II. — Causes de la crise du bois
A. La crise du bois d'œuvre. — Bien qu’elle procède de causes toutes différentes, il est bon de dire quelques mots de la crise du bois d'œuvre. Elle a, en effet, aggravé celle du bois de feu, puisque les deux marchés réagissent l’un sur l’autre.
Pendant le xixe siècle, le progrès scientifique, en répandant l’usage de nouveaux matériaux de construction, a fait surgir des concurrents du bois ayant lPattrait de la nouveauté, du bon marché ou de la résistance.
Toutefois, si le béton, le fer et les autres métaux se sont substitués de plus en plus au bois dans l’ameublement ou la construction, en même temps de nouvelles industries sont nées et ont fait naître de nouveaux besoins de bois.
C’est ainsi que si la Marine exige moins de bois, les chemins
de fer en font une consommation énorme pour la fabrication du matériel et des traverses.
Puis ce furent l’automobile et l’aviation qui firent appel au marché du bois.
Certes, ces nouveaux marchés sont à leur tour menacés. Les wagons métalliques se substituent peu à peu aux wagons de bois. De nombreux essais ont été faits pour substituer aux traverses en bois des traverses en fer ou en béton, avec des résultats peu satisfaisants, semble-t-il d’ailleurs, ces matériaux n’ayant pas l’élasticité du bois et étant sujets aux fêlures ou à l'éclatement.
Les industries automobile et aéronautique utilisent également moins de bois pour les carrosseries ou les cellules.
Mais il ne faut voir là qu’un signe de la rapidité avec laquelle la technique moderne évolue. La modernisation et la mode qui font cesser certains emplois en créent de nouveaux : contreplaqués, appareils de radio, par exemple. La presse surtout, est une énorme dévoreuse de forêts. Les utilisations du bois changent, mais l’emploi demeure.
Aussi la France, depuis longtemps déficitaire en bois d’œuvre, n'est-elle pas près de voir cette situation retournée.
La crise que les bois d’œuvre viennent de subir tient à d’autres causes qu’au manque de débouchés. Elle tient surtout à ce que depuis la fin dela guerre jusqu’en 1932, la production française n’était presque pas protégée. Lorsque la crise est survenue, elle a done subi la concurrence des bois du Nord déversés sur le marché français en énormes quantités. Après les hauts cours de 1926, les prix se sont effondrés.
Les tableaux suivants donnent une idée de cette crise :
IMPORTATIONS DE LA FRANCE EN BOIS COMMUN (en tonnes)
OO An 1 ED à à NOR LA ON ONE 21829957 D M. ce ee eat e atelilalens rs araterele de 1.926.752 MODO ne LE 2 2 M Pets de teste 1.896.687 RO OR ee PE Le tt Ana lente ets haha fe 2.160.898 AO D OP EE EE nel a ce beylare < 2.872.182 LOS ARR 2e RE nee een Names street 2.474.223
DO 0 PR anus: 1.438.900
: + 3 Prix moyens (en francs) DE QUELQUES BOIS SUR PIED (au mM°)
Chêne Sapin Pin maritime TASSE Re ue ae 40 21 18 FI26 AR RE TE 190 200 200 ROSE PES ET ere 90 58 40
Ce n’est qu’à partir de 1932, grâce à l'établissement de contingents et au relèvement des droits de douane, obtenus après les longs efforts des organisations forestières soutenues en particulier par M. le sénateur Néron, président du Groupe forestier du Sénat, que les prix se sont relevés.
B. La crise du bois de feu. — Tout autre est la crise du bois de feu. Il s’agit bien cette fois d’une perte durable de débouchés, commencée dès longtemps, mais qui s’est considérablement aggravée depuis la guerre.
En effet, tandis que la concurrence des autres combustibles n’a cessé de se faire plus vive l’utilisation domestique du bois n’a pas connu le même effort de modernisation. L'arrêt total des exportations françaises de bois de feu est venu par ailleurs supprimer un débouché traditionnel.
a) La concurrence des autres combustibles — Devant la concurrence de la houille, le bois perdit très vite ses utilisations industrielles. Dès le début du xix® siècle, il n’apparaît plus comme une source d'énergie. Mais ce n’est que plus tard que son emploi domestique fut à son tour dangereusement menacé.
