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FORMATION PROGRESSIVE DU PALAIS SENATORIAL

LES hommes du moyen âge pouvaient d'autant mieux se figurer le Capitole au gré de leur fantaisie, qu'il ne restait plus alors aucune trace de ce qu'il avait été. Les temples de Juno Moneta, de Jupiter Custos, de Jupiter Feretrius, avaient été si complètement détruits qu'on ne saurait aujourd'hui dire avec certitude en quel lieu ils s'élevaient; on a discuté jusqu'à ces temps derniers sur l'emplacement du temple de Jupiter Capitolin, dont les fondements ont fini par être retrouvés. Le renom universel du Capitole causa sa ruine si complète. Les barbares n'eurent rien de si hâté, quand ils entrèrent dans Rome, que d'en piller les richesses ; on accusa les Grecs de Stilicon d'avoir emporté à Constantinople les lames d'or dont les portes de ses temples étaient revêtues et les statues qui en ornaient l'intérieur*; au surplus les chrétiens ne virent pas sans une joie secrète tomber ainsi les sanctuaires les plus vénérés des faux dieux et peut-être aidèrent-ils à leur destruction. Ils se hâtèrent, dès le viii' siècle, d'élever, sur l'emplacement qu'avait occupé naguère le temple de Juno Moneta, l'église de Santa Maria in Capitolio, construite en partie avec les débris de ce temple et des temples voisins*.

Les splendeurs du Capitole étaient déjà fort diminuées au temps de Cassiodore quand on les classait presque par ouï-dire au nombre des merveilles du monde'.

Ensuite, pendant une longue période, il n'est plus parlé du Capitole, si ce n'est dans les récits fabuleux; ce n'était plus qu'un amas de décombres que dominaient l'église de Santa Maria et le petit monastère qu'on y avait annexé ♦.

Au XI* siècle, une demeure avait été construite au-dessus du

I. Cf. p. 49 et Gregorovius, trad. italienne, 1901, I, 23, i55. Ce qui n'empêcha pas que Stilicon eût sa statue à Rome. — 2. Voir Appendice. — 3. Variât'., 7, n. 6; Migne, 712; Mommsen {Mon. hist. genn., t. XII, p. 2o5) : « Capitolia celsa conscendere hue est humana ingénia stiperata vidisse. » H. Grisar, Roma alla fine del Mondo Antico, II, i85. Cf. Gregorovius, II, 172. — 4. Il ne faut pas attacher grande importance au passage de la Cronica

Tabularium, rasé dans sa partie supérieure, mais dont les assises énormes défiaient, du côté du Forum, la destruction des hommes, et subsistent encore*. Des nobles, la famille des Corsi*, s'y étaient établis et en avaient fait, comme c'était alors le cas pour toutes les habitations seig^neuriales, un château fort que sa situation rendait inaccessible, tout au moins sur la face qui reg-ardait le Forum. Cependant l'empereur Henri IV lui donna l'assaut et le détruisit en l'année 1084, car les Corsi tenaient pour le pape Grégoire VII'. S'il est vrai que cette même année, le 29 avril, il data du Capitole un acte dans lequel il approuvait la cession faite par le comte de Sasso au monastère de Farfa, de la moitié de la ville de Civitavecchia, ce fut par pure vanité, car il n'y avait point sa résidence; tout au plus siégeait-il dans le monastère voisin de Santa Maria, comme le firent si souvent, par la suite, les mag:istrats capitolins*. Après sa retraite, les Corsi continuèrent d'habiter leur château d'où le pape Paschalis II (1099-1118) les chassa*.

Le Capitole était déjà le centre politique de Rome. En 11 18, lors de l'élection de Gélase II, c'est au Capitole que ses partisans se réunirent pour le délivrer des mains des Frangipani qui s'étaient emparés de sa personne®. Sans doute le préfet de Rome y résidait en raison du marché qui se tenait sur la place du Capitole, comme il sera dit. Dans la vie de Pascal II, Pandolfe rapporte que ce pape n'ayant pas approuvé le choix d'un nouveau préfet, ceux qui tenaient pour lui accablèrent de vociférations et de pierres le souverain pontife quand il passa au pied du Capitole, le lundi de Pâques, au cours de la procession qu'on avait coutume de faire en ce jour '.

