‹ Le Capitole romain antique et moderne: La Citadelle, les temples, le Palais sénatorial, leChapitre 63 sur 88 · STATUES HONORIFIQUES ÉLÇVÉES AU XVII° SIÈCLE · texte numérisé non relu

STATUES HONORIFIQUES ÉLÇVÉES AU XVII° SIÈCLE

Au commencement du xvir siècle, un décret avait confirmé l'interdiction portée naguère de dresser des statues aux princes vivants*. Or, il en coûtait beaucoup aux conseillers de ne pouvoir rendre cet hommage préféré aux souverains pontifes. Quand la salle de leurs délibérations fut décorée, ils en avaient profité pour faire transporter ailleurs la table d'airain sur laquelle était gravé le texte du décret; on la plaça au-dessus de la porte, loin des regards, mais l'interdiction n'en subsistait pas moins. En 1626, ils sollicitèrent la permission de supprimer la table; on n'écouta pas leurs doléances 5. Alors ils songèrent que rien ne vaut, pour triompher d'une difficulté, comme de la détruire à petits coups. Ils demandèrent donc au pape de placer au Capitole une inscription rappelant les services rendus par son neveu le préfet de la ville, Taddeo Barberini (i63i)*. Ceci leur fut accordé. Enhardis, les conseillers représentèrent au souverain pontife « que la loi positive ne saurait déroger à la loi de la nature qui commande la reconnaissance », et qu'il était cruel de les obliger à se montrer ingrats par respect d'un décret. Le pape se laissa fléchir; dans la séance du 23 juin 1684, on put voter, avec son agrément, l'enlèvement de la table qui entravait les conseillers

I. ItU., Crcd. I, vol. 4T, fol. 37, 30. On voit par l'inscription menUonncc p. 184, n. 7, que le pape Innocent XII s'attribuait une grande part dans la restauration du Capitole. — 2. Un peu avant qu'il lut promulgué, en i6(j2, on avait élevé une statue au cardinal Aldobrandini. Inscription gravée sur sa base. FoRCELLA, I, n. 109. — L'année précédente, on avait placé une inscription dans la grande salle du palais des conservateurs. Forcella, I, n. 108. —3. Arch. Stor. Capit., Cred. I, vol. 33, fol. 23. Lé pape Urbain VIII avait refusé une statue qu'on se proposait de placer dans l'église S. Maria Aracœli. Diario di GiAC. GiGLi, Cod. T'j/.,87i7, fol. 146.— 4. Bref d'Urbain VIII. « Super licentU concessa Conservatoribtis et Priori fonendi monimentiim lapidcum in Capitoiio congratulalioîiis Prefecturae Urtis fer Sanclitatem siiam collatœ Exmo /). Dno Thadeo Barberino. Cum Sicut dilecti filii... Rome XIX ghis jôJi.» Arch. Stor. Capit., Cred. I, vol. 33, fol. 94.

i84 LE CAPITOLE ROMAIN,

dans l'élan de leur reconnaissance*. Urbain VIII eut donc sa statue qui fut d'airain*. D'ailleurs, deux ans auparavant, les habitants de Velletri avaient envoyé à Rome une statue du pape, qu'ils avaient fait sculpter pour le remercier de l'élévation au cardinalat de leur concitoyen, le cardinal Mario Ginnetti'. Cependant, il semble qu'il y eut quelque appréhension au sujet de l'érection de celle que le conseil lui décernait, car on l'amena au Capitole de nuit, à la lueur des flambeaux*. Innocent X à son tour eut sa statue*.

En 1697, le conseil communal vota l'érection d'une statue au pape Alexandre VII, « en témoig'nag-e de son mérite et de sa bienveillance envers le peuple ». Un conseiller proposa qu'elle fût en or, car alors seulement elle serait digne de son objet; sur quoi un autre conseiller déclara qu'en diamant et ornée de bijoux, elle en serait encore indig-ne. Le pape, quand on lui fit part de la délibération, répondit avec assez d*esprit qu'il lui suffisait que son image fût gravée dans le cœur de ses sujets. Cependant on lui fit une statue, mais de bronze^. Innocent XII eut la sienne, qui fut érigée peu après son avènement, en 1692'. L'installation d'une statue se faisait avec beaucoup d'apparat ; on la revêtait d'habillements conformes à son rang et magnifiques; toute la noblesse, les magistrats municipaux et la milice étaient convoqués et on la recevait avec des salves d'artillerie et au son des trompettes'*.

