DÉCORATION INTÉRIEURE DU PALAIS DES CONSERVATEURS
Certaines des peintures qui ornent les salles du palais des conservateurs sont antérieures au xvr siècle, ce qui prouve, comme il a été dit, que la disposition intérieure n'en fut modifiée qu'en partie à l'époque des grands remaniements dont il a été parlé'. Quand Bembo visita le Capitole, en i5o4, on lui montra dans ce palais, plusieurs fresques de Giacomo Ripanda qu'il admira*. Elles représenteraient le Triomphe d'un roi de Perse, peut-être celui de Cyrus, et la Fermeté de Brulus voyant trancher la tête
I. Conseil du i5 juillet 1576 : « De Sala Senatoris perficiettda. • Arch. Stor. Capit., Cred. I, vol. 27, fol. 53. Cf. Montagnani, Il Museo CapU., t. I, 37, et G. Christ. Adler, Beschreibung der StadtRom. Altona, 1781, p. 289. — 2. Itid., Cred. VI, vol. 61, fol. 27. — 3. D'une façon générale, voir Tofanelli, Agostino, Indicazione délie sculture e pilture... 1834, et Fea, p. 228. — 4. « CapitoHum collent adivimus inibiqtie quae digna notatu viderimus haec sunt : Domus Conservatorum picturis Jacobi Rimpatae opère absolutissimis referta... » Muntz, LesAnti-
de sesjîls^. Certaines fresques sont ég-alement attribuées à Benedetto Bonfilii de Pérouse, né en 1420, mort en 1496*.
Toutefois, la décoration intérieure du palais des conserv^ateurs ne fut sérieusement entreprise que vers la fin du xvr siècle. En i588, un contrat fut sig-né par le peintre Tommaso di Marino Laureti'; il s'y engageait à représenter sur les parois de la deuxième salle, dite des Empereurs, dans laquelle les conserv^ateurs tenaient leurs audiences, quatre « grandes histoires » dont le sujet lui serait indiqué par les conservateurs, à y faire un encadrement, et à peindre au-dessous une corniche imitant le bronze ainsi que des ornements en clair-obscur allant jusqu'au sol. Laureti demandait quatre ans pour achever son travail, et en i fixait le prix à deux mille écus d'or*. Il avait également promis de prendre à sa charge tous les frais d'installation des échafaudages et autres travaux accessoires. Or, comme son salaire fut successivement réduit par les divers magistrats et qu'on lui faisait attendre les largesses qui lui avaient été promises au moment de la signature du contrat comme complément du prix convenu, il se trouva réduit, en très peu de temps, à solliciter la charité publique». C'était, au reste, la coutume de l'assemblée communale de se montrer si parcimonieuse envers les artistes qu'avait séduits la gloire de travailler pour le peuple romain, qu'ils étaient souvent dans la nécessité d'avoir recours à sa bienveillance, et même à sa pitié. Tel fu<t le cas, par exemple, du sculpteur Taddeo Landini,à qui il avait été commandé une statue
quUcs delà ville de Rome, p. 34. Cf. le document publié par R. Laxciani {llCodice Darteriniano) datant du pontificat de Sixte-Quint : • In questa prima sala dei Conservatori hanno lasciato^nel renovare,quattro quadri depinti nellefacciate'a tempo d'Alessandro VI. checi son l'armi, hora che risarciscono il Campidoglio, anzi lo rifanno. » Arch délia Soc. Rom. di St. Pat fia, vol. VI (i8a3) p. 223 etsuiv. R.Lascïxsi, Il codice BarterinianOyXXX,Qc). — i. Malvasia, C Felsina Pittrice, Bologne 1674, I, 34. D'après Siret, Dict. des peintres, p. 204, Ripanda, serait né en 1480; il se trouvait encore à Rome en i5io. Malvasia ajoute que ces fresques sont les seules qui subsistent de toutes celles qu'il fit au Capitole. Le Volterrano parle de lui à propos des dessins qu'il prit des bas-reliefs de la colonne Trajane. Commentariorum Urtanorum Raphaelis (Maffei) Volterrani, Bâle, i53(). Anthropoloi^ia, lib. XXI, p. 247. « Floret ntinc Romae Jacobus Bononiensis, qui Trajani Columnae picturas omnis ordine delineavit, magnaque omnium admiratione, magnoque periculo circum machinis scandendh. » Le Volterrano mourut en 1522. — - 2. Lanciani, Scavi, 11,75. —3. Il avait été appelé de Bologne à Rome par le pape Grégoire XIII qui le chargea de peindre la salle de Constantin au Vatican; ce travail ne fut achevé que sous le pontificat de Sixte-Quint. li enseigna la perspective à l'Académie de Saint-Luc. On ignore la date de sa naissance ; on sait seulement qu'il mourut âgé de quatre-vingts ans avant le commencement du xviir siècle. Baglione, Vite de Pittori, p. (j8. — 4. Archiv. Stor. Capit., Cred. VI, vol. 61. fol. 200. Chaque « magistrature » durait trois mois. — 5. Supplicatio dni Thomae Laureti pictoris. Archiv. Stor. Capit., Cred. VI,
vol. ()I, fol. II).
