PEINTES SUR LES MURS DU CAPITOLE
C'était un usage fort répandu en Italie, au moyen âge, que de tracer sur les édifices des sujets allégoriques à l'intention de la foule. Le premier tableau de ce. genre qui ait été peint sur le Capitole le fut par le tribun Rienzo au mojpént où il soulevait le peuple romain contre l'oppression des barons. 11 choisit le mur extérieur du côté du marché afin qu'il fût plus en vue. La composition en est intéressante. Elle figurait une mer immense dont les vagues s'entre-choquaient avec fureur; un navire désemparé était près de sombrer; sur le pont se voyait une femme en deuil, les vêtements en désordre, les cheveux épars sur les épaules; elle se frappait la poitrine et invoquait le ciel avec ferveur. Audessus de ce vaisseau, il y en avait quatre autres, sans mâts, sans voiles et à demi engloutis par les eaux ; sur chacun d'eux se trouvait une femme évanouie ; c'étaient Carthage, Troie, Jérusalem et Babvlone. A côté, se lisaient ces mots : « Ces villes jadis puissantes ont péri par l'iniquité de leurs habitants. » Sur une bafiderole placée au-dessus des femmes, était écrit : « O Rome, tu étais redoutée de tout l'univers et maintenant tu vas
I. MuRATORi, R. Italie. Scripi., IIP, 843. Ex Diario Gentilis Delfini. — 2. De Sade, II, 5. — 3. « Parva res fortasse dixerit quispiam sed profecto novitate conspicua et populi romani plausu et iucunditate percelebris. » {Fam. IV, Ep. viii datée de Pise, le 3o mai i36i).
succomber à ton tour. •» A côté du navire représentant Rome, vers la gauche, étaient deux îles ; sur Tune, une femme symbolisant l'Italie ; elle était tout en pleurs et s'écriait : < Tu avais, ô Rome, soumis la terre entière, moi seule tu me traitais en sœur » ; sur l'autre île, on voyait quatre femmes, la Justice, la Prudence, le Courage et la Tempérance ; elles étaient agenouillées, se cachant le visage dans les mains, et disaient : « Rome, tu possédais toutes les vertus, à présent tu es ballottée au gré des vents. » A la droite du tableau, sur un îlot, se tenait une femme vêtue de blanc, dans l'attitude de la prière, les mains tendues vers le ciel ; c'était la Foi chrétienne. « O mon Père suprême, disait-elle, mon guide,' mon seigneur, si Rome périt, quel sera mon destin ! » En haut, on apercevait quatre rangées d'animaux ailés qui soufflaient avec des cornes sur les flots, comme pour entretenir et accroître la fureur de la tempête. Le premier rang se composait de lions, d*ours et de loups; ils symbolisaient les grandes familles baroniales des Orsini et Savelli ; au deuxième rang étaient des chiens, des porcs et des boucs représentant les mauvais conseillers des barons; puis venaient des moutons, des dragons et des renards, images des juges, des notaires et des autres magistrats; enfin, au dernier rang, on apercevait des lièvres, des chats, des singes, des chèvres ; c'était la foule des brigands, des assassins, des voleurs et des adultères*.
Souvent les images étaient ignominieuses et servaient de châtiment. On représentait alors la tête en bas, la personne, qu'on voulait punir ou ridiculiser. C'est ainsi que le tribun fit peindre son ennemi, le préfet de Vico. Les marchands déshonnêtes étaient parfois condamnés à se voir exposés de la sorte. Les plus hauts personnages n'échappaient pas d'ailleurs à cet outrageux traitement. L'exemple le plus fameux est celui du baron Cesarini, en 1534. Il avait coupé le poing avec son épée au gouverneur de Rome Magalotti, au moment où il sortait des prisons du Capitole qu'il était allé visiter, parce que celui-ci lui avait enjoint l'année précédente, à Bologne, de ne pas se montrer en armes, conformément à l'engagement pris, en i5ii, par les barons romains*. La convention portait que ceux qui l'enfreindraient seraient représentés la tête en bas, sur la façade du Capitole, de même que les traîtres et les assassins, afin de perpétuer le souvenir
I. Vita de Cola de Riensi da Tommaso Fortifiocca, Bracciano, 1624, p. 6. Un peu plus tard, Rienzo fit représenter, sur le mur de l'église S. Angelo in Pescheria, un tableau plus significatif encore. Cf. Gregorovius, III, 35i, 365 note 49. — 2. Ratti, Famiglia Sforza^ II, 288. L'instrument de paix fut signé le 27 août i5ii, au Capitole, avec beaucoup de solennité, et une médaille fut frappée en commémoration avec la légende : Pax Romana.