Le tableau suivant, tiré des statistiques municipales de la Ville de Paris, marque cette nouvelle décadence :
Bois à bruler Charbons de bois Houille
Stères Hectolitres (voies de 2 hectol.) TRAME Lee 643.301 2.966.390 3.808.420 TOUR ET Re 774.234 4.705.871 519.939.649 LEO EAU 528.566 2.746.345 72.585.641 LS80 eut na 813.383 5.345.167 1.002.411.563 TOOLS 601.028 4.156.122 1.383.322.467 RIRE eee à 920 .037 3.205.542 1.490 .027.943
LICERERENRRES 494.141 1.658.255 1.690.190 .969
Depuis la guerre, la cuisine et le chauffage au charbon n’ont cessé de se développer au détriment du bois. Le bon marché des transports, l’enrichissement des classes laborieuses y contribuèrent largement.
Mais d’autres combustibles se sont répandus en même temps :
Le développement des importations de pétrole, et en particulier la création en France d’une industrie du raffinage produisant chaque année des quantités croissantes d’huiles lourdes, répandirent l’usage du mazout pour le chauffage des chaudières et des fours de boulanger, comme du butane pour la cuisine.
En même temps, l’utilisation du charbon de bois par les maïitres de forges était de plus en plus réduite.
Le développement de l’équipement électrique de la France permit l'emploi de l’électricité pour la cuisine et le chauffage.
Enfin, le gaz de ville continuait à être très usité.
Ces nouvelles sources de chaleur utilisèrent admirablement la propagande pour se faire accepter. Afin de répondre aux goûts du public, souvent plus soucieux de propreté et de commodité que d’économie, les constructeurs manifestèrent beaucoup d'initiatives.
Des appareils propres, pratiques, faciles à manier, furent conçus et sans cesse mis au point.
« Dans cette œuvre, rien de ce qui permet de conquérir les marchés ne fut épargné ; ni la science des techniciens, ni la puissance d’organisations commerciales multipliées à lPinfini, ni la publicité, ni les capitaux. » (1)
« Les sociétés gazières se transformèrent en véritables placiers de radiateurs à gaz. Les usines productrices d’électricité installèrent au cœur de la ville qu’elles éclairent des magasins de vente. Les consortiums pétroliers élevèrent au carrefour des routes d'immenses affiches vantant les avantages des réchauds à butane. » (1)
(1) Extrait du rapport de M. Turpin, ingénieur, au Congrès de la Technique du Bois tenu à Paris en juillet 1937.
De Hsques résultats récompensèrent cet effort. Pour ne citer qu'un exemple, tiré du rapport de M. Turpin, il existerait en France plus de 800.000 familles utilisant le butane pour le chauffage des aliments.
b) La non modernisation du chauffage au bois. — En regard de cet effort gigantesque, qu’a-t-il été fait pour la défense du bois de chauffage ?
Pendant trop longtemps, rien.
Jusqu'à ces dernières années, le chauffage ou la cuisine au bois sont restés tels qu'ils étaient au temps où le bois était le seul combustible connu.
1. Cuisine. — En ce qui concerne la cuisson des aliments, le charbon de bois était employé dans le «potager » ou des réchauds, appareils rudimentaires et encombrants, d’une tenue de feu très réduite. Par suite des émanations d’oxyde de carbone, il faut veiller avec soin à la ventilation, de crainte d’asphyxie.
La cuisine au bois était beaucoup plus répandue ; si la cuisson dans l’âtre existait encore dans les campagnes, les cuisinières en tôle ou en fonte étaient cependant les plus utilisées. Mais si l’allumage en est facile, la faible densité du bois nécessite des cuisinières de grande dimension ou des rechargements fréquents. Surtout le rendement thermique en est médiocre et les fumées encrassent rapidement la cheminée.
2. Chauffage. — Le rendement thermique, plus important encore lorsqu'il s’agit de chauffage, était déplorable dans les cheminées ouvertes.
