TRANSFORMATION
le tribun Cola di Rienzo, après y avoir établi son gouvernement (20 mai 1347), eut soin de faire en partie murer, en partie fermer de planches, une colonnade qui était peut-être celle de la loggia*. Dans la salle du rez-de-chaussée que soutenaient des piliers se rendait la justice*; cependant c'était dans la salle du haut que le sénateur tenait audience; les statuts de i363 lui en font un devoir 3. Le conseil présidé par le sénateur, Vassectamenlutiiy s'y réunissait*. Cette salle était éclairée par de grandes baies, peut-être au nombre de trois ^, qui donnaient sur des balcons. Rienzo harangua de l'une d'elles le peuple ameuté contre lui et qui lui lançait des flèches et des pierres (8 octobre 1854)®. Ces baies s'ouvraient sur la façade et sur le côté opposé du palais\ Il existait d'autres salles, dans lesquelles le juge collatéral du sénàteuç, son lieutenant et d'autres officiers siégeaient®. Un escalier partait du pont de bois dont il a été parlé et aboutissait à l'entrée principale; il fut refait, en 1848, en même temps que fut construit l'escalier de S. iMaria Aracœli, avec des pierres prises dans les ruines du temple de Quirinus ».
I. « Puvi fece stecconiare lopalazzo de CampiluogHo tra le colonne e chiuselo de lenname. » Vita de Cola de Riensi, Bracciano, 1624, p. 53. Éd. Camillo Re, p. 5.3. — 2. Lello Capocci fut décapité : Inhis in palatio Capiiolii ad pedem secttndœ columnxtibi tenetttr ratio. Ant. di Pietro, dans Muratori, R. Italie. Script., XXI\', io55. Également : Actum in palacio Capitolii in sala inferiori ubi tus redditur. Approbation des statuts de l'art de la laine, en date du 4 août 1389. Stevenson, Statuti delV arte delta Lana, p. 53. — 3. In attla superiori palatii faciat (senator) sut copiant et prestet omnibus audientiam. Liv. III, art. xii. Également : « Laurentius de Amedeis notarius syndicus procurator communis Tyburis ad ostium scalarum sale secunde palatii Capitolij cum introitu ad magnificum virum Johannem de Cerronibus senatorem urbis habere non possit protestatus.,.* (ôjuin i352). Archiv. Stor. Capit., Prot. 649, 3. Serroneus Paulus, not. Cependant le sénateur rendait parfois la justice, comme on verra, à la porte de l'église Santa Maria Aracœli. — 4. Actum in sala maiori palatii capitolii ubi consuetum est fieri Assectamentum. Stevenson, ubi supra, p. -24. — 5. Muntz, Les Arts à la cour des Papes, I, 149; toutefois il s'agit d'un acte datant de l'année 1451. C Re, Dullettino délia Commis. Archeol. Com. di Roma, an. X, 1882, p. 107. — 6. Tante fuero le valestrate e H verruti che a li baiconi non poteo durare. Vita, p. 262. On remarquera l'expression li baiconi. —7. Dans le récit de la mort du tribum, on voit Pelicciaro aller alternativement d'un balcon à l'autre pour épier Rienzo qui cherchait à se sauver par les derrières du palais, et avertir des péripéties de sa fuite le peuple assemblé sur la place. — 8. Le 18 octobre i368. Actum in palatio Capitolii in Caméra D. Johannis de Amelia Collateralis predicti Senatoris (Gentilis de Varano) ubi assectamejitum f actum fuit de mandato D. Senatoris. 2 juillet 1399. ïls siégeaient aussi ailleurs. Actum in Capitolio apud altare inter Cancellos sale superioris. (Gatti, Statuti dei Mercanti di Roma, p. 98, 120.) — 9. Quidam Otto Mediolanensis senator Urbis expoliav^t templum {Quirini) et ex ornamentis facti sunt gradus in Aracœli et gradus guibus ascenditur in œdiflcium Capitolii. De Rossi, Studi e documenti, an. III, 60. Cf. Camillo Re, p. 100. Il s'agit du sénateur Ottone, qui exerça sa magistrature en 1348 (Olivieri, p. 222). Le temple de Quirinus était situé sur le mont Quirinal, au nord de l'Alta Scmita. Les degrés qui conduisent du sol sur la place du
C'est sur ces degrés que le peuple tenait ses parlements ; le plus souvent la foule débordait sur la place».
