‹ Le capital T. 1Chapitre 58 sur 357 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Voici les éléments simples dans lesquels le pi ocès de travail 1 se décompose : 1° activité personnelle de l’homme, ou travail proprement dit ; 2° objet sur lequel le travail agit; 3° moyen par lequel il agit.

La terre ( et sor.s ce terme, au point de vue économique , on comprend aussi l’eau), de même qu’elle fournit à l’homme , dès le début, des vivres tout préparés * , est aussi l’objet universel de travail qui se trouve là sans son lait. Toutes, les choses que le travail ne fait que détacher de leur connexion immédiate avec la terre sont des objets de travail de par la grâce de la nature. Il en est ainsi du poisson que la peche arrache a son élément de vie, l’eau; du bois abattu dans la forêt primitive ; du minerai extrait de sa veine. L’objet déjà filtré par un travail antérieur, par exemple, le minerai lavé, s’appelle matière première. Toute matière première est objet de travail, mais tout objet de travail n’est point matière première; il ne le devient qu'après avoir subi déjà une modification quelconque effectuée par le travail.

Le moyen de travail est une chose ou un ensemble de choses que l’homme interpose entre lui et l’objet de son travail comme conducteurs de son action. Il se sert des propriétés mécaniques, physiques, chimiques de certaines choses pour les faire agir comme forces sur d’autres choses, conformement à son but1. Si nous laissons de côté la prise de possession de subsistances toutes trouvées — la cueillette des fruits par exemple, où ce sont les organes de l’homme qui lui servent d’instrument, — nous voyons que le travailleur s’empare immédiatement, non pas de l’objet, mais du moyen de son travail. Il convertit ainsi des choses extérieures en organes de sa propre activité, organes qu’il ajoute aux siens de manière à allonger, en dépit de la Bible, sa stature naturelle. Gomme la terre est son magasin de vivres primitif, elle est aussi l’arsenal primitif de ses moyens de travail. Elle lui fournit, par exemple, la pierre dont il se sert pour frotter , trancher, presser, lancer, etc. La terre elle- même devient moyen de travail , mais no commence pas à fonc-

1. En allemand Arbeits-Process (Procès de travail). L( mot « procès » qui exprime un développement considéré dan! l’ensemble de ses conditions réelles, appartient depuis long temps à la langue scientifique de toute l’Europe. En France or l’a d’abord introduit d’une manière timide sous sa formt latine — processus. Puis il s’est glissé, dépouillé de ce déguise ment pédantesque, dans les livres de chimie, physiologie, etc. et dans quelques œuvres de métaphysique. Il finira par obtc nir ses lettres de grande naturalisation. Remarquons en passan que les Allemands, comme les Français, dans le langage ordi naire, emploient le mot « procès » dans son sens juridique.

2. « Les productions spontanées de la terre ne se présenten qu en petite quantité et tout à fait indépendamment di 1 homme. Il semblerait qu’elles ont été fournies par la natun de la meme manière que l’on donne à un jeune homme un< petite somme d aigent pour le mettre à môme de se frayer un< route dans 1 industrie et de faire fortune. » (James Steuart Principles of Polit. Econ. Edit. Dublin, 1770, ». 1 p 116).

3. • La raison est aussi puissante que rusée. Sa ruse consisti en général dans cette activité entremetteuse qui en laissait agir les objets les uns sur les autres conformément à leui propre nature, sans sc mêler directement à leur action réci-

proque, en arrive néanmoins à atteindre uniquement le bu1 3 * qu’elle se propose. » (Hegel : Encyclopédie , Erster Theil. -

Rie l.nyik, llerlin 1840, p. 382.

toute r C°mme tc* c!ans l'agriculture, sans que, préalahlp0 SCn? ^ antres moyens de travail soit dévewTTUt d0nr ’ • i'il «t tant soit peu

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L’emploi et lu Ü X moyen, qu ils se trouvent en germe chez quelques espèces animales, caractérisent éminemment le travail hu main. Aussi Franklin donnc-t-il celle définition de 1 homme : 1 homme est un animal fabricatcur d’outils « a toolmaking animal. » Les débris des anciens moyens de travail ont pour l’étude des formes economiques des sociétés disparues la même importance que la structure des qs fossiles pour la connaissance de l’organisation des races étein les. Ce. qui distingue une époque économique d’une autre, c’est moins ce que l’on fabrique, que la manière, do, fabriquer, les moyens de travail par lesquels on tabiique J. Les moyens de travail sont les gradimètre.s du développement du travailleur, et les exposants des rapports sociaux dans lesquels il travaille. Cependant les moyens mécaniques, dont l’ensemble peut