Un document important fournit la description de la colline du

Casaurense (Murât., II*, c. 778) où il est dit qu'en 85o l'empereur Louis II : « Romam reversus, imperiali laurea pro triumpho a dom. P. Adriano et omni populo et Senatu rom. in Capitolio est coronatus », car cette chronique est postérieure à la constitution du sénat et fut rédigée, par conséquent, plus de trois siècles après l'événement. D'ailleurs, le pape Adrien ne couronna Louis II qu'en 872. — 1. Voir ce qui a été dit déjà relativement au Tabularium. — 2. Elle descendait peut-être de la colonie corse qui s'était établie à Rome au temps du pape Léon IV (847). — 3. « ...Quod ubi rex Henricus... cognovit vehementer expavit, et illico ad ecclesiams. Pétri rediens, domo Capitolina et Leonina civitate destructa.... » (Duchesne, Liber Pontificalis, t. II, p. 368. Cf. p. 290). Voir aussi Gregorovius, II, 346. — 4. Gregorovius, II, 358, note 26 et p. 522, note 11. L'acte est donné : « Actum civitate Romana apud Capitolium. » — 5. Liber PontificaliSj II, 299 : « Parvo igitur praelio, sed horrendo satis, captis domibus subversisque turribuSy adeo sunt omnes exterrite ut et patrimonia beati Pétri coeterarumque aecclesiarum que injuste occupaverant redderent.,..y> — 6. Ibid., II, 3i3. — 7. L. Duchesne. L'auteur des Mirabilia, extrait des Mélanges d'Archéologie et d'Histoire, t. XXIV (1904).

Capitule à cette époque, c'est la bulle par laquelle l'antipape Anaclet(ii3oii38)* en fit donation aux Bénédictins du monastère de Santa Maria.

D'après ce document, la plus grande partie de la colline était occupée par des enclos, des jardins, des arbres t fruitiers et non fruitiers ». Il n'est fait mention d'aucun château, mais seulement de maisons, de boutiques, de caves, de cryptes, avec quelques vestiges des monuments anciens, parietibus, pétris et columnis ; le château des Corsi n'avait peut-être pas disparu, mais, s'il subsistait encore, il semblait de si peu d'importance qu'on le comptait parmi les maisons*.

En tout cas, il n'avait pas encore été remplacé par un édifice communal, car le pape donna aux Bénédictins la colline entière, tnontem Capitoliiin integrum. On pourra objecter que, lorsque

I. Pier Leone qui prit le nom d'Anaclet II. — 2. Cette bulle a été reproduite bien des fois par P. Casimiro, Mem. Istoriche di S. Maria in Araceliy p. 671 ; WADDiNG,i4««a/.il/«Mor.,III,255,an. i25i ;Valesio, CoW. Ca/o^era, XX, 102; Fea, Storia délie Arti deldisegno.... (Rome 1824, trad. complétée de l'ouvrage de Winkelraann), 111,358. En voici le texte : *Anacletus.. JohanniAbbatis. quejoh. Baplœin CapitoHo... concedimus et confirmamus totum tnontem Capitoliiin integrum, cum casis, cryptis, ceUis, ctirtibus, hortis, arboribusque fructiferis et infructiferis, cum porticu Camellariœ', cum terra ante Monasterium, qui locus Nundinarum vocatur, cum parietibus, pétris, columnis et omnibus ad eum generaliter pertinentibus, qui istisfinibus terminantur a primo latere via publica quse ducit per clivum argentarii, qui nunc descensus Leonis Probi appellatur, et ab alio latere via publica quse ducit sub Capitolium et exinde descendit per limitem et appendicem super hortos quos olimHildebrandus et Johannes diaconus et heredes Johannis de Guinizzo tenuerunt usque in templum majus quod respicit super Elephantum, a tertio latere ripœ qux sunt super fontem de Macello, et exinde revolvendo se per appendices suas super Canaparia usque in carnarium s. Theodori ; in quarto vero latere ab eodem carnario ascendit per caveam in qua est petra versificata; exinde descendit per hortum s. Sergii usque in hortum qui est sub Camellaria veniens per gradus centum usque ad primum affinem. Circa eundem vero montem concedimus tibi tuisque successoribus domos, casalinas, cryptas, ergasteria in mercato, totum predictum montem Capitolii in integrum et cœtera omnia quse in monte vel circa montem sunt. » La donation comprenait donc, outre le mont Capitolin, une partie delà région circonvoisine, puisqu'elle donnait pour limites à la cession la place Montanara où était l'éléphant (Elephantus herbarius), l'église S. Theodoro située au pied de Palatin et le Clivo Argentario du côté du forum de Trajan. Sur la délimitation de la région capitoline, voir ce qui est dit plus loin, p. 69. Cet acte apprend, en outre, que les Cent degrés qui conduisaient du Forum au Capitole existaient encore. Ils disparurent peu après. Sur le mot Canaparia, voir le chapitre consacré au montTarpéien, p. io3. Les droits de ceux qui possédaient des habitations dans les substructions antiques, dans le Tabularium, furent sauvegardés par un bref d'Innocent III, donné en 1199, et qui porte que : « Inferioris vero Camellarix parochiam et eiusdem Camellarias proprietatem ; ita quod nulla injuria inferalur habitatoribus ipsius Camellariœ ab abitatoribus superioris Camellarias. » (Gre- GOROvius, t. II, p. 525.) On remarquera que « in integrum » est répété deux fois dans la bulle.

