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IV. — Les remèdes

Si déplorable à tant d’égards, la crise du bois de feu ne pouvait laisser indifférents les pouvoirs publics, ni les associations privées.

Déjà avant la guerre, les congrès de sylviculture se préoccupaient de l’écoulement du bois de feu. Mais c’est évidemment depuis que la mévente s’est affirmée que l'attention s’est tournée vers le problème du bois.

I] n’y a pas lieu ici d'étudier les efforts faits pour développer à nouveau la construction en bois, en particulier pour l'aménagement de chalets et maisons de week-end.

(1) Chiffres extraits de la Statistique Agricole Décennale de 1929.

En ce qui concerne le bois de feu, les efforts ont porté dans deux directions essentielles : d’une part, essayer de reconquérir ses débouchés comme bois de chauffage ; d’autre part, rechercher de nouvelles utilisations.

A. Reconquérir les anciens débouchés. — «) Exportations. — Sur ce point il ne peut être entrepris grand’chose. Dans l’état actuel de l’évolution des relations commerciales internationales, il ne semble pas qu'avant longtemps la France puisse retrouver des débouchés. D'ailleurs, le prix des transports ne permet de vendre qu'aux pays voisins. Or ceux-ci, ou bien ont eux-mêmes suffisamment de bois de feu, ou, s’ils n’en ont pas, auront de plus en plus tendance à importer des combustibles moins volumineux et plus commodes.

En fait, en ce qui concerne les deux principaux Etats acheteurs, il est impossible de savoir quelle sera la politique ultérieure de l'Espagne, et l'Italie tend plutôt à accroître ses achats en Yougoslavie, où elle se procure du bois de feu en abondance et à bon marché, le transport qui est effectué par de petits bateaux à travers l’Adriatique, étant très économique.

Son autre fournisseur ayant été jusqu'ici l'Autriche, il est possible que l'Anchluss réduise cette source d’approvisionnement, l'Allemagne ayant besoin de bois, au point que son utihsation à dù y être étroitement réglementée.

Dans ce cas, surtout si les relations politiques redeviennent cordiales, la France pourrait profiter de nouveaux achats italiens.

Quoi qu'ilen soit, les exportations de bois de feu ne sauraient ètre normalement qu'un appoint minime dans la recherche des débouchés.

b) Consommation intérieure. — C’est done la consommation intérieure qui doit être ranimée. La mévente est venue réveiller depuis quelques années les organismes corporatifs du bois qui avaient assisté sans grande réaction à la prise de leurs marchés par les combustibles concurrents. Ils se sont adressé à des inven-

teurs, à des techniciens capables de supprimer les désavantages du bois et du charbon de bois sur leurs rivaux. Des concours ont été institués à cet effet.

Des poêles à bois furent mis au point qui, avec un rendement technique satisfaisant, remplacent avantageusement les cheminées à l’anthracite et font régner dans tout l’appartement une chaleur égale. La faiblesse de la consommation permet la marche à feu continu et des rechargements peu fréquents.

En même temps, l'admission d’air secondaire dans les gaz de fumée en permettant de brûler les goudrons, supprime l’inconvénient d’encrassage des cheminées.

En ce qui concerne le chauffage central, des appareils à bois ont été enfin réalisés, qui, en même temps qu’un rendement thermique très élevé de 85 %, permettent la décomposition de l’acide acétique en méthane et en acétylène qui brûlent sur la grille et la transformation de l’eau en oxyde de carbone également brülé.

Si les appareils de cuisine au bois n’ont guère progressé, par contre de nouveaux appareils à charbon de bois pratiques et sans danger auraient été mis au point.

Dans quelle mesure ces efforts ont-ils suscité un renouveau de faveur pour l’utilisation du bois et du charbon de bois ? Il n’est pas facile de le savoir ; toutefois, il est certain que la crise du bois de feu demeure.

Certes, M. Turpin précise avec raison qu’il ne suffit pas que des appareils de chauffage et de cuisine perfectionnés existent pour qu'on les utilise. Une propagande intense est nécessaire, ne serait-ce que pour contrebalancer celle faite au profit du charbon, du butane ou de l'électricité. Cette propagande a été entreprise en particulier par les associations qui s’occupent du bois, mais celles-ci n’ont ni la cohésion, ni la puissance économique et financière des sociétés charbonnières, électriques ou gazières.

D'ailleurs, il reste encore beaucoup à faire pour réduire le coût trop souvent excessif des appareils.

