‹ Le Capitole romain antique et moderne: La Citadelle, les temples, le Palais sénatorial, leChapitre 13 sur 88 · pLrT.\^Q., Publicol., xiii · texte numérisé non relu

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pour le cuire, mais au lieu de se serrer et de se condenser par révaporation de l'humidité, comme il arrive à la terre que l'on met au feu, il s'étendit, s'enfla et forma une masse si considérable, si forte et si dure qu'après avoir démoli la voûte et les murailles du four, on eut bien de la peine à l'en tirer. Les devins ayant déclaré que c'était un présag-e de bonheur pour le peuple auquel ce char resterait, les Véiens résolurent de ne pas le donner aux Romains qui Pavaient fait demander. Ils répondirent donc qu'il appartenait à Tarquin et non pas à ceux qui l'avaient chassé.

< A quelque temps de là, ils célébrèrent des courses de chars, avec la pompe et la mag-nificence ordinaires. Les jeux finis, le vainqueur, qu'on venait de couronner, conduisait lentement son char pour sortir de la carrière. Tout à coup, les chevaux prennent l'épouvante sans aucune cause visible et, par un pur hasard ou par une impulsion divine, courent à toute bride vers Rome. Le conducteur fait inutilement de la main et de la voix tout ce qu'il peut pour les retenir. Se voyant emporté malgré lui, il les abandonne à leur impétuosité et est entraîné jusqu'au pied du Capitole, où les chevaux le renversent près de la porte qu'on appelle aujourd'hui Ratumena. Les Véiens, surpris et effrayés de cet événement, permirent aux ouvriers de livrer le char aux Romains. »

La dédicace du temple de Jupiter Capitolin fut faite solennellement, l'année qui suivit l'expulsion des rois, le jour des Ides de Septembre (i3 sept.) 246/609, par le consul sufl'ect M. Horatius Pulvillus*.

La cérémonie de la dédicace est décrite par Plutarque* : « Quand le temple fut terminé et décoré avec la magnificence convenable, Publicola désira fort en faire la consécration; plusieurs des premiers citoyens de Rome lui envièrent cette prérogative. Ils avaient vu sans jalousie la gloire qu'il s'était justement acquise par ses lois et ses victoires, mais ne croyant pas qu'il eût droit à ce nouvel honneur, ils excitèrent Horatius à y prétendre. Il survint dans ce moment une guerre qui obligea Publicola à marcher à la tête de l'armée. Ses envieux, sentant qu'il ne leur serait pas facile de l'emporter s'il était présent, firent, en son absence, décréter par le peuple qu'Horatius ferait la dédicace du temple, et sur-le-champ ils le conduisirent au Ca-

I. TiT. Liv., 11,8; VII, 3 : « Horatius consul ex lege iemplum Jovis optimimaxitni dedicavit anno post reges exactos. » Polyb., m, 22; Denys d'Halic, V, 35; Tac. //i5/., m, 72; Pltjtarq., PublicoU, xiv; Valer. Max., v, 10, i. Cf. Plin., Hist. Nat., xxxiii, 19. — 2. Putlicoly xiv.

3o LA CAPITULE ROMAIN.

pitole. D'autres disent que les consuls ayant tiré au sort, le commandement de l'armée échut à Publicola et la consécration du temple à Horatius. On peut cependant juger de ce qui s'était passé précédemment entre eux par ce qui arriva le jour de la cérémonie. Le jour des Ides de Septembre, tout le peuple était assemblé au Capitole dans un profond silence. Horatius, après avoir accompli toutes les autres cérémonies, tenait déjà, suivant l'usage, une des portes du temple et allait prononcer la prière solennelle de la consécration, lorsque Valerius, frère de Publicola, qui, placé depuis longtemps près de la porte du temple, attendait ce moment, lui dit : c Consul, votre fils vient de mourir de maladie dans le camp. » Cette nouvelle affligea tous les'assistants, mais Horatius, sans se troubler, se contenta de lui répondre : « Jetez son corps où vous voudrez; pour moi, je n'en prendrai pas le deuil », et il acheva la consécration. La nouvelle était fausse et Valerius l'avait imaginée pour empêcher qu'on n'achevât la cérémonie. Horatius montra, dans cette occasion, une fermeté admirable, soit qu'il eût reconnu tout de suite la ruse de Valerius, soit que, croyant la nouvelle vraie, il n'en eût pas ressenti la moindre émotion. »

Le temple des Tarquins se maintint, sous la République, jusqu'en 671/83. Au cours de ces quatre siècles, il fut constamment embelli, notamment en 458/296 par les édiles curûles Q. et Cn. Ogulnii *, en 612/142, sous la censure de Scipion Emilien et de C. Mummius Achaicus * ; une importante réparation eut lieu en 575/179, sous la censure de M. ifemilius Lepidus et M. Fulvius Nobilior '. Mais l'ensemble de la construction resta intact.