a. Voir sur cette appellation ce qui est dit au chapitre Tabularium.

cette bulle fut renouvelée par Innocent IV en I25i et par Alexandre IV en 1259, elle fut libellée exactement dans les mômes termes, bien 'qu'à cette époque le peuple possédât cerUinement sur le mont Capitolin une maison commune qualifiée de palais dont le Saint-Siège ne pouvait disposer; mais on sait l'attachement de l'élise aux formules déjà employées et l'inexactitude manifeste de l'acte, à une date postérieure, n'implique aucunement qu'il n'ait pas eu son plein effet lors de sa première rédaction.

Le premier soin des Romains, lorsqu'ils s'insurgèrent en ! 143 contre le pouvoir pontifical, fut de courir au Capitole ; toutefois les textes ne disent pas qu'ils avaient pour objet d'y occuper un édifice, un château fort, mais simplement qu'ils désiraient y rétablir le sénat. € Romani... in ipso impelu in Capilolio convenientes (ou venientes), antiquam JJrbis dignilatem renovare cupientes ordinemsenatorum... conslilue-

runt'. t Le souci de renou- Fig. 12. - Fragment du plan contenu vêler les antiques traditions '^^"^ le od. Vat. [gio (sm- siÈde|.

de leur passé dont ils étaient

démesurément fiers, poussa sans doute les Romains à celle prise de possession beaucoup plus que la nécessité de, s'assurer une bonne position stratégique ou d'occuper une forteresse. C'est ainsi qu'ils donnèrent à l'assemblée éminemment populaire, voire plébéienne, qu'ils créèrent alors, le nom de sénat.

Toutefois le sénat siégea au Capitole, ceci est certain. Dans quel édifice, on ne le sait ; peut-être dans la demeure des Corsi ; en tout cas dans un logis que Arnaud de Brescia jugea indigne de sa majesté, car il s'empressa de conseiller aux Romains de réédifier le Capitole. « Resedificandum CapiloHum, renovandum dignilatem senaloriam, re/ormandum equeslrem ordinem docuil*. • Le conseil fut suivi; le nouveau palais défia même

I. Otto de Fee]S[[jg oa pKEisiNtiEN, Chroaicon Liter.. vrr, c. 27, Prrtz Monunt. germ, Hisl-, XX, 263. Cependant le cardinal Boson dit. dans la vie do Célestin II {Liber PoHlificalls. II, 385) : ■ CIrca flnem vero sut fontificalus fopulus romanus, novilatis amalor, lub velamentù uUlIlaHs reipublice, conlrj ipsius volunlaUm, in CapUoUum senatum erexit. • Cf. ÛBEGORovina, It, #7, note S7. Au sujet du Ordo senalorum. voir notre ouvrage sur les Institution-, communales .le Roine,cbap. a. — î. Otto de FREisrao, Gesta Frederici [ Imp ,

l'attaque du pape Luce II, qui fut blessé en montant à l'assaut, et mourut le i5 février 1145*. Dès Tannée ii5o les actes émanés du sénat portent la mention : In Capitolio, in cousis torio novo palatii^. Ce palais offrait apparemment l'aspect qu'on lui voit dans le plan très grossier que contient le manuscrit de la Bibliothèque Vaticane i960; il avait deux étages, une seule tour le flanquait, à la gauche de la façade; une porte cintrée s'ouvrait entre deux fenêtres rondes ; des créneaux en garnissaient le faîte ; c'était bien uij réduit fortifié prêt aux assauts qu'il allait subir'*. Par suite de la présence du sénat qui réunissait tous les pouvoirs publics, la vie municipale se concentra au Capitole. Ce fut sur la place qui s'étendait devant le palais sénatorial que s'assembla le peuple pour y délibérer sur ses intérêts ; il y tint conseil en ii65, à l'occasion de l'arrivée à Rome de l'empereur Frédéric Barberousse*, et en 1191, pour discuter sur la question de savoir s'il fallait annexer au territoire romain celui de la cité de Tivoli*. Ces réunions avaient pris le nom de Parlements. Pour y convoquer les citoyens et aussi pour les appeler aux armes, on plaça dans un campanile qui se dressait, à ce qu'on peut croire, à côté du palais, une grosse cloche qui avait été conquise sur les habitants de Viterbe ; comme leur pays servait d'asile aux hérétiques patarins, on donna à la cloche le nom de Patarine^. Elle marquait tous les moments de la vie municipale de Rome, elle servait à annoncer les événements heureux ou mal; heureux, la mort des papes, l'exécution des criminels "^ ; quand

1, c. 27, Monum. germ., XX, p. 366. — i. Goffredo di Viterbo et Sicardo, dans MuRATORi, R. Palic. Script., Yll, 461 et VII, 598. Gregorovius, II, 527, note 44. Il est vrai, comme le fait remarquer Luchaire, Revue Historique, marsavril 1903, p. 227, que ni Boson ni Freising ne parlent de mort violente. Cf. ToMASSETTi, La Pace di Roma, Rome, 1896.— 2. Pertz, Mon. germ.Hist.,XlX, 242. Traité de paix signé, le 17 février, entre les Romains et la commune de Pise. Marangone, Tartini, R. Italie. Script., I, 373. Cf. Muratori, R. Italie. Script., VI, 171. On peut discuter sur ces mots Consistorio novo et dire qu'il s'agit d'une salle nouvelle édifiée dans un palais déjà existant et qu'il y aurait : • palatii novi » si le palais venait d'être reconstruit en entier. Cf. De Rossr, Plante Iconog., p. 82, et Stevenson, Bullettino délia Comm. Arch. Corn., IX, 91 et p. 18. — 3. Voir le commentaire de ce plan dans J. B. de Rossi, Piante iconografiche di Roma, Rome, 1879, p. 81. Un plan de Rome tout à fait semblable se trouve dans la Bibl. S. Marco ou Marciana de Venise. De Rossi l'a cité; il est inférieur à celui du Vatican. Voir ce qui est dit plus loin, p. 94, touchant le plan de Sienne. — 4. Otto de Freising, Gesta Frederici 1, 11, 22 ; Pertz, XX, p. 407. — 5. « Nos, senatores almae Urtis, decreto amplissimi ordinis Senatus, acclamatione quoque populi Romani publiée Capitolio consistentis, constituimus.... » MuRAT., Antiq., III, 787. — 6. Moroni, Diz. di Erud., VII, 134. Cancellieri, Le due nuove Campane di Campidoglio. — 7. Les exemples à citer seraient infinis ; celui-ci, relatif à une date postérieure, est curieux. « Die Mercurii 8 augusti (1414), écrit Antonio di Pietro, venerunt nova in Roma quomodo rex Vinceslaus erat mortuus, de qua nova tota Roma.., fuit gavisa... et ad satisfactionem

une exécution avait lieu sans arrêt de justice, la cloche ne sonnait pas * ; elle convoquait les magistrats aux réunions des cons^eils qui se tenaient dans le palais du Capitole et appelait les plaidants aux audiences du tribunal qui y siégeait*. Plus tard Boniface IX (1389) la fit placer dans le palaiè sénatorial lorsqu'il le répara. Au temps de Grégoire XIII, elle fut logée dans le nouveau campanile qu'il fit édifier '.

Pour n'avoir pas siégé au Capitole, Charles d'Anjou, sénateur nommé par le pape, s'attira de sa part les plus vifs reproches*. C'était, en effet, au Capitole que se jugeaient tous les procès^, que se discutaient toutes les affaires municipales ; y tenir audience, c'était établir de façon éclatante sa suprématie dans le gouvernement de la cité. Le Capitole était alors considéré comme une forteresse, Charles d'Anjou date ses missives : Rome in arce Capitolii^.

Vers la fin du xiii* siècle, le palais sénatorial subit une modification importante. La loggia était, à cette époque, le complément nécessaire de tout monument public ; le peuple s'y rencontrait pour discuter de ses intérêts à l'abri du soleil ou des intempéries, les magistrats en faisaient à l'occasion une tribune. Le Capitole, qui était, comme on a vu, un cube de maçonnerie, en manquait. En l'année 1299, les deux sénateurs Pietro di Stefano et Andréa di Normanni entreprirent d'en faire construire une'. Il est probable que les fonds nécessaires à cette importante dépense furent fournis par la retenue qu'on devait opérer dès lors sur le salaire

