LES PRISONS DU CAPITOLE AU XV* ET AU XVP SIÈCLE
A partir des premières années du xv* siècle, il y eut presque constamment des hérétiques dans les prisons du Capitole : quatre en 1426*, sept et huit en 1427, cinq au mois de février 1428, et trois en septembre; en 1429, on trouve parmi les prisonniers une sorcière: ce fut, à ce qu'il semble, la première femme enfermée au Capitole de ce chef.
Cependant, la plupart des prisonniers étaient des débiteurs insolvables, ce qui se comprend, puisque les tribunaux capitolins jugèrent surtout au civil à partir du xv siècle*. Les reg-istres des visiteurs envoyés par le Saint-Sièg-e font très souvent mention de prisonniers de ce g-enre, et c'est presque toujours pour ordonner qu'ils soient relâchés. Cette ing^érence bienveillante remontait fort loin. En l'année 1408, le pape fait mettre en liberté les détenus pour dettes envers le fisc; en 1431, le pape Eug"ène I\' agit de même à l'égard de deux citoyens romains, Silvestro Paloni et Antonio Saffi'. Plus tard, les visites se multiplièrent, et les libérations devinrent plus fréquentes s'étendant même à des criminels de droit commun. Soit à l'occasion du couronnement d'un pape, soit pour solenniser la fête de Noèl, soit simplement par mesure? de clémence, le Saint-Siège faisait mettre en liberté les prisonniers*. Parfois les visiteurs transfor-
I. • Solvi facUtis provLio vira Thome de Vitiirclano siiprastdnti carcerum Cancellarie Capitolii Urbis Flor. VIII de bon. L pro fioreno expensis quatuor hereticorum unius mensis » (3 juillet 1426) (Mand. Camer., an. 1426- 1427, fol. 4; cf. fol. 17). — 2. Ce sont aussi bien des roturiers, entrepreneurs, marchands, que des nobles; en 161 2, des gentilshommes appartenant aux plus hautes familles de Rome, tels que Giovanni Cesi, Lorenzo Minali, Gaspare de Cavalieri sont retenus pour dettes. Voir, pour le xvii* siècle, Bibl. Val., Cod. Barber., LUI, i23, liste des prisonniers pour dettes retenus au Capitole. — 3. • Johanni Francisco de Panciaticis senatori Urbis, ut nonnullos propter publica débita in carceribus Capitolinis et alibi detenti libertati restituât. » (Theiner, (\)d. Diplom. S. Sedis, III, i5o.) Ai-chiv. Seg. Ta/., Reg., vol. 371, fol. 72. — 4. Solvatis infrascriptis duobus creditoribus Ans^eli de Sursia quotidie in carceribus Capitolii pro debito in totum FI. au. de Cam. XLI debitorum debere suis creditoribus detenti et in die coronationis D. Nri. (Pie II) de mandato S. i»'* libéra ti et relaxait, videlicet : Albina Panicola aut /ïom" viro Zacharia de Perleonibus de Vrbe pro ea recipitenti flor. au. I bon. XL (3i octobre 1460) (Mand. Camer., an. i4Sri46(), fol. 17?). Bernardinus de Parma in honorem festivitatis Dni Nri remiserunt{sic, il s'ajjit, dans la pensée du scribe, de visitatores) ei penam gratiose ut relaxaretur (22 décembre i537). Brunetta ebrea, attenta pace, relaxetur (12 octobre 1547). Lticretia curialis (courtisane) liberetur gratis
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maient la peine de l'emprisonnement en celle de la fustigation*, parfois ils ordonnaient la mise en liberté moyennant caution *. Il arrivait aussi que l'autorité pontificale défendait de recevoir des prisonniers pour dettes dans les prisons du Capitole durant certaines périodes, ou pour des dettes de trop peu d'importance '.
Il s'ensuivit que le nombre des prisonniers ne se trouva jamais fort élevé. En 1629, ils étaient dix-neuf; en i55i, vingt et un: en i552, trente-six; en i56o, soixante*. .
En i53o, on voit parmi les prisonniers un cuisinier français; en i535, un médecin.
Un chapelain était attaché à la prison; en 1473, il recevait comme salaire de cinq mois la somme de sept florins*.