Les méfaits commis dans l'enceinte du palais étaient punis d'une peine quadruple*.
Le tribun Rienzo avait fait édifier, dans la grand'salle du palais, une chapelle « Ulia bella capella, rinchiusa con ferrt stagnati »'.
Sous le pontificat de Boniface IX (1389-1404) et par son ordre des travaux importants furent entrepris au Capitole en partie détruit par l'incendie qu'avaient allumé les émeutiers lors du meurtre de Cola di Rienzo ; on reconstruisit les salles destinées au sénateur et à ses jug-es, mais ce fut une construction en brique et fort disgracieuse.
Boniface IX était entré en maître à Rome; il avait imposé la loi aux Romains et exigé que le sénateur ne fût plus troublé dans ses fonctions par les bannerets et les autres magistrats populaires*; afin d'assurer aux représentants de son autorité qu'il envoyait siéger au Capitole, c'est-à-dire aux sénateurs dont il s'était réservé la nomination, la paisible possession du pouvoir, il fit renforcer et peut-être surélever les deux ioufs qui existaient déjà sur la face occidentale du Capitole, mais qui avaient été démantelées, sinon complètement détruites par l'empereur Henri VII*. Elles prirent dès lors le nom de tours de Boniface IX. Ces deux tours existent encore et encadrent la porte qui conduisait jadis aux prisons et qui donne actuellement accès aux bureaux des services municipaux.
Capitole ne furent construits qu'au xvi* siècle. On accédait auparavant au palais par des chemins tracés sur le flanc de la colline. L'absence de l'escalier se voit clairement dans les plans de De Rossi. — i. « Congregato magnifico populo in platea ante palatium Capitolii ad sonum campanœ et vocem praecoHunno (19 août i3o9). Pfluck-Hartung, Iter Italicum, p. 6o3. — « In nomine domini Congregato Magnifico populo romano in scalis et platea ante palatium Capitolii de mandato Mag. dont. Anibaldi domini Riccardi de Anibaldis, Riccardi domini Fortisbràchii de filiis Ursi, dei gratia Regiorum in urbe Vicariorum, ad sonum campane et vocem praeconum ad parlamentum ut moris est... » (4 mai i32i). Archiv. délia R. Soc. Romana di St. Patria, X, 187. Gamurrini G. Documenti delV Anglica. — « Congregato magnifico et excelso populo romatio ad parlamentum in scalis et platea ante palatium Capitolii. » (Bulle de l'année i354; Camillo Re, p. 100.) On pourrait citer bien d'autres cas où le peuple s'assembla pour délibérer devant la Capitoler et sur les degrés mêmes du palais, car c'était là le lieu habituel de ses réunions. — 2 «Si vero guis in palatio Capitolii a prima porta supra... malleficium commictatur tune pêne quadruplicentur. » Statuts de i363, liv. II, art. m. — 3. Vita, p. 112. Cf. note 10 delà page précédente.
— 4. Theiner, Codex diplom. S. Sedis, III, 78; Vitale, p. 601. Convention signée entre le pape et les Romains le 8 août 1303, violée par le peuple aussitôt après et imposée par la force en 1394. Villari, Saggi storici, Bologne, 1890, p. 288.
— 5. On voit ces tours sur le sceau de la bulle de Louis de Bavière.
LES LIONS DU CAPITOLE
LES LIONS DU CAPITOLE
Une vieille tradition faisait un devoir aux Romains de posséder un lion. « Roma formam leonis habet quia ceteris bestiis quasi rex prœest », écrivait, au xir siècle, Honorius d'Autun, dans son Traité des images*. Aussi entretint-on fort long-temps au Capitole un lion vivant. Le < gardien du lion > est cité au nombre des personnes faisant partie de la famille du vice-sénateur Gulielmo Stendardo, dans deux missives de Charles d'Anjou, sénateur de Rome; ces missives sont datées de i283 et 1284*. Les statuts de i363 affectent une partie des produits des jeux du Testaccio à la solde de son gardien, « tant que vivra le lion »'. Sa fin semblait sans doute proche alors, car, dans ce même temps, les magistrats capitolins envoyaient une ambassade à ceux de Florence, pour les prier de leur céder un de ceux qu'ils possédaient*.