Aussi, une solution à la crise du bois de feu a dès longtemps été recherchée dans une voie toute différente.

B. Trouver de nouveaux débouchés. — Les progrès de la chimie sont devenus tels que la distinction entre les bois d’œuvre et les bois de feu a perdu de sa signification, tant, hors de la construction et du chauffage, il existe d'utilisations possibles pour le bois.

Si seuls, certains arbres peuvent produire l’essence de térébenthine et le caoutchouc, beaucoup peuvent être utilisés pour fabriquer la pâte à papier, et tous peuvent produire par distillation du gaz pauvre. .

a) La pâte à papier. — Le développement de la presse et de la librairie a développé d’une façon considérable les besoins en pâte à papier.

Pour ne citer que la France, la production de papier à cru de 20.000 tonnes en 1900 à 650.000 en 1913 et 1.100.000 en 1935. Or, pour son approvisionnement, la France est dans la plus grande mesure tributaire de l'étranger, des pays scandinaves en particulier, qui tendent d’ailleurs à lui fournir une proportion croissante de papier, comme en témoigne le tableau suivant (1) :

1913 1934 Importations de bois de papeterie. 180.000 tonnes 332.000 tonnes = de pâte à papier . 450.000 — 514.000 — — de Papin 40.000 — 85.000 —

L'industrie française du papier dépend done encore étroitement des importations des pays du Nord de l’Europe en particulier. 65 % des bois de papeterie, 67 % des pâtes à papier, et 8,5 % des papiers sont achetés à l’étranger.

Outre que cette importation pèse sur la balance commerciale de la France, comme le bois de papeterie est le même qui fournit la cellulose nécessaire aux explosifs, il y a pour la France un intérêt proprement national à dépendre le moins possible de l'étranger pour son approvisionnement en papier.

(1) Chiffres extraits du livre de M. GEMoNx : La forét, le papier, le journal.

Or, si la forêt française ne présente pas les ressources en quantité et en qualité des forêts du Nord, elle offre cependant dès à présent des ressources réelles, susceptibles d’un grand développement.

Les essences les plus recherchées pour la pâte à papier sont en premier lieu l’épicea, puis le sapin, le pin maritime et même le châtaignier. Toutes ces essences existent sur le territoire français.

Le Massif central en particulier pourrait être largement boisé en épicéas. Des projets ont été élaborés dans ce but. On a calculé qu’il suffirait de reboiser 400.000 hectares en épicéas pour conquérir l'indépendance en matière de pâte à papier. Or, parmi les 5 millions d’hectares en friche du territoire français, il semble que cette superficie peut être aisément trouvée. Une dépense annuelle de 20 millions permettrait de reboiser en épicéas 20.000 hectares par an dans le Massif central. Il est regrettable que, en dépit de son intérêt national et de son faible coût, une telle œuvre n’ait pas été entreprise. Cependant un crédit de 9 millions a été voté récemment par le Parlement pour le reboisement en bois de papeterie, mais les propriétaires fonciers n’ont pas été jusqu'ici appelés à en profiter.

En attendant la réalisation lomtaine de ces projets d’avenir, il semble que l’on pourrait dès à présent tirer un meilleur parti des forêts françaises.

Le pin des Landes, par exemple, a été longtemps considéré comme inapte à la fabrication de la pâte à papier. Or, des recherches récentes ont montré qu’il convenait parfaitement à la confection de certains papiers très ordinaires, il est vrai, mais fort usités, comme le papier Kraft qui est surtout un papier d’emballage.

Il est certain, en tout cas, que l’on pourrait tirer meilleur parti qu’il n’est fait actuellement, des possibilités présentes de la forêt française en bois de papeterie.

b) Le gaz des forêts. — Mais le développement des bois de papeterie ne soulagerait qu’indirectement et à longue échéance

le marché des bois de feu. Aussi est-ce dans une toute autre voie qu’a été recherché depuis 10 ans leur revalorisation. Il suffit de jeter un regard sur les titres mêmes des congrès forestiers ou les articles de journaux forestiers pour s’apercevoir de l’association étroite, qui revient sans cesse, entre la crise du bois de feu et l’utilisation du gaz des forêts. Celle-c1 apparaît comme le remède à celle-là. Faire du bois de feu non plus un combustible mais un carburant, telle est l’idée à laquelle les besoins grandissants de carburants devaient bientôt prêter la plus grande actualité.

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