populi fecerunt pulsare ad gattdium campanam CapUolii. » (Muratori, R. I. Script., XXIV, 1045.) Ce même auteur apprend qu'à ce mom'ent le Capitole possédait deux cloches. • Die X Veneris (août 1414), propter timorem Populi. Dni Conservatores... fecerunt pulsare ambas campanas Capitolii », et plus loin, à la date du ^o septembre de la même année : ■ ...Cum pulsatione am^barum campanarum Capitolii.... ■ {Ibid.) Cf. pour le xvi» siècle, M. Alberini, // Sacco di Romay publié par Orano, 1902, p. 228, 224, 282. On disait alors • la campana » tout court pour désigner la cloche du Capitole. — i. Muratori, R. Italie. Script., XXIV, loSç. — 2. Encore en i58o, les statuts de la ville (Liv. I, art. lvii) prescrivent qu'elle devra sonner un quart d'heure avant chaque séance et avant chaque audience. — 3. Voir p. 147. — 4. Lettre écrite de Pérouse en date du 18 mai 1265, dans Raynaldus, ad. an., n' 14; Delgiudice, Codice diplom. di Carlo I e II, Naples, i863, 1, 4. Charles d'Anjou s'était établi au Latran. En 1268; il s'installa en vainqueur au Capitole après la défaite de Conradin : « Rex Carolus copiosam ex suis eligens comitivam.... Rotnam primo repentens rupem Tarpejam et Capitolii saxa victoriosus ascendit. » Sxbje Malespin^e Historia, dans Muratori, R. Italie. Script., VIII, 864. — 5. • Cives Romani et alie persone in capitolina Curia litigantes. » Acte du i5 mai 1269, dans Vitale, Stor. dipl. dei Senatori, p. i65. Cf. Pertz, XXVIII, 611 pour l'année 1294. —6. Delgiudice, ut supra, II, 2o3, 204, 210. — 7. La Loggia del commune di Roma, article de De R08S1 et Camillo Re, Il Campidoglio e le sue adiacenze nel secolo XIV. Bullettino délia Commissione Archeol, Comunale di Roma, an. X, 1882, p. 97 et i3b.

Lt: CAPITULE ROMAIN.

lateurs; les statuts de i363, qui ne Hrent le plus souvent nfirmer et codifier d'anciens usaj»es, imposent cette redeet la fixent à cent florins, soit à la di\-huitième partie du '. Avant même cette époque, Cola di Rienzo avait exigé somme de tous les barons ayant exercé les fonctions sénai, sans doute parce qu'ils avaient pris la coutume de se lire à celte obligation'.

LE CARROCCIO

que l'empereur Frédéric II fit présent aux Romains du ; guerre, du carroccio des Milanais dont il s'était emparé itailte de Corlenova (1237), ce fut au Capitole qu'on le )rta et qu'on le conserva avec le soin que l'empereur exin peu impérieusement de ses lointains sujets'; une inscrip- >mmémorative fut apposée dans la partie du palais où

le campanile actuel*. Perdue pendant des siècles, cette tion a été retrouvée en 1727, au dire de Cancellieri », mais ,it brisée en trois morceaux ; en 1744, le conseil communal

de la placer dans la cour intérieure du palais sénatorial, ■chitrave de la porte qui s'ouvrait du côté des prisons*; ;raent elle se voit dans l'escalier du campanile, avec s inscriptions et des étalons de mesures linéaires',

lace qui s'étendait devant le Capitole, entre l'église d'Arale monte Caprino, précisément dans Yinlermoiilium, dut de marché depuis des temps très anciens. Dans la bulle

. m. article premier. Comme la magistrature sénatoriale ne durait que et qu'il y avait généralement dcuii sénateurs, la somme totale emploj'êc tien et âlaréfectiondu palais se Irouvait être de quatre cents florins. la de Cola de Riettsi. attribuée à Fiorliliocca. Bracciano, 1624, p. S2. onique de Fhanl-esco Pipini. dans MtBMOHi, R. Italie. Sci-ipl., IX, 653 ., Il, 401. En envoyant le carroccio. l'empereur recommandait aux i de le garder soigneusement et de menacer de mort quiconque chérie détruire, lAnlichilà Long,, Milan, 1793, Dis. XVIII, Il Carroccio)tfon. germ. Hist., XXVI, 36.-4- Muhatohi, Antiq. Mii. ^'vf, t. II, Use. XXVI. — S. Le Due Campane. p. 20. — 6. Archiv. Stor. Capil., Il, vol. 39, fol. 9t7. Séance du 3 décembre 1744. — 7. Forcella, . Tofanelli, p, i3t>