Certes, un feu de bois, par une longue soirée d’hiver, est d’un charme très grand ; les appareils de chauffage moderne n’auront jamais la beauté des vieilles et larges cheminées d’autrefois. Mais si l'esthétique y gagnait, il faut reconnaître que le feu de bois n’est guère pratique pour entretenir, sans gaspillage,
une chaleur régulière. Le tirage nécessaire à la bonne marche du feu produit une ventilation, hygiénique certes, mais aussi des appels d’air et des vents coulis sous les portes. Le temps des belles soirées d’hiver auprès des feux de bois pétillants était également celui des chaufferettes, des fichus, des fauteuils à oreillettes et des paravents. Si autour du feu se formait le cercle propice aux vieilles histoires, c’est que c'était le coin chaud de la maison, les plus âgés ayant droit aux places les plus proches de Pâtre.
Il est vain de discuter si les appartements modernes surchauffés ne sont pas plus malsains que les appartements glacials d'autrefois. Il est certain qu'aujourd'hui les gens tiennent à avoir chez eux une chaleur régulière, que le feu de bois peut difficilement fournir.
Cependant l’usage du bois ne s'était pas cantonné dans le chauffage à cheminée ouverte.
Le poêle au bois, connu de longue date, fut mis au point et eut, peu après la guerre, une vogue considérable. Il constituait un progrès certain quant au rendement thermique sur la cheminée ouverte. Maïs il devait être fréquemment rechargé et son succès tomba très vite devant le développement du chauffage central.
Le chauffage central au bois aurait pu ouvrir de nouveaux débouchés aux bois de feu. Mais, malgré des essais timides, son usage demeura restreint.
Son infériorité sur le chauffage central au charbon ou au mazout tenait à son moindre rendement thermique, et à ce que l'évacuation avec la fumée de nombreux produits de dessiccation et de distillation suscitait plusieurs inconvénients. « En se condensant sur les parois des conduits de fumée les goudrons formaient un dépôt abondant qui obstruait à la longue les conduites » (1), en provoquant des feux de cheminée. D’autre part, « l’eau présente dans les fumées se condensait elle aussi sur la paroi des conduits
(1) Rapport de M. Turpin.
déjà enduits de goudron, s’infiltrait par les joints de maçonnerie et détériorait à l’intérieur des appartements les plâtres et les tapisseries » (1). Quant à l’acide acétique, « ilse condensait à l’air libre en gouttelettes corrosives qui attaquaient et détérioraient les toitures et les gouttières en zinc ». (1)
Enfin l’emploi de bois de feu dans les chaudières conçues pour le charbon nécessitait des rechargements fréquents, en moyenne toutes les six à sept heures.
c) L’effondrement des exportations. — Tandis que ses usages intérieurs se réduisaient ainsi, le bois de feu avait trouvé pendant quelques années des débouchés importants dans l’exportation.
Dèjà avant la guerre, la France, grande importatrice de bois d'œuvre, vendait à l’étranger une partie de son bois de feu et de son charbon de bois. Cette exportation se dirigeait vers les pays voisins, surtout vers l’Espagne et l'Italie.
Entre 1924 et 1930, les ventes à l'étranger se gonflèrent énormément, par suite du change qui favorisait les exportations françaises, d’une part, par suite d’une grosse demande espaenole et italienne, d’autre part.
En Italie, en particulier, le chauffage et la cuisme au bois et au charbon de bois sont encore presque exclusivement usités dans les régions agricoles du sud de la péninsule.
Le tableau suivant marque l’évolution des importations et exportations françaises de bois de feu et de charbon de bois.
EXPORTATIONS IMPORTATIONS RE D Poids Volume Valeur Foids Volume Valeur (Ts) (m$) (Frs) (Ts) (m®) (Frs) Moyenne : — = — — — — OASIS" 65.860 279.400 2.675.000 30.400 72.100 543.000 122926807770 59 0600 1.016.110 64.889.000 14.200 32.100 1.735.000
Mais survient la crise. Aussitôt les achats étrangers se réduisent. Puis la guerre d’Ethiopie amène l'Italie à comprimer ses
(1) Rapport de M. Turpin.
importations. Dans la mesure où elle ne peut se dispenser d’acheter du bois de feu, des motifs politiques la poussent à s'adresser à l’Autriche et surtout à la Yougoslavie, dont les larges ressources forestières commencent seulement à être exploitées de façon rationnelle.
