‹ Le Capitole romain antique et moderne: La Citadelle, les temples, le Palais sénatorial, leChapitre 18 sur 88 · LE CAPITULE AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LE CAPITULE AU MOYEN AGE

LE Capitule a eu ce rare privilèg*e de demeurer à travers les âges le centre et comme le symbole de la vie politique de Rome; il en a été bien réellement la tête (caput), ainsi que son nom l'y prédestinait *.

L'importance de son rôle historique avait si profondément frappé les imaginations qu'on se représentait au moyen âge le Capitole des anciens jours comme un palais splendide, tout d'or et d'argent, couvert d'un toit de verre et dont les murailles resplendissaient d'airain et étincelaient des gemmes les plus précieuses *. Aussi les écrivains de ce temps lui donnent-ils le plus souvent l'épithète d'aureum^ Capitolium aureum '. On estimait qu'à lui seul il valait le tiers des richesses du monde ♦.

-I. Capitolium ideo dicittir quod fuit caput totius mundi. {Mirabilia, éd. Parthey, p. 17, ligne 18). Voir ce qui a été dit dans la première partie au sujet de la tête trouvée en creusant le sol du mont Capitolin, p. 3. — 2. Graphia aurex urbis Romae, éd. Lud. Urlichs, Codex Urtis Romas Topographicus, 1871, p. 120, ligne 26. Cf. Descriptio plenaria totius urbis, cité par Arturo Graf, dans l'étude si savante et si documentée qu'il consacre aux légendes relatives au Capitole dans son ouvrage intitulé : Roma nella memoria e nclle immaginazioni del Medio EvOy t. I, p. 184. Cf. p. 285. VAnonymus Magliabecchianus {c'est \c nom d'une bibliothèque de Florence) qui écrivait au xv siècle, dit : « In Capitolio, ubi stabant patres et consules ad gubernandam monarchiam mundi, fades murorum erat atta et diu (?) auro et argento intus et eboro mire operibus laqueata de qua nil aliud quam vestigia vilissima indeformia reprobatur cum magna diffamia civitim in obprobrium famœ eorum prœdecessorum quorum post obitum vigent virlute et muabiHQ) fama. * Urlichs, p. 164. Cf. p. 149. Cette opinion subsistait encore au xvni* siècle. Rossini, // Mercurio Errante, p. 18. — 3. « Ideo dicebatur aureum Capitolium quiaprœ omnibus regnis totius orbis pollebat sapientia et décore. » (iraf, ubi supra. Cf. Graphia aurex Urbis. — 4. • Ly capitoil fut le chief de tout le monde ou les consules et sénateurs demoroient por conselhier la citeit et le monde oussi. (Cf. le passage cité plus bas, de Martin Polonois.) Si avoit dcdcns un temple que ons disoit que illi valloit le tierche part du monde. » (Le Myreur des Histores, chronique de Jean DES Preis, dit d'Outrcmeuse, pub. par Ad. Borgnet, 1864, vol. I, p. 69). De même, on lit, dans Giacomo da Acc^ui, cité par A. Graf : « ...Quod dicitur ter-

Sa réputation s'était répandue au loin :

Par merveilleus engin fu feï, Molt fu larges et biaus dedenz, Voûtes et ars i ot deus cenz.

écrivait Benoit de Sainte-More à la fin du xii' siècle '.

Ce monument merveilleux ne pouvait manquer de contenir des prodiges. En effet, dès le viii" siècle, peut-être même avant, une légende s'était formée », d'après laquelle dans une des salles du Capitole avaient été réunies, par les soins d'un empereur, des statues représentant les diverses nations issues des fils de Noé et soumises à l'empire romain >; elles étaient disposées en demicercle; celle du milieu figurait Rome et dominait les autres qui portaient chacune au cou une sonnette. Dès qu'une nation cherchait à se révolter, la sonnette de la statue qui en était l'image se mettait à tinter et les prêtres chargés de veiller sans cesse dans la salle où elles se trouvaient, en avertissaient aussitôt le Sénat. Ainsi sa vigilance ne pouvait jamais être prise en défaut. C'est grâce à ce secours merveilleux qu'Agrippa avait été mis à même de préparer à temps une expédition contre le roi de Perse, qui fut défait et dut payer tribut *.