Mais il arriva, en 1408, que le lion s'échappa; la maréchaussée en patrouille le rencontra au pied de l'escalier du Capitole, et les officiers t le firent prendre », dit naïvement le chroniqueur, et remettre dans sa cage, où était un autre lion'*. En 14 14, le lion tua plusieurs enfants qui l'avaient approché de trop près ; malgré la vénération dont il était l'objet, sa mort fut, en conséquence, décidée, et on le tua, un dimanche matin de novembre; sa dépouille fut portée à la demeure du chef du quartier de Ripa, où on l'enterra*^.
Cependant une tradition aussi vénérable ne pouvait être rompue, on ne tarda donc pas à acheter un autre lion, qui mourut bientôt. Il laissait un gardien que sa perte privait de son gagne-pain, et qui réclama d'autant plus bruyamment qu'il avait été nommé à vie; il rappela ses longs services, montra qu'il n'avait point d'autres ressources, si bien que les conservateurs
I. De Imag mundi, i, 28; Patrol.^ clxxii. — 2. Vitale, Storia diplom. dei Senatoriy p. 100-191. — 3. « Qiiod tubatores, tanditores... custosqite leonis cum ko in CapitoHo vixerit et fuerit expediens patula prebere leoni de peciinia Itidi predicti. * Liv. III, art. lxxx. — 4. Lettre de sept Réformateurs des Banderesi et des quatre chefs de la compagnie des arbalétriers aux Prieurs des Arts et au gonfalonier de la justice en date du 8 avril i363. «... Quatenus pênes vos curarel efficaciter operari ut vestro beneficio aliqiiem ex vestris leonibtis habere possimus in aima Urbe tenendum, uti nobis semper est hactenus consuettim. » C. Re, p. io3, note 2; les Florentins possédaient plusieurs lions. Quelques années auparavant, il en était né quatre, deux mâles et deux femelles. Matteo Vil- LANi, liv. V, 68. Ils étaient un objet d'orgueil et avaient un gardien particulier. Perrens, III, 366. — 5. Antonio di Pietro, Muratori, R. Italie. Script., XXIV, 995. — 6. Jbid.y col. io5o.
lui continuèrent ses fonctions; et il demeura, sa vie durant, g-ardien d'un lion qui n'existait plus, avec tous les avantages attachés à cet office. Plus tard, il y eut bien un gardien du cheval de Marc-Aurèle, qui était en bronze*!
Les statuts rédigés en 1469 parlent du lion, mais il ne s'ensuit pas qu'il y en eût un vivant à cette époque, car la nouvelle rédaction fut, en bien des parties, copiée textuellement sur l'ancienne, sans aucun souci des circonstances*.
Le lion du Capitole servit parfois d'instrument de supplice ; en i328, le prieur des Augustins fut jeté dans sa fosse pour avoir refusé de célébrer la messe à Saint-Pierre à l'occasion du couronnement de Louis de Bavière'.
Il y avait aussi au Capitole des représentations figurées du lion emblématique ; l'une était peinte au-dessus de l'entrée de la deuxième porte du Capitole : un lion, d'aspect féroce, regardant avec commisération un petit chien couché à ses pieds; l'inscription suivante expliquait ce symbole :
Iratus recole quod nobilis ira leonis In sibi prostratos se negat esse feram *.
On avait coutume de montrer cette image comme une leçon, sans doute, et un avertissement à chaque nouveau sénateur qui entrait en fonctions*.