Les événements d’Espagne font perdre à la France ce dernier client.
Aussi, à l'heure actuelle, les exportations françaises de bois de feu et de charbon de bois sont-elles presque nulles.
Comme ces exportations se font surtout par voie de fer, le tableau suivant extrait des statistiques de trafic de l’ensemble
des réseaux français en donne une idée approximative :
Exportations Exportations
de bois à brüûüler de charbon de bois
MODO EEE Se Er. 88.449 tonnes 36.038 tonnes LÉ UNE ER 64.700 — 21.159 — Er PENTE HS RE 38.300 — 13.303 — ‘PIE D ES 28.300 — 3.849 — ISERE NAT OURS 18.800 — 2.214 — 1 17 EH een PEAR 13.900 — 3.147 — OS tn 10.900 — 839 — DISEASE 8.200 — 473 — MOTS Sr be 11.200 — 249 —
IIT. — Conséquences de la crise du bois de feu.
Une crise si profonde et si durable, a eu des conséquences multiples. L'industrie du bois en France qui se classe la troisième par les 600.000 travailleurs qui en vivent, est trop importante pour que la crise du bois de feu, souvent doublée d’une crise des bois d'œuvre, n’ait eu de profondes répercussions économiques et sociales.
La forêt, d’une part, les hommes ou les collectivités qui en tirent leurs ressources, d’autre part, en ont subi les conséquences
et ont dû s’y adapter.
A. La forêt. — Les essences qui composent les forêts d’un
Mazopier. — Carburant, 2
pays, leurs modes d'exploitation même, sont dans une très large mesure déterminés par la nature du oh le climat, le relief.
Une forêt ne se crée pas comme on crée une usine, suivant ses convenances. Le temps même n’y suffit pas ; il y fuit un accord préétabli du sol.
Cependant, de même qu’un bois donné peut être utilisé à différents usages, de même la forêt d’un lieu donné peut évoluer dans une certaine mesure au gré des forestiers.
S'il est parfois difficile de remplacer des résineux par des feuillus, il est en général facile de transformer des taillis en futaies. :
Une telle transformation doit permettre d’augmenter la production de bois d'œuvre à l’encontre de celle de bois de feu, mais elle ne peut être que très lente.
Les statistiques générales montrent qu’il y a bien eu une certaine évolution dans ce sens. Mais elle semble moins résulter de l’aménagement en futaies de forêts existantes, que des reboisements opérés par des particuliers et surtout par l'Etat. Ce sont d’ailleurs les forêts domaniales qui comptent la plus forte proportion de futaies.
Son domaine forestier n’est, en effet, pour l'Etat qu’une source de profit accessoire. Aussi, peut-il le gérer uniquement dans le but de l’intérêt national qui commande de protéger la forêt et d'éviter les coupes abusives. Le besoin d’argent ne l’oblige pas, comme les propriétaires privées, à récupérer en une seule fois le capital par un déboisement hâtif. Sa pérennité lui permet d’entreprendre plus aisément des travaux qui ne porteront leurs fruits qu’à très longue échéance.
Aussi la proportion de futaies atteint-elle près de 50 % pour les forêts soumises au régime forestier, tandis qu’elle ne se monte qu'à 37 % pour l’ensemble de la forêt française.
Quelle a été l’influence de la crise du bois de feu sur le déboisement et le reboisement ?
De nombreux taillis et même des taillis sous futaies, n’étant plus rentables, leurs propriétaires cessent de les exploiter. Ils se décident à défricher la forêt et à donner au sol une nouvelle
utilisation ; pâturage ou champs. Cette solution, néfaste surtout en pays de montagnes, par les risques d'inondation et d’éboulement, est heureusement rendue difficile par la loi du 18 juin 1859 qui oblige tout particulier désireux de défricher ses bois à faire une déclaration à la sous-préfecture au moins 4 mois à l’avance durant lesquels l'Administration peut faire signifier au propriétaire son opposition au défrichement dans certains cas.
D'ailleurs, le dépeuplement des campagnes a fait abandonner par la culture bien des terres qui retournent en friche et se boisent parfois naturellement.