La création de cette précieuse sauvegarde, à laquelle on donnait le nom de Salvalio civium ou, plus simplement, Sahalio, était attribuée à Virgile,, ce grand fabricateur de charmes aux yeux des gens du moyen Sge, ce sorcier dont les papes du xiv siècle redoutaient encore les prestiges'.

liam parlem «iiindi valeri. quo.l fuit permdgna parle auro et lapUibus fretiosis ferormliim. • — i. Cité par Joly dans son édition du Roman de Troie, (- 1. p. 3ir), note I. Dons Jes CronUiies des Aposlùiles de Rome. Mahti:j PolonotS dit 1 ■ ...Ce Capitale dcsufi dit cstoil le chicf du monde. En ce palËs cstoient acoustumoz â demeurer les sages et les scnatours de Rommc pour gouverner le monde. Ou chicrde ce paies estoit une baule tournelle fermée de tiaus murs, couverte d'or el de voirre pour estre miroir a ceuli qui le palais de jour regarderoicnt • (Bibl. Nal., ms. fr. 1^12. f" 34 v.). — 2. Elle est mentionnée par Saint CosME DE JÉRLSALEH l'Haoiopolite. Commcal. de salnl Grégoire de tiaslaiiie, c. Cl, cité par A. Gruf, 1. 1, p. iSg, note 11. L'anonyme do Saleme en fait mention dans sa chronique, composée vers 978. ad an. 88û, Pcrtz. Mortum. gtrm., HIsl. Chronicon SalerNUanum, 1. 111, p. 538. — 1. MIrabtIla. éd. Parthej'. p. 39, ligne 31. Souvent les statues sont au nombre de soixante-douze, chiffre fatidique; soixante-douze langues sortirent de la Tour de Babel; solianle-douzc généralions repeuplèrent le monde après le déluge. — 4, Mirabiiia, éd. Parthej-, p. 39, ligne 20. — 5. Voir lîc MtaiL, De Virgile l'Enchanteur, dans Mélanges archéologiques el lillérjires, Paris, iSSo, p. ^iS. Cf. A. Gbaf, 1, 196, cap. xvi. Au dire de Pétrarque, le pape Clément VI le considérait comme un dangereux magicien. Il subsistait encore des traces de cette légende au xvC siècle (Naidè, Apologie pour tous les grands personnages qui onl esté faussement accuses dt magie, La Haye, i653, cap. XXI) ; Lj- Wrreur des Hlslores. I, 229; Wrigi .Sevra Sages, Londres, ilKi, Percy Sociel.v.

En se vulgarisant, la légende varia à l'infini. On n'était pas d'accord sur la façon dont la sonnette se mettait en mouvement ; les uns tenaient que c'était d'elle-même, d'autres que la statue qui la portait l'agitait; tantôt la statue levait les bras, tantôt elle tournait le dos à la statue de Rome * ; dans la chronique de Jean d'Outremeuse, elle jette de la terre qu'elle tenait dans la main. C'est sous cette forme que le miracle est raconté dans le poème sur la Vierge de Guillaume le Clerc de Normandie pour qui les statues sont, non des représentations des diverses provinces de l'Empire, mais des images des princes qui y régnaient * :

Chescun prince qui apendeit A Rome s'ymage i aveit Quant un des princes revelot, L'>;iTîage celui tresturnot De la grant ymage son vis, Et en teneit ses eulz eschis E donc saveient li Romain E bien en esteient certain Qu'en cel païs lur surdreit guère.

Parfois la statue du centre représentait, non pas Rome mais Romulus =*, et les statues qui l'entouraient des empereurs romains ou étrangers*. D'après la chronique de Salerne, les statues furent transportées à Constantinople au temps de l'empereur Alexandre, lequel déclara que « des empereurs romains avaient été glorieux tant que ces statues étaient vénérées. » La nuit même de leur installation, un homme d'une beauté surprenante lui apparut en songe, l'appela par son nom et le frappa à la poi-