I. « De ainovendo lapUco decreti monumetitn prohitens ne vcrta fiant de fjcicndis inscjiptionihus, sive statuis eriirendis viventi Principi, aul ejtis sanguine coninnctis, illoque modcrando alioque reponcndo. Ex S. C. viva voce approbalum fuit. » Arch. Stor. Capit-, Cred. I, vol. 33, fol. 127. — 2. • De statua Urtani VIII, in Capitolio erigenda. Consiglio del iS Gins^no 1640. Lecto décréta secreti Consilii de statua Urbani VIII in Capitolio erigenda... Decretum prcfatum viva voce conflnnatum comprobatuvique fuit. » Ibid., Cred. I, vol. 33, fol. 221. Le bref se trouve Ibid., Cred. I, vol. 33, fol, 126, 127. Inscription gravée sur le socle. Forcell.\, I, n. 126. — 3. Diario di G. Gigli. Cod. Vat., 8717, p. i32. — 4. Diario di Gigli, Cod. \'at. 8717, p. 204. — 5. Conseil du 18 mars 1645. « De statua aenea Innnocenlio X Pont. Opt. Max. in Capitolio erigenda. Arch. Stor. Capit., Cred. I, vol. 34, fol. 64. Inscription placée sur le socle. For- CELLA, I, n. 142. — 6. Conseil secret du 5 avril 1657. Arch. Stor. Capit., Cred. I, vol. 34, fol. 184 et 187. Cf. Archiv. Stor. Capit. Notari délia Caméra dei Conservatori, vol. 4, fol. 99 et suiv. Inscription placée sur le piédestal. Forcell.\, I, n. 157. — 7. Avec l'inscription. Forcei.la, I, n. 191, —8. Ibid., vol. 33, fol. 219. Cod. Vat. Lat., 7927, c. i()3, 110; Casanatcnse, 983, p. III.

\r'ES AU CAPITOLE.

LES PAPES AU CAPITOLE'

Pour le sacre de Léon XL l'arc de triomphe, toujours placé au même endroit, fut orné de liuit statues et des armes du pape, peintes en or par le peintre Giuseppe d'Arpino, le chevalier d'Ar-'

pin (i6o5). Pour le sacre de Paul V qui eut lieu un mois après (17 avril-io mai), les Romains firent deux arcs; le premier situé près de l'éj^lise du Gesii, était formé de colonnes en imitation de marbre jaune, terminées par des chapiteaux qui étaient peints couleur de bronze; le second, situé prèsduCapitole, se composait de quatre colonnes surmontées de chapiteaux dorés; les armes du peuple et des statues le décoraient. En 1621, à l'occasion du couronnement de Cirét^oire XV, on construisit un arc de bois et de toile soutenu par douze colonnes cannelées blanches et or; il

1. D'une façon générale, voir Cancellieri. HIoi-Ij Je' Solinni Possessi. Runic,

i86 LE CAPITOLE ROMAIN.

s'y trouvait ving-t statues de stuc et des peintures allég-oriques. A partir d'Urbain VIII (i623),des inscriptions louang-euses fig-urent toujours dans la décoration et bientôt on en mit sans mesure; leâ deux sphinx placés au bas du grand escalier jetaient du vin par leurs naseaux, ce qui devint aussi un des éléments invariables de la décoration. Quand Innocent X vint au Capitole, le sénateur Orazio Alban, revêtu de sa longue toge, s'avança au-devant de lui et lui baisa le pied ; puis il lui offrit toutes les clés du Capitole. En même temps, la nouvelle monnaie à l'effigie du pape était distribuée au peuple nombreux qui emplissait la place et les abords du palais (1644).

La dépense était devenue si lourde pour le peuple qu'Alexandre VII permit de ne point orner le Capitole, quand il vint y recevoir l'hommage de la municipalité (i655).

La cérémonie reprit son éclat lors du couronnement de Clément IX ; non seulement on distribua de l'argent et le vin coula à flots, mais du pain fut donné aux indigents par les conservateurs. L'arc élevé en l'honneur de Clément X fut particulièrement coûteux; on employa à le dorer quatorze mille feuillettes d'or qui furent payées 56 écus; la dépense totale monta à 221 écus*. Le nouveau palais fut décoré à l'intérieur et à l'extérieur*.

La station au Capitole acquérait une importance de plus en plus grande dans la cérémonie du sacre; au couronnement de Clément XI, l'ambassadeur césarien (l'ambassadeur de l'empereur d'Allemagne) avait pris place au bas des degrés du palais, et la reine de Pologne, cette singulière Marie Kasimire, se trouvait sous un riche baldaquin, à la fenêtre du milieu du nouveau palais; elle était masquée et ne se découvrit qu'au passage du souverain pontife (i7(x:)). Au couronnement d'InnocentXIII la façade des deux palais des conservateurs et celle du palais du sénateur étaient ornées de statues représentant les principales provinces appartenant aux États de l'Église, l'Emilie, la Sabine, le Picenum, l'Ombrie, les provinces de Bologne, de Ferrare, d'Urbin et le Comtat Venaissin.

La cérémonie continua, dans les mêmes formes, au siècle suivant; le sénateur ou, à son défaut, l'un des juges collatéraux exprimait au pape la soumission du peuple romain, le pape donnait sa bénédiction au peuple et poursuivait sa route vers le Latran. Quelquefois les mortiers de la milice tiraient une salve et les tambours du sénat battaient (i 721). On illumina les palais pour le

I. Archiv. Stor. Capit., Crcd. VI, vol. 4, fol. 2!}. — 2. Itid., fol. 16. Comme la commune ne possédait pas de baldaquin, elle le louait à la famille Colonna ; le transport lui coûtait 20 b. {Itid., fol. 223).

Page 1