CHAPITRE XU
Les rapports de la bienveillance et de la malveillance avec les diverses formes de l'amour-propre et les principaux traits intellectuels et volitionnels du caractère (l).
I. — La fierté va bien avec tous les sentiments généreux. Elle accompagne plus souvent la bienveillance, la bonté, la reconnaissance, que leurs contraires. Si elle est altérée par un mélange de vanité, ces sentiments ne seront ni aussi parfaits ni aussi constants. 11 y a d'ailleurs une tierté malheureuse, (]ui se confond presiiue avec la susceptibilité, et qui tend à détruire la bienveillance, qui peut aigrir la bonté même. Il y a aussi une fierté de mauvais aloi, tout à la fois susceptible, égoïste, arrogante, qui semble incompatible avec la bienveillance et la bonté, sinon toujours avec la tendresse amoureuse et les atTections étroites.
La vanilé n'a pas en général grand'chose à voir dans les affections de l'enfant; mais elle influe déjà beaucoup sur son amabilité, et, si le mot n'est i)as trop fort, sur sa bien-
1. Les rapports de ces deux scnliinenls ou tendances avec la la vivacité, Vardrur, la lenteur, ont été étudiés, ehap. Ilf-VIlI ; — leurs rapports avec la gnité et la iristessi', cliap. L\ :.— leurs r;i[)|>orts avec la coli'rc cl lii, ilonccui-, cliup. X ; — leurs rapiiorls avec le conrarje cl la craiiilc, chap. XI.
faisance. Du reste, les enfants portés à la vanité, mais bons, apprennent aisément de leur entourage à ne pas mettre la vanité de moitié dans leurs actions généreuses : le tout est de les louer moins sur leur bon cœur que sur leurs actes, quand ils leur ont coûté quelque ettort, et surtout que leurs résultats ont été utiles. Cette habitude tourne peu à peu la vanité à la tierté, en ce qu'elle a de plus pur et de plus élevé . Du reste, je n'apprends rien aux vrais éducateurs.
Chez les enfants, V orgueil peut faire bon ménage avec la vanité, et la modestie peut entrer aussi dans la combinaison : c'est dire qu'avec de tels caractères, l'on rencontre tantôt la malveillance, tantôt la bienveillance. Quand c'est la vanité qui domine, la bonté devient souvent de la prodigalité. Il y avait de cet enfant-là chez A. Dumas, jamais modeste, mais d'une franche bonhomie, et qui tombait de Torgueil naïf dans une vanité puérile ; au surplus, recevant et donnant sans compter. « Il ne donnait pas, il se donnait lui-même. II donnait des deux mains avec une grâce exquise » (1).
Pour ce qui est de la mémoire des services rendus, je crois qu'on peut établir une échelle de gradation allant de la fierté à la vanité et à l'orgueil. Les âmes qu'anime une fierté généreuse portent la reconnaissance jusqu'au dévouement, et elles sont reconnaissantes pour toujours (2). Les âmes moins fières que vaniteuses trouvent toujours de bonnes raisons pour s'alléger du poids de la reconnaissance : elles s'imaginent qu'on n'a fait pour elles que tout juste ce qu'elles méritaient. L'orgueilleux n'a qu'une reconnaissance politique, dont les manifestations sont pro-