I. Fiorita di Armannino GiLr)icE,Cod. Laurenz., pi. LXII, 12, f. 233. (Cité par A. Graf, p. 197, note 32.) — 2. V. Stengel, MUtheiltingen ans franzôsischen Handschriflen der Ttiriner Universitàts-Bibliolhek, 1873, p. 14, n* 18, cité par Graf, 1. 1, p. 193. — 3. Il en est ainsi dans Jacques de Voragine. Légende dorée, chap. VI. De Nativitate Domini : • Romas enim ut tes tatur Innocen tins papa in duodecim annis pax fuit. Igitiir Romani templtim pacis pulcherrimum construxerunt,etibi statuant Romuli posuerunt. Consulentes autem Apollinem quantum duraret acceperunt responsum, quousque virgo pareret. Hoc autem audientes dixerunt : Ergo in œternum durabit. Impossibile enim credebant, qtiod unquam pareret virgo. Unde in foribus templi hune titulum scripserunt : Templum pacis œternum. Sed in ipsa nocte qua virgo peperit, templum funditus corruit. Et ibi est modo ecclesia sanctx Marix novas. » Edition de Lyon, i554, fol. 8. Sur la localisation des statues, voir p. 6. Jacques de V^oragine, évêque de Gênes (1292-1 298), visita Rome vers cette époque. Pour Jean d'Outremeuse dont il a été déjà parlé, il fait, dans Li Romans des Sept Sages (p. ccxii-ccxiii), de l'image du milieu celle de l'empereur. (A. Graf, p. 197.) — 4. Graphia Aureœ Urbis Romsei p. 120, ligne 24: « /« Capitolio fuerunt imagines f usités omnium regum troianorum et imperatorum. » Cf. The Marvels of Rome, publié par Francis Morgan Nichols, Londres, 1889.

trine en lui disant : « Je suis le Prince des Romains, Pierre. »

Et l'empereur se mit à vomir le sang et mourut.

Une des plus curieuses formes de la légrende est celle qui plaçait, au sommet du Capitole, un chevalier de bronze, lequel se tournant vers le lieu d'où venait le péril, à la manière d'une girouette, en révélait ainsi le lieu aux Romains'.

On a cherché, à cette singulière légende, des explications plus singulières encore; comme l'Hagiopolite est un des premiers qui en parlent, on lui a attribué une origine orientale; on en a voulu faire l'écho d'un conte arabe; on a été jusqu'à imaginer qu'elle avait été inspirée par une de ces horloges à figures mobiles, dont le moyen âge fut si curieux, et dont il se peut qu'un spécimen ait figuré, dans les derniers temps de l'Empire, au Capitole, devenu une sorte de musée*. N'est-il pas plus vraisemblable d'admettre que ces statues, symbolisant les nations étrangères, sont un souvenir, à peine modifié, des innombrables représentations de dieux, exotiques qui se trouvaient rassemblées dans les différents sanctuaires situés sur le mont Capitolin *. • In Capitolio... Jeorum omnium simulacra colebantur », dit le grammairien Senius, qui vivait au iv' siècle*; de fait, on y voyait, à côté de temples dédiés à la plupart des divinités romaines, des autels à Isis, à Bubastis, à Mithra, h une foule d'autres divinités, et des monuments votifs si nombreux que, dès le temps d'Au- 'it en supprimer une bonne partie". Il est à propos aussi que cet empereur avait fait élever au Champ it exprès pour y placer les statues des nations souuple romain, nn portique qui reçut le nom de Porliones «.

le la présence à Rome de ces dieux étrangers sem-

■0 icneas. e^iio insidens xneo, in summilate jasiigii prmdicltfabnns, in iUam se verlil farlem qus regionem ilhm respiciebal. • De Naluris Rerum. I, ii. c, 174. — î. Massmans, KaiserchroBic., fiiKH. Theologisches Lileralurblall de Bonn. 1870, col. 35i. — .ttitt est Capiiolium Romx, salralio ciriiim, major quant civllas, genlium a Romanis captarum statux, vet deorum imagines, et in \oribus nomina genlium scripla. qua a Romanis capia fuerant. in coUibus eonim appensa..-. • (Dtseplem miraculis mundi. clli I). RAMPONt, du par Graf, p. 19), dit aussi ; • In hocrero CoUideo satJon. voir ce qui est dit plus bas) erat congregalio slaluarum n gentium. • — j. Servtïs Mai'ri's Honokatus, Comment... in i. Cf. Appiem, Bell, civ., I, lû; Dios, ïLni, 45; et Albertini, Miratilibus. fol. 52. — 5. Voir première partie, p. 20 et ^3, et î de Topographie romaine, article Area Capiiolina. -~ 6. Pline, :tone, Néron. XLVi; Servius, ad vE«., vm, 7Î1. Homo, Lexique aine, p. 4+4. LuiGi Bohsab:, Topographia dl Roma aniica. Milan, line parle de quatorze statues, et les attribue au sculpteur ir lui, le portique fut élevé par Pompée. Cf- p- 4«).