Le 6 juillet 671-83, sous le consulat de L. Scipion et de Cn. Norbanus, un incendie, dû vraisemblablement à la négligence des gardiens, détruisit entièrement l'édifice *. Sylla, après sa victoire définitive sur le parti marianiste en 672/82, entreprit la reconstruction du temple ^. Les travaux furent poussés avec une grande activité^. Après la mort de Sylla, Q. Lutatius Catulus,

I. TiT. Liv., X, 23. — 2. Plin., Hist. Nat., xxxiri, 57. — 3. Tit. Liv., xl, 5i. — 4. L'année est indiquée par Cicéron, Catilin.y m, 419; Sallust., Catilin., xlvii;Denys d'Halic, iv, 62; Tac, Hist., m, 72 : « L. Scipione C Nortano consulibus » ; le jour, par Plutarque, Syll.,x\su. — Denys d'Halic, loc. cil. ; Tacite, loc. cil. ; Appien, Guerr. Civil., i, 86 (avec réserves), attribuent cet incendie à la malveillance ; Dion Cassius, fragm. cvi, 2, à la foudre ; Cassiodore, ad ann. 671, et Obsequens, 67, à la négligence des gardiens. — 5. Tac, Hist., m, 72 : « Curant Victor Sulla suscepil neque tamen dedicavil. » Plutarq. Publicol., XV ; Valer. Max., ix, 3, 8. — 6. Valer. Max, loc. cit. : * Sylla, furieux de voir que Granius, premier magistrat de Pouzzoles où il se trouvait alors, ne se pressait pas de lui donner l'argent promis par les décurions de cette colonie pour le rétablissement du Capitole, entra dans de tels accès de rage, et poussa

LE TEMPLE DE JUPITER CAPITOLIN. 3i

consul en 676/78, fut chargé par le sénat en qualité de « Curator reficiendi Capitolii^ >, de poursuivre l'entreprise : neuf ans plus tard en 685/69, Catulus procéda solennellement à la dédicace *. En 708/46, le sénat décida de substituer le nom de César à celui de Catulus sur l'inscription dédicatoire ; mais le décret ne fut pas appliqué : le nom de Catulus fut maintenu '.

Le temple fut à deux reprises frappé de la foudre, en 689/65 * et en 745/9*. Auguste le répara, sans y placer d'inscription à son nom 6. En 69 après Jésus-Christ, lors de l'assaut livré au Capitole par les partisans de Vitellius, le temple fut incendié pour la seconde fois. Tacite ' décrit ainsi cet événement : « On doute si ce furent les assiégeants ou les assiégés qui allumèrent l'incendie ; l'opinion la plus commune est que les assiégés mirent le feu à ces édifices pour repousser ceux qui montaient ou qui étaient en haut. La flamme gagna les portiques qui se trouvaient autour du temple ; bientôt les aigles qui soutenaient le faîte et dont le bois était vieux, prirent feu et nourrirent l'embrasement. Ainsi périt le Capitole, les portes fermées, et sans que personne le défendît, ni le pillât. »

Vespasien, devenu empereur, s'occupa aussitôt de relever le temple de Jupiter Capitolin : les travaux commencèrent dès 70 : € Le onzième jour des Calendes de Juillet (=21 juin), écrit Tacite ®, par un ciel serein, tout l'espace consacré au temple fut environné de bandelettes et de couronnes. Des soldats, portant des noms heureux, entrèrent dans cette enceinte avec des rameaux de favorable augure. Les Vestales, accompagnées de jeunes garçons et de jeunes filles, dont les pères et les mères vivaient encore, firent des aspersions d'eaux de sources vives et de rivières. Ensuite le préteur Helvidius Priscus, guidé par le pontife Plautius Helianus, purifia le terrain en offrant un sacrifice, et, les entrailles des victimes ayant été posées sur un autel de gazon, il pria Jupiter, Junon, Minerve et les dieux tutélaires de l'Empire, de seconder l'entreprise et d'élever, par leur divine