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de Sixte-Quint, et qui adressa, le 16 juin i587, une supplique désolée au conseil. Le prix fixé pour sa statue était de treize cents écus'. En lÔQj, Lauretî n'avait pas encore pu achever son œuvre; le conseil nomma des délégués chargés de le dilîgenter *. Ce ne fut que trois ans plus tard, cependant, en i5q5, que le peintre put
D'après une gravure du Cabinet des Eslampes.
livrer la salle définitivement achevée; on lui donna en récompense trois cents écus*.
Pendant que ce travail se poursuivait, en iSgS, le conseil en avait entrepris un autre : la décoration de la première salle : cette fois, il prit toutes ses précautions; une commission de dix membres, comprenant les dix chanceliers, fut chargée de suivre les travaux et d'en faire de constants rapports à l'assemblée, sans jamais prendre d'elle-même. aucune décision*. Il en résulLi
I. \'oir p. 1Û8.— 2. . ... Qui omnl coitalu curent loljni secundam aulim Pahlii fuam ceUrrime per D. Thonum piclorem flngl, ferficiet finirl. a Séance du ifi décembre 1592. Arehiî. Slor, Capil.. Crcd. I, vol. 3u. foLt^l. — î. iCiJ., fol. io3, -^. /HJ.,fol. 74, 70. ScanccBdutietdu il mars iS^Î-
i5/i LE CAPITULE ROMAIN.
qu'on ne fit rien. Deux ans après, en i595, on était encore à la recherche d'un peintre « exquis, de premier ordre, et excellent », qui agréât également aux conservateurs, aux caporioni, aux chanceliers et aux délégués*. Le temps pressait; Joseph ou Josephin d'Arpin (GiuséppeCésari,dit le chevalier d'Arpin) fut désigné pour exécuter la peinture de la salle, au prix de cinq mille écus, et à la condition expresse qu'elle fût achevée dans le courant de l'année i5q9*. Les plaques de marbre, les inscriptions qui se trouvaient' le long des murs devaient être enlevées; quant à la table sur laquelle était inscrit le décret détendant d'élever des statues aux princes avant leur mort, elle serait placée au-dessus de la porte d'entrée'.