Aussi, plus souvent le propriétaire cesse tout simplement d’exploiter les taillis, et il en résulte des perturbations néfastes pour la forêt, habituée depuis trop longtemps à l'exploitation par l’homme, pour s’en passer. M. Rondet, Inspecteur adjoint des Eaux et Forêts, cite le cas de taillis de hêtre, situés en montagne et inexploités depuis plusieurs années. Il signale que les peuplements ont passé l’âge où ces arbres ont la faculté de rejeter et 1l n’est, dès lors, plus possible d’obtenir la régénération par rejets qui caractérise les taillis. Dans bien des cas, il n’est pas possible de les convertir en futaies, le sol n’ayant pas une profondeur suffisante. Une telle forêt a donc été abimée par suite de l’arrêt de son exploitation.
La crise du bois de feu, si elle n’a guère contribué au déboisement, gêne par contre les efforts de reboisement. Un des écueils de celui-ci réside, en effet, dans la difficulté de procéder aux éclaircies sans frais prohibitifs, puisque le petit bois qu’il rend disponible ne trouve plus d’acquéreur. Aussi, les forestiers tendent-ils à planter à grande distance pour n’avoir à intervenir qu’au moment de la coupe. Il en résulte, suivant M. Dutilloy, que l’on produit souvent des bois trop branchus, très coniques et d’une valeur économique relativement faible.
B. Ceux qui vivent de la forêt. — Mais la forêt n’est pas seule à pâtir de la mévente des bois. Avec elle souffrent les collectivités et les individus, propriétaires ou salariés, qui en vivent.
a) Les propriétaires. — La forêt française appartient à 3 catégories de personnes : l'Etat, des collectivités locales ou des établissements publics ; enfin, des particuliers.
1912 (1) 1934 (2) Forèts domaniales...... 1.199.439 hectares 1.434.000 hectares Forêts communales et des établissements publics :
soumises (3)....... 1.948.632 — 2.445.000 — non soumises...... 268.142 — Forêts privées......... 6.470.488 — 6.680.000 — TORRES TRE 9.886.701 — 10.559.000 — 1. L'État. — L'Etat est le premier propriétaire de forêts
de France. Il les fait gérer par l'Administration des Eaux et Forêts. Bien que parmi ses 1.434.000 hectares, il y en aït environ 400.000 qui se composent de terrains en cours de reboisement, de massifs récemment créés, de zones de protection de pares, il en tire des revenus importants.
Depuis la crise, ce revenu a beaucoup diminué, baisse qu’il faut attribuer en partie à la mévente du bois de feu.
Le tableau suivant relate les variations du rendement du domaine forestier de l'Etat :
RSR en SE ete DIN AS OT 32.497.000 francs 1925 (Alsace-Lorraine comprise) ........... 226.245.000 — 1926 — — a 354.897.000 — 1929 — — NO Re A 329.097.000 — 1930 — — RE 290.292.000 — 1932 — — EN 149.500.000 — 1934 — — EE 88.242.000 — 1935 — — TNT EE ee case 57.000.000 —
2. Les départements, communes et établissements publics. — La plus grande partie des forêts de cette catégorie est possédée par les Communes et gérée par l'Administration des Eaux et
(1) Chiffres extraits de la Statistique Daubré.
(2) Chiffres extraits de l'Annuaire de Statistique forestière de l’Institut international d’agriculture de Rome.
(3) D’après le Code forestier, sont soumises les forêts susceptibles d’aménagement ou d’exploitaiton régulière,
Forêts. Comme elles sont moins riches en bois d'œuvre que les forêts d'Etat et que le régime de l’affouage y est assez développé, elles produisent un revenu moyen à l’hectare très inférieur à celui des forêts domaniales.
Le tableau suivant montre combien les revenus de ces forêts ont été atteints par.la crise du bois de feu :
nt ee ann ee M Te ed euro q à 38.484.000 francs 1925 (Alsace-Lorraine comprise) ........... 229.200.000 — 1926 — = an AO TO UNEe 394.446.000 — 1929 — = RU Prose 371.023.000 — 1930 = — TN ee node See 310.095.000 — 1932 — — EE ECS T2 180.000.000 — 1934 — — TN Ro Le » 74.366.000 — 4935 — — a M CRETE 39.000.000 —
Mais tandis que pour lEtat le produit des adjudications forestières n’est qu’un appoint minime au budget général, pour beaucoup de communes de montagnes, il est l’essentiel de leurs ressources. Aussi, la mévente du bois de feu a-t-elle causé à ces communes des difficultés considérables et l'Etat a dû leur venir en aide.