blait comme un gage de l'asservissement des peuples qui les vénéraient et une preuve manifeste qu'ils avaient été abandonnés par eux ; par suite, dans l'imagination populaire, tout soulèvement de ces peuples devait se traduire par un signe du dieu national ; l'origine de la légende est sûrement dans cette croyance que fortifia peut-être durant un temps, comme il advint de toutes les autres superstitions païennes, l'avènement du christianisme. La place de ce Palladium ne pouvait manquer, ce semble, d'être au Capitole, sanctuaire du monde romain ; néanmoins quelques écrivains l'ont situé ailleurs, au Panthéon, au Colisée, dans le temple de la Concorde dont les ruines, plus considérables, plus imposantes que celles des édifices capitolins, semblaient attester, en effet, une destinée plus haute encore * ; on le plaça même au Latran*. Avec le temps, la Salvatio finit par

I . La Salvatio est placée au Panthéon par la version allemande des Mirabilia : « Ber ander tempel was gênant Panthéon.... In dem selbem tempel waren also vit sawlen aie rechter fursten.... » Jean Lydgate, dans sa version du traité de Boccace, De casitus virorum, dit, parlant du Panthéon :

Whyche was a temple old foundacion Fui of ydols, up set on lye stages There troughe the worlde ôf every nacion Were of their goddes set up great ymages To every Kingdom direct were their visages

Le poète A. Neckam, De lauditus divinx sapientiœ, place la Salvatio au Colisée (dist. V", V. 289) :

Delicias operum si quœris, cerne colossum Et quam tutata est Juno moneta domum.

At médium tenuit inclita Roma locum.

et Rampoxi : « ...In hoc vero Collideo erat congregatio statuartim deorum omnium gentium in stibltmi parte ipsiiis templi, in secretissimo loco existentium, tintinnabuUim vero ad collum uniuscuiusque statttœ appendebat et sacerdotes die ac nocte semper vicissim vigilantes eas custodiebant. » Guillaume le Clerc de Normandie, dans son poème sur la Vierge, déjà cité, place la Salvatio dans le temple de la Concorde :

, Vérité fu que a Rome aveit

Un temple qui mult esteit Edefié mult richement E fundé ancienement, Temple de cuncorde aveit nun^.

Si vus dirrai par quel resun.

Voir p. 55 la suite de cette citation. Voir la discussion de A. Graf, I, 191-195. — 2. Yàkùt. Descriptions arabes de Rome, publiées par Ignazio Guidi {Archiv. delta Società romana di Storia patria, vol. I, p. 173 et suiv.). A. Graf parle de ces descriptions, t. I, p. içS.

devenir un miroir où se reflétaient les événements qui intéressaient le sort de la ville * et grâce auquel les Romains n'étaient jamais pris au dépourvu *. Cette fiction découlait, au reste, assez naturellement de l'apparence sous, laquelle on se figurait alors le Capitole, étincelant d'argent et recouvert de verre. Parlant d'une tour de ce palais, Martin Polonois dit, dans le passage rapporté plus haut', qu'elle était « couverte d'or et de voirre pour estre miroir à ceulz que le paies de jour regarderoient * ». Comme on l'a déjà vu, le palais du Capitole fut même appelé le Château-Miroir. Or, le miroir magique se trouvait précisément sur une tour, élevée sur cent colonnes de marbre. « Une thour ot a Romme, sor laqueile ilh astoit une myreour sour cent pilers de marbre et par celle myreour ons veioit bien quant gens d'armes ou aultres venoient sour mère », écrit Jean d'Outremeuse. La nuit, un feu brûlait au haut de la tour; il se voyait au loin, et les mariniers s'en servaient comme d'un phare. Toutefois, si le sortilège avait changé de forme, l'auteur en était resté le même : c'était Virgile qui avait, en outre, prédit que l'édifice où il se trouvait subsisterait tant qu'un enfant ne serait pas né d'une vierge :

Jamais cest temple n'iert fondu, Ainz sera tut dis en estant, Tant que la uirgene avra enfant*.

