‹ Le Capitole romain antique et moderne: La Citadelle, les temples, le Palais sénatorial, leChapitre 68 sur 88 · PII. V. PONT. MAX · texte numérisé non relu

PII. V. PONT. MAX

XXX STATVARVM MARM. DONO

ORNATI

PVBLICVM AETERNVMQ

GRATI. ANIMI

TESTIMONIVM.

Butr, /oc. cï/., p. 117, note. Fokcella, I, n. 62. Cf. Michaelis, p. .'>7, qui discute la nomenclature donnée par Bicci. — 4. Michaelis, p. 42, pense que ce fut sous le pontificat de Grégoire XIII ou sous celui de Sixte-Quint que les autres statues qui fifrurai.ent dans le Vatican et notamment au Belvédère, passèrent dans le musée capitolin, du moins en partie. En tout cas, le transport se fit lentement. Pighio {IH^hius Hercules Prodiciiis, Anv. i^lj, p. 390) trouva en 1.^74 le théâtre orné d'une quantité de statues de marbre; le sculpteur rémois Pierre Jacques dessina au Vatican, entre 1572 et i.Wj, le bas-relief de Zéthos et Amphion qui fij^urait sur l'inventaire des objets donnés {Mélanges d'Archéologie et d'Hisloire, iTlcpo, p. 2(k.)); Cavalieri cite vers la même époque douze statues comme se trouvant in Vaticano viridario, dont quelques-unes firent partie dans la suite des collections capitolines (I, II, 17, 18; Capitole, tav. 8, n. ii3, i3, n. 6, cité par Michaelis, note 124). Contarino {L'Antichità di Roma, Venise, 1675), qui reproduit presque textuellement Aldrovandi, il est vrai, ne

Parmi les statues qui passèrent du \'atican au musée capitolin sont un Génie, une muse représentant la Comédie, une Fortune sans tête, un groupe d'Ap^rippine et Néron, quatre enfants, une représentation d'un fleuve, les bustes de Claude, d'Antoine, de Faustine, de Tibère, d'Alexandre, un Polyphème avec un compag-non d'Ulysse, une Vieille Femme qui recule, une Jeune Fille fvec un oiseau, un Bacchus et un Apollon, la statue de la Pudicité».

En i568, il y eut échange de statues entre le cardinal de Ferrare, Luigi d'Esté, et le peuple romain. Le cardinal faisait alors construire sur le Quirinal la villa que le pape Sixte-Quint acheta dans la suite et qui devint la résidence habituelle des souverains pontifes; il avait remarqué dans la collection capitoline trois petites statues « propres à jeter de l'eau », une Nymphe sur un dauphin, une Vénus endormie, demi-nue, un Neptune ayant un dauphin endormi à ses pieds, et il désirait en orner le jardin qui entourait sa villa. 11 demanda donc au conseil- communal de lui céder ces trois statues, proposant en échange une statue colossale de l'empereur Tibère, « dont la tête était antique et d'un travail achevé » et qui convenait parfaitement, disait-il, à l'emplacement qu'elle devait occuper. Le conseil désigna des commissaires qui furent moins persuadés que le cardinal, à ce qu'il semble, de l'excellence du troc, car, avant de le conseiller

mentionne pas ces statues au Capitole. Elles n'y vinrent donc que plus tard. Sixte-Quint fut peut-être le pape qui acheva au bénéfice du Capitole l'œuvre de Pie V. « A peine s'il pouvait tolérer au Vatican le Laocoon et l'Apollon du Belvédère », dit Ranke (trad. française, Paris, 1844, II, 12O). . Il ne voulut pas soulïrir au Capitole les statues antiques qui y avaient été placées par les bourgeois de Rome. Il déclara qu'il démolirait le Capitole si on ne les enlevait pas. Ces statues étaient un Jupiter tonnant entre Minerve et Apollon. On fut forcé en effet d'éloigner deux de ces statues : Minerve seule fut laissée. Mais Sixte exigeait qu'elle représentât Rome et même Rome chrétienne. Il lui arracha la lance qu'elle portait et lui mit en main une croix énorme. » Cf. Description de Rome par Bunsen, I, 702. Sixte-Quint n'aima pas les arts, mais il ne semble pas que ce fût avec tant d'âpreté. Righetti toutefois confirme que, lors des transformations qu'il fit dans le palais du Vatican, plusieurs statues furent enlevées de la place qu'elles occupaient et données au peuple. Michaki.is, p. 42. Voir ce qui a été dit plus haut relativement à l'enlèvement par ordre de Sixte-Quint des statues qui ornaient le campanile, p. 147, note 2. — i. Inscription commémorant ce don: Forceli.a, I, n. 61. Génie: Hklbk;, 1, 5oi. Mkmiaelis le dit perdu. Muse (Thalie?) : Tofanelli, p. i39; Michaiîi.is, p. 37: palais des conservateurs, escalier. Fortune, salon, n. 23? Le groupe ne représente pas Agrippine et Néron; au temps de Fi:a, p. 202, il était dans la salle des Colombes; actuellement, galerie, n. 56. Cf. Tof ankllt, p. 4î>. La translation était faite alors. Fleuve, peut-être sur le sarcophage représentant la naissance de Bacchus, galerie, n. 46. Bustes de Claude, salle des Empereurs, n. 12? d'Antoine, galerie, n. 2O; de Faustine, salle des Empereurs, n. 30 ou 3o; de Tibère, galerie, n. 24; Alexandre, salle du Gladiateur, n. 3. Polyphème, portique, n. 35. Vieille

FORMATION DES MUSÉES. 2o3

à leurs collèg-ues, ils exigèrent deux statues au lieu d'une (29 mars-27 septembre i568*).

Mis en g-oût néanmoins, le cardinal proposa l'année suivante de céder, contre trois statues de femme, de g-randeur naturelle, assises et vêtues, qu'il voulait placer dans son jardin, quelques statues plus grandes que nature dont le directeur des travaux — ce devait être Boccapaduli — affirmait avoir besoin pour rorn?" mentation des palais. Le cardinal Giovanni Ricci de Montepulciano profita de l'occasion pour demander un échange analogue, car il édifiait à ce moment la villa qui, achetée par le cardinal Alessandro de Medicis, prit le nom de villa Médicis, et il recherchait de petites statues. Le 28 juillet iSôç, les deux demandes furent examinées et approuvées par le conseil public*.

En cette même année i569, le peuple romain ou plutôt son conseil fit l'acquisition d'une statue d'Hercule appartenant à Francesco Ronciono; ce fut Boccapaduli qui dirigea la négociation ^ Lorenzo Astalli lui céda une plaque de marbre sur laquelle étaient gravées plusieurs inscriptions*. Malgré l'extrême détresse du trésor public, le conseil ne se lassait pas d'envoyer des commissaires pour examiner attentivement tous les objets qu'on lui offrait d'acheter^. En 1671, il avait fait l'acquisition d'une statue de marbre qu'on croyait représenter le mont Aventin^. En même temps il recevait du Chapitre du Latran une table d'airain et un coq également d'airain et, en retour, il lui votait un présent, que le Chapitre avait d'ailleurs quelque peu sollicité^. La statue d'Hadrien sacrifiant fut achetée vers cette époque s.

Le Saint-Siège continuait, soit par générosité, soit pour les motifs qu'on a dits, à enrichir le musée; Grégoire XIII lui fit

femme, salon, n. 22. Jeune fille, salle du Gladiateur, n. 9. Bacchus et Apollon ; MoNTAGNANi, I, pi. XX, XLVIII. Le Bacchus fut donné au temps de Sixte- Quint; RiGHETTi, I, pi. LXIX. La Pudicité, salon, n. i5. Cf. Helbig, I, 409, 5o8, 526, 53i. — I. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 38, fol. 77, 91. Le Tibère est actuellement dans la cour, n. 17. — 2. La demande fut rapportée au conseil secret du 19 juillet ût acceptée, « attendu que les statues données par le peuple étaient petites et les statues offertes grandes et plus en rapport avec la décoration à laquelle on voulait les faire servir. » Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 38, fol. 107, i3i. Le texte ne dit pas quelles furent les statues échangées.

— 3..IbU., vol. 38, fol. 107. Peut-être Helbig, I, 588. — 4. Itid., vol. 3ii, fol. 176.

— 5. Archiv. Stor. Capit., Cred. I,vol. 38, fol. 537. — 6. Conseil du 18 novembre 1570. Archiv. Stor. Capit., Cred. L vol. 38, fol. 342, 344. L'archevêque cardinal Massimi fit payer mille ducats cette statue trouvée sur l'Aventin. Il s'agit d'une représentation d'Hercule enfant (Helbig, I, 514; Forcella, I, n. 92); salon, n. 3. Autre Hercule enfant, galerie, n. 5i. — 7. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 27, fol. 16. Tofanelli, p. 39. La Frise navale, venant d'un temple de Neptune qui décorait auparavant l'église Saint-Laurent-hors-les-mtirs, entra au Musée vers cette époque; salle des Philosophes, n. 99-101. — 8. Micuaelis, p. 47. Portique, n. 36; trouvée près de S. Stefano Rotondo.

2o4 LE CAPITOLE ROMAIN.

donner la précieuse inscription contenant la Lex Regia qui avait servi jadis d'arg-ument et de texte à Cola di Rienzo pour montrer au peuple romain sa g-randeur passée et sa déchéance, et qui se trouvait encore dans le Latran à la place qu'elle occupait au temps du tribun* (1576). *-

On commença, vers la fin du xvr siècle, à mettre un peu d'ordre dans la masse des antiquités qui, depuis un siècle, s'entassaient au Capitole ; les bronzes furent réunis, à ce qu'il semble, dans une même salle*. La statue d'Hercule reçut un piédestal plus approprié que celui sur lequel on l'avait placée auparavant (1.578)^. 11 en fut de même pour la Louve en i586*. Les P'astes que le cardinal Farnèse avait offerts nag-uère au Capitole furent ég-alement placés de façon plus convenable (i588)^.

Sixte-Quint g-ratifia le musée de deux des colonnes antiques qui avaient appartenu au vieux palais du Latran; il lui donna aussi « la boule de métal qui se trouvait au-dessus de l'aigle du Vatican ♦* ». Parfois le musée recevait des leg-s. L'évêque d'Aquino, Adriano Fusconi, mort en 1679, avait lég-ué toute sa collection d'antiquités, qui était fort belle, au peuple romain, mais dans l'éventualité seulement où ses héritiers ne s'entendraient pas pour la conserver entière dans sa maison'. L'inventaire qu'on en fit, en i5q3, en montra toute la valeur^, il s'y trouvait des statues de g-rande beauté, une Diane vêtue avec son chien, un Alexandre nu, de grandeur naturelle, un Adonis, un Marc-Aurèle,

I. FoRCELLA, I, n. 72. Salle du Faune. Cf. Laxciani, Scavi, II, 85. — 2. Dans l'inscription (Forcella, I, n. 70), on lit : . COACTIS IN VNVM AENEIS MONVMENTIS. » Cette inscription date du pontificat de Grég-oire XIII. — 3. Nicolas Audebert d'Orléans, qui voyagea en Italie de 1574 à 1578, écrit dans une lettre qui se trouve à la fin de son itinéraire : « L'Hercule est encore là par terre couché jusqu'à ce qu'une salle soit achevée au bout de laquelle l'on le mettra. » Sur Audebert, voir P. de Nolhac, La Bibl. de Ftdvio Orsini, Paris, U>)7, p. 66, et Revue Archéologique; E. Muntz a pubiij la partie du voyage relative à Rome dans les Antiquités de la Ville de Rome, 1886, p. 72-128. Le ms. se trouve au British Muséum (Lansdowne, ms. 720). L'ancien piédestal servit à supporter le buste dit de Virgile, alors dans la même salle, maintenant salle des Philosophes, n. i. Venuti, II, 294. —4. Inscription sur le socle. Forcella, I, n. 87. — 5. Forcella, I, n. 878. — 6. Archiv. di Slato, Mand. Camcr., an. i5!;7-i589, fol. i u. Les colonnes servirent plus tard à orner la fenêtre centrale de la galerie. N'eniti, p. .n)5. — 7. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, v. 29, f. 45, 47. Le texte du testament se trouve dans VArch. Capit. , Atti Not. Originali, v. 77, f. 471. — 8. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 3o, fol. io5.

CLASSEMENT DES CULLKCTIONS. ao5

des bustes d'empereurs romains en grand nombre, des fotsde colonne. Ce fut en vain toutefois que le peuple chercha A entrer en possession de celle collection; lorsque mourut le dernier héritier direct de l'évèque, la marquise Francesca Pigrhini, l'affaire était encore en litige, bien que le conseil l'eût portùe devant toutes les juridictions et se fût même adressé au tribunal de la Rota {1764). 11 fut alors décidé que !e peuple ferait un^

Fig. 43. — Marforio (avan'

renonciation complète de tous ses droits afin d'épargner au trésor communal de nouveaux frais'.

lin i58[, le conseil traita de l'acquisition de plusieurs statues et objets antiques non décrits dans les procès-verbaux'; en i5H3, on acheta deux statues de marbre plus grandes que nature, • avec leurs têtes entières et bien conservées' ». Elles étaient

[. Archiv. Stor. Capil-, Cred. VI, vol. 104, fol.O; Crcd. V(l, vol. 69. f- Sliû; dans la séance du 7 auùt 176S, l'avocat du peuple romain fui chargé de Taïrc celte renonciation. — 2. L.asc[ani, Scivi, 11, 89.-3. Séance du B mars iSaî. Arch. Stor. Capit., Crcd. \'I, vol: 61, fol. 17. et Cred. I, vot. 38, fol. i5i> Il s'agit des statues de Trajan et d'Antonin le Pieus. Forcella, I, n. ~- Trajan, salon, n. 91 Antonin, itU., n. 25. Tovasellc, p.as, !!U.

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destinées à l'ornementation du palais, car, en même temps qu'on s'occupait d'accroître les collections capitolines, on s'efforçait de parachever la réalisation du plan proposé par Michel-Ange. Sans cesse, le conseil s'occupait de nouveaux achats*. En 1090, on plaça dans la cour du palais un beau sarcophag'e trouvé peu auparavant dans le Monte del Grano*, et sur le couvercle duquel on crut reconnaître les effigies de l'empereur Alexandre-Sévère et de sa mère Julia Mamea^. Ce fut en 1692 que fut acquis le buste fameux de Scipion, et en 1594 que la statue de Marforio, qui avait joué un rôle si considérable par ses répliques à Pasquin durant les siècles passés, fut transportée au Capitole et placée dans la cour du palais. Elle était destinée à orner la fontaine de la place Navona et on l'y amenait quand elle fut réclamée par le conseil communal « pour servir de fleuve au-dessus de la fontaine de la place* ». La niche dans laquelle on la plaça fut construite sur le dessin de Giacomo délia Porta: elle coûta i5o écus. Ce fut Rescapé, comme il a été dit, qui répara la statue^. La tête colossale de bronze fut enlevée de la place qu'elle occupait sous le portique et rangée parmi les antiquités qui se trouvaient dans la cour du palais®. Un buste, que l'on supposa être celui du préteur L. Cornélius, fut légué vers ce temps au Capitole par Fulvio Orsini, ainsi qu'une table d'airain ; on venait de les découvrir près de Tivoli. Cependant ni l'un ni l'autre ne figure

I. Séance du 17 juin i583. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 28, fol. 171. — 2. Le Monte del graiio est un tumulus situé dans la campagne de Rome, entre la l'ia Latina et la Via Laticana. On en cultivait les pentes d'où son nom. Des fouilles y furent faites à cette époque. Nibby, Dintorni di Rotna^ Rome, 1837, II, 3-14. — 3. FoRCELLA, I, n. 91. Ce sarcophage contenait un vase de verre, orné de dessins et irisé, qui devint la propriété de la famille Barberini, puis passa entre les mains du duc de Portland et appartient maintenant au British Muséum. Mémoire de R. Venuti, Spiegazione de bassirilievi delV Urna detta d'Aïessandro Severo nel Miiseo Capitolino, Rome, 1756, adressé à la duchesse de Choiseul, alors ambassadrice à Rome. Cf. F. Ficoroxi, Le Vestigie e Rarità di Roma anlica, Rome, 1744, p. 169. Tofanelli, p. 28, et Piranesi, Antiq. di Roma, II, tav. XXX. Les scènes représentent la vie d'Achille (Helbig, I, 424); salle dite du Sarcophage. — 4. Comme il a été dit précédemment, ce fut une autre statue qu'on plaça sur la fontaine. Elle servit plus tard, en 1734, à orner la fontaine qui se trouve dans la cour intérieure du deuxième palais des conservateurs. \'oir ce que dit Evelyn cité plus loin, p. 2o£i, note 6, et Helbig, I, n' 401. Michae- Lis, p. 5o. Cette statue représentait, à ce qu'on peut croire, le Rhin sous les traits de Jupiter; elle aurait été exécutée au temps de Dioclétien. Burckhardt, Le Cicérone, Art ancien, p. 72. Reproduction de cette statue avant sa restauration, BoissARD, I, pi. 4, 3; après sa restauration. De Cavalleriis, pi. 94; De Rossi, Raccolta di statue, pi. 26, etc. Sur son histoire, Cancellieri, Notizia délie due faniose statue di un fiume e di Patroclo dette volgaramente di Marforio c di Pasquino, Rome, 1789, et Carcere Tulliano du même. Scipion (Helbig, I, 484), salle des Philosophes, n. 49. — 5. Arch. Cap., Atti Orig. Not. Arconio, vol. 12, fol.3o, II fév. 1594. Cf. Archiv. Stor. Capit., Cred. IV, vol. 104, fol. 11. '-• 6. Michaelis, p. 5o. Voir p. 182 et 194.

aujourd'hui parmi la collection; ils furent soustraits au siècle suivant; la table passa entre les mains des Barberini et ils la possédèrent jusqu'en 1799; depuis elle a disparu; pour le buste, il fut acheté vers 1710 par l'architecte ang-lais Kent pour compte de Thomas Coke qui le plaça dans sa résidence de Holkham Hall d'où il a également disparu*. Le bas-relief supposé représenter Marc-Aurèle que l'on joignit aux trois autres entra au Capitole vers 1590*.

Cependant les salles du palais des conservateurs s'emplissaient de statues le plus souvent en fort mauvaise condition ; aussi futil décidé, vers cette époque, qu'il en serait entrepris une restauration générale. On commença par restaurer les deux groupes de Castor et Pollux; un sculpteur milanais, Antonio Peracca et Giovanni Antonio Valsoldi furent chargés de ce travail conjointement avec le sculpteur Alessandro Rondino de Côme ; il leur fut payé quatre cent cinquante écus par groupe avec engagement d'avoir terminé dans le cours de l'année 1594 3. On s'occupa ensuite du lion qui était placé jadis au haut de l'escalier d'accès du Capitole et servait aux exécutions; il se trouvait alors dans la cour du palais ; Ruggiero Bescapé de Milan eut mission de le restaurer; on donna ensuite (i5g5) au môme sculpteur à réparer la statue de marbre de Constantin, à faire un buste à la tête colossale de bronze, dite alors de Trajan (Néron jeune) et à y ajouter le sommet du crâne et les cheveux; le poids du métal que l'artiste devait employer pour la compléter ne devait pas être inférieur à dix-sept cents livres. Bescapé eut aussi à réparer les quatre bas-reliefs représentant l'histoire de Marc-Aurèle ; pour quelques-uns de ces travaux, Vincenzo Topi de Montepulciano lui fut adjoint. En 1600, il était mort sans avoir achevé la restauration du colosse de Trajan. Domcnico di Bartolommeo de Lupis lui succéda, puis un certain maestro Filippo, qui était sans doute Filippo Casella, enregistré vers cette époque au nombre des maîtres de l'art des tailleurs et sculpteurs de pierre *.

Filippo resta longtemps le restaurateur attitré des antiquités appartenant au peuple romain et il restaura beaucoup; les paye-

I. MiCHAELis, p. 5o; Gallaeus, Illustrium imagines, tab. 48; Miciiaelis, Ane. Marbles in great Britain. On remplaça le buste par un autre que l'on qualifia du même nom. Tofanelli, p. i5i. Il a aussi disparu. — 2. Vacca, n. 28; Michae- Lis, p. 46; Helbig, I, 547. Il provenait de la place Sciarra. —3. « Ascanitis Btitalus, Johannes Franchinus et Marais Antoniiis Coronatus Conservatores nomine Ro. Populi... concessenint Magistro Johanni Antonio Peraccha sculptori Mediolanensi in Urbe ad perficiendum et ad delntum finem terminandum Gigantem marmoreiim magnum ». Helbig, I, 538; Archiv. Capit.y Atti orig. del Not. Arconio, vol. 12, fol. 179. Cf. Archiv. Stor. Capit., Cred. IV, vol. 104, fol, 16. — 4. A. B RTOLOTTi, Artisti Lombardi a Roma, Milan, 1881, II, 3o>

2o8 LE CAPITULE ROMAIN.

ments, variant de dix à quarante écus, se succèdent d'année en année, mais l'objet du travail est rarement spécifié. En i6i3, le i5 décembre, il reçoit douze écus pour des réparations faites « aux deux chevaux et aux g-éants de marbre qui sont en haut du g-rand escalier du Capitole et qui menacent ruine * » ; puis presque aussitôt deux fois cinquante écus pour le même travail *. Malgré ces dépenses réitérées, le conseil s'apfjliquait à acheter « les monuments de l'antiquité de nature à commémorer la g-randeur de la cité' ».

Que si la richesse du musée capitolin s'accroissait ainsi sans cesse, la confusion y devenait de plus en plus g-rande ; c'était, et ce fut long-temps *, un assemblage d'objets les plus divers entassés sans aucune méthode. Le désordre était si grand au commencement du xvii* siècle, que les conservateurs et le prieur des capor/owf reçurent mission d'opérer un classement; en récompense de leurs peines, on leur promettait l'autorisation de faire inscrire leurs noms sur les socles de tous les objets qu'ils rangeraient, malgré les prescriptions contraires ^.

Le conseil s'occupait aussi de la décoration des salles ; en 1624, il vota une somme de huit cents écus pour tapisser de soie et de damas la salle dite de l'Hercule. L'achat du buste de Cicéron est antérieur à l'année i635<^.

En l'année i65i, le musée fut bouleversé; des statues qui se trouvaient au rez-de-chausséé furent portées au premier ; d'autres, placées dans la chapelle ou reléguées dans l'Archivio ; chaque déplacement coûtait de un à deux écus ; Gio. Batta Torrone,

I. Archiv. Stor. Capit., Gred. VI, vol. 61, fol. 23o. — 2. Ibid., fol. 282, 284. — 3. Séance du conseil communal du 4 novembre 1 596. Ce fut vers cette époque, sans doute, qu'entra au Capitole le bel autel circulaire qui supporte la statue d'Esculape; salon, n. 5. L'un et l'autre venant d'Anzio. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 3o, fol. 126. — 4. De Brosses, Lettres familières, 173Q-1740, II, 207, dit : « L'intérieur de ces trois palais, surtout celui de l'aile gauche, est rempli d'une immensité de statues antiques et d'inscriptions qu'on y amoncelle, de temps à autre, à mesure que l'occasion s'en présente. Tout cela est répandu sans ordre, dans les cours des ailes, sous les portiques, sur les escaliers, dans les appartements.... On parait dans le dessein d'y travailler bientôt. » Voir p. 178, note I. — 5. Séance du conseil communal du 28 juin 1614. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 32, fol. 67. — 6. De ornanda caméra Herculis. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 32, fol. 202; Miciiaelis, p. 52. Le voyageur anglais John Evelyn donne une description de la collection capitoline en l'année 1644 (EvELYN, Diary, dans Memoirs and Correspondence of John Evelyn, Londres, 1827, t. I, p. 161). Il cite la statue de Marforio qui, dit-il, jette de leau dans une vasque, la tête colossale de Commode fixée au mur, la colonne rostrale de Duillius, dans une petite cour la statue de Constantin, sur une fontaine une tête de Minerve (la tête colossale dont il a été parlé), le mausolée d'Alexandre et de Mamea, le groupe du lion et du cheval et les fresques de Laureti et du chev. d'Arpin. Buste de Cicéron (Forcella, I, n. 28 IIelbig, I, 493), salle des Philosophes, n, 75.

capo mastro du peuple romain, reçut en tout cent vingt-six écus, ce -qui montre l'importance du remaniement K C'est ce même Torrone qui, en i653, transporta les deux statues des Constantins, de la place qu'elles occupaient depuis un siècle sur les deg-rés menant à l'ég-lise S. Maria Aracœli, à celle où elles se trouvent actuellement, à droite et à g-auche des Dioscures. C'ette opération lui fut payée vingt-huit écus*. En 1662, le pape Alexandre VII lit don au Capitole de deux des bas-reliefs arrachés à l'arc di Portogallo qui se trouvait au coin du Corso et de la via in Lucina et qu'il venait de faire abattre', et, en i663, il donna un pied de bronze provenant de la pyramide de Cestius*. En 1673, il fut dépensé 4 écus 5o pour porter la tête de Domitien dans la cour et réparer le socle de marbre sur lequel elle se trouvait^. En 1692, on décida de mettre en état la statue qui surmontait la fontaine; elle avait grand besoin, à ce qu'il semble, d'une restauration; on lui refit la tête, le cou, le bras gauche, les épaules, le torse et une partie des hanches. Cependant l'entrepreneur n'eut qu'un écu pour la main-d'œuvre et un écu pour le marbre ^. Une fouille pratiquée vers ce temps sur la place di Pietra découvrit quatre piédestaux ornés de figures de province dont deux furent attribués au palais Chigi et deux au Capitole ; l'un fut placé dans la cour du palais des conservateurs oi^i il servit de support à la tête dite de Domitien (1672), l'autre fut placé dans le nouveau palais à côté de deux piédestaux chrétiens ^

Somme toute, le xvii* siècle fut moins fructueux pour le musée que le siècle précédent, car les papes qui régnèrent alors avaient des neveux grands amateurs de beaux-arts, les Barberini, les Pamfili, les Borghese, les Ludovisi, auxquels allaient de préférence leurs largesses.

I. Archiv. Stor. Capit., Cred. VI, vol. I, fol. 4O. Le Tireur d'épine reçut un nouveau socle en 1609, de même que les fragments du colosse dit d'Apollon en i635 et l'urne d'Agrippine vers le même temps; les fragments du colosse furent déplacés, il semble, l'année suivante, ainsi que le dieu Pan; trois statues assises et les muses Thalie et Uranie en 16,39; le Camille en 1641; une statue de Marius en i653. Forcella, I, n. m, 127, i3o, i3i, i32, i35, i30, 140, i5i. — 2. Archiv. Stor. Capit., Cred. VI, vol. i, fol. i38. — 3. Lanciaxi, Destruction of Rome, p. 256; Michaelis, p. 53; Righetti, vol. I, pi. 169 et 170; Helbig, I, 549. Ces bas-reliefs représentent l'apothéose d'une impératrice et un empereur (Hadrien) proclamant un décret. Sur la dénomination de l'arc, Portogallo, voir Adinolfi, Roma nelV Età di viezzo, II, 72, et Nibby, Roma Antica, 1,471. Une inscription rappela ce don. Forcella, I, n. 181. — 4. Michaelis, p. 53; ToFANELLi, p. 41. Cf. Helbig, I, 614, qui peut-être confond ce pied avec celui mentionné p. icj/iy. — 5. Archiv. Stor. Capit., Cred. VI, vol. 4, fol. 248. — 6. Itid., Cred. VI, vol. 8, fol. 221. — 7. Michaelis, p. 54; Helbig, I, 537; Forcella, I, n. 167; Tofanelli, p. 14, i38.

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