3. Les propriétaires fonciers. — Ce sont surtout ces derniers qui ont pâti de la crise du bois de feu. Il est difficile de connaître le montant annuel des revenus forestiers privés. Toutefois, la plupart des experts s'accordent pour l’estimer sensiblement égal au total des revenus forestiers de l'Etat et des communes, soit environ 700 millions de francs en 1929.
Les forêts privées produisent, en effet, annuellement une proportion de bois de chauffage beaucoup plus forte que les forêts soumises au régime forestier et, par conséquent, leur rapport à l’hectare est moindre :
Bois d'œuvre Bois de chauffage ToTaL m* mê m # TRUE à RME A AE er 1.900.000 (1) 4.700 .CCO0 3.600.000 Communes et établissesements publics ...... 1.900.000 3.900.000 5.800.000
BOTÉLS PrIVÉES «re 3.200.000 12.800.000 16.000.000
(1) Chiffres extraits de l’Annuaire de Statistique forestière de l’Institut international de l’Agriculture de Rome.
Aussi, est-il légitime de penser que les revenus des propriétaires forestiers ont diminué depuis 1929 de façon plus brutale encore que ceux de l'Etat et des communes.
Pour apprécier les répercussions économiques et sociales de cette perte de revenus, il faut considérer la répartition de la propriété forestière française.
Superficie Nombre en hectares de propriétaires OA RTOMReC LATEST 926.465 1.445.730 410=50hectares. +7. 2.452.398 63.734 50=20DReCrarese een 1.893.561 45.789 Au-dessus de 200 hectares 1.568.495 3:299 DORA PIE te 6.840.919 15287552
C’est donc un grand nombre de petits propriétaires qui sont frappés par la crise du bois.
Ils le sont d’autant plus que l’impôt foncier étant établi selon un système indiciaire, ils continuent à payer des impôts pour des forêts qui ne leur rapportent plus rien.
b) Les salariés. — Comme les propriétaires, et plus qu'eux, puisque c’est leur principal, sinon leur unique gagne-pain, les salariés forestiers sont victimes de la chute du prix des bois. Les salaires qu’on peut leur offrir pour un travail fatigant sont très inférieurs à ceux des ouvriers industriels. Aussi, est-il difficile de trouver de la main-d'œuvre française pour le travail en forêt, abattage et sciage des arbres, fabrication du charbon de bois. Des étrangers, polonais, espagnols ou italiens, habitués à un moindre niveau de vie, sont très nombreux dans l’industrie forestière.
La difficulté de trouver de la main-d'œuvre fait que malgré la crise du bois de feu, il n’y a pas à vrai dire de chômage en forêt.
D'ailleurs, le nombre de personnes dont le gagne-pain est uniquement le travail en forêt est assez réduit. En 1929, sur 7.276.000 personnes occupées à travailler à la terre, il n’y en a que 90.000 qui travaillent dans les exploitations forestières,
et encore parmi elles 40.000 ne le font que d’une façon temporaire (1).
Mais indirectement, il est certain que le bas prix et la”mévente du bois ont contribué à aggraver le chômage des villes en activant la désertion des régions boisées où le sort du paysan subit les contre-coups de celui du forestier qui est son meilleur client.
C. Les industries du bois et l'économie nationale. — En 1929, la valeur totale de la production des bois et forêts était estimée à près de 3,5 milliards de francs, dans laquelle le bois de chauffage entrait pour plus de 2 milliards.
Aussi, l'effet d'entraînement du bois de feu sur les petits bois d'industrie s'est-il produit, et la mévente du bois de chauffage a aggravé la baisse des cours du bois de mine et même des bois de sciage.
C’est ainsi l’ensemble de la production forestière qui a été affectée. Les marchands de bois, les scieries et toutes les mdustries du bois ont vu se réduire leurs activités.
Il en est résulté une aggravation du chômage, une diminution des revenus, une baisse de l’activité, toutes également préjudiciables au relèvement de l’économie nationale.