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Irielie n'achetait rien. Quant à l'oligarchie des i icbes. qui produisaient dans leur maison le plus qu'ils pouvaient et qui n'achetaient au dehors que les objets de luxe, la grande industrie ne pouvait pas compter sur eux. Il n'y avait de débouché ni en haut ni en bas.
On a voulu voir dans les corporations le symptôme d'une haule potentialité productive(l), des indices d'une forte organisation économique, constituant des or. nismes de défense, qui assuraient l'indépendance professionnelle, ce qui suppose une vigoureuse classe ouvrière. On a ainsi méconnu le caractère des corporations, qui n'étaient pas, comme on le croit généralement, des as ciations faites pour conserver la technique ou pourvoir, par la division du travail, à certaines industries qui demandent de la technique, de l'habileté, de l'habitude, un apprentissage, ltien de tout cela n'est vrai : les collèges romains n'étaient pas des instruments de politique industrielle, mais d'économie d'Etat, qui se rattachaient au système des impôts en nature et des prestations ; c'est pour cela qu'ils comprenaient d'autres personnes que celles qui se livraient à l'exercice du métier. Le but de ces collèges était d'assurer certains services publics, moyennant certaines immunités, services île transport et vente d'objets fournis à litre d'impôts. Ils n'ont donc rien à voir avec l'organisation industrielle.
L'Etat ne favorisa jamais le développement des industries, il ne s'en préoccupa que pour le service de l'armée et de l'annone. Si à certains métiers il fournit des locaux et des instruments, s'il donna aux boulangers le capital de roulement et des dotations spéciales, s'il donna à certains des privilèges et des immunités, en les obligeant cependant à ne vendre qu'à prix ta-
(i) Marquardt, Mommmsen, Karlowa, Liebemann, Roem. Verein-
ii, 9.
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rifés, ce fut toujours pour faciliter l'alimentation des grandes masses populaires, non pas pour amener la transformation du métier en fabrique.
On ne peut pas non plus soutenir que Rome était un centre industriel, avec des fabriques de tissus, de métaux, d'objets d'art (1). La vérité est que Rome n'avait que l'apparence d'une cité industrielle, et qu'elle fut une cité improductive, une grande pieuvre.
Dans la grande ville, la richesse était mal divisée : à un pôle, la ploutocratie avide de luxe, en vain combattu par des lois somptuaires, par la censure publique ; à l'autre pôle, la misère, une souveraineté couverte de haillons, qui vivait des distributions publiques ; au milieu, rien. Généralement on parle de la Home riche, éblouissante, des repas magnifiques, des spectacles grandioses, des villas immenses, des palais de marbre, de prodigalités insensées. Ce tableau ne donne qu'un côlé de la vie sociale, celui qui est artistiquement beau, mais à côté il y a d'autres perspectives plus profondes et économiquement plus intéressantes, celles où grouillent les foules anonymes.
Martial et Juvénal, qui ont connu par expérience tous les côtés de la société et qui vécurent des jours heureux avec les jouisseurs et des périodes de misère et d'humiliation avec les misérables, ont fait une analyse minutieuse des uns et des autres et ils nous fournissent des données utiles pour évaluer la richesse de la capitale. Ici, dit Martial (m, 38), on vit à l'aventure ; les foules sont pâles de faim, et on passe les journées à monter et à descendre les escaliers en solliciteur (x, 58). Ici nous vivons tous dans une pauvreté ambitieuse, dit
i; Marquardt; Vie privée, II, i-18. — BlMner, Die gewerbliche Thiitigkeit, 112 — Bùcdsenschutz, Die Hauptstâtten der Gewerbe- Uterth., 1869, p. o.
Kill CH. V. LA PRODUCTION DI£S BIENS
Javénal (m, 180). La cité regorge d'une masse énorme de misérables qui ne peuvent apaiser leur faim : panai eux il y a des citoyens qui portent des noms illustres et qui prétendent descendre des Troyens (i, 109). C'est beaucoup d'avoir un plat de légumes mal assaisonnés (i. 139). Et pour les clients, quelle misérable condition, obligés de courir toute la journée et souvent de revenir le soir les mains vides (i, 117). La plupart i vaient 10 sesterces par mois (=2 francs. Mart., îv, 26). Avec cette somme ils ne pouvaient certainement pas paver leur loyer, leur nourriture, leur chauffage, leur éclairage, leurs vêtements (1) : c'était plutôt un moyen de se les attacher, et celui qui recevait cette aumône vivotait d'un métier. Si on leur donnait des aliments, c'étaient des restes, des aliments gâtés et corrompus (Mart., xiu, 123). Ceux qui étaient favorisés recevaient
2 à 3 « denarii » par jour (= 1 fr. 66 : id., ni, 7 ; iv, 08 ;
3 fr. 2o : id., îx, 103), mais c'étaient les grands agents électoraux. D'autres n'étaient payés que quand ils rendaient quelque service, toute la journée à la recherche d'un morceau de pain, et ils n'étaient pas beaucoup audessus des mendiants. En un mot, la grande masse était composée de gens qui avaient à peine de quoi vivre et qui n'avaient pas de moyens pour acheter des marchandises et alimenter l'industiie.
La ploutocratie se composait d'ailleurs de véritables riches, de chasseurs d'héritages, de dissipateurs et de prodigues par ostentation. Juvénal nous avertit que c'était une habitude des personnes riches de s'attribuer des richesses qu'ils n'avaient pas et de spéculer sur leur faste (vu, 138). Le grand luxe donne du crédit et
(1) Cf. Juvenàl., iv, 2(5. Au temps de Cicéron (in Pison., 27). il y
,.n avait qui recevaient 0 fr. 00 par jour !
tire de l'argent des usuriers. De là les grandes dettes et la disparition rapide des patrimoines. Les grandes richesses dissipées en dépenses improductives, qui non seulement empêchaient l'accumulation mais qui poussaient à la ruine, ne servaient jamais au développement de l'industrie, qui ne vit pas sur les extravagances, mais sur une large et sûre demande.
La fabrique ne peut prospérer que là où le débouché est abondant et continu, ce qui arrive dans les sociétés modernes où la richesse est diversement répartie entre un très grand nombre de personnes, de sorte que du milliardaire on passe au dernier mendiant par une échelle infinie de fortunes qui se diversifient en qualité et en quantité. Plus la richesse est divisée, plus augmentent les consommations : quand elle est concentrée à un pôle, le luxe rompt l'équilibre de la production, en diminuant la production des objets de consommation courante et en augmentant celle des objets de luxe. Mais ceux-ci ne pouvaient dans l'antiquité, par suite du petit nombre des possédants, alimenter de grandes industries, et Rome, de plus, les importait : lei vases venaient de Chios, de Rhodes, de Samos, de Gnide, les verres d'Alexandrie, les bronzes et les objets d'or de Coriulhe, de Délos, de Colchide. La Sicile et la Calabre envoyaient des tapis et des étolfes, la Gaule cisalpine des laines. La production indigène ne pouvait pas lutter contre ces produits étrangers, parce que le marché local étroit ne pouvait soutenir des industries de luxe, et Home n'avait autour d'elle que des déserts et une faible population rurale. Les riches romains satisfaisaient à leurs goûts et à leurs jouissances esthétiques en achetant des produits d'origine diverse, là où les ateliers florissaient, parce que leur clientèle n'était pas seulement à Home, mais partout où il y avait des personnes riches. Salvioli 1*
Ces centres d'importation étaient à l'étranger, et Rome possédait une classe de négociants (negotiatores) qui tiraient de larges profits de l'importation de ces marehandises étrangères. On pourrait se demander si la grande industrie se développa pour ces produits de luxe préparés pour l'exportation ; nous répondrons qu ici encore une circonstance l'empêcha de se développer et ce fut la nature du commerce ancien qui exigeait, sur les marchandises étrangères, des gains élevés pour l'intermédiaire, le marchand voulant pour lui un bénéfice en dehors des intérêts du capital employé et des frais de transport, qui étaient très élevés. De là, l'élévation des prix, dont une part minime allait* au producteur, et qui faisait que ces produits ne pouvaient devenir l'objet d'un grand trafic et restaient réservés à un petit nombre de privilégiés. Certains lieux renommés pour leur tradition art^tique ou pour leurs dons naturels exportaient, mais en petite quantité et avec de faibles prolits, autant d'obstacles au développement d'une grande industrie.
Toutes ces circonstances variées retenaient l'industrie dans les limites du métier : chaque localité a ses artisans qui suftisent aux besoins locaux, qui fabriquent sur place les objets de consommation courante. Si certaines grandes familles exploitent au moyen d'esclaves les carrières de leurs latifundia et y établissent des fours à briques, cela ne modifie pas l'allure générale de l'industrie. Et la petite industrie triomphe même dans la construction des maisons publiques et privées, comme dans les mines, quand on n'emploie pas des condamnés ou des prisonniers de guerre (l). La multiplicité des puits, le réseau serré des galeries laissent supposer que la
(I) Blumner, Die gewerbl. Th&tigkeit der Vulker des klass. Aller*
thums, 1869, p. ix.
division des terrains miniers était extrême et les concessions très nombreuses (I), de sorte qu'elles étaient à la portée de toutes les bourses, même des plus petites. On peut en dire autant des ateliers de métallurgie, où l'examen des lieux a conduit à conclure qu'il n'y avait pas de vastes ateliers organisés sous une même direction et par un seul maître, mais plutôt une foule de petits ateliers appartenant à des propriétaires indépendants. Quant aux constructions, il suffit de rappeler que pour la construction de l'aqueduc de Marcius à Rome, le gouvernement passa des contrats avec 3.000 maitres-maçons, dont chacun se mit au travail avec l'aide de ses esclaves. Le fractionnement des lots dans les adjudications de travaux publics atteste la prédominance de la petite industrie (2 . D'autres grandes constructions publiques furent faites par l'Etat en employant les esclaves publics, au moyen desquels l'Etat pourvoyait à de nombreux services publics et qu'il possédait comme un grand propriétaire C'est ainsi que l'Etat romain, comme les monarchies orientales, étaient de grandes économies qui produisaient ce dont elles pouvaient avoir besoin au moyen d'esclaves qu'elles nourrissaient, logeaient, habillaient (4). L'ancien empire égyptien avait aussi sous sa dépendance des troupes d'ouvriers libres non salariés, mais rétribués en nature. Ce n'est que lorsque les esclaves ne suffisaient pas qu'on avait recours aux salariés, par des contrats à forfait, à la journée, à des entrepreneurs qui cédaient le travail à un grand nombre de petits sous-entrepreneurs.
(1) Cf. Ardauxon, Les mines du Laurium dans l'antiquité, p. 181
etî'i.
(2) De même en Grèce. Voir Madri, I cittadini lavoratori deWAttica, 189o, p. 25.
(3) Hatkin, /. • publics, dans l'empire romain. 1807.
(4) Lumbboso, L'économie soub les Lagides, p. 20.