être nommé le système osseux et musculaire de, la production, offrent des caractères bien plus distinctifs d’une époque économique que les moyens qui ne servent qu’à recevoir et à conserver les objets qu produits du travail, et dont l’ensemble forme comme le système vasculaire de la production, tels que, par exemple, vases, corbeilles, pots et cruches, etc. Ce n’est que dans la fabrication chimique qu’ils commencent à jouer un rôle plus important.

-Outre les choses qui servent d’intermédiaires, de conducteurs de l’action de l’homme sur son objet, les moyens du travail comprennent, dans un sens plus large, toutes les conditions matériellcsqui, sans rentrer directement dans ses opérations, sont cependant indispensables ou dont l’absence le rendrait défectueux. L’instrument général de ce genre est encore la terre, car elle fournit au travailleur le locus standi, sa base fondamentale, et à son activité le champ où elle peut se déployer, sou field of employment. Des moyens de travail de cette categorie,

)ans son ouvrage d’ailleurs pitoyable : Théorie de l Econ. Paris, 1815, Ganilh objecte aux physiocrates, et énumère ien, la grande série de travaux qui forment la base préihe’ de l’agriculture proprement dite. ......

ians ses Réflexions sur la formation et la distribu a s ses 1766, Turgot fait parfaitement ressortir 1 impoi de’ l’animal apprivoisé et dompté pour les commcn

^[LTesTs marchandises, .es ntarchandises de luxe iment dites sont les plus insigmflaniey-o^^ qépoqaei

la comparaison technologique d jusqu’ici témoi-

iductionî Bien que les hisio.res éciiies jusqcn d’une profonde ignorance < sociale, et par censériion matérielle, base de tou jns p-dC suite des

de mute histoire réelle, on ajieanmoin ^ ^

^t'ec^rL^che^oi-disant historiques, caractérisé jii avec /Tartres leur materiel d armes et

“PsOUPseicsS noms d’âge de pierre, d'âge de bronze et Je fer.

• ai:a rl iih h un travail antérieur, sont les atemais déjà d 1 nt>rs ,,.s Can8UX) les routes, etc.

K:n ’ ° le j) rocès de I ra vai I l’activité de l'homme cffecl’aide des movens de travail une modi- (ir ai ion voulue de son objet. Le procès s eteint dans le produit, c’est-à-dire dans une valeur d’usage. une matière naturelle assimilée aux besoins humains par un changement do forme. Le travail, en se combinant avec son objet, s est matérialisé et la matière est travaillée. Ce qui était du mouvement chez le travailleur, apparaît maintenant dans le produit comme une propriété en repos. L ouvrier a tissé (X le produit osl un tissu.

Si l’on considère rensoinlde do cc mouvement an point de vue de son résultat, du produit, alors tous les deux, moyen et objet de travail , se présentent comme moyens de production *, et le travail lui-inênio comme travail productif .

Si une valeur d’usage est le produit d’un procès de Ira va îl, il y entre comme moyens de production d’autres valeurs d’usage, produits elles-mêmes d’un travail antérieur. La même valeur d’usage, produit d’un travail, devient le moyen de production d’un autre. Les produits ne sont donc pas seulement des résultats, mais encore des conditions du ni'oces de travail.

L’objet du travail est fourni par la nature seule dans l’industrie extractive, — exploitation des mines, chasse , pêche, etc., — et même dans l’agriculture en tant qu'elle se borne à défricher des terres encore vierges. Toutes les autres branches d’industrie manipnlent.des matières premières, c’est-à-dire des objets déjà lillrés par le travail, comme, par exemple, les semences en agriculture. Les animaux et les plantes que d’habitude on considère comme des produits naturels sonl, dans leurs formes actuelles, les produits non-seulement du travail de l’année dernière, mftis encore, d’uni' transformation continuée pendant des siècles sons la surveillance et par l’entremise du travail humain. Quant aux instruments proprement dits, la plupart d’entre eux montrent au regard le plus superficiel les traces d’un travail passé.