des éclats de voix si violents, qu'il se rompit un vaisseau dans la poitrine et expira. ». — i. Varr., cité par Aulu-Gelle, Nuits Att., 11, 10 : « <^. Catulus, curator reficiendi Capitolii. ». — 2. Tit. Liv., Perioch., 98 : « Templum Jovis in Capitolio quod incendia consumptum ac refectum erat a Q. Catulo dedicatum est. » Cassiodor. ad ann. 685; Tac, Hist., in, 72; Plutarq., Putlicol, xv; Phlégon, Fragm. Hist. Grœc. (Ed. C. Muller, III, p. 606). —3. Dion Cass., XLii, 14; Tac, Hist., m, 72 : « LutatiiCatuli nomen, inter tanta Cœsarum opéra, usque ad Vitellium mansit. » — 4. Cicer., Catil., m, 8, 19. — 5. Dion Cass., Lv, i. — 6. Res. Gest. Div. Aug., 4, 9 : « Capilolium... impensa grandi refeci sine ulla inscriptione nominis mei. ». — 7. Tac, Hist., m, 71; Stac, Silv., v, 3, pp. 195 sqq. — 8. Tac, Hist., iv, 53; Dion Cass., lxvi, 10; Sueton., Vespas., viii; Aurel. Victor, Cxsar., g, 7; Plutarq., Publicol., xv; Chronique de Saint Jérôme ad ann. Abrah. 2089.

assistance, cette demeure commencée pour eux par la piété des hommes. Puis il toucha les bandelettes attachées à la première pierre et entrelacées avec des cordes. En même temps, les autres magistrats, les prêtres, le sénat, l'ordre équestre et une g-rande partie du peuple, rivalisant d'efforts et d'allégresse, traînèrent à sa place cette pierre énorme. On jeta çà et là dans les fondements des pièces d'or et d'argent et les prémices de métaux à l'état naturel et que nulle fournaise n'avait domptés encore. » — Vespasien, lors du déblaiement, voulut porter lui-même * quelques pierres sur son dos. La dédicace eut lieu, du vivant de l'empereur, probablement vers 76.

Quelques années à peine après l'achèvement de l'édifice, en 80, sous Titus, un grand incendie ravagea le Champ de Mars et la région du Circus Flaminius ; le feu gagna le Capitole et, pour la troisième fois, le temple fut détruit*. Titus entreprit aussitôt de le reconstruire : le VIP jour des Ides de Décembre (7 déc.) 80, les Arvales se réunirent au Capitole, dans le temple d'Ops, pour faire des vœux solennels en faveur du nouveau temple '. Titus mourut quelques mois plus tard. Les travaux furent continués et achevés par Domitien*; la dédicace semble avoir eu lieu, un an après la mort de Titus, en 82 ; des monnaies furent frappées en Asie Mineure avec la légende « Capitolium Restitutum ». Cette réédification devait être la dernière; le temple de Domitien resta debout jusqu'à la fin de l'Empire.

Le premier temple de Jupiter Capitolin, celui des Tarquins, représenté au dernier siècle de la République sur une monnaie de M. Voltelus*^, triumvir monétaire vers 666/88, était un édifice hexastyle, d'ordre toscan, avec trois rangées de colonnes sur le front et une seule sur les côtés : la partie postérieure de l'édi-

I. SuETON., Vespas.,yiu: • Ipse {Vespasianus)reslitutionem Capitolii aggressus, ruderibtis purgandis, manus primtis admovit ac suo collo quaedam extulit... » — 2. Dion. Cass., lxvi, 24 : « Tôvte vewv xoO KairiT(»)X{ou {Aetà xwv auvvàwv aÛToO xaxixauffsv »; Plutarq., Publicol., xv; Sueton., Domit., v, viii. — 3. C /. L., VI, 2o59, p. 507, 10 : M. Tillio Frtigi T. Vinicio Juliano coss (=80 ap. J.-C), VII Id. Decembr. in Capitolio in asdem Opis convenernnt ad vota nuncupanda ad restitutionem et dedicationem Capitoli ab imp{eratore) T{ito) Csesare Vespasiano Aug{usto). — 4. Plutarq., Publiçol., xv ; « '0 5g TéxapTOç oÛTo; ùtzo AojisxtavoO xaî auvsTsXéaSTj xal xaOtepwST). » Sueton., Domit., V : « Plurima et amplissima opéra incendio absumpta (Domitianus) restituit, in qiiis et Capitolium guod rtirsus arserat, sed omnia sub titulo tantum suo ac sine ulla pristini auctoris memoria. » Suétone, id., viii, raconte, en outre, que Domitien « fit détruire par ses soldats un tombeau qu'un de ses affranchis avait élevé à son fils avec des pierres destinées au temple de Jupiter Capitolin et qu'il fit jeter dans la mer les cendres et les ossements qui s'y trouvaient. » — 5. E. Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, II, p. 565, clxxxi, Volteia (n' i).