1. Cancellieri, Possessi, p. g8, note i, Descriptio Urbis Romx. — 2. Le fils du duc de Hongrie, donnant son avis sur ce qu'on doit faire, combattre ou attendre des secours, dit :

Ne nous poet venir ore par terre nule aïe (aide) Que cil du Miraour [ne] l'aient tost oie.

Lj destruction de Rome, éd. Grœber, Romania, II, v. 554. Voir l'article intitulé le Poème de la Destruction de Rome et les Origines de la Cité Léonine, par Philippe Lauer dans les Mélanges d'Archéologie et d'Histoire de V École française de Rome (avril-juin 1899, p. 3o7-36i). Cf. article de M. Roques, complété par G. Paris dans Romania, 1901, p- 169. Il est parlé dans ce poème de la destruction par les Sarrasins (846) du Château-Croissant (Crescentius, château Saint- Ange) et du Château-Miroir. Même version dans la Légende dorée et dans la Chronique rimée de Philippe Mousket (1248), publiée par Reiflfenberg. Dans le poème de la Destruction de Rome, le Miraour se trouve au sommet du Ment Chevrel qui n'est autre que le mont Caprino (voir plus loin, p. io5); un valet veille au sommet.

La est li Miraour, dunt hom a tant parlé.

Contrairement à l'opinion de certains auteurs, la Tor de' Specchi n'a rien à voir avec cette tour. — 3. Voir p. 54, note 1. — 4. Croniques des Apostoiles; et encore dans Ranulfo Higden {Polychronicon, I, c. 24) : « Item in Capitolio, quod erat altis mûris vitro et auro coopertis, quasi spéculum mundi, sublimiter erectum, nbi consules et senatores mundum regebant, erat templum Jovis in quo statua Jovis aurea in throno antea erat sedens ». — 5. Guilaume Le Clerc.

La tour s'écroula donc quand Jésus naquit*. D'autres voulaient que des ennemis du nom romain, des princes germains, un roi de Sicile, un roi de Hong-rie, voire les Carthaginois, sachant que la destinée de la ville était liée à la conservation de la tour, eussent imaginé d'envoyer des émissaires à l'Empereur, c'est généralement Octave qui est cité, pour lui persuader que, sous la tour, était caché un trésor fabuleux; l'Empereur leur ayant permis de fouiller le sol, ils minèrent si bien la tour qu'elle s'effondra, mais après qu'ils eurent eu le temps de se dérober par la fuite à la colère des Romains. Aussi, Auguste passait-il pour le dernier des Empereurs de Rome*.

Poème sur la Vierge. Neckam, De Naturis Rerttm, dit de même : « QuœsUus atttem vates gloriostts qtiamdiu a diis conservandum esset illnd nobile œdificium respondere consuevit : • Stabit usque dum pariât • virgo ». Hoc atitem attdientes philosopho applaudentes, dicebant : « Igitur in œiernum stabit. ■ Virgile avait écrit, en tout cas, dans l'Enéide, que Rome durerait autant que le Capitole :

Dum domus JEnex Capitolii immobile saxum Accolet imperiumque pater romanus habebit.

(Ch. IX, V. 448). Virgile avait, en outre, fabriqué, en faveur de l'empereur Titus, une statue qui décelait tous les crimes commis à Rome. (Gesta Romanorum, c. 57, éd. Œsterley.) — i. Une légende semblable s'était formée au sujet du temple élevé à l'emplacement qu'occupe l'église d'Aracœli. Voir Appendice, — 2. A. Graf, t. I, p. 198, note 36, cite un grand nombre de légendes analogues à celle de la Salvatio. Dans la cité d'Avila, en Espagne, existait une cloche qui se mettait en branle toutes les fois qu'un malheur menaçait la chrétienté. Certaines villes possédaient une statue d'argent qui, placée sur la porte principale, sonnait de la trompe dès qu'un étranger s'approchait. Sur le phare d'Alexandrie, se voyait une statue qui étendait la main du côté de la mer quand une flotte ennemie se trouvait à une nuit de distance, et qui poussait un cri affreux quand elle était en vue; on l'entendait à plusieurs milles. Constantinople possédait une chaîne qui tenait les ennemis écartés. Les Romains avaient placé sur le mont Garizim, pour se protéger contre les Samaritains, un oiseau de bronze qui criait : « Hebrœus! » à leur approche.

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