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LE CAPITOLE. — L'AREA CAPITOLINA

La croupe méridionale de la colline, le Capitole proprement dit, était à la fois, moins élevée et plus vaste que l'Arx. Le sommet était occupé par une esplanade de forme régulière, l'Area Capitolina (surface : i5ooo mètres carrés environ) dont les limites coïncidaient avec le rebord même de l'escarpement.

Cette Area Capitolina était en grande partie une œuvre artificielle*; les Tarquins, lorsqu'ils avaient jeté les fondements du temple de Jupiter, avaient nivelé, sur toute son étendue, le sommet irrégulier de la colline, puis ils avaient recouvert le sol

I. Tac, Hist., m, 71. — 2. Notiz. d. Scav., iffïî, p. 497; Dull. Archeol. Com., 1888, p. 33i. Cf. Ch. Huelse.n, /•' Topogr. Jahresber., loc. cit., 1889, p. 225. — 3. Sur les deux fragrments du mur de Servius, trouvés en 1872 et en i^V;2, à l'emplacement de la Via délie Tre Pile, Dtdlet. Archeol. Com., 1873, p. 141; Notis. d. Scavi, 1890, p. 21 5; 1892, p. 200 (cf. Ch. Hu^lsen, ///" Topog. Jahrest., Rômisch. Mitth., 1893, p. 287); R. Lanciaxi, The Rtiins and Excavations of Ancient Rome, p. 64. — 4. Notiz. d. Scav., 1892, p. 229; Ch. Huelsen, loc. cit. — 5. Dexys d'Halic, III, 69; TiT. Liv., i, 38. Sur les substructions du Capitole, voir plus loin, pp. 38, ?().

naturel d'une vaste plate-forme composée de morceaux quadrangulaires de tuf. Les limites de ces substructions ont pu être déterminées sur deux points : sur le rebord septentrional de la colline, au-dessus de la Via Tor de* Specchi (ce fragment mesurait 25 mètres de longueur et i3 mètres de hauteur)*, à l'Est, en 1875, au haut de l'escalier qui donne accès de la Piazza del Campidoglio à la Via di Monte Tarpeo*.

L'Area Capitolina, dont le temple de Jupiter occupait le centre, était entourée, sur ses quatre faces, d'un mur de clôture' auquel était adossé un portique construit en SçS/iSq sous la censure de P. Cornélius Scipio Nasica et C. Popillius Laenas*. — Dans cette enceinte s'ouvraient trois portes : au Sud-Est, la porte Pandana toujours ouverte, qui donnait accès à la partie supérieure de la Roche Tarpéienne, au Sud-Ouest, une porte de dimensions probablement assez restreintes, qui, par l'escalier des Centum Gradus, mettait en communication l'Area Capitolina et la plaine riveraine du Tibre ; enfin, au Nord-Est, la porte principale*, à laquelle aboutissait la seule voie carrossable qui menât au Capitole, le Clivus Capitolinus. En 69, lors de l'assaut donné au Capitole par les soldats de Vitellius, Sabinus obstrua l'entrée en y accumulant plusieurs statues de l'Area Capitolina enlevées de leurs piédestaux^. Cette porte était fermée la nuit' : un gardien 8, chez lequel Domitien réussit à se cacher^, et dont la maison, peu après, fit place au sanctuaire de Jupiter Conservator, puis au temple de Jupiter Custos*», et des chiens y veillaient *^

L'Area Capitolina était ornée d'une foule d'édifices et de monuments de tout genre : le plus important était le grand temple de Jupiter Optimus Maximus, auquel il convient de donner une place à part.

1. FicoRONi, Vestigie e Rarita diRoma antica, p. 42; H. Jordan, Topographie der Stadl Rom im Altertum, I, 2, p. 67, not. 67 : les blocs mesuraient environ o",22xo*,88. — Ces substructions n'appartenaient pas, comme le croit H. Jordan, loc. cit., au temple de Jupiter Capitolin, mais à l'Area Capitolina. — 2. R. Lanciani, Bull. Archeol. Com., 1875, p. 184. — 3. C. /. L., III, p. 852 (Diplôme militaire de l'année 74, IX : introeuntibus ad sinisiram in muro inter duos arctis). — 4. Vell. Patercul., ii, i, i; 3, i : « Qui censor portions in CapitoUo fecerat. ». — 5. Sueton., August., xciv : Fores Capitolii; Appien, Guerr. Civ., i, 16, dit que les statues des rois de Rome, placées sur l'Area Capitolina, se trouvaient : « xaxà 'zbn; Oûpas; ». Tac, Hist., m, 71 : « Ad primas Capitolinœ arcis fores; » C I. L., III, p. 852 (Diplôme militaire de l'année 74, IX : in Capitolio introeuntibus). — 6. Tac, Hist., m, 71 : « Ambustasque Capitolii fores pénétrassent, in Sabinus révulsas undique statuas, décora majorum, in ipso aditti vice mûri objecisset. ». — 7. Aul. Gell., Nuits Attiq.,\i, 1,6.— 8. Aul. Gell., loc. cit. — 9. Tac, Hist., m, 74; Sueton., Domit., i. — 10. Tac, loc. cit. — II. CicER., pro Rose. Amer., xx, 5o : « Canes aluntur in Capitolio ut significent, si f lires venerint » ; Aulu Gell., loc. cit.

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Le temple de Jupiter Optimus Maximus fut voué, à l'époque royale, par Tarquin F Ancien, au cours de la g-uerre contre les Sabins*. Lorsqa'il fut rentré à Rome et après son triomphe, les travaux commencèrent aussitôt. Plusieurs sanctuaires, qui selon la tradition remontaient au roi sabin Titus Tatius*, occupaient l'emplacement du futur temple : ils furent déplacés en vertu d'une exauguratio solennelle : « Lorsqu'il fut sur le point de commencer la construction du temple, écrit Denys d'Halicarnasse', Tarquin réunit les augures, et leur demanda de déclarer d'abord quel était l'emplacement qui conviendrait le mieux à l'érection du sanctuaire et qui serait le plus ag'réable aux dieux. Ils indiquèrent la colline qui domine le Forum, alors appelée Mont Tarpéien et depuis Mont Capitolin. Tarquin leur demanda ensuite de fixer exactement l'emplacement : la chose n'était pas facile. Il y avait, en effet, sur le Capitole, de nombreux autels de dieux et de demi-dieux, ^très voisins les uns des autres, et qu'il était nécessaire de transférer ailleurs pour faire place au nouveau temple. Les augures décidèrent que, pour chacun des autels antérieurs, il fallait consulter les dieux et leur demander s'ils consentaient au transfert. Les dieux et les demi-dieux donnèrent généralement leur consentement : seuls Terminus* et Juventas'^, longuement et instamment consultés par les augures, refusèrent d'abandonner leur place. Leurs autels furent conservés, lors de la construction du temple. Actuellement, l'un se trouve dans le pronaos d'Athena, l'autre dans le sanctuaire même, non loin de la statue. Les augures conclurent de ce fait que les frontières de l'État romain seraient immuables et que rien ne pourrait affaiblir la vigoureuse jeunesse de Rome. »

Dès le début des travaux, on se heurta à d'énormes difficultés. Le sol était de forme irrégulière ; le tuf naturel était fissuré et friable. Il fallut niveler l'ensemble du terrain et construire une

1. TiT. Liv., I, 38 : « jEdem in Capitolio Jovis quam voverat bello Sabino... » ; Denys d'Halic, m, 69 : « 'Evexe^p^i^e 5è xal tôv vewv xaxatrxeuàÇeiv xoO te Mo<; %oà Tf); 'Hpaç xal Tfjç 'AOirjvâç d paaiXeùç oOto; eO'/Tlv àiroôtôoùî;, yjVTTEp è'KOiTi<jaLXO Toî;; ésoïq év Tf) TsXsuTaiqt i:pô; ïa6tvou(; jxixTi • ; Cicer., De Repub., II, 20, 36; Plutar^., Publicol., xiv; Tac, Hist., m, 72. — 2. Tit. Liv., i, 55. — 3. Denys d'Halic, m, 69. — 4. Caton (cité par Festus, 162); Ovid., Fast., ii, 665; Serv., ad yEneid., ix, 448; Tit. Liv., i, 55, ne parlent que de Terminus. — 5. Le sanctuaire de Juventas n'est mentionné que par ce texte de Denys d'Halicarnasse. Saint Augustin cite en outre — mais le fait est douteux — un sanctuaire de Mars {Cité de Dieu, iv, 23).

plate-forme artificielle destinée à soutenir l'édifice : « La colline sur laquelle devait s'élever le nouveau temple, écrit encore Denys d'Halicarnasse*, n'était ni d'accès facile, ni de niveau égal: elle était escarpée et était terminée par un sommet aigu. Tarquin l'entoura de tous côtés de hautes substructions, remplit d'une épaisse couche de terre l'espace compris entre les substructions et le sommet, nivelant ainsi la colline et rendant possible la construction du temple*. »

Ces travaux occupèrent les quatre dernières années du règne de Tarquin l'Ancien '; ils se poursuivirent probablement sous Servius Tullius*. Tarquin le Superbe destina à l'érection du temple le butin considérable (selon Pison 40000 livres d'argent, selon Fabius Pictor 40 talents = 225.200 francs, chiffre que Tite- Live juge préférable), conquis dans la ville volsque de Suessa Pometia ^. Tarquin contraignit en outre les plébéiens à fournir la main-d'œuvre*^.

Mais la somme disponible suffit à peine à l'établissement des fondations ^ Le travail dut être ralenti, sans toutefois être interrompu entièrement, Tarquin le Superbe fit venir des charpentiers d'Étrurie*; le quadrige et les statjies du fronton, en terre cuite, furent commandés à des artistes étrusques de Véies*. L'édifice était presque terminé en 24,5/509, lorsque Tarquin fut expulsé de Rome; la décoration seule, semble-t-il, était encore inachevée : «Le temple de Jupiter était" près d'être achevé, raconte Plutarque *<', lorsque Tarquin voulut, soit d'après un oracle, soit de son propre mouvement, faire placer sur le faîte un quadrige de terre cuite dont il confia l'exécution à des ouvriers étrusques de Véies; peu de temps après, il fut chassé du trône. Quand le quadrige fut fait, les ouvriers le mirent au four

I. Denys d'Halic, iii, 69. — 2. Tit. Liv-, vi, 4, à propos des réparations de 366/388, dit des substructions du Capitole : « Opiis vel in hac magnificentia urtis conspiciendum »; Plin., Hist. Nat., xxxvi, 104 : « Substnictiones insanas Capitolii mirabantur. » — 3. Tit. Liv., i, 38 : « Aream... jam prassagiente animo futtiram olim amplitudinem loci occupai fundamentis. » Denys d'Halic, m, 69 : • Toù; BspLsXtouî oùx êcpSaçe Oeivai toO vsw xpovov êiriBiwaa; {lexi TTiv xaTàXudiv ToO iroXéixou xsTpaexfj. » Plutarq., PutlicoL, xiv;Tac., Hist., ni, 72 : « Jecerat Jiindamenta spe inagis futurae magnitudinis qiiam qiio modicx adhtic populi romani res sufflcerent. » —4. Tac, loc. cit. : « Mox Servius Tullius, sociorutn studio, dein Tarquinius Superbus... extruxere. » — 5. Tit. Liv., i, 55, 7 : « Pometinœ manubiœ »; Tac, Hist., m, 72 : « Capta Suessa Pometia hostium spoliis » ; Denys d'Halic, iv, 59-61. — 6. Tit. Liv., i, 56, i : « Non pecunia solum ad id publica est usus, sed operis etiam ex plèbe »; Cicer., Verr., V, 19, 48 : « Capito'.ium, sicut apud majores nostros factum est, publiée coactis f abris operisque imperatis, gratis exœdificari atque effici potuit. » — 7. Tit. Liv., i, 55. — 8. Tit. Liv., i, 58 : « Fabris undique ex Etruria accitis. » —

9. Plin., Hist. Nat., xxxv, 157; Festcs, p. 174; Plutarq., Publicol., xiii. —

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