‹ Le Capitole romain antique et moderne: La Citadelle, les temples, le Palais sénatorial, leChapitre 65 sur 88 · PRISE DE POSSESSION DU ÇAPITOLE PAR LES SÉNATEURS · texte numérisé non relu

PRISE DE POSSESSION DU ÇAPITOLE PAR LES SÉNATEURS

Il en fut de la prise de possession du Capitole par les sénateurs nouvellement nommés comme de la réception des papes lors de leur couronnement, la cérémonie commença par être des plus simples et devint par la suite magnifique à l'excès.

Quand Antonio de (irassis, surnommé Baccellieri, prit possession de sa magistrature, il monta au Capitole sans aucune pompe selon la coutume, sine ullo (nullo) honore ut moris est (1414)^ Au siècle suivant, les choses avaient déjà considérablement changé. Avant d'entrer en fonction, Giulio Cesare Segni de Bologne s'en fut, entouré d'un cortège nombreux, baiser le pied du pape. Des gentilshommes à cheval, couverts de leurs armes et portant leurs écus, le suivaient sur de beaux chevaux ; on portait devant lui les étendards du Capitole. Après l'hommage fait au souverain pontife, il vint au Capitole se faire reconnaître dans la magistrature qui lui avait été confiée (28 mai i58o)*.

Le 12 juin i585, Giovanni Pelicanode Maceratafit sa première entrée au Capitole escorté de six cents cavaliers, ce qui ne s'était encore jamais vu, dit le narrateur^.

Cependant la cérémonie n'acquit son caractère définitif qu'au xvir siècle. La prise de possession de Gio. Batta Fenzonio rappelle l'entrée d'un ambassadeur; Fenzonio se présenta à la porte Flaminia, qui est la porte Del popolo actuelle, et traversa par le Corso toute la ville pour se rendre au Capitole ; il était entouré d'une pompeuse cavalcade (1616)*. Baldo Massei, de Camerino, entra par la porte Pia, traversa le Monte Cavallo et le Corso, et accéda au Capitole par les degrés. Son cortège est minutieuse-

I. Dijirio di Antottio Pétri; Mi'ratori, R. Italie. Script., XXIV, 1040, 1041. — 2. Cod. Vat. Urb., 1048 ad an. Le texte ne dit pas quels furent les détails de la prise de possession en cette occasion. — 3. Cod. Vat. Urb., io53 ad an. — 4. Can- CELLiERi, Le due Campane, p. 116.

i88 LE CAPITOLE ROMAIN.

ment décrit par Gig-li*. En tête venaient les Artisti^. Dans leur joie de porter des armes, ce qui leur arrivait rarement malgré leur organisation militaire, ils tiraient des arquebusades tout le long du chemin et faisaient retentir bruyamment leurs tambours ; leur étendard était porté au milieu d'un groupe muni de piques; derrière venaient les trompettes et dix carrosses, puis les chevaulégers du pape, puis dix chevaux de selle tenus en main, puis une infinité de citoyens qui entouraient les deux bannières rouges du peuple. Le sénateur, vêtu de son costume de cérémonie, fermait la marche, escorté de gentilshommes à cheval (i623).

Dix ans plus tard, en i633, lors de l'installation de Orazio Albani d'Urbin, le cortège devient tout à fait triomphal; il part du Monte Cavallo, où le sénateur était allé faire hommage au pape et en recevoir l'investiture de ses fonctions, et parcourt tout le Corso avant d'entrer au Capitole. La milice du peuple, les artistes, marchaient devant ; ils avaient des panaches et leurs vêtements étaient rayés de rouge et de jaune ; ils portaient des épées et des arquebuses; derrière eux venaient un corps de piquiers avec un étendard rouge, un corps d'arquebusiers avec six tambours, les chevau-légers avec leurs trompes, trente-six carrosses aux armes du sénateur conduits pardes serviteurs vêtus de rouge, dix chevaux tenus à la main et couverts de housses de soie aux armes du sénateur. Ensuite les trompes et les tambours du peuple romain s'avançaient entourant deux étendards aux armes de la ville, que portaient des gardes à cheval ; deux pages à cheval tenaient l'un le bâton, l'autre la barrette du sénateur. Celui-ci les suivait, couvert de son manteau de brocart d'or et escorté de la garde suisse. Les mortiers du Capitole saluèrent son arrivée; les conservateurs l'attendaient dans la grand'salle décorée de tapisseries, et il prêta entre leurs mains le serment d'usage. Les cloches sonnaient à volées 5.

On évaluait la dépense qui incombait à cette occasion au sénateur à trois mille écus; son costume seul, non compris le collier d'or qu'il devait avoir au cou, coûtait deux cents écus. Aussi arriva-t-il plus d'une fois, quand le nouvel élu n'était pas pécunieux, que la prise de possession se fit sans aucun apparat, par exemple en 1646 et en i655*.

1. Diario di Giacinto Gigli. Cod. Vat. 8717, p. 0(\ cf. p. 287. — 2. Ces ArtisH étaient une milice appelée de ce nom parce qu'elle était formée d'artisans; elle servait de garde aux caporioni ou chefs de quartier, mais il lui était interdit de porter des armes excepté pour la parade, quand le Saint-Sièfre était vacant et à l'occasion de l'installation des caporioni qui étaient renouvelés tous les trois mois. — 3. Caxcellieri, Le due Campane, p. 117 et suiv. pour tout ce qui précède. — 4. D'ailleurs à cette époque le trésor communal était fort pauvre. On se souvient qu'en cette même année i055, le pape Alexandre VII permit

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