‹ Le Capitole romain antique et moderne: La Citadelle, les temples, le Palais sénatorial, leChapitre 66 sur 88 · LES SÉNATEURS AU CAPITULE · texte numérisé non relu

LES SÉNATEURS AU CAPITULE

L'entrée en fonctions des sénateurs s'accomplit, jusqu'en 1789, sensiblement avec le même cérémonial*.

Le 21 juin 1718, le prince Tommaso Corsini prit possession du Capitoie dans l'appareil que voici : vers quatre heures, il se rendit au Quirinal privément et y reçut dans la salle dite des cong-ré- ^ations les compliments des ambassadeurs et des principaux citoyens romains ainsi que des gentilshommes envoyés par les cardinaux pour les représenter. Puis il monta, accompag*né des maîtres de cérémonie, dans les appartements pontificaux; Pie VII, prévenu de sa présence, sortit de sa chambre, portant le rochet et la mozette, s'assit sur son trône ayant le majordome et le Maestro di Caméra à ses côtés, et reçut son serment de fidélité et d'obéissance qu'il prêta à genoux. Après quoi, il remit son sceptre d'ivoire, symbole de son autorité judiciaire et de son pouvoir et, l'ayant béni, se retira. Le sénateur vint prendre alors sa place dans la cavalcade qui devait le conduire au Capitoie. En tête marchait un piquet de carabiniers à cheval pour débarrasser les voies, puis venaient les carrosses des ambassadeurs et ministres étrangers, un corps de pompiers avec leur commandant à cheval, un bataillon de grenadiers précédé de ses tambours, les trompes et les tambours du peuple qui formaient une corporation, le capitaine des milices du Capitoie à cheval avec, son adjudant et un groupe de sous-officiers ; les milices des quatorze quartiers suivaient, portant leurs étendards et précédant les dix chevaux du sénateur et ses vingt carrosses ; deux escadrons de dragons et deux compagnies de carabiniers les escortaient ; puis c'étaient les palefreniers des cardinaux à cheval, le chapeau rouge sur les épaules, les coureurs de la Curie capitoline et les gentilshommes des cardinaux, les camériers d'honneur et lescamériers secrets de cape et d'épée achevai, la musique capitoline et un page à cheval avec la valise du sénateur*, deux autres pages, l'un portant l'étendard du peuple, l'autre celui du sénateur, le capitaine des gardes suisses, deux autres pages du sénateur, l'un avec sa barrette, l'autre avec son bâton, puis enfin le sénateur en manteau rouge, le collier

qu'on ne fit aucune décoration à l'occasion de son couronnement. Voir p. i?9. — I. Elles sont décrites dans des plaquettes publiées après la cérémonie; C.vNANi, (iiuLio Cksare, Descrizioiie dclla cavakata falta dal senatore di Roma Giiilio Cesare Nigrelli, Rome, 1062. Esatta descrizione délia cavalcata fatta il 4 nov. lôçi dal senatore di Roma marchese Oltavio Riario, Rome, i6>i. — Distinta Relacione délia notilissima cavalcata fatta in occasione del possesso dcl senatore di Roma Frangipane, Rome, 1712, etc. D'une façon générale dans Cancellieri, Moroni, Diz. di Erudiz,X, 3i2; Diario del Chracas, n* 3oi>5, an. 1737. —2. A Rome, depuis le moyen âge, dans toutes les cérémonies de ce genre figurait la valise, habituellement rouge, du personnage en l'jionneur duquel la fête avait lieu ; c'était un honneur de la porter.

lyo LE CAPITOLE ROMAIN.

d'or au cou: son cheval était caparaçonné de velours roug-e tramé d'or. Lesfedeli l'entouraient avec la g-arde suisse; le premier et le second juge collatéral, ainsi que l'auditeur, en un mot, les membres de son tribunal l'escortaient. Arrivé sur la place du Capitole, le sénateur entra d'abord dans l'ég-lise S. Maria Aracœli pour y prier et y fit l'offrande de quatre reliquaires d'arg-ent, après quoi il se rendit dans la g-rand'salle du palais ; les trois conservateurs et le prieur des caporioni étaient venus à sa rencontre jusqu'au bout de l'escalier double qui mène à l'entrée; le scriba senato donna lecture du bref qui lui commettait sa mag-istrature, et du serment qu'il devait prêter au peuple ; le sénateur descendit alors du trône sur lequel il avait pris place et, le genou ployé, prêta le serment et toucha les Évangiles; puis le premier des conservateurs lui adressa une allocution à laquelle il répondit. La cérémonie se termina par un banquet; leCapitole fut illuminé, un feu d'artifice tiré et, durant deux jours, les sphinx lancèrent comme d'habitude du vin par leurs naseaux*.

On le voit, la prise de possession des sénateurs avait singulièrement changé de caractère, et le peuple romain, maigrement représenté, n'y figurait plus que pour la forme.

FÊTES DONNÉES AU CAPITOLE AU XVIl^ SIÈCLE

L'usage de donner des représentations théâtrales au Capitole, né au xvr siècle, comme l'on a vu, devint fréquent au siècle suivant; ces représentations avaient lieu dans le palais des conservateurs à l'occasion du carnaval et étaient généralement coupées d'intermèdes, accompagnement obligé de la plupart des pièces de ce temps*.

Les grands personnages qui venaient à Rome ne manquaient pas de visiter le Capitole et y étaient reçus avec solennité; c'était l'occasion de fêtes; des inscriptions étaient apposées par les soins de la municipalité pour rappeler ces événements. La reine de Suède eut cet honneur après la visite qu'elle fit au Capitole en i656', ainsi que la reine de Pologne, Marie Kasimire, en 1700*; les deux plaques commémora tives furent placées avec des bustes

I. MoRONi, Diz. di Erud., X, 314. — 2. Cod. Vat. Urb., 1098, 16 février 1628; cf. Ms. Angelica, 325, Diario, ad diem. — 3. Forcella, I, n. i56. La pose de cette pierre coûta 121 écus. Les conservateurs et le conseil eurent soin de rappeler, dans cette inscription, qu'ils avaient reçu la reine la tête couverte; il avait fallu six mois de pourparlers pour la décider à ne pas contester aux magistrats capitolins un privilège qu'ils s'étaient arrogé depuis longtemps. — 4. Forcella, I, n. 2jo.

dans la «Tand'salle du palais des conservateurs. D'autres personnages moins illustres furent, comme on verra, honorés de la sorte au siècle suivant.

Lorsqu'un nouvel ambassadeur faisait son entrée dans Rome, il ne manquait pas d'aller au Capitole, et les conservateurs lui rendaient sa visite vêtus de leur robe de pourpre ; il en fut ainsi pour l'ambassadeur du duc de Parme en 1669; les mag-istrats capitolins le reçurent au haut de l'escalier d'honneur, il visita le musée et, fait sans précédent, on sonna la cloche du Capitole en son honneur. Comme les conservateurs ne possédaient pas de carrosses, ils durent, pour lui rendre sa visite, emprunter ceux du « connétable », le prince Colonna*.

En 1686, eut lieu une fête à l'occasion de la révocation de l'édit de Nantes. Le Capitole fut illuminé per le allegre:^^7^e délia Francia in occasione che sua Maestà scaccio VUgonotti dal suo Regno; la dépense atteignit près de cinq écus*.

Page 1