La matière première peut former la substance principale d un produit ou n’y entrer que sous la I"1""’ 'f*' matière auxiliaire. Celle-ci est alors consuinmee par le moyen de travail, comme la houille, par la marlnne a vapeur, l'huile par la roue, le foin pai e cheval de (rail; ou bien elle est jointe à la ma ieu* première, pour y opérer une modilication, <l<,m"i|. '-hlore. a la toile écrite, le charbon au fer, i'i. *!"! V'1- ‘l. k''ne» 0,1 bien encore elle aide le "i-mème a s’accomplir, comme, par exom- )> o, es matières usées dans l’éclairage et, le chaui- •Ige de I atelier. La différence entre matières prinupaisri matières auxiliaires se confond dans la labricîili.m chimique proprement dite, où aucune (les matières employées ne reparaît comme substance du produit s.

i,’,!;,!LSOmblc l,ara,loxal d’appeler par exemple le poisson qui Mais iuwii°r0 un raü5'cn de production pour la péclic. des poisslms dans |U a I,ilS e'.1,;.l!rc trouvé le moyen de prendre t eaux oîl ü » V en a pas.

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%UL la matière première proprement dite

Comme toute chose possède des propriétés diverses et prête, par cela même, à plus d’une application, le même produit est susceptible de former la matière première de différentes opérations. Les grains servent ainsi de matière première au meunier, à l’amidonnier, au distillateur, à l’éleveur de bétail, etc ; ils deviennent, comme semence, matière première de leur propre production. De même le charbon sort comme produit de l’industrie minière et y entre comme moyen de production.

Dans la même opération , le même produit peut servir et de moyen de travail et de matière première ;

— dans l’engraissement du bétail, par exemple,

— l’animal, la matière travaillée, fonctionne aussi comme moyen pour la préparation du fumier.

Un produit qui déjà existe sous une forme qui le rend propre à la consommation, peut cependant devenir à son tour matière première d’un autre produit; le raisin est la matière première du vin. Il y a aussi des travaux dont les produits sont impropres à tout autre service que celui de matière première. Dans cet état, le produit n’a reçu, comme on dit, qu’une demi-façon et il serait mieux de dire qu’il n’est qu’un produit sériel ou gradué , comme , par exemple, le coton, les filés, le calicot, etc. La matière première originaire, quoique produit cllemème, peut avoir à parcourir toute une échelle de remaniements dans lesquels, sous une forme toujours modifiée, elle fonctionne toujours comme matière première jusqu’à la dernière opération qui l’élimine comme objet de consommation ou moyen de travail.

On le voit : le caractère de produit, de matière première ou de moyen de travail ne s’attache à une valeur d usage que suivant la position déterminée quelle remplit dans le procès de travail, que d’après la place qu’elle y occupe, et son changement de place change sa détermination.

Toute valeur d’usage entrant dans des opérations nouvelles comme moyen de production, perd donc son caractère de produit, et ne fonctionne plus que comme facteur du travail vivant. Le fileur traite les broches et le lin simplement comme moyen et objet de son travail. Il est certain qu’on ne peut filer sans instruments et sans matière ; aussi l’existence de ces produits est-elle déjà sous-entendue au début du filage. Mais, dans ce dernier acte, il est tout aussi indifférent que lin et broches soient des produits d’un travail antérieur, qu’il est indiffèrent dans l’acte de la nutrition que le pain soit le produit des travaux antérieurs du cultivateur, du meunier, du boulanger, et ainsi de suite. Tout au contraire, ce n'est que par leurs défauts qu’une fois l’œuvre mise en train, les moyens de production font valoir leur caractère de produits. Des couteaux qui ne coupent pas, du fil qui se casse à tout moment, éveillent le souvenir désagréable de leurs fabricants. Le bon produit ne fait pas sentir le travail dont il tire ses qualités utiles.

Une machine, qui ne sert pas au travail est inutile. Elle se détériore en outre sous l’influence des-

qu’il nomme simplement « matière *, des matières auxiliaires qu’il désigne sous le nom de « matériaux, ■ et que Cherbuliez* appelle * matières instrumentales.»

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