d'Anaclet dont il a été parlé, il est dit que la colline du Capitole est donnée aux moines bénédictins cum terra ante monasterium qui locus nundinarum vocatur... domos..., ergasteria in mercato^... Il y avait donc vers ii3o, un marché avec son accompagnement d'échoppes et d'étaux sur la place du Capitole. On y vendait des grains, des légumes, d'autres objets de petit volume aisés à transporter jusque-là, tandis que le marché aux bestiaux s'était établi en bas, dans le Forum appelé alors campo vaccino, en conséquence de ce fait. Les églises de S. Giovanni et de S. Biagio reçurent le nom de in Mercatello à cause de leur voisinage de la place du marché*. Les consuls des corporations, encore assez rares à cette époque, étaient obligés de tenir leur tribunal au pied d'une tour qui s'élevait non loin de là, la Torre del Mercato del CanceUiere^. Une amende de cent livres, portée dans la suite au double, punissait les consuls qui auraient enfreiat cette prescription*. Cette tour fut détruite lors des combats qui suivirent l'entrée d'Henri VII dans la ville; du moins on lit dans les Rendages de Gile', à la date du 28 mai i3i2 : « Item pour pis, haweas et autres instruments, acheter ce jour et ce lieu pour abattre le tour do Cancelier, VU florins et III sols provi-

I. Voir p. 62, note 2. — 2. L'église S- Giovanni est située sur la place Aracœli, près du palais Muti-Bussi, elle porte actuellement le nom de S. Venanzio de Camerinesi. L'église S. Biagio est située près des degrés de S. Maria Aracoeli, dans la Via délia Pedacchia; elle porte le nom de B. Rita (Armellini, Le chiese di Rotna, p. 546, 548). De l'autre côté de la colline se trouvait une église appelée S. Lorenzo a pie del Mercato, devenue depuis S. Lorenzo a Monti ou S. Lorenzolo ai Monti ou Lorenzo de Ascesa (Armellini, p. 164). Toute la région portait le nom de in pede mercati; ce nom est mentionné dans un acte relatant un droit que possédait l'hôpital S. Giovanni dit Sancta Sanctorum sur une maison située dans le voisinage. • Una domus sita in pede Merchati quant habent Johannes Stefanelli ceapoli et heredes quondam Pauli ceapoli, ad respondendum societati S. Sanctorum, annuatim in festo Assumptionis de medio mense Augusti Flor. V. intra ambos. » Archivio di Stato, Catasto di Sancta Sanctorum del 1435, fol. 93. — 3. ViLLANi (Liv. X, c. 66) : « La tella e noHle torre ch' era sopra la Mercatantia, a piè del Campidoglio che si chiamava la torre del Cancelliere. ■ Elle devait occuper à peu près l'emplacement du palais Astalli actuel. — 4. Statuts de i363, liv. III, art. lxxv : ■ Quod consules artium Urbis reddant jus a Turre Mercati supra versus Capitolium. » Obligation que les statuts de la corporation des lainiers confirment à la date du 26 octobre i388 : « Et quod consules dicte ar lis... debeant sedere et jus reddere a Turri pedis Mercati supra versus Capitolium etper totum forum secundum formam statutorum Urbis. » (E. Stevenson, Statuti délia lana, p. 162.) Gomez Albornoz, sénateur de Rome, ratifiant les statuts des Mercanti, 1377, stipule expressément que les consuls rendront la justice en cette place. Gatti, Stat. de Mercanti, p. 109. (Cf. Gregorovius, III, 240.) Les statuts de i5i9-i523 imposent encore cette obligation (Liv. III, art. xl), mais il semble qu'alors la tour n'existait plus. — 5. Les Rendages sont les comptes tenus par Giles (Egidio) des dépenses de la cour impériale et annotés par.lui en français. (Voir Gregorovius, III, 238, note 43, et, pour le passage ciaprès, p. 240, note 60).

siens. » Ce qui est certain, c'est que le pape Boniface IX (iSSç- 1404) la fit raser, mais elle fut peu après reconstruite et dura longtemps*.

Ce marché était pour les magistrats capitolins un dangereux voisinage. En i353, par exemple, le i5 février, le peuple s'y porta en foule, car le blé devenait rare; il trouva peu d'approvisionnements et à des prix excessifs, ce dont il rendit responsables les sénateurs. L'un, Stefanello Colonna, parvint à s'échapper; l'autre, Bertoldo Orsini, fut tué à coups de pierres».

Chaque boutiquier, chaque marchand avait son étal, son banc, qui lui appartenait en propre et qui faisait l'objet de ventes et de cessions ; au-devant des étaux étaient des manières de portiques où l'on suspendait les marchandises'.