fice, au Nord-Ouest, était dépourvue de colonnes. Le temple, porté sur un haut soubassement, dans l'intérieur duquel étaient ménagées une série de chambres souterraines (les/avissa?), était de forme massive, presque carrée; les colonnes étaient épaisses, basses et très espacées. — Le fronton, supporté par une architrave de bois, était surmonté au centre d'un quadrige, sur les côtés de statues en terre cuite, dont l'une était celle de Jupiter Sùmmanus*. En 458/296, les édiles curules Q. et Cn. Ogulnii, avec le produit d'amendes imposées aux usuriers, remplacèrent le quadrifre de terre cuite par un quadrige de bronze*, orné d'une statue de Jupiter portant une couronne'; plus tard, la statue de Jupiter Summanus, frappée par la foudre, fut remplacée par une statue de bronze*. Le tympan du fronton était orné de reliefs sur lesquels nous ne savons rien : la monnaie de Volteius n'indique qu'un foudre I

ailé', mais il est vraisemblable que cette représentation est incomplète. Le temple fut réparé en 575/179, sous la censure de M. Emilius Lepidus et M. Fulvius Nobilior ; les colonnes, en o'utre, furent blanchies et polies *.

L'intérieur comprenait trois cellœ, disposées parallèlement dans le sens de la longueur et recouvertes d'un même toit ' ; au centre, la cella de Jupiter, qui était la principale; à l'Ouest (vers le Tibre), la cella de Minerve; à l'F^t,- vers l'Asylum, la cella de Junon : on accédait à ces trois cellœ par trois portes de bronze, celle du milieu, qui menait à Li cella de Jupiter, plus grande que les deux autres, qui sont représentées sur la monnaie de ^L Volteius', sur les bas-reliefs du musée des Conservateurs et du Musée du Louvre dont il sera question plus loin. — Le sol,

i. CiccR.. Je Dlvinal., 1. 10, iû : ■ Cum Summunus In jasHgio Jovis optimi maximi qui lum eral ficliUs, e cmlo kliis essel... •. Cf. Tit. Liv.. PeriocH.. 14.

— j. TiT. Tiv., X, 23. — 3. Pl.vut., TrinuMitt., Si : • SI te surripuisse suspicet Jori coronum dtcapileex Capilollo, quod. In columtnesslalsummoi; Id-.Vm., ç^l xtAlego le sacrum coronjin surriputsse Jovl. •- — 4.\'oiT piusliauUnot 1.

— S. E, Bauelon, iot. d(. — 6..T1T. Liï., ïL, Si :• M. emilius LepiSus... tUem Jtnl! I« Captiollo columnasque circa poUendas alto locJiiil el ab his coliimnis qum fttcomMoJe opposUa ttdebiHlur signa amovil clipeaque âe columnls el signa mililaria al fixa omnis generis dempsit. ». — 7. Dehvs d'Haï k.. n,6i. Cf. TiT. Liv., VI. S); vu, 38; i, 23, et:. - Pus., Hisl. NjI.. mxiï; Vaieh. Maiim.. ïiii, i5, I ; Sene-)., Episl., yS, 75, etc. — B- Voir plus haut, pag. 32,

depuis 6o4/i5o environ, était recouvert d'une mosaïque blanche*, la première qu'on ait vue à Rome ; le seuil était de bronze, depuis l'édilité curule de Q. et Cn. Og-ulnii (458/296)*. Les lambris du plafond furent dorés en 612/142', sous la censure de Scipion Émilien et de L. Mummius Achaicus. Le toit était couvert de tuiles de bronze.

Au fond des trois cellae, se trouvaient les autels et les statues des trois divinités : la statue de Jupiter, statue de terre cuite analogue aux statues du fronton, dont on enduisait le visage de vermillon les jours de fêtes, était »l*œuvre d'un artiste étrusque de Véies. Les anciens* autels de Terminus et de Juventas, que les rites n'avaient pas permis de déplacer, se trouvaient à l'intérieur du temple : l'autel de Juventas dans la cella de iMinerve, celui de Terminus, dans le Pronaos ; comme le culte de Terminus devait être célébré en plein air, une ouverture avait été ménagée dans le toit du temple ^.

A l'intérieur du temple de Jupiter, se trouvaient de nombreuses œuvres d'art, dons des rois et des peuples étrangers, des magistrats et des triomphateurs ; des statues — deux statues de Jupiter, l'une placée entre les deux cellae de Jupiter et de Minerve, primitivement à Préneste, dédiée en 374/380 par le dictateur T. Quinctius^; l'autre, amenée de Macédoine par T. Quinctius Flamininus'; une statue de Scipion l'Africain s, dans la cella de Jupiter....; des Victoires d'or, dont une dédiée en 538/2i6 par Hiéron de Syracuse » ; des boucliers apposés aux colonnes, dont un grand nombre furent déplacés au cours des travaux de 575/179 **>; des couronnes d'or, dédiées par les triomphateurs ou les peuples étrangers : Mamercus iïimilius, dictateur en 317/437" ; T. Quinctius, dictateur 374/380»*, les Herniques 305/449*', les Carthaginois 411/343**, Philippe de Macédoine 563/i6i*'*; des

