toutes les autres écoles issues de la doctrine d’Adam Smith. De ces brillantes passes d’armes on sait peu de choses sur le continent, la polémique étant presque tout entière éparpillée dans des articles de revue, dans des pamphlets et autres écrits de circonstance. La situation contemporaine explique l’ingénuité do cette polémique, bien que quelques écrivains non enrégimentés se fissent déjà de la théorie ricardienne une arme offensive contre le capitalisme. D’un côté la grande industrie sortait à peine de l’enfance, car ce n’est qu’avec la crise de 1825 que s’ouvre le cycle périodique de sa vie moderne. De l’autre côté, la guerre de classe entre le capital et le travail était rejetée à l’arrière-plan; dans l’ordre politique, par la lutte des gouvernements et de la féodalité, groupés autour de la sainte alliance, contre la masse populaire, conduite par la bourgeoisie ; dans l’ordre économique, par les démêlés du capital industriel avec la propriété terrienne aristocratique qui, en France, se cachaient sous l’antagonisme de la petite et de la grande propriété, et qui, en Angleterre, éclatèrent ouvertement après les lois sur les céréales. La littérature économique anglaise de cette période rappelle le mouvement de fermentation qui suivit, en Fiance, la mort de Quesnay, mais comme l’été de la Saint- Martin rappelle le printemps.
C'est en 1330 qu’éclate la crise décisive.
En France et en Angleterre la bourgeoisie s’empare du pouvoir politique. Dès lors, dans la théorie comme dans la pratique, la lutte des classes revêt des formes de plus en plus accusées, de plus en plus menaçantes. Elle sonne le glas de l’économie bourgeoise scientifique. Désormais il ne s’agit plus de savoir, si tel ou tel théorème est vrai, mais s’il est bien ou mal sonnant, agréable ou non à la police, utile ou nuisible au capital. La recherche desintéressée fait place au pugilat payé, l’investigation consciencieuse à la mauvaise conscience, aux misérables subterfuges de l’apologétique. Toutefois, les petits traités, dont [’Auticorulaw-leuyue, sous les auspices des fabricants BrightetLobdcn, importuna le public, offrent encore quelque intérêt, sinon scientifique, du moins historique, à cause Je leurs attaques contre l’aristocratie foncière. Mais la législation libre échangiste de Robert Peel arrache bientôt à l’économievulgaire, avec son dernier grief, sa dernière griffe.
Vint la Révolution continentale de 1848-49. Elle réagit sur l’Angleterre ; les hommes qui avaient encore des prétentions scientifiques et désiraient être «lus que de simples sophistes et sycophantes des classes supérieures, cherchèrent dors a concilier l’économie politique du capital avec les réclamations du prolétariat oui entraient désormais en ligne de
compte. De la un éclectisme édulcoré, dont John
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possible chez nous, que déjà elle était redevenue impossible. bcs coryphées se divisèrent alors en deux groupes : les gens avisés, amlutieux. pratiques ", coururent en foule sous le drapeau de liastiat’ le représentant le plus plat, partant le ph,s réussi’ de 1 économie apologétique; les autres, tout pénétrés de la dignité professorale de leur science, suivirent { John Stuart. Mill dans sa tentative de conciliation des inconciliables. Comme à l’époque classique de l’ économie, bourgeoise, les Allemands restèrent., au temps de sa décadence, de purs écoliers, répétant la leçon, marchant dans les souliers des maîtres, de pauvres colporteurs au service de grandes maisons étrangères.
La marche propre a la société allemande excluait donc tout progrès original de 1 économie bourgeoise, mais non de sa critique. En tant qu'une telle critique représente une classe, elle ne peut représenter que celle dont la mission historique est, de révolutionner le modo de production capitaliste, et finalement d’abolir les classes — le prolétariat.
La mélhodc employée dans le Capilnl a été peu comprise, à en juger par les notions contradictoires qu’on s’en est laites. Ainsi, la lie vut positive do Paris me reproche à la fois d’avoir fait de l'économie politique, métaphysique et — devinez quoi — de m’être borné à une simple analyse critique des éléments doünés, au lieu de formuler des recettes corntistes?; pour les marmites de. l'avenir. Ouant à l 'accusation de métaphysique, voici ce qu’en pense M. Siei.cr, professeur d'économie politique à 1 Université <Je Kiew : « En ce qui concerne la théorie, proprement dite, la méthode de Marx est celle de toute l’école anglaise, c’est la méthode déductive dont les avantages el les inconvénients sont communs aux plus (jiands théoriciens de 1 économie politique . «
M. Maurice Iilock.2, lui, trouve que ma méthode est analytique, et dit même : « Par cet '«uvrage
i M Marx se classe parmi les esprits analytique
plus éminents. « Naturellement, - Allemagne h,
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