Au XV siècle, le marché se tenait une fois par semaine, le mercredi. Mais alors le centre de la vie urbaine s'était déplacé; il se trouvait dans le quartier de la place Navona ; les principales corporations y avaient chacune leur rue où s'étaient groupées la plupart des boutiques de l'art ; aussi réclamait-on le transfert du marché du Capitole à la place Navona.

Le cardinal de Rohan, Guillaume d'Estouteville, avait promis ce transfert ainsi que bien d'autres choses pour obtenir la charge de camerlingue après la mort du cardinal Latino (Orsini). Il

I. MoRONi, IMz. di Erudiz.y XLIV, 2i5. — 2. Matteo Villani, Ist., Lib. III, c. 57. Cf. Gregorovius, III, 423. — 3. Dans l'inventaire des biens de l'hôpital S. Giovanni, rédigé en 1462, et qui se trouve dans VArchivio di Stato^ sous la dénominatjon significative Maremagnum, se trouvent, fol. 63, les mentions suivantes : An. i332. Johannes Nardonius Notarius Regionis Columnx donavit hospitale {s. Joannis) porticale ctim quatuor fnrcis et lapidibus unius banco et uno lapide et tinum alium archum seu porticale ubi stint duo fur ce et unatn domum sitam juxta palatium Capitolii in foro publico juxta res Salutii, res Dutii Bonaguara et alios fines. — An. 1344. Domina Johanna uxor Francisci Johannis Vari et filii et fllie fecerunt refutationem hospitali de juribus super duobus lapidibus de Mercato simul juncte cum porticali supra ea guœ sunt Francisci Margani. (Ibid., fol. 263.) — An. 1392. Johannes filius Dutii Jacobclli... vendiderunt Petro Tramundi domum terrineam solaratam et tegulatam cum sala et caméra, columnato et stacio ante se in platea in contracta Mercati, cui ab uno latere tenet Raucius Camicia, ab alio Jacobellus Marrosi ante platea Mercati, propretio LXV. Flor. auri. {Ibid., fol. 264.)— An. 1393. Super domo de Merchato ubi vendunt vasa. Domina Andréa uxor Bonanni Carincie donavit Margherite filie sue uxor Nicolai Speczia macso domum terrineam et solaratam cum lovio ante se discoperto, et porticali ante se cum locis seu staciis ante se ubi venduntur vasa terrinea in die fori, de quibus locis unus vadit usque ad duos lapides fixos in terris. — An. 141 1. Domina Jacoba uxor Johannis Paparelli reliquit Bartholomeo filio Vannocie filie sue domum de Mercato. {Ibid., 264, 265.) Dans l'acte de la confraternité Sancta Sanctorum, cité plus haut, p. 67, note 2, on lit : Très lapides simul juncti in loco Merchati in quibus soliti sunt vendere calzectarii qui nunc vacant.

n'exécuta aucune de ses promesses, dit Infessura', hormis celleci. Le 3 septembre de l'année 1477, le marchi fut tenu pour la première fois sur la place Navona.

Toutefois il y eut encore longtemps des boutiques sur le vieil emplacement du marché; Infessura rapporte que, te 21 janvier i486, le bruit de l'assassinat du pape Innocent VIII s'étant répandu, les transactions y furent presque nulles*. En 1607 une fruitière y était établie avec l'autorisation du conseil communal'.

La place du Marché jusqu'à la Torre Mercati formait, avec cette portion de la colline qu'occupaient le palais sénatorial et

1. 1sfessi;ha, éd. Tommasini. p. C3. Le Conseil communal qui commençait à s'organiBCr s'était fait l'intcrprÉto du sentimcnl général. — =. • Prnpler qiiod IoIj Vrts tremult et mauno ciim limore aiiqiioi staHiim sleHI; et apothecarit omîtes eoriim apoihtcas clauseniKl et hi qai ta foro erjnt cjptloltno lattlo f aérant timoré affectt al vlx meJIftjlem renim. .jass venJcniif causa exposaeranl, potueruttt recolligere; pjhlium ipsum CapilolH, ati ego eram, iiicoiillnentl clausum el JiHgéitler custoJllum exlUtl. ■ (Page 197). — 3. Acte du Conseil daté de t(»7, renouvelant i la veuve Santina et ù ses lils le droit accordé en lâoi i son mari, f^lcola Sammaresco, de vendre des fruits : asum platée existenli ia ptde dtseensfis CapUoM et sclialanim AruceU. tta ut dkU platea uti. /nii et poliri tn «Émni exercilils... possint. (Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 3i, roi. in.)