I. Plin., Hist. Nat., xxxvi, i85 : « Scutulatum in Jovis Capitolini œde primum factum est. ». — 2. Tit. Liv., x, 23 : « Cn. et Q. Ogulnii œdiles curules... œnea in Capitolio limina... posuerunt. » — 3. Plin., Hist. Nat., xxxiii, 57 : « Laqueariaj qux nunc et in privatis domibus atiro tegttntur, primo in Capitolio inaurata sunt censura L. Mummis. » — 4. Plin., Hist. Nat., xxxiii, 57. Cf. XXXIII, m. — 5. Denys d'Halic, m, 69 (cf. plus liaut, p. 27). — 6. Tit. Liv., VI, 29. — 7. CiCER., Verr., iv, 58, 129. — 8. Valer. Maxim-, viii, i5, i : « {Scipio Africanus) imaginent in cella Jovis optimi maximi positam habet. ». — 9. Tit. Liv., XXII, 37 : cette Victoire était du poids de 220 livres. — 10. Id., xl, 5i. Voir plus haut, p. 3o. — II. TiT. Liv., iv, 20 : • Mamercus uEmilius coronam auream libram pondo ex publica pecunia populi jussu in capitolio Jovi donum posuit ». — Cf. xxv, 39; xxxviii, 35; Plin., Hist. Nat., xxxv, 14. — 12. Festus, p. 363 : « T. Quinctius trientem tertium pondo coronam auream dédisse se Jovi donum scripsit. » — i3. Tit. Liv., v, 37. — 14. Id., vu, 38. — i5. Id., xxxvi, 34; cf. aussi xliii, 6. — D'autres offrandes sont mentionnées par Tite Live, xxix, 38 (quadrige d'or), xxxviii, 35 (un char doré avec attelage de six chevaux), etc.

LE TEMPLE DE JirPlTER CAPITOLIN. . 35

tableaux : l'un d'eux représentait la reddition de Junurllia'.

Un trésor était placé sous le siège de la statue de Jupiter'. Le jeune Marius l'emporta à Préneste en 672/82'; Sylla, vainqueur, le rapporta à Rome. A l'intérieur du temple se trouvaient aussi conservés les livres sibyllins*. D'autres objets d'art, enfin, étaient déposés dans \eifavissx des su bst rut tiens.

Les Irois reconstructions successivesdu temple n'altérèrent pas sensiblement le plan primitif. En 676/78, Q. Lulalius Catulus voulut surélever le temple et lui donner un aspect plus imposant, en abaissant tout autour le niveau de i'Area Capilolina : i! en fut empêché par l'existence des/avissa:^.

En 70 ap. J.-C, lors de la seconde reconstruction du lemple, il fut de nouveau question de modifications à apporter au plan de l'ancien édifice. L'affaire fut soumise aux haruspices : • Les haruspices, dit Tacite", prescrivirent de transporter dans des marais les débris de l'ancien temple et d'en bâtir un nouveau sur le même emplacement, ajoutant que les dieux ne voulaient pas que le plan fût changé.... La hauteur en fut augmentée; c'est le seul changement que la religion sembla permettre et la seule magnificence qui parut manquer à l'ancien temple. > Il faut ajouter que l'ordre corinthien fut substitué à l'ordre toscan. Les temples de Vespasien et de Domilien restèrent hexastyles, comme l'avaient été ceux des Tarquins et de Q. Lutatius Catulus.

Le temple reconstruit en 676/78 par Q. Lutatius Catulus est représenté sur une monnaie de Petillius Capitolinus', Iriumvir monétaire en 71 1/43, avec sa façade de six colonnes, son fronton, orné de reliefs (au centre, Rome assise sur des boucliers ; à droite, la Louve et les Jumeaux; à droite et à gauche, des oiseaux), surmonté, au centre, du quadrige de Jupiter, sur les côtés, des statues de Minerve et de Junon, et de deux aigles en aerotères. Le toit était soutenu par des aigles de bois', dont il a été question plus haut à propos de l'incendie de 69. — Les portes des cellœ, masquées par trois boucliers suspendus entre les

i. Plutarq., Mar., xxxii. — 2. Tit. Liv.. v, 5o; Pun., HIsI. Kit., XKXia. i^-i6 r ce trésor comprenaEt originairement 2 oa» livres d'or. — 3. Appien, Guerr. Ch:. 8;. — 4. Dents d'HaliC, Cï. ûî. — 5. AuL- Gell-, Nuils Alllq., ii, lo, 2. — 6. Tac.. Hte(., iv, 53. — 7. E. Babelon, lot. cil., U, pp. 291-21)2. n- cxïh, PelIllU (n- 1-4), — 8. Tac, Hisl.. ai. 71.

colonnes centrales, ne sont pas visibles sur la monnaie de Petillius Capitolinus. Les tuiles de bronze, qui recouvraient le toit, avait été dorées par Catulus*.

