‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 32 sur 59 · Ex. : Lucien · texte numérisé non relu

Ex. : Lucien

faibles, accable les innocents de la responsabilité de ses fautes ou de ses crimes.

Il ne serait peut-être pas utile de s'étendre sur les rapports, d'ailleurs moins importants, des deux aptitudes dont il est ici question, avec YùiiUation, Y ordre, Vexactilude, la négligence, avec l'esprit, l'insignifiance, et avec le sens esthétique. Quelques mots suftiront.

Le courage et la peur sont, à bien des égards, et surtout dans certaines circonstances particulières, affaire de contagion : on peut y voir des effets de l'entraînement et de l'impulsion plutôt que de l'imitation proprement dite. La moitié au moins des soldats, selon qu'ils ont affaire à tels ou à tels chefs, sont braves ou poltrons ; mais tous ne sont pas capables de recevoir et de prolonger aussi longtemps ces diverses excitations : il y a une sélection de bravoure et de pusillanimité, d'après les dispositions particulières des individus. Peut-être même les grands imitateurs n'ont -ils, en général, qu'un courage de circonstance, d'emprunt, de reflet, ou des peurs de même sorte. La tendance imitative, trop développée ou trop exercée, — à moins qu'elle ne devienne un jeu de profession, je parle ici des comédiens de tout genre, — supprime une bonne partie de l'homme original.

Négligent, insouciant même, on peut l'être par mobilité ou par apathie, avec ou sans énergie, avec ou sans irascibilité, avec ou sans courage. Cependant ces aptitudes (m quelque sorte négatives, et qui éloignent plus ou moins de l'action, doivent, en bien des cas, contrarier l'aptitude au courage, et tout aussi bien atténuer la tendance à s'effrayer ou à se préoccuper fortement du mal ou du danger. L'insouciance vient en aide au courage ou le simule : elle contribue surtout à éliminer les motifs de crainte. Elle

peut irailleurs se limiter à un certain nombre d'intérêts et d'objets, et laisser entière la faculté des résolutions sérieuses.

Passons aux qualités esthétiques de l'intelligence. II est des braves, il est des lâches, avec ou sans esprit. Cela est naturellement vrai aussi pour ce qui est du senliment esthétique. Et pourtant l'attitude de l'homme vaillant, en dehors de son mérite moral, a quelque chose de décent et de beau, qui met en jeu toutes les énergies du sentiment dramatique, en même temps que celles de l'amour-propre, « Uuiin homme d'un vrai courage est beau à voir dans un danger digne de lui ! Tout son visage exprime une noble fierté, son œil hxe et calme, sa bouche fortement fermée, semblent dire : « Il fautagir, j'agis. » Toute son attitude dit sa confiance en lui-même, la volonté qui l'anime (1). » Au contraire, la peur, un des sentiments qui se dissimulent le moins, a dans son expression quelque chose de répugnant, qu'on ne peut considérer sans en éprouver un vague dégoût mêlé d'une sorte d'etïroi. Ceux qui ne peuvent s'élever jusqu'au vrai courage, une noble pudeur et un sentiment de décence venant à leur aide, cherchent au moins à se donner un air d'assurance et de dignité. Le brave a, plus que tout autre, cette virile et vraiment poétique délicatesse. J'en prends, au hasard, un fort bon exemple. Il s'agit du fameux d'Artagnan, encore un de mes compatriotes dont j'ai le droit d'être lier, et Comme notre gascon n'était pas facile à intimider, ou que, plutôt, grâce à un orgueil naturel, il ne laissait pas voir facilement ce (jui se passait dans son âme, (juand ce (|ui s'y passait ressemblait à de la crainte, il se campa fièrement devant messieurs les gardes, et attendit la main sur la hanche, dans une attitude (|ui ne

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