camions
On voit done combien, du seul point de vue des quantités de véhicules équipables,, le gazogène au bois est plus intéressant que le gazogène au charbon de bois.
À ces chiffres il faut ajouter les véhicules que les 300.000 ton-
nes de vieilles traverses permettraient d’équiper. Par leur masse et leur dureté, ces traverses se prêtent mal à l’utilisation sous forme de bois, qui nécessiterait un sciage et un débitage coûteux. Au contraire, leur haute teneur en carbone les rend parfaitement aptes à la carbonisation, et M. Guillaume estime que les 300.000 tonnes disponibles permettraient de produire 100.000 tonnes de Géka, soit dans l’hypothèse ci-dessus, l’équipement de 8.000 camions supplémentaires.
Naturellement on ne donne ici ces chiffres que comme ordre de grandeur. Rien n’est plus dangereux en effet que les prévisions basées sur les extrapolations tirées d’un cas moyen.
Il semble cependant que ces évaluations doivent être considérées comme des minima, faciles à atteindre sans qu’il soit rien changé au mode d’exploitation des forêts, ni à la destination des bois d'industrie. Il est probable, en particulier, que l’abaissement de l’âge d’exploitation des taillis, amènerait un accroissement de la quantité de carburant disponible.
D'ailleurs les chiffres de 158.000 et de 65.000 s’appliquent au cas où des gazogènes n’équiperaient que des camions.
En réalité, les utilisations du gazogène seront plus variées. En particulier, l’équipement de voitures de tourisme de consommation moindre, et l'installation de gazogènes fixes viendront accroître ou diminuer les possibilités de développement des véhicules à gazogