M DCCC LXIX
ET
LES CAPITOLES PROVINCrAlIX
tion qui n'est ni simple ni toujours certaine. Les historiens , parlant d'édifices encore debout et connus de tous leurs contemporains, n'ont pas supposé que la postérité en perdrait la trace, et se sont dès lors dispensés de fournir, à leur sujet, des données topographiques. De son côté, la tradition a souvent confondu sous un même vocable des choses originairement distinctes , ou bien encore identifié les produits de périodes e$sentiellement différentes comme époque et comme caractère.
Ces deux genres d'obstacles ont dérouté jusqu'à présent la critique dans ses efforts pour préciser le point de la colline Tarpéienne où s'élevait le temple, fameux entre tous, de Jupiter Capitolin. «Ainsi, dit encore Ampère, nous connaissons la forme* l'histoire de ce temple et jusqu'à ses matériaux ; mais il est trèsdifficile de savoir exactement où il était placé . . . C'est une des questions de topographie romaine les plus importantes et les plus difficiles à trancher. Il est assez piquant qu'on soit embarrassé à Rome pour dire : Le Capitole était là *. »
Devrons-nous rester dans la même incertitude relativement au Capitole de notre Vesontio , car ce jnaximum oppidum de Tune des principales peuplades de la Gaule n'avait pu manquer, en associant ses destinées à celles de Rome , de consacrer un édifice au culte fondamental de la religion que lui imposait la conquête î Tel est le problème que nous allons essayer de résoudre.
L'un des traits les plus accusés et les plus persistants de la politique de Rome consista dans sa mansuétude envers les nations soumises par ses armes. Rome n'oublia jamais qu'elle avait dû ses conmiencements à un asile , et elle fit de ce souvenir la base d'un système d'annexion qu'elle eut la merveilleuse fortune d'étendre à l'univers civilisé. Tout peuple conquis devenait inmiédiatement un membre de la société romaine , et la somme de ses droits politiques devait s'y accroître en proportion des preuves qu'il donnerait de sa fidélité et des progrès qu'il accomplirait dans la voie de son assi-
* Ampère, L'Histoire romaine à Home, t. II, p. 69.
milation avec la métropole ^ « Des hommes de toute race , de toute tribu , de tout rang , dit M, Amédée Thierry, «e donnent la main. (Jans un asile; l'association d'individus devient une association de tribus, puis de nations et de races entières 2. »
Dès le second siècle de l'existence de Bome, le roi Tarquin avait résumé ce programme dans une » grande pensée monumentale '. 1^ Sur l'un des sommets de la colline oii avait régné Saturne^ de^ pacifique mémoire ^ il « semble avoir voulu faire, pour ainsi dire» un temple de. fusion, appartenant également aux trois races qu'il cherchait à mettre sur un pied d'égalité et à réunir dans une même
unité nationale Ainsi ce temple devait être commun à tous,
réunir dans son sein le Jupiter Latin, la Minerve Etrusque, la Junon Sabine, et, par ce triple culte, ofirir conmie un symbole des trois peuples au milieu desquels il fut élevé ^. »
Le temple de Jupiter Capitolin, destiné à perpétuer dans Rome la tradition d'une généreuse clémence envers les vaincus , dut être spécialement en honneur parmi les nations subjuguées» C'était' à leurs yeux le gage permanent de l'accession graduelle à une condition de plus en plus honorable et douce : il n'est pas étonnant dès lors qu'elles aient ambitionné de reproduire chez elles cette arche de leur alliance avec la métropole.
Plus que toute autre ville de la Gaule Chevelue, Vesontio avait
^ «Quid aliud exitio Lacedasmoaiis et Athenienstbus^ fiât, quanquam armis pollerent, nisi quod victos pro alienigenis arcebant? At conditor noster Ronmlus tantum sapientia valuit , ut plerosque populos eodem die hostes , dein cives , habuerit. Adveiua in nos regnaverunt» Lôbeftiaorum fiiiis magistratus mandari,.non , ut plerique faiiuntur, repens, sed priori: populo factitatum est» (Taciti Annales, L XI, c. XXIV.) — «Humanis^ime factum est ut omnes ad Romanum imperium. pertinentes societatem acciperent civitatis et Romani cives essent.» (S. Augu»^ tini De cwitate. Dei, L V, c. xvn. — CX Giceronis OraU pro Balbo, c. xii; — Auli Geilii JVoct*ii«ic. 1. XVI, c. MU.)
' Amédée Thierry, Histoire de la Gaxâe sous V administration romaine, introduc* tion, p. 36.
^ Ampëre, L'Histoire ronudne à Rome^ t. II, p. 54.
* Id, ihid. p. 54 et 55.
des comptes terribles à régler avec Rome. La nation séquanaise, dont elle était la capitale , passait pour Tune des plus anciennes et des plus implacables ennemies du peuple romain ^. Les tri^litions racontaient que le brenn farouche qui, six mois durant, avait tenu assise le mont du Capitoie et en avait emporté la rançon, était le gendre d'un roi deVesontio, et était parti de cette place pour fondre sur ritalie^. Depuis lors, les Séquanes n'avaient ces^é de pactiser avec les Germains et de favoriser, en leur ouvrant les défilés du Jura, les tentatives d'agression de ces peuplades sauvages contre le territoire romain*. Fidèles à ce même esprit d'hostilité, ils avaient préféré, dans leurs démêlés avec les Édues, l'intervention d'Arioviste à celle de Rome, livrant ainsi à la Germanie un poste avancé qui confinait à la province romaine*. Lorsque César vint, au profit de son ambition, les délivrer de cet insatiable auxiliaire, leurs récits exagérés avaient failli mettre le désarroi dans les légions du pro-
^ Ripap èè TO0 Âpapos dxo&atv <A ^iiKoavoï, èté(popot xcù roU Peûptaiois ix «oAAo0 ysyovàres, (Strabonis Geographica, i. IV, c. m, S 2.) ^ • Sede Bisuntinus fuerat tune rex Seguinus , Gujus erat Sauna fluvius , Rhodanusque marinus , Primaque pars Araris , Allobrogusque sinus.
Uxor erat Brenni , Seguini filia régis , Gujus ab auxiiiis dux Gallica régna subegit.
Defuncto socero , fit regni Brennius haeres , Qui modo Romanum regnum confisus habebat, Intrat in Itaiias , agmina muita ferens. • ( Gotfirid. Viterb. PanÛuon part ix« apnd Germ, scriptotu edit. Pislorio, t. II, col. 97.) ^ Oti ^pds r§p(tavoùs Tspo&exj^povp 'moXXdxts xœrà ràt ^63ovs a-ôréâv ràs êftl ritif traX(oaf, xai èwiSeixwrrà ye où rhf tvyo^ap èiipttfup, àXXà xûâ xotvùnfoQvres etôrots èuoiovp \uyiXovs, xaà dft<ndfiepot paxpoùs. (Strabonis Geographiea, 1. IV, cm, S 2.)
^ • Pauiatim autem Gennanos cônsuescere Rhenum transire , et in GalHam magnam eorum multitudinem venire, populo Romano periculosum viddiat [Gaesar] : neque sibi homines feros et baii>aros temperaturos existimabat , quin , quum omnem Galliam occupassent, ut ante Gimbri Teutonique fecissent, in Pirovinciam exirent , atque inde in Italiam contenderent ; prœsertim quiim Seqnanos a Provincianostra Rhodanus divideret.9 (Etell. GalL 1. 1, c. xxxiii.)
consul ^ £nÛD, durant les sept campagnes de César, leur attitude avait été constaHiment belligéiante, et Fun des plateaux de leurs montagnes était devenu le théâtre de la lutte suprême dont Tissue consonmia la perte de Tindépendance des Gaules 2.
Si Vesontio avait beaucoup à se faire pardonner par Rome, celle<;i avait les plus sérieux motifs de ménager les habitants d'une place de guerre que César jugeait de première importance. Assis, en effet, sur le versant d^un rocher inexpugnable, qui lui servait de citadelle, défendu en outre par le circuit d'un fleuve^, le maximum oppidam des Séquanes^ cc^amandait le centre de ce couloir creuse par le Doubs entre les Juras et les Yo^es,. dans Taxe de la trouée qui servait de porte aux gens du Nord pour gagner des régions meilleures^. Cette situation dés^uait Viesontio comme Tun des.
* «Dum paucos dies ad Vesontionem, rei frumentariae commealusque causa, moratar, ex percontatione nostrorum , vocibtisque Gallorum ac mercatorum , qui ingenti magmtudine corponun Germanos,.incredibili virtute atqtie exerciti^one in armis esse praecUcabant, sa^enumero sese cum ils congressos ne vultum quidem atque aciem oculorum ferre potuisse , tantus subito tiinor omnem exercitum occupavit, ut non medîocriter omnium mentes animosque perturbaret* » [Bell. GaH. 1.I,c.xxmL)
* n s*agit du siège d*Alesia, que nous ne cessons déplacer à Alaise (Doubs)» en nous fondant *^ l** sur la direction topographique indiquée par César au début du récit, et qui doit, puisque Thistorien n^en donne pas une nouvelle, servir de fil conducteur pour toute cette partie de la septième campagne; 2" sur les témoignages de Dion Cassius et de Plutarque, qui confirment formellement cette présomption ; 3* sur 3o,ooo sépultures militaires de l!époque celtique , semées autour d*un plateau naturellement fort, et qui porte un vHlage dont le nom s'écrivait encore Alêski dans les actes de baptême du xvu* siècle.
^ «Omnium rerum qus ad b^um usui erant summa erat in eo' oppido Baicidtas : idque natura loci sic muniebatur, ut magnam ad ducendum "bellum! daret facultatem ; propterea quod flumen Dubis , ut circino circumductum , pêne totum c^idum ciagit; reliquum spatium, quod est non amplius pedum dc, qua flumen intermittit, mons continet magna altitudine, ita ut radices ejus montis ex utraque parte ripe flumiiiis contingant. Hune murus circumdatus areem effîcit et cum oppido conjungit.» {Bdl. G<dL 1. 1,.c. xxxsfiiu — « Vyayez, à la f»lancbe J « le plan de Vesontio. )
^ «... ad occupandum Vesontionem , quod est oppidum maximum 3equanorum. » (BeU, Gall. 1. 1, c. xxxvm.)
' « . . .Neque enim coaierendum esse Galikum cum Germanoiiun agro, neque banc eonsuetudinem victus cum illa comparandam. » (Ibid. 1. 1, c. uxj.)
boulevards que Rome pouvait le plus utilement opposer aux velléités perpétuelles d'incursion qui travaillaient la Germanie.
En politique, les associations durables sont celles que garantis^ sent des intérêts réciproques : tel fut le cas de celle que la conquête des Gaules établit entre Rome et Vesontio. Le pardon de Tune de-' vait être compensé par les services de Tautre.
Inmiatriculés de vive force dans la société romaine, les Séquanes^ avec leur sens droit et réfléchi, ne tardèrent pas à comprendre les avantages de leur nouvelle fortune. Une fois cette notion acquise, ils acceptèrent frandiement le fait accompli \ et tâchèrent d'en tirer le meilleur parti possible. Ils suivirent quelquefois la ligne de l'opposition , mais jamais celle de la révolte. S'ils s'associèrent aux protestations armées de Sacrovir et de Vindex contre les exactions de Tibère et les folies honteuses de Néron , ce fut avec la volonté de réformer des abus et non de disloquer l'empire^. Us donnèrent bientôt une preuve éclatante de cette disposition, en se chargeant à eux seuls de ruiner l'entreprise du Lingon Sabinus, qui avait pour but de reconstituer un empire des Gaules '.
Cette conduite plaça très-haut notre ville dans l'estime des bons empereurs; elle lui mérita de parcourir rapidement la carrière des faveurs que Rome n'accordait qu'à bon escient aux populations fidèles. Elevée au rang de municipe, probablement par Galba, dont elle avait hâté l'avènement en fermant ses portes à l'armée de Néron \ elle devint ensuite colonie romaine, vraisemblablement §ous Marc-Auràle, au moment où il fut nécessaire d'échelonner des garnisons permanentes sur la frontière de l'empire qui r^ardait la Germanie ^. C'est à cette dernière circonstance que Vesontio dut le maintien de son nom individuel, tandis que la plupart des
^ Nvpl ^ ihcà xdk PûipMims Awcun ia^L (Stnd>oais GeoyraphUm, 1. IV, c. m,
* A. Castan, La batailU de Vesontio et ses vestiges, dans les Mémoires de la Société dénadation du Doubs, 3* série, t. VII (1862 ), p. 477-A90.
' A. Delacroix, Epponùie et la Baume-Noire, dans les Mémoires de la Société d^émvdaHon du Douhs, à* série, 1. 1 (i865), p. 280-29 i.
^ Voyez notre mémoire déjà cité sur la bataille de Vesontio,
^ Voyez nos Considérations sur tare antique de Porte-Noire à Besançon, dans les Mémoires de la Société d'émaiation da Doubs, 4*^rie, t. II (1866), p. 430-429.
grandes villes de la Gaule ^chaageaient le leur contre celui de la peuplade dont elles étaient le chef- lieu ^
«Les colonies, dit Aulu-Gelle, étaient en quelque sorte des images réduites du peuple romain 2, » et « à ce titre , ajoute Ducange, elles renfermaient des théâtres, des thermes et des capitoles^. »
Les renseignements abondent sur Famphithéâtre de Vesontîo : ses ruines ont été noyées, il est vrai , dans Tun des bastions construits par Vauban; mais nous en avons des images*, et le nom de notre rue d'Arènes en conserve la mémoire. Les thermes, qui jouaient un si grand rôle dans les habitudes hygiéniques de Tépoque romaine, ne manquaient pas à Vesontio, et les fouilles de ces derniers temps en ont mis au jour d'importants vestiges^. Le Capitole avait jusqu'à présent échappé à toutes les recherches; mais nous le tenons enfin , et nous allons le faire connaître.
