‹ Le Capitole romain antique et moderne: La Citadelle, les temples, le Palais sénatorial, leChapitre 78 sur 88 · COURONNEMENTS POÉTIQUES AU CAPITOLE · texte numérisé non relu

COURONNEMENTS POÉTIQUES AU CAPITOLE

PERFETTI

Le deuxième couronnement poétique célébré au Capitole, celui de Bernardino Perfetti, eut lieu en 1725. La pompe en fut aussi g-rande qu'au temps de Pétrarque, mais elle semble une charlatanerie.

Ce fut l'Académie des Arcadiens qui y présida, et ce qu'il y avait de factice, de faux dans l'esprit qui l'animait, y paraît lamentablement.

Perfetti, né à Sienne le 7 septembre 1681, commença mal®. A onze mois, il récitait Y Ave Maria et à un an il composa son premier vers: à sept ans, il faisait des sonnets; à ving-t, il était ac-

I. Diario del Chracas, 8 décembre 1770, 16 mars 1771. — 2. Forcella, I n. 265. — 3. Ce sonnet adressé à l'Hercule du Capitole est médiocre comme bien on pense; il se trouve dans le recueil intitulé I Pregi délie belle Arti celebrate in Campidoglio il 21 april 1771, p. 71. L'anecdote a été racontée par Ademollo dans II Fanfttlla delta Domenica, an VII, i885, n' 8. Chracas en parle à sa date. — 4. Voici ce qu'il dit dans ses Mémoires à ce sujet : «... Je sortis pour aller à l'assemblée des Arcades au Capitole, où la marquise d'Août devait réciter sa pièce de réception. Cette marquise était une jeune Française qui était à Rome depuis six mois avec son mari, homme doux et aimable comme elle... » Edit. Ciarnier, t. VIII, p. 228.-5. Séance du 16 juin 1826. Arch. Stor. Capit., Cred. XVIII, vol. loi, fol. 45. — 6. La biographie de Bernardino Perfetti se trouve dans MoRERi, Michel Giuseppe, Le Vite degli Arcadi illustriy Parte V, 1751, p. 225, composée par Mazzolari; Fabroxi, Vitœ Italorum, t. III, éd. Romana: Uomini illiistri toscani, t. IV; Dome.nico, Ciamfogni, Saggio di Poésie scritle dal cav. B. Perfetti, Florence, 1748.

clamé docteur et ses œuvres se multipliaient; il fut admis à louer le souverain pontife dans la basilique vaticane*. Sa réputation lui valut d'être appelé par la grande-duchesse Violante (Yolande) de Toscane* à la cour de Florence où la vie et les arts commençaient à renaître depuis la fin du règne morose du grand-duc Cosme III. Violante entreprit de lui obtenir le laurier poétique et se rendit dans cette vue à Rome, prenant le nom de comtesse de Pitigliano'. Le pape, Benoît XIII, agréa ses désirs et la cérémonie du couronnement fut fixée au 12 mai 1725. Cependant Perfetti, pour prouver son mérite, improvisait un peu partout, dans les salons, dans le palais de la princesse, dans la grande salle du séminaire romain de la compagnie de Jésus où il eut à répondre impromptu à douze questions que lui posèrent les académiciens. Il reçut eh Arcadie le nom de Alauro Euroteo et fut enfin admis à l'honneur de ceindre la couronne des poètes ♦.

Vers la cinquième heure du dimanche i3 mai, il partit de l'archi-gymnase romain dans' le carrosse des sénateurs; quatre autres carrosses suivaient dans lesquels avaient pris place les magistrats du peuple romain; une foule de valets les accompagnaient; les trompettes sonnaient, le peuple applaudissait*. La salle du Capitole avait été tendue d'étoffe rouge à franges par les soins de l'architecte Alessandro Specchi; sur les tribunes drapées de damas étaient rangés les membres de l'Académie des Arcadiens, des cardinaux, la noblesse romaine, beaucoup de dames; sous un dais se tenait le sénateur avec les conservateurs à ses côtés; c'était un dais superbe qui coûta 7i:5o écus; le damas cramoisi qui le couvrait était garni de galons et de franges en or allemand ; on y voyait les armes du peuple romain et le portrait du pape qui, n'ayant pu venir, se faisait représenter par son image ; le ciel en était de velours ^. La princesse de Toscane siégeait sur un trône à part. Quand le poète eut été introduit,

I. Discorso accademico consistoriale fatto dal Cav, B. Perfctti Patricia Sanese nel darsi il possesso délia Signoria il 170Ô. Del medesimo, Omelia a Clémente XI. Venise, 1715. Bibl. Casanatense. Mise. 4'., n* 564, 12. — 2. Yolande Béatrice de Bavière, appelée en Italie Violante, avait épousé en 1688 le grand-prince héréditaire de Toscane, Ferdinand, lequel mourut avant elle, en 1713. Elle mourut en 1781 sans avoirpujouir de ses droits à la régence de Toscane par suite de l'opposition des Puissances. — 3. Galluzzi, Hist. del grandticato di Toscana, VII, 202. — 4. Diario del Chracas, 5-i2 mai 1725, n' 1209-1212.— 5. Le récit de cette solennité se trouve dans Moreri, et dans Gio. Maria Crescim- BENi, Atti per la solenne incoronazione fatta in Campidoglio del Sig. B. Perfetli, Rome, 1725. Cancellieri, Le due Campanc donne la description latine qu'en fit le jésuite Cordara (Œuvres, t. IV). L'un et l'autre avaient assisté à la cérémonie et Crescimbcni y prit part en qualité d'archiprêtre de l'Académie. — 6. Archiv. Stor. Capit., Crcd VI, vol. 18, {o\. 146, i5i. Au fol. 248, 25o se trouve le coût des autres dépenses.

COURONNEMENTS POÉTIQUES, al?

C rust-imben! 1 an-hiprêtre de l'Arcadie, lui adressa une docte harangrue, puib le sénateur le lit agenouiller devant lui et, lui posant sur k tête la couronne de laurier, lui dit ces paroles : Evimtum hoc Poeluae laudis decus quod luo captH impono stib /ehttssimts auspitits S5mi DûiNri Papae Benedicii XlIl.Eques

Fig. ^6. — Pcrfclti.

egref/ie, sil publici non minus erfia le sludii argtimentum, guain obsequentissUni animi erga amplissimam et plane regiam beiievolenliam, qua decoraris.

Perfetli répondit :

Poelica laurus immeritae imposUa fronli excelsam SSmi Patris ac Ptmlificis Papae Benedkti XllI munijicenliam, effiisatnque S. P. Q. li. erga me rolimiatem lestalur; quarum ulraqve, aut honore Jigtios invenit aut facil.

Les poètes arcadiens chantèrent ensuite la louange du lauréat, et lui^ se plaçant dans une sorte de tribune qui lui avait été préparée, improvisa une heure durant, au son de guitares, des vers sur la splendeur passée du Capitole.

Le sénateur et les conservateurs, non contents d'avoir honoré de la sorte le talent de Perfetti, lui conférèrent peu après le droit de cité et l'autorisèrent à charger ses armes du laurier *.

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