De nouvelles offrandes avaient remplacé à Tintérieur de l'édifice celles qui avaient péri dans l'incendie de 671/83; des statues

— une statue d'Apollon, œuvre de Calamis, amenée d'ApoUonie (Asie Mineure) et consacrée en 683/71 par LucuUus*; une statue de Thésée, de Parrhasius ' ; une statue d'éphèbe, dédiée en 679/75*; une statue de Minerve*, consacrée par Cicéron en 666/58 ; deux bustes, dédiés en 696/57 par le consul P. Cornélius Lentulus Spinther^; la statue de Jupiter, de Myron, consacrée par Auguste'; un quadrige et une Victoire, consacrés en 712/42 parle consul C. Munatius Plancus®; des pièces d'orfèvrerie^; une collection de pierres gravées, provenant du butin fait sur Mithridate et offerte par le grand Pompée *<* ; des tables de bronze, contenant des traités et autres actes publics". La statue assise, qui occupait le fond de la cella de Jupiter, était d'or, d'ivoire et de marbre"; enfin, les livres sibyllins avaient été reconstitués et replacés dans les souterrains du temple *'.

La représentation du temple de Vespasien, sur les monnaies de Vespasien**, est analogue, mais l'édifice est de style corinthien. Le fronton était orné de reliefs, représentant, au centre, la triade capitoline, Jupiter, assis; tenant un sceptre, Minerve et Junon debout, à sa droite et à sa gauche; de part et d'autre du groupe central, étaient deux groupes d'hommes (les Cyclopes) frappant sur l'enclume. Le faîte était surmonté d'un quadrige, au centre ; de deux biges et d'aigles en acrotères. — Les haruspices avaient interdit de profaner l'édifice avec de l'or ou des pierres destinés à un autre usage; parmi les offrandes, Pline*'' mentionne des

T. Plin., Hist. Nat., xxxiii, 57 : « Cum varie sua œtas de Cattilo existimaverit, quod tegulas aereas CapUoli inaurasset. » Cf. Seneq., Controv., i, 6, 4 : fasHgatis sufra tectis auro puro fulgens prœlucet Capitolium » ; Id., ii, i, 1 : t Inauratum Capitolium. ». — 2. Plin., Hist. Nat., xxxiv, 89 : « 7n Capitolio Apollo tralatus a M. Lucullo ex Apollonia Ponti urbe XXX cubitorum. » Strab., VII, 6, 1. — 3. Plin., Hist. Nat., xxxv, 69. — 4. Festus, p. 262. — 5. Dion Cass., xxxviii, 17; XLV, 17; Obseq., 68. — 6. Plin., Hist. Nat., xxxiv, 44. — 7. Strab., xiv, 14. — 8. Plin., Hist. Nat., xxxv, 108 : « In Capitolio quant Planais imperator posueraty Victoria quadrigam in sublime rapiens. » — 9. Plin., Hist. Nat.y xxvii, 18, etc. — Divers dons laits par les empereurs, sont mentionnés par Suétone, Tiber., lui; Calig., xvi; NerOy x, xii, xiv; Tacit., Ann., XV, 74, etc. — 10. Plin., Hist. Nat., xxxvii, 11. — 11. Cicer., Catilin., m, 19.

— 12. Chalcid., ad Plat. Tim., 336; Varron (cité par Non., p. 162); Josèphe,

Antiq. Juiv., xix, i, 2. — i3. Lactanc, de Ira Dei, xxii, 6; Fenestella, Instit., I, 16, 14. — 14. H. Cohen, loc. cit., 2' édit., I, Vespasien, n" 486-493. Voir p. 46, 47. — i5. Hist. Nat., xii, 94 : « Coronas ex cinnamo in terrasili auro inclusas primtis omnium in templis Capitolii atque Pacis dicavit imperator Vespasianus Augustus. »

S en bois de canneltier, ornées d'or, qui furent offertes par Vespasien.

Enfin le temple de Domitien, celui qui a subsisté jusqu'à la Rn de l'Empire, est représenté sur les monnaies de cet emper,eur ' et sur trois bas-reliefs : l'un de ces bas-reliefs, provenant de l'arc de Marc-Aurèle, est aujourd'hui consente au musée des Conservateurs, à Rome»; le second est au musée du Louvre (le fronlon manque)'; le troisième qui se trouvait au xvr siècle^ dans la Bibliothèque du Vatican, a aujourd'hui disparu, mais on en possède quatre dessins exécutés au xvi' siècle' : l'un est h la bibliothèque de Cobourg'; un secondy provenant 'de la bibliO: thèque de Fulvio Orsini, est conservé à la bibliothèque Vaticane ; un troisièmea élé esquissé vers la fin du xvT siècle, par un sculpteur de Reims, au cours d'un voya^ à Rome" et un quatrième, par Piranesi'.

De toutes ces représentations, la plus exacte et la plus sûre est donnée par le dessin de la bibliothèque de Cobourg;.

Les faits certains sont les suivants : le temple reconstruit par Domitien était hexastyle comme les temples antérieurs. Le fronton était, comme dans le temple de Vespasien, surmonté d'un quadrige, au centre; de deux bi^es et de statues (dont une représentant Mars avec la lance, une autre, Minerve), sur les côtés. Les reliefs du tympan représentaient : au centre, la triade capitoline, Jupiter assis, Miner\'e et Junon, debout. De part et d'autre, les deux chars du Soleil et de la Lune convergeant vers le groupe central; deux groupes de trois hommes (Vulcain et les Cyclopes), frappant sur l'enclume; quelques figures accessoires : aux pieds de Jupiter, un jeune homme deb>out (Ganymède?); aux pieds de Minen'e, Hercule, et à droite, près de Junon, un homme et une femme,

1. H. Cohen, /of. cil.,Domilie», n" 05.90; /J., n*2.'!. — 2. Bartoii, AJmIr. Rom. Aitllq.. pi. IX. — RiGHETTi, Mus. i. Campidoglia. 1, 00. — Moiium. âeW InsHIul. dl CoTTisp. Archeol.. \. pi. ihvi. — 3. Clahao, Musée de sculpture a«tljueet moderne, II. i, -iz {cl. Planches II. i5[, 3<xi). — 4. Sur ces dessins, voirsurlout AuG. AunOLLENT, Z>eïîiii luidil du fronton du Temple Je Jupiter CapUolin. MiUngesde l'École Irinçiise de Rome. IX. iQ-Sç, pp- i2o-i33-, Direuberc et Saqlio. Diclionnaire dis Antiquités firecques et romaines, article • Capitolium • (I, I", 2- partie. C, pp. goi-çôù). — 5. Reproduit par M. Sculltïe, Archeol. ZHiung, 1872. pi. LVll (cf. DiREHBEBG Cl Saglio. loc. cil., p, 904, fiff, ii5]). — û. Aïc. AtDOLLEST. loc. Cit. — 7. P[BA.SESi, Magniftcenca eJ Archtleltiira dei Romani, pi. CXCVIU.

probablement Esculape et Vesta. Dans les angles^ deux divinités couchées : le Tibre et probablement la Terre.

Le nouvel édifice éclipsait en mag-nificence tous ceux qui l'avaient précédé. Les colonnes étaient de marbre blanc, du Pentélique, et cannelées; elles provenaient d'Athènes où Plutarque dit les avoir vues*. Pour les adapter à leur nouvelle destination, on les retailla à Rome. « Ce second travail, dit encore Plutarque, leur a donné moins de g-râce qu'il ne leur a enlevé de leur symétrie : en les effilant trop, on leur a fait perdre toute leur beauté. » Les trois portes* qui donnaient accès aux cellae et les tuiles du toit' étaient de bronze doré. L'ensemble de la construction, selon Plutarque, avait coûté plus 2000 talents (66 millions 720000 francs)*. Plus tard Trajan eut sa statue dans le pronaos du temple^.

Au moyen âge, le temple de Jupiter disparut complètement. On perdit jusqu'au souvenir de son emplacement. Un grand nombre des écrivains qui, depuis le xvr siècle, ont traité la topographie de la colline capitoline, plaçaient le temple de Jupiter sur le sommet septentrional du Capitole et considéraient le sommet méridional comme l'Arx. Les fouilles exécutées sur le Capitole à l'emplacement du Palazzo Caffarelli et du musée des Conservateurs, en 1865^, 1875-1878', complétées par quelques découvertes postérieures (notamment, en 1896, Via di Monte Tarpeo*), ont permis de résoudre définitivement la question.

Les limites orientale et occidentale des substructions sur lesquelles s'élevait le temple, ont pu être déterminées grâce aux trouvailles de i865 (Jardin du Palazzo Caffarelli : limite occidentale), de 1875 (musée des Conservateurs : limite orientale), et de 1896 (Via di Monte Tarpeo : angle sud-est des substructions). — La distance, qui séparait les deux flancs oriental et occidental, et par suite la largeur du temple, était de 5i mètres ^ chifi*re auquel il faut ajouter l'épaisseur des deux revêtements aujourd'hui disparus : soit au total 55 mètres environ pour le front.