L'autre représentation était un lion de pierre, ou plutôt un jxroupe composé d'un lion attaquant un cheval ; il était placé au haut du grand escalier qui donnait accès au palais capitolin, avant que les travaux conseillés par Michel- Ange en eussent nioditîé la façade^. C'était à côté de ce lion que s'exécutaient les
I. Piivilegium Dominorum Conservatorum... pro Antonio lacobelli Tutii Toni custode leonis et officialis ad vitam, de confirmatione officii sui.... Dat. Apud Aracœliww 7 bris MCCCCXXI. — Exigit tue devotionis et fldelitatis sincerilas... tu qui cum ctistus leonis... ad vitam existens. Léo dictlpalatii quem mj^rno tempore custodiveras mortuus est nec habeas ad presens cui pabula pretcasprout prebere teneris... » {Archivio di Stato^ Reg. délia Caméra Capitolina., an. 1421-1425, fol. XLvii). En 1420, le gardien du lion recevait par semestre un ducat et deux tiers; trois ducats et demi étaient consacrés à l'entretien du lion et à l'achat d'un animal vivant qui lui était donné chaque mois. Archiv. .St'i.'. \'at.^ Div. Camer., vol. VI, fol. 260. Voir p. i36.. — 2. Toutefois dans les statuts de i5i9-i523, il n'est plus question du lion vivant. — 3. Gregorovius, III, 207: C. Re, p. 104. —4. Corpus Inscriptionum latinarum^ vol. VI, part. 5, p. 4, n* 3. P ORCELLA, Isc. di Roma^ I, n. 6. — 5. Christi.xn Huelsen, Dilder aus der (icschichte des Kapitols, p. 17. Sigxorili dit : In ingressu secundae portae t'apitolii et in limita scriptum, et ferturde more ostendi solitum cuilibet senatori cum oftîcium intratat. » C. Re, p. io5. — 6. On lit dans la biographie de Cola di Rienzo déjà citée, p. 43, 268 : « Fo Martino desmantato la soa cappa... e laratole le mano dereto, fo fatto inninocchiare ne le scale, canto lo lioncy ne lu locu usato. — Preso (Cola) per le braccia liberamente fo addutto pe tutte le
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sentences criminelles. Les jours de marché, on faisait asseoir dessus, ainsi que sur un piloris, avec une mitre sur la tête, où était inscrite leur faute, et le visag:e enduit de miel, certains malfaiteurs et les débiteurs insolvables'. Les condamnés avaient quelquefois à le saluer, car il représentait la grandeur de Rome. Ce groupe se trouvait encore à sa place en iSoo, quand le peintre milanais Prospettivo le vit*. A la démolition de l'escalier, it fut transporté sur la place du Capilole, du côté de l'ég'lise
d'Aracœli'. Mais il resta peu de temps en cet endroit, car Clément VIII fit entreprendre, dès le commencement de son règne
scaltsenia oBesafino a lo tuoco de loUonedove li ailri li senlenlla vuodo; dove senlenlialo li atlrl havea là Jo addnilo. » Voir aussi Cancellier[, Mercato e Lago. p. 7. La place oii se trouvait ce lion est très clairement marquée dans une gravure reproduite par Michielis. Collesione captIoliKd di AntichUâ. MU- IheHungen der K. lieutchett Arch, InsliluLt, Rome, itlgr, pi. 11. fn fine. — 1. 1 ... Debeal ponl eques in leone murmoris exislente i n scalts Capflolli cum quidam milraiticafUeittq«dstticriptus,inotediens... ri fjciem hdtedltinUm de mtlle el debeal manere tti eques fuertt et duraveHl mercalum. • Liv, 11, art. cxx. Voir le chapitre consacré aux exécutions. 2. Po salle scale délia gran giusHcia
Vn loue d'un caualpreso nd rentre
Dim leon chtnho da tut lettcld. ' AlU Ace. Llncei, 1875-76, p. 5[ ; G. Govi. Voir p. i3o. note 6. — 3. Aldrovakdi, Detia statue anlIcKe, p. 270. • Sulla pla::j di CampidogHo... vi é un frammenlô imperfetto dl marmo che è un llone sopra un cavatlo... gludicalo maraviglioso da MUhelangeto. -Cf. Michaelis, p. 7; AIontacnani, II. 111; Riciietti. 1. i^l: Helbiu, I.n. 5^1.
(1592), les fondements du palais qui est adossé à l'ég-Iise. On déposa alors le g^roupe en face, dans le palais des conservateurs, à côté d'une statue de l'empereur Constantin, qui se trouvait auparavant sur les degrés conduisant de la place du Capitole au Monte Caprino. En 1694, ^^ sculpteur Rugfgiero Bescape fut chargé, moyennant une rétribution de trois cents écus, de refaire la tête, le cou, les jambes du cheval et ce qui manquait au lion, afin que le groupe reprit son aspect primitif*.
Le lion demeura longtemps encore dans la cour du palais des conservateurs, exposé aux intempéries; il s'y trouvait en 1767; le conseil communal s'informa alors de ce que coûteraient sa restauration définitive et son transport dans une des salles du palais; lorsqu'il apprit que ces travaux s'élèveraient à six cents écus, il fut aussitôt décidé qu'on laisserait les choses en l'état *.
Plus tard, on plaça le groupe, sur un socle sans caractère, sous le portique couvert de Clément XI, dans la cour du palais des conservateurs'; actuellement il a été transporté dans la cour supérieure, celle où se trouve la Forma Urbis reconstituée.