Tous nos historiens locaux, sans exception, ont indiqué la plus
* Cette règle, dont la découverte appartient à M. Léon Renier, se vérifie , en ce qui concerne Vesontio , par l'inscription suivante , gravée sur bronze et conservée à rhôpital du Mont-Saint-Bemard :
lOVI-POENINO
Qj,SILVIVS-PEREN
NIS • TABELL • COLON
SEQyANOR
(Th. Mommsen, Inscriptiones Helvet. n" 42.)
Les mots Colonia Seqnanornm ne peuvent s'entendre que de la capitale du pays transformée en colonie romaine : c'est ainsi qu'Aventicum a été fréquemment appelé Colonia Helvetiorum (Mommsen, op, cit. n*^ 142, i6à, 181), que Térouanne a porté le nom de Colonia Morinorum (Gruter» Corpus inscription, p. LXXX , n® 6 ) » et Paieries celui de Colonia FaUscorum (Henzen , Inscript, collectio , n® 5 1 3 2).
* «Goloniae quasi effigies parvae [populi Romani] simulacraque esse quaedam videntur. » (Auli Gellii Noct. Attic. 1. XVI, c. xiv.)
* Glossar. med. et inf. lat. v** Capitolium.
* Prost, Histoire de Besançon, manuscrit de la bibliothèque de cette ville; deux dessins des Arknes entre la page 80 et la page 8 1 .
* Ed. Clerc, La Franche - Comté à t époque romaine, plan qui se trouve en regard de la page 1 9.
haute des places publiques de Besanrctii, la place Saint -Quentin, comme ayant été le siège du Capitole de Vesonlio ^ Cette opinion se fondait sur le passage suivant de la légende de notre évéque saint Maxiimin : « Il consacra au culte de saint Jean-Baptiste une église dans le forum de ia cité , auprès du Capitole 2. »
Pour qu'un pareil texte eut de la valeur dans la question qui nous occupe, il faudrait que sa rédaction remontât à une époque assez reculée et qu'il reproduisît, naïvement et sans interprétation, une tradition antique. Tel n'est pas le cas de cette légende. Elle est si peu ancienne, que les Bollandistes lui ont refusé l'accès de leur recueil^, et ce n'est qu'en i653 qu'elle a pris rang dans la liturgie du diocèse *. Elle ne peut d'ailleurs avoir été écrite avant la fin du XV® siècle, car c'est alors seulement que l'on a conmiencé chez nous à rendre un culte spécial au saint Maximin de Besançon, j usque-là confondu avec son célèbre homonyme , l'évêque de Trêves ^. L'hagiographe chargé de cette résurrection , ayant à raconter la fondation de notre église de Saint -Jean -Baptiste, eut recours à ce latin fleuri dans lequel, en vertu du principe d'assimilation de toute chose moderne avec son prétendu analogue de l'antiquité, le mot marché ne pouvait se traduire que par /orum^, et le mot cita-
* J. J. ChiiHet, Vesonlio, I, p. 66. — Prost, Histoire (manuscrite) de Besançon, p. 57 et 58. — Dunod« Histoire des Séqaanois et du comté de Bourgogne, 1. 1, p. 172. — D. Berthod, Dissertation sur les différentes positions de la ville de Besançon, dans les Documents inédits pour servir à l'histoire de la Franche- Comté, t. II, p. 33/1 . — Ed. Clerc, La Franche-Comté à l'époque romaine, p. 22 et 2 3.
* «Videns [Maximinus] basilicam non posse capere christianorum multitudinemtam ingentem, quandam domum in foro civitatis, juxta Capitoliam, consecravit in honore S. Joannis Baptistœ. » (Manuscriptus liber citatus a J. J. Chiiflet , Vesonho,l,p. 66.)
* Voyez les motifs de ce refus dans l'Appendice aux Actes de sm'nt Maximin de Trhes. (Acta sanctorum, maii t. VI, 29 maii.)
^ L*abbé Suchet, Saint Maximin, évêque de Besançon, protecteur de Foucherans; Besançon, i865, in-18, p. i5 et 16.
' L'abbé Suchet, Saint Maximin , p. 33.
* Ainsi avait déjà fait, en i/iii, le rédacteur d'un acte par lequel le chapitre métropolitain de Besançon dégrevait de toute servitude les terrains acquis par la commune pour agrandir la place Saint-Quentin, et y rendre plus commode la
délie que par capHoliam. Or Féglise Saint -Jean -Baptiste étant située sur la place d'un marché encore existant et au pied de la rampe qui conduit à notre citadelle, les deux expressions latines dont il s'agit se présentaient naturellement au narrateur. La légende de saint Maximin ne fait donc que peindre, avec des couleurs empruntées au vocabulaire antique, un aspect des lieux qui appartient à la fin du moyen âge. Elle n'a , conséquemment , pas qualité pour éclairer une recherche ayant trait à la période^ gallo-romaine.
Nous avons heureusement, pour nous guider, des textes de meilleur aloi et plus concluants.