En 1424, le conseil communal, de qui relevaient les prisons capitolines, avait décidé que l'entretien et la garde des prisonniers seraient affermés d'année en année ^. Le fait que les fermiers étaient tous deux des habitants de Vitorchiano semble indiquer qu'ils avaient été choisis parmi les fedeli, cette garde particulière des magistrats capitolins dont tous les hommes devaient être originaires de cette cité. La différence entre le coût de l'entretien des prisonniers pour dettes et les sommes exigées des créanciers de ce chef constituait leur bénéfice : ils étaient, d'autre part, rétribués pour les exécutions d'ordre divers auxquelles ils prési-
in honorem festivitatis sut comminatione fustigationis si de cetera commiserit similia (21 décembre i553) {Archivio di Stato, Archivio criminale, Visite aile Carcere, vol. I et suiv. Cf. A. Bertolotti, Le Prigioni di Rama, Rome 1890). — I. Mauritius Romanus, /. . ligatus fer Urtem, relaxetur (3o mars i538). Vincentitts de Reate fustigetur fer Urtem et relaxetur. Marcus Antonius de Asculo fustigetur fer aulam et relaxetur {Itid.). — 2. Dns Johannes Paulus Mocanlitis frestita cautione de solvendo se. L quolitet anno de semestri in semestri ratam fartent... re^Jce/Mr (Registres des Visites, visite du 21 mars 1602, vol. XIII). Dominicus De Afatteis Ronianus, data cautione de satisfaciendo creditoritus fro quitus detinetur vel fuit arrestatus... relaxetur (20 juin 1Ô02). — 3. Decretum quod detitores de cetera nan fassint tradi carceres nisi excédât summam minus ducat, auri (Visite du 2iî novembre i528). Dni visitatores decreverunt quod at hac die usque ad diem frimum froximi mensis Januarii i557 nullus cafi, carcerari aut detineri f assit fro detito civili et vigore mandati executivi cuiusvis Curie sut pena nullitatis ifsius cafture et quod caftus statim gratis utique deteat relaxari et decem Duc. cafsule elemosine s. Leonardi afflicand. (23 décembre i556). Nullus fro detito civili realiter nec fersonaliter molesletur hinc et fer totam octavam Pascalis Resurrectianis {i'' (ésncr i5f;o) (Même source, vol. I, V, ix). — 4. Même source; cf. Scanarolus, Z>e Visitatiane Carcer., Rome, i655. — 5. Mand. Camer., an. 1472-1476, fol. i3o. — 6. l'enditio Cancellaric Cafitalii. Conservatores Camere Urtis vice et namine Camere Crtis fro comodo et utilitate eiusdem... ac mandata Dni Xri ff. oraculo vive vocis facto venderunt, dederunt et cancesserunt Thamasio Antanelli de Viturclano et Petra Paulo de Melone de Viturclano et hereditus... Cancellariam Palatii Cafitalii ac fructus, redditus et fraventus dicte Cancellarie fro una anno incifiendo die frima octatris... fro f relia et namine fretii XL flar. {Archiv. di Stato, Reg. Cam. Capit., an. 1421-1425, fol. 284).
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daient, telles que la fustig-ation des juifs et les pendaisons, même alors qu'elles avaient lieu hors du Capitole*.
En Tannée i486, Francesco di Tozo fut enfermé au Capitole pour dettes, ce qui n'empêcha pas bientôt après le Saint-Sièg-e d'attribuer à l'un des siens, si ce ne fut à lui-même, la ferme de la geôle*: elle devint en quelque sorte la propriété de la famille; par un bref daté du 17 janvier iSiç, le pape Léon X accorda à Marcello Alberini, l'un des descendants de Tozo, et à son frère Orazio, les fonctions de g-ardien. Orazio étant mort, Marcello devint titulaire de la charge. Mais quand en 1627, après le sac de Rome, il voulut exercer ses fonctions, il trouva qu'un Espag-nol du nom d'Alvarez se les était appropriées à la faveur du désordre qui régnait' et peut-être avec la connivence du conseil communal qui profitait de cette occasion pour faire valoir ses prérogatives ♦. Étant énergique malgré ses seize ans, il demeura cependant maître de la place. Il avait un gardien pro forma, lequel laissa un des prisonniers, un enfant de dix-huit ans, se pendre avec une ceinture de soie. Les conservateurs lui en adressèrent de graves reproches, et Marcello, préférant moins de profits et plus de tranquillité, loua sa ferme moyennant neuf écus par mois, se réservant les gratifications des prisonniers qui étaient libérés au i5 août » . La location était trop élevée sans doute, car les soustraitants rompirent le bail. Alors Alberini conclut marché avec d'autres fermiers au prix de huit écus par mois 6; mais ceux-ci exercèrent une surveillance si peu active qu'un pharmacien s'échappa (1529); la ^conséquence fut que Alberini, tenu pour responsable, se vit enfermé à sa place. Heureusement pour lui, le sort le désigna deux mois après pour remplir les fonctions de
I. Duc. XVII Marcello de Alberinis custodi carceriim Curie Capitolii pro nonnullis expensis per eum factis Bernardino de Interamne suspenso in Campoflore, Francisco de Salerno per decretum visitatorum carcerum, Luce mercatori Neapolîtano suspenso in Capitolio et qiiibtisdam hebreis fustigalis(i"{évrier i53i) (Mand. Camer., an. i53o-i534, fol. 33). — 2. Scanarolus, De Visitatione Carcer., p. 25. — 3. Domenico Orano. // Sacco di Roma, vol. I, I recordi di Marcello Alberini, p. 3o6, 307. — 4. Les statuts de i5i9-i523, confirmant les anciens statuts, édictent (liv. III, art. 86) que les prisons relèvent uniquement des conservateurs et point du sénateur et fixent (liv. III, art. 99) les rétributions des gardiens : « Pro expensis faciendis Carceratis, in Carceribus secretis detentis, habeat Commentariensis sive Carcerarius Carolinum unum pro prandis et tanttim pro cœna.... Nec liceat Carcerario à carceratis relaxandis ultra duos Carlenos pro Carcere vel Custodia... petere vel exifrere. • Les statuts de i58o confirment ces dispositions. (Liv. III, art. 8ô et 99.) — 5. Ora.\o, op. cit., p. 369- — 6. « /n questo mese di febraio iSiganchora non finita la locatione di Marcoantonio e Julio de Ruspagliari da Rezzo perche non mi pagavano, ho locato la preggione di Campidoglio a Julio de Paerris per un anno da venire, per scudi 8 lo mese, di che è rogato et prothonotario et per lui ha promesso de fida custodia giovanni Baptista Quintilis. » Orano, p. 376.