‹ Le capital T. 1Chapitre 83 sur 357 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

dûstrie en Angleterre qui ait conservé un mode de production aussi suranné que la boulangerie, comme le prouverait plus d’un passage chez les poètes de l’empire romain. Mais le capital, nous en avons fait la remarque, s’inquiète fort peu du caractère technique du genre de travail dont il s’empare. Il le prend tout d’abord tel qu’il le trouve.

L’incroyable falsification du pain, principalement à Londres, fut mise en lumière pour la première fois (1855-56) par le comité de la Chambre des communes « sur la falsification des subsistances » et dans l’écrit du docteur Hassal : « Adultérations detected'. » Ces révélations eurent pour conséquence la loi du 6 août 1860 : « For preventing lhe adultération of articles of food and drink » (pour empêcher l’adultération des aliments et des boissons) , — loi qui resta sans effet, attendu qu’elle est pleine de délicatesses pour tout libre échangiste qui, par l’achat et la vente de marchandises falsifiées, se propose de ramasser un honnête magot « to turn an honest penny 2 3. » Le comité luimême formula plus ou moins naïvement sa conviction, que commerce libre veut dire essentiellement commerce avec des matières falsifiées ou, selon la spirituelle expression des Anglais, « sophistiquées ». Et en réalité, ce genre de sophistique s’entend mieux que Protagoras à rendre le blanc noir et le noir blanc, et mieux que les Éléates à démontrer ad oculos que tout n’est qu’apparence*.

Dans tous les cas, le comité avait appelé l’attention du public sur le « pain quotidien » et en même temps sur la boulangerie. Sur ces entrefaites, les clameurs des garçons boulangers de Londres à propos de leur travail excessif se firent entendre à la fois dans des meetings et dans des pétitions adressées au Parlement. Ces clameurs devinrent si pressantes que M. H. S. Tremenheere, déjà membre de la commission de 1863, mentionnée plus haut, fut nommé commissaire royal pour faire une enquête à ce sujet. Son rapport4, et les dépositions

1 . L’alun réduit en poudre fine, ou mêlé avec du sel, est un article ordinaire de commerce qui porte le nom significatif de * baker’s sluff » (matière de boulanger.)

2. Chacun sait que la suie est une forme |très-pure du carbone et constitue un engrais que des ramoneurs capitalistes vendent aux fermiers anglais. Or il y eut un procès en 1862, dans lequel le Jury anglais avait à décider si de la suie à laquelle se trouvent mêlés, à l’insu de l’acheteur, 90 p. 100 de poussière et de sable, est de la suie « réelle • dans le sens « commercial » ou de la suie « falsifiée » dans le sens « légal. » Les jurés, « amis du commerce, » décidèrent que c’était de la suie . réelle » du commerce et déboutèrent le fermier de sa plainte en lui faisant payer par dessus le marché tous les frais du procès.

3. Dans un traité sur les falsifications des marchandises, le chimiste français Chevallier passe en revue 600 et quelques articles et compte pour beaucoup d’entre eux 10, 20, 30 méthodes de falsification, il ajoute qu’il ne connait pas toutes les méthodes et ne mentionne pas toutes celles qu’il connait. Il indique 6 especes de falsifications pour le sucre 9 pour l’huile d olive, 10 pour le beurre, 12 pour le sel, 19 pour le lait, 20 pour le pain, 23 pour l’eau-de-vie, 24 pour la farine, 28 pour le chocolat, 30 pour le vin, 32 pour le café, etc. Même le bon Dieu n’est pas épargné comme le prouve l’ouvrage de U.Ronard de Card : » De la falsification des substances sacramentelles, l’aris, IKMi. .

4. Déport, etc., relatiwj to llie C devances covnplamcd of by

lhe Jour ncyuten llukvrs , clc. London, 1862, et Second Déport, etc. London, 1863.

s0UniC(°ntient;®mUre?ti non le cœur du Pu^Üc, mais Bihlo °mac' ^Anglais, toujours à califourchon sur la fàn iffSÏ lCn T0 rh°m,ne •* destiné à manger

d araignées, des cadavres de cancrelats de lâl °l °S pourrie et des évacuations d'uld^Æ^ parler de 1 alun, du sable et d’autres ingrédients mîn? raux tout aussi agréables. » Sans égard uouîsl W tete, «le Libre-commcrce », lai. libre » boulangerie fut soumise a la surveillance d’inspecteurs nommés par lEtat (fin de la session parlementaire de 1863) et le travail de 9 h. du soir à 5 h. du matin fut interdit par le même acte du Parlement pour les garçons boulangers au-dessous de dix-huit ans. La dernière clause contient des volumes sur l’abus qui se fait des forces du travailleur dans cet honnête et patriarcal métier.

« Le travail d’un ouvrier boulanger de Londres commence régulièrement vers 11 h. du soir. Il fait d abord le levain, opération pénible qui dure de une demi-heure à trois quarts d’heure, suivant la masse et la finesse de la pâte. Il se couche ensuite sur la planche qui couvre le pétrin et dort environ deux heures avec un sac de farine sous la tête et un autre sac vide sur le corps. Ensuite commence un travail rapide et ininterrompu de quatre heures pendant lesquelles il s’agit de pétrir, peser la pâte, lui donner une forme, la mettre au four, l’en retirer, etc. La température d’une boulangerie est ordinairement de 75 à 90 degrés ; elle est même plus élevée quand le local est petit. Les diverses opérations qui constituent la fabrication du pain une fois terminées, on procède à sa distribution, et une grande partie des ouvriers, après leur dur travail de nuit, portent le pain pendant le jour dans des corbeilles, de maison en maison, ou le traînent sur des charrettes, ce qui ne les empêche pas de travailler de temps à autre dans la boulangerie. Suivant la saison de l’année et l’importance de la fabrication, le travail finit entre 1 et 4 heures de l’après-midi, tandis qu’une autre partie des ouvriers est encore occupée à l’intérieur, jusques vers minuit*. » fendant la saison à Londres, les ouvriers des boulangers « full priced » (ceux qui vendent le pain au prix normal) travaillent de 1 1 h. du soir à 8 h. du lendemain matin presque sans interruption; on les emploie ensuite à porter le pain jusqu a 1, 5i 6, même 7 heures, ou quelquefois a hure du biscuit dans la boulangerie. Leur ouvrage «<miné, il leur est permis de dormir a peu I. six heures ; souvent “«me lia «e dom^^nc» ou quatre heures. Le vendrer î ^ KOir

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la nuit qui précède le dimanche. Dans les OUîngeries de premier ordre, ou le pain se vend au

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