l'ég-lise S. Maria Aracœli, un territoire distinct du reste de la cité au point de vue judiciaire. On pouvait y procéder « par inquisition » contre les coupables*. «... Item de excessibus cornmissis in Curia Capitolii. Item de excessibus commissis a pede tu r ris mercati supra in piano capitolii. In platea Sancte Marie de araceli a sancto Sergio et Baccho et a pede vie f ave toste supra versus capitolium et in piano capitolii. » (Statuts de i363, liv. II, art. 5, De Inquisitionibus). D'autre part, ceux qui y donnaient asile aux malfaiteurs étaient punis d'une amende particulièrement élevée, cinquante livres (liv. II, art. 69, § 3, De receptatoribus homi<:idarum et latronum)*. Cet article donne, de la région relevant de la Curie capitoline et soumise à un régime particulier, une délimitation plus complète que celle contenue dans le précédent article, toutefois elles ne correspondent pas tout 4 fait entre elles; il est dit dans le second article... «... Quod quicumque de contrata mercati seu de habitantibiis in contrata mercati vel in contrata infra scripta receptare retinere presumpserit in domo sua aliquem qui offenderit venientem vel redeuntem a Capitolio a sancta Maria curti a domo nutii Candarulis a Sancto lohanne de mer chat usque ad Capitolium super versus Capitolium et a domo taglientorum versus s. Mariam de aracoeli usque ad Capitolium et a carcere ss. Pétri et Pauli versus fabam tostam et a sancto Sergio et Baccho versus Capitolium et a domo de roccia versus Capitolium planum et a domibus russorum versus planum et a s. Nicolao de funariis versus planum et Capitolium... » Parmi ces indications topographiques, quelques-unes seulement peuvent être identifiées sûrement, mais elles suffisent à déterminer avec netteté le territoire en question. L'église S. Maria de Curte (il y en a plusieurs à Rome de ce nom), détruite en 094, pour agrandir le monastère des nonnes de Tor de' Specchi, se trouvait près de la tribune de leur église ; S. Giovanni in Mercato ou Mercatello existe encore sous le vocable de S. Venanzio de Camerinesi, en face du palais Muti, comme il a été dit; c'est près de là, que s'élevait la Tour du Chancelier dont ir vient d'être parlé ; la prison de Saint Pierre et de Saint Paul est l'antique prison Mamertine à l'emplacement de laquelle avait été édifiée une église dédiée à saint Pierre, remplacée depuis par l'église S. Giuseppe de Falegnami ; la Via Faba Tosta semble avoir été une voie qui longeait la base du Tabularium et allait rejoindre la Via Capitolina ; elle passait, cà ce qu'on peut croire,

I. C'est-à-dire que la justice pouvait entreprendre d'elle-même une poursuite sans y être provoquée par la plainte d'un tiers. — 2. On verra plus loin que le palais capitolin était lui-même sous Une réglementation spéciale.

au-dessus de l'arc de Septime-Sévère et devait suivre, à peu de chose près, le Clivus Capitolinus dans la première partie de son parcours. On en disting-ue le commencement dans la vue de Sadler reproduite plus haut et elle semble très nettement indiquée dans une reconstitution de Ficoroni*. C'est à cette voie qu'il est peut-être fait allusion dans la bulle d'Anaclet : « Via publica guae ducit sut Capitolium » L'église S. Sergio e Bacco a disparu complètement, mais on peut affirmer qu'elle se trouvait entre l'arc de Septime-Sévère et les Rostres, sur la via Faba Tosta^ non loin du temple de Saturne*. La. maison délia Rossia était ainsi nommée sans doute à cause de la rue de ce nom qui traversait le mont Caprino ; la maison des Rossi était située près de l'église S. Maria délia Consolazione, au pied* de la colline. S. Nicola de Funariis est devenue S. Orsola a Tor de' Specchi dans la rue de ce nom, de l'autre côté du mont Caprino. Ainsi le territoire soumis à la juridiction capitoline comprenait la portion orientale de la colline jusqu'au milieu à peu près du mont Caprino, avec une emprise du côté de la ville s'étendant jusqu'à la Tour du Marché et, tout en étant un peu plus restreint, différait peu de celui attribué jadis aux moines d'Aracœli par la bulle d'Anaclet 5.

I. Francesco de FicoROxr, Vestigia e Rarità di Roma antica, Rome, 1744, planche de la page 62. — 2. Dessins de Heemskerck, Berlin Kupferstich-Kabinet, 71 D. 2, n. 12, 56, 80. — 3. Voir la dissertation très probante de Camillo Re, Il Campidoglio, p. 117 et suivantes; le Liter Pontificalis et Armellini.

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