Ouvrons d'abord le rituel de saint Prothade. Ce doyen d'âge des monuments liturgiques de notre diocèse a été composé entre les années 6 1;2 et 625^ : il a subi plus d'un remaniement dans le cours des siècles, et entre autres une refonte complète sous le glorieux -pontificat de Hugues P% de io3i à io66. Mais on peut à coup sur rapporter à la rédaction primitive, c'est-à-dire au début du vu' siècle , les deux seules notions de topographie gallo-romaine qu'il renferme : le nom de Porte de Mars, donné à notre arc antique, puis le mot CapitoUum, appliqué à un terrain dont nous chercherons à préciser l'emplacement.
Ce dernier terme vient à propos d'une procession générale qui, le matin du dimanche des Rameaux , partait de l'église métropolitaine Saint -Jean et se rendait à l'abbaye Saint -Paul, où avait lieu la bénédiction des palmes. L'itinéraire du retour de cette
procession est décrit de la manière suivante : «Lorsque la
procession sera sortie de l'église [Saint -Paul], le grand chantre conmaencera l'antienne Cum appropinquaret Celle-ci se continuera jusqu'à ce que l'on soit arrivé au Capitole. Le clergé fera processionnellement l'ascension du monticule, et s'y rangera honnêtement et dévotement. De son côté, le peuple se tiendra dans le pourtour. Alors un des chantres commencera l'antienne Occurrant tarhœ.
tenue du marché : « ad commoditatem pleniorem fori publici ab anliquissimis temporibtis inibi teneri soliti. » (Archives de ia ville de Besançon.)
' D. Ferron, Dissertation sur l'ordre chronologique des évêques de Besançon, . dans les Documents inédits pour servir à Vhistoire de Franche-Comté, t. II, p. i84-
Celle-ci étant achevée, un sermon sera fait au peuple; puis, le discours fini , on découvrira la croix qui aura été préparée en ce lieu. » Après Fadoration de la croix, la procession reprenait sa marche et faisait une nouvelle halte devant Porte-Noire K
De ce texte découlent trois renseignements précieux: i**il y avait à Besançon un lieu qui portait, au vn* siècle, le nom de Capitale, et qui le conservait encore au xi"; 2** en cet endroit était un monticule que Ton employait comme reposoir dans la cérémonie de l'adoration de la croix ; 3** enfin ce monticule était approximativement à mi-chemin entre Tabbaye Saint-Paul et Porte-Noire, puisqu'il servait, à la procession des palmes, de station entre ces deux points.
Au xiii* siècle, la ville est constituée en conmiune : la population, entourée désormais de garanties, s'accroît rapidement; de nouvelles maisons s'élèvent de toutes parts, au Capitole conmie ailleurs^. La procession des palmes est alors obligée de modifier son itinéraire ; l'adoration de la croix ne peut plus se faire au Capitole : un rituel de la fin du xiii* siècle ' nous indique qu'on l'a transportée devant
* «Postquam processio extra ecclesiam [Sancti Pauli] fuerit, incipiat
major cantor antiphonam Cum appropinquaret , etc. Quae sic protendatur donec ad Gapitolium perveniatur. Glerici cum processione monticulum ascendant et ibi se ordinent honeste et religiose. Turba autem in convaile stet. Tune unus e cantoribus incipiat antiphonam Occurrunt tarhœ, etc. Qua finita,'fiat verbum
ad populum. Quo completo , discooperiatur cru;t quœ ibi fuerat preparata
His finitis, ordinent se sicut prius et teneant cœptum iter Et cum venerint
ad Portam, Martis, quae nunc dicitur Nigra, stent pueri super murum civitatis,
cantantes laudes Gloria, laus, etc » (Ordinariwn antiquum Ecdesiœ Bisun-
tinœ : Ordo in die Pabnarum; apud Edm. Martenne , Troctat. de antiqua Ecclesiœ disciplina, c. xx, p. 2o5. — Id, dans Dunod, Histoire des Séquanois et du comté de Bourgogne , t. I , Preuves , p. xxx. )
' Voyez nos Origines de la conmiune de Besançon, c. v, dans les Mémoires de la Société démulation du Doubs , 3* série , t. III ( 1 858 ) , p. 3o4 - 3o6.
' « In reditu cantatur Cum appropinqnaret Dominas et que secuntur,
et palme et frondes portantur usque ad Sanctum Mauricium et offeruntur ibi . . . Cum autem venerint ad Sanctum Mauricium, débet crux ibi esse parata ante portam et cooperta quodam panno; et duo canonici debent subtus campanarium cantare Occurrunt tarhe ter, et processiones ter respondere similiter Occurrunt turbe. . . Postea veniunt ad Nigram Portam, cantantes antiphonam usque ad Nigram Portam » ( Ordinarium Eccles. Bisunt. abeunte xiii' sœculo exaratum ;
l'Oise Saint -Maurice*. De ce fait nous pouvons conclure que la place Saint -Maurice était le lieu public le plus voisin du Capitole.
Mais faudra- 1 -il chercher ce Capitole plus haut ou plus bas que l'église? Une charte du mois de novembre 1218 va trancher la question : c'est un traité d'échange par lequel le prévôt Guy de Liesle abandonne au chapitre de Saint-Jean « tout son droit sur un champ qui s'étend, dit la charte, depuis l'église de Saint-Maurice, en descendant^ jusqu'au Capitole 2. » Donc, en partant du flanc d'aval de l'église Saint-Maurice et en suivant la descente naturelle du sol, dessinée par celle de la Grande-Rue, on n'avait qu'un seul champ à franchir pour atteindre le Capitole.
Si sur ce même flanc d'église, qui bordait le champ cédé par ' Guy de Liesle , nous élevons une perpendiculaire ; si nous en faisons partir une autre du portail de l'église Saint-Paul , par où sortait la procession des palmes pour gagner le Capitole^, ces deux lignes se croiseront sur un massif de ruines gallo-romaines, tranché en deux parties inhales par le creusage moderne d'une cour, et dont le principal morceau, qui représente environ 5,ooo mètres cubes, s'élève encore de 8 mètres au-dessus du sol antique \ II forme, au fond de l'hôtel de MM. Ethis (Grande-Rue, n® 91), une terrasse plantée de
codex membr. biblioth. Bisunt. — Cf. Processionale Ecclesiœ metropolitanœ Bisuntinœ, edit. H. H. Callier; Vesondonej 1760, in-8^ p. 75-79.)
^ La croix qui figurait dans cette cérémonie , la même que Ton plantait jadis sur le monticule du Capitole , se compose de deux rondins de palmier appointés aux quatre bouts. Ce souvenir de quelque glorieux pèlerinage ne se montrait qu'enfermé dans un étui de bois doré , en forme de croix et percé de cinq lunettes , à travers lesquelles on apercevait le contenu. Les deux plus anciens sceaux de la commune de Besançon représentent ce vénérable monument » qui aujourd'hui se trouve dans la sacristie de Téglise Saint-Maurice.
^ « lisdem temporibus , scilicet cirCa diem quartam novembris mccxviii , initus esttractatus inter ecclesiam Bisuntinam S. Joannis et Guidonem de Liela, prepo* situm ejusdem apud Majorram , déterra S. Mauritii Bisuntini, ita ut dictus Guido omne jus quod habebat in campo qui est a dicta S. Mauritii ecclesîa inferius usque ad CapitoUttm capitulo cederet. • (D. Berthod, Dissertation sur les différentes positions de la ville de Besançon, dans les Documents inédits pour servir à thistoire de Franche-Comté, t. II, p. 335.)
' Voyez , à la planche I , le plan de Vesontio.
* Voyez, à fa planche lî, le plan du Capitole de Besançon.
grands marronniers ^. C'est dans l'intérieur de Besançon , sur la plaine uniforme de sa presqu'île, le seul accident topographique qui ait pu se prêter à là dénomination de monticuliim; et coname il occupe une portion du terrain que nos documents appellent Capitoliam nul doute qu'il ne provienne des ruines du Gapitole de Vesontio.
On nous demandera maintenant ce qu'est devenu ce nom traditionnel de Capitoliam , qui servit j usqu'au xii* siècle k désigner notre monticule et les terrains qui l'avoisinent. Ce lieu-dit a-t-il disparu , ou bien s'est-il transformé de quelque façon en passant dans le langage moderne? De ces deux fortunes il a subi la seconde, et c'en est une excellente» au point de vue de notre démonstration. Il se conserve, sous une forme que personne ne comprend plus, dans un nom de rue qui, par une innovation maladroite, a cessé de nos jours de s'appliquer aux maisons adossées à la terrasse, mais qui, au siècle dernier, remplissait encore cette condition 2.
Cette rue, la rue du Chaleur, ne s'est bâtie que dans la seconde moitié du xiii® siècle : les chartes de l'abbaye Saint-Paul en font foi '. Cette circonstance explique tout ensemble comment la procession des palmes accéda librement, jusqu'à cette époque, au monticule du Capitole, et pourquoi plus tard, la ligne des maisons faisant obstacle, il fallut transporter la station devant l'église Saint-Maurice. Antérieurement à ces constructions, les terrains qui les supportent sont appelés, dans les chartes latines, mansi de Capitolio^; mais, à
^ La plus petite portion de notre massif fait également terrasse au fond de la maison de M"' Laisné , rue des Granges » n* 70.
^ «Rue du Chateur : depuis la place Daupbine [aujourd'hui place de TÉtat- Major] jusqu'à la rue Baron [aujourd'hui rue Moncey].» (Dénomination, des différentes portes, rues, etc. de Besançon, dans VAhnanach de Besançon pour 1776,
^ A. Gastan , Origines de la commune de Besançon, dans les Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 3* série, t III (i 858), p. 3o5.
* Ghartéde 11 34 par laquelle Anséric, archevêque de Besançon, abandonne à Tabbaye Saint-Paul diverses redevances, entre autres «solidos duos in manso Lamberti de Gapitolio. » ( Preuve n" vin de nos Origines de la commune de Besançon.) Une charte de décembre ia5o, citée dans le même ouvrage, rappelle la mémoire de ce Lamhertus de Gapitolio et le désigne sous le nom de Lamhertus de GïiATOYL. Voilà certes une garantie irrécusable de la filiation qui rattache les formes Chatol et Chatoyl au lype Capitolium.
— 13 -^ partii^ de 1247* '^ langue vulgaire ayant fait invasion dans les contrats, le- mot latin Capitolium se convertit eniJhatol, puis en Chatoyl, pour devenir ensuite Chatoul, Chatour et enfin Chateur^,
Autant une solution erronée a besoin d'artifices de tous genres pour se soutenir, autant , quand on a rencontré le vrai , les arguments viennent s'y caser naturellement et sans efforts : les preuves archéologiques que nous allons fournir en seront un nouvel exemple.
Les constructeurs de Besançon savent que toute fouille faite dans le voisins^e de notre monticule met invariablement en lumière des vestiges d'architecture du caractère le plus somptueux. Ce sont ordinairement des quantités énormes de débris de plaques de marbre vert et de marbre blanc, avec des échantillons de moulures de mari)re blanc; puis ce sont des fûts de colonnes engagées et monolithes de schiste micacé gris, des chapiteaux corinthiens de marbre blanc, et les restes d'un entablement en cette précieuse matière. De ces indices, nombre de fois répétés , résulte pour nous la certitude que notre temple capitolin , revêtu à l'intérieur de panneaux de marbre vert encadré par des marbres blancs, montrait à l'extérieur de puissantes colonnes lisses engagées, formées de monolithes de schiste micacé gris, terminées par des chapiteaux corinthiens de marbre blanc, et supportant un entablement de pareil marbre du plus grand luxe et du plus bel art ^.
^ c Simon Dambarbe de Guatol veudit ecciesie S. Pauli tertiam partem furni de Chatol, siti in territorio dicte ecciesie.» (1^247* mense jan.) — «Humbertus et Johannes de S. Mauricio dant priori S. Pauli medietatem furni siti in Chatoyl , in introitu vici S. Pauli , in territorio dicte ecciesie. » ( 1 25o , mense jun.) — «Johannes, abbas S. Pauli, cedit Gerardo presbytero, curato de Buro, fumum dé Chathoil et domiun dicti furni.» (1260, mense maio.) — «Johannes de Chatoul » est témoin d'une charte en i3o5. (Archives du Doubs, fonds^ Saint-Paul.) — « Pheiipons de Chatour » est cité parmi les contribuables de la commune de Besançon en 1291. (Registre municipal, I, fol. 68.)
' Voyez la planche d'architecture (pi. III) jointe à ce travail. Nous la devons , ainsi que les deux autres (pi. I et II), à la collaboration aussi distinguée qu'obligeante de MM. les architectes Alphonse Delacroix et Alfired Ducat. M. Delacroix, a fourni la plupart des indications , et M. Ducat a exécuté les dessins.
Conformément à une disposition commune à tous les grands édifices religieux de fanliquité, ce temple devait être enfermé dans une cour à portiques. Les fouilles faites en 1 84o pour Touverture de la rue Moncey ont vérifié de point en point cette présomption. Toute une face de la clôture, plus un morceau du retour, furent mis alors à découvert; et un plan soigné, dû à M. l'architecte Marnotte, en fut publié par l'Académie de Besançon ^. Plus récemment, les fouilles opérées pour la construction des égouts, en i85o et 18632, amenèrent un utile complément d'indications. Nous savons ainsi, d'une manière.positive , que la cour de notre Capitole était, à l'intérieur, bordée de portiques ^ ; que ceux-ci reposaient sur des colonnes d'ordre corinthien, dont les taïnbours, de pierre de Vergenne, paraissent avoir été revêtus de stuc : l'entablement complet était également en vergenne*. Dans les entre -colonhements régnaient des gradins conduisant à des édicules, alternativement demi-circulaires et carrés, qui s'ouvraient sur le portique et formaient saillie en dehors de l'enceinte; les assises extérieiires de celle-ci étaient à bossages, comme si cette partie de la construction n'eût pas encore reçu la dernière main^. Ces édicules, ou cellœ, étaient probablement des chapelles, où les divinités locales, telles que le dieu Vesontio , Mars Ségomon , les déesses Mères ^, pouvaient, à l'ombre de la religion de l'Etat, conserver de modestes autels.
Le Capitole semble avoir eu son entrée sur la grande rue romaine, notre Grande-Rue actuelle, vers le poiîlt où l'on a rencontré, en 1 863, deux torses de jeunes divinités de marbre blanc, qui, jetées sur la voie publique à l'époque de la ruine du temple,
^ Antiquités trouvées dans h, rue Moncey, à Besançon, en iSâO, rapport fait à rÀcadémie, par M. P. Marnotte, le 20 janvier i842 ; dans les Mémoires de V Académie de Besançon, année 1 842 , i" séance, p. 83-9 4 , avec un plan des fouilles et une planche d'architecture.
* A. Delacroix, Fouilles des rues de Besançon en 1863, dans les Ménwires de la Société d émulation du Doubs, 3* série, t. VIII (i863), p. 206-220.
^ Voyez , à la planche II , le plan du Capitole de Besançon.
* Voyez la planche III.
-' Voyez le plan de M. Marnotte, déjà cité.
* Ce sont les divinités locales que les inscriptions nous révèlent.
y avaient rempli longtemps le rôle de pavés ^. Le derrière du Capitole aurait été, conséquemment , sur le morceau de rue des Granges si malencontreusement distrait de la rue du Chateur, et ce qui le démontrerait, ce sont les amoncellements énormes d'os d'animaux et de débris de poteries romaines sigillées qui se trouvèrent de ce côté, en i84o^ contre les faces extérieures de la clôture, non loin d'une énorme souche de vigne, d'un creux d'eau avec gradins rustiques en bois et d'autres vestiges dénonçant l'existence d'un jardin ^.
L'ensemble du Capitole avait, en plan, la physionomie d'un rectangle dont les faces latérales mesuraient intérieurement environ 120 mètres, et les deux autres faces à peu près 80 mètres. Le temple occupait le milieu de cet espace.
De ce que le temple capitolin de Rome avait donné son nom à la colline où il était assis et qui supportait également une citadelle, on en vint, dans les siècles d'ignorance, à ne faire qu'un tout des deux établissements, bien que l'antiquité les eût toujours distingués avec soin ^. Il en est résulté une oblitération du sens réel de Capitolium et une application fréquente de ce mot à des enceintes fortifiées qui n'y avaient aucun droit. « Si l'on s'en rapportait, dit Sdpion Maffei, à des légendes peu sincères de martyrs et à des écrits des bas siècles, qui ont confondu les noms des édifices de l'antiquité, on croirait que beaucoup de villes ont eu des Capitoles : il n'est pas de rocher qui n'ait été paré de ce vocable, même celui de Babylone, que saint Jérôme appelle /orterewe ou Capitole'^.» C'est également de cette fausse doctrine que procède l'erreur locale que nous espérons avoir détruite : il a suffi d'une malheureuse application du mot Capitolium à la citadelle de Besançon pour qu'ensuite nos historiens, ne se rendant pas compte de cette mé-
^ Voyez ces deux morceaux de sculpture , à la planche III. ' Voyez , à la planche II , le plan du Capitole.
• Voyez les textes justificatifs dans le beau travail de Just Rycquius , De Capitoîio romano commentarias ; Lugd. Batav. 1669 » in-i a , c. v.
* Scip. Maffei, Verona illustruta, 1. 1, col. 121.
prise, aient systématiquement négligé les seuls textes capables de les conduire au vrai.
Ce genre d'erreur, pour être le principal et le plus fréquent, n'est pas le seul qui ait dévoyé les érudits dans la recherche des temples faits à l'image du Capitole romain : aussi croyons-nous utile de déterminer, par des exemples, le degré de confiance qu'il y a lieu d'accorder, à ce point de vue spécial, aux divers ordres de documents que le passé nous a légués.
Inscriptions.
Plaçons en première ligne les inscriptions romaines : contemporaines des faits qu'elles énoncent et d'une incomparable précision de langage, elles doivent, quand elles ont été bien lues, satisfaire aux exigences de la plus rigoureuse critique.
Six Capitoles provinciaux nous ont été révélés par cette voie. L'inscription de Vérone est relative au redressement dans le forum d'une statue qui gisait renversée au Capitole de cette même ville ^. Celle de Paieries, qui date de Tan 1 4o de notre ère, constate le percement , à travers le forum, d'une rue nouvelle aboutissant à un arc voisin du Capitole 2. L'inscription de Marruvium Marsoram (San Benedetto,
» HORTANTE BEATITVDINE TEMPORVM DDD-NNN GRATIANI VALENTINIANI ET THEODOSi AVGGG STATVAM IN CAPITOLIO DIV I A CEN TEM IN CEREBERRIMO FORI LOCOCONSTITVI IVSSIT VAL -PAL LAD IVS VC-CONS-VENET-ET HIST
(Orelli, Inscriptiones Latinœ, u" 68.)
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