La longueur, sur laquelle les trouvailles n'ont pas fourni d'indications précises, peut toutefois être déterminée d'une manière

I. Plutarq., Publicol.y xv. — 2. Zosim., 'latopia Néa, v, 38. — 3. Procop., Ciuerr. Vandal., i, 5. — 4. Plutarq., Piiblicol., loc. cit.— 5. Plin. lejf.un., Panégyr. de Trajan, 52 : « In vestitulo Jovis Optimi Maximi. » — 6. Kosa, Annal. deW Institut., i865, 382 sqq. ; Monument. delV Instit., VIII, tab. 23, 2; H. Jordan, Topographie der Stadt Rom im Altertum, I, 2, p. 67, not. 67. — 7. R. Lanciani, Bm//. Archeol. Com., 1875, pp. 165-189; 187^1 3i-34; H. Jordan et ScHVPMAHs, Annal. delV Instit., 145-1^2; Dressel, Bull, dell' Instit., 1882, 226 sqq. —8. G. Gatti, Notiz. d. Scav., 1896, p. 161. — 9. H. Jordan, Topographie der Stadt Rom im Alterthum, I, 2, pp. 69-70.

LE TEMPLE DE JI'PITER CAPITOLIN, Sg

indirecte; Denys d'Halicarnasse', rappelant la eonstruelion du temple de Jupiter, donne le chiffre total du périmètre, huit plèthres (;^246",5o); il ajoute que la différence entre la longueur et la largeur n'atteignait pas i5 pieds (=4",42). Il faut donc admettre une longueur totale de 60 mètres. Le chiffre du périmètre serait donc de aSo mètres, soit sept plèthres i/3, chiffre inférieur de 16 mètres à celui de Denys; il est probable que Denys a simplement arrondi le chiffre en huit plèthres.

Le temple occupait le centre de l'Area Capitolina, dont il couvrait un peu plus du cinquième (33oo mq. sur iSoooJ; l'espace resté libre tout autour, l'Area proprement dite, mesurait environ 35 mètres sur le front, 33 mètres sur les deux flancs, 25 mètres

rientalion, que les

fouilles ont permis

de déterminer',

était Nord -Sud,

avec une déviation

de 24 degrés vers I

l'Est

Lesrestesdécouvertsappartiennent presque exclusivement aux substructions*. Ces sub-

structions, hautes de 5 mètres environ, sont formées de blocs quadrangulaires de tuf (dimensions moyennes : largeur o",6o longueur 0,70, hauteur o,3i), superposés sar.s mortier. On a pu également, dans la partie Sud-Est de l'édifice, recueillir quelques indications précises sur les dimensions des murs qui soutenaient les 6 rangées de colonnes du pronaos et la disposition des favissœ*.

De l'édifice lui-même on n'a recueilli que quelques débris : un fragment de colonne cannelée' et un chapiteau corinthien de marbre pentélique"; un fragment de base attique, également en marbre'; des restes de corniche et de frise, ornés de bucranes et de festons*; provenant de l'édifice reconstruit par Domllien.

I. Denys d'Halic. iï, 6i. — 2. Sur l'orienlalion. R. Lanoianf, Bull, Archeol. Corn., [0-5, p. iSo; SfEiLPMAUN, Ick. cil., p. 140; H. Johdan. loc. cil.. p.<& — 3. R. Lancia-si, Bull. AnHeol. Coni., 1875, i8r. Cf. Dressel. Bail. dilV InsHI.. leSl, p- 126. — .]. H. Jordan, Uk. cil., p. 70. —5. B. LANaAKi, Bull. Archeol. Com., iB-S, p. 185; H. JobbaN. Ioc. cil., p. 72, nol. 69.-6, Nolis. a. Scjr., i8c)7. p. 60. — 7- H. JOHnAîi, Ioc. cil. — a. R. Lasciasi, The Ruins an,( Excayjlious oj AncienI Rotnt, p. 3oi.

Ao LE CAPITULE ROMAIN.

De ces trouvailles, il résulte que le diamètre des colonnes était de 2 mètres à 2'",io*; celui des bases, de 2",26*; celui des chapiteaux (le chapiteau découvert était très mutilé), supérieur à 2 mètres 5; la distance des colonnes de la façade, telle qu'on a pu la déterminer d'après la disposition des murs de soutènement, était d'environ g"*, 20 d'axe en axe*. — Il faut mentionner enfin la découverte de deux fragments de terre cuite, trouvés en 1896, qui semblent avoir appartenu à la décoration primitive de la façade*.

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