Dans une séance ultérieure, le conseil, considérant que, « si la grandeur de Rome est née seulement par les armes, il n'y a jamais eu, d'autre part, de nation plus religieuse ni plus attachée à la religion », décida qu'il serait bon de représenter, à côté des actes des rois belliqueux, tels que Romulus et Tullius Hostilius, l'introduction des rites sacerdotaux par le roi Numa, la création des vestales et autres faits relatifs au culte divin. Voici, d'ailleurs, de quelle façon le conseil prescrivait au peintre de partager son œuvre. Dans le premier tableau, placé au fond du salon au-dessus de la statue de Léon X, il représenterait la louve allaitant Romulus et Remus; dans le deuxième, au-dessus de la baie, la fondation de Rome; dans le troisième, l'enlèvement des Sabines; dans le quatrième, le combat des Sabins dans le F'orum, avec l'intervention d'Ersilia*: dans le cinquième, au-dessus de la statue du pape Sixte-Quint, l'institution du culte par Numa; dans le sixième, le combat des Horaces ; dans le septième la défaite des Véiens et des Fidénates, qui assura la grandeur de Rome ; dans le huitième,, l'expulsion du dernier roi après la mort de Lucrèce '^. La Naissance de Romulus et la Bataille contre les Véiens sont les meilleurs de ces tableaux. C'est par ceux-ci, en effet, que le chevalier d'Arpin commença la décoration de la salle ; puis, partagé par d'autres travaux que lui commandait le pape Clément VIII, parmi lesquels des peintures au palais de Latran, il négligea l'œuvre qu'il avait entreprise au Capitole^ En 1606, le conseil le mit en
1. ItU., fol. 117. Séance du 3 nçvembre i5<>5. — 2. Itid., fol. 177. Le chevalier d'Arpin était né dans cette ville en i56o; il mourut à Rome en 1641). — 3. Voir les chapitres, Statues honorifiques, p. 168 et i83. — 4. Ersilia ou Fersilia. • Mulier Satina quae cum aliis rapta, immo marito sutlata, eral enim ntipta, facta est Romtili uxoKy de cujus stirpe fuit JuliuSy ac post Romuli mortem et ipsa Dea est nuncupata nemine Ora vel Hora. » Forcellini, i^GiDii, Totius Latinitatis Lexicon, vol. IX. Voir Ovide, Met., liv. xiv, v. 829^51. — 5. — 5. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 3o, fol. 186. — 6. Baglione, Le Vite dei Pittori, Naples 1733,
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demeure de terminer son travail dans le délai d'un an, et de fournir une caution » ; mais la menace resta sans effet, en sorte que, dans la séance du 23 juin 1608, des députés furent chargées d'aller trouver le chevalier pour le presser de mener son œuvre à bien. Il s'en était lassé et ne travaillait que bien lentement. En i6i3, il fut décidé que la salle serait ouverte au public encore qu'inachevée; plus tard, le conseil renouvela ses instances auprès du chevalier pour obtenir qu'il se remît à l'ouvrage ; ce fut vainement; les échafaudages construits à ses frais furent même enlevés en 1619. En i638, on tenta* une démarche auprès du pape, elle n'aboutit pas, et le peintre mourut sans terminer son œuvre.
En résumé, les peintures murales qui décorent le palais des conservateurs sont les suivantes :
Salle des conservateurs (grand salon oblong). — Fresque du chevalier d'Arpin.
Première antichambre (salon carré). — Fresques de Tommaso Laureti représentant Aulus Postumius au lac Régille, Brutus condamnant ses fils à mort, Coclès sur le pont Sublicius, Porsenna.
Deuxième antichambre (jadis chambre de la Louve). — Fresques de Daniel de Volterra ? représentant le Triomphe de Marins*, le Brutus de Ripanda. Dans cette pièce se trouve également un tableau représentant S. Francesca Romana.
Troisième antichambre (salle des Fastes). — Fresque attribuée à Benedetto Bonfilii de Pérouse.
Salle d'audience (salle des Oies). — Frise représentant les Jeux Olympiques. Auteur inconnu.
Salle du trône. — Épisode de la vie de Scipion l'Africain, par Annibal Carrache.
Dernière salle.— Épisodes des guerres puniques, par le Pérugin (r) '.
p. 255. Baglione était contemporain du chevalier. Ce fut le chevalier qui dessina quelques-uns des arcs de triomphe dont il est parlé à l'occasion de prises de possession des souverains pontifes. — i. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 3i, fol. 147. — 2. Vasi (Nibby), Itinéraire de Rome, I, 82. Panciroli, Roma Moderna, 1707, p. 572, l'attribue à Pierino del Vag^a, mais Vasari ne fait aucune mention de ce fait dans sa biographie de Vaga (t. V, 567-632). — 3. A. Tof.xnelli, p. 140. Cf. RiFiNi, Description de Rome, p. 49, et Pietro Rossini, // Merciirio errante, p. i5.
i5fi LE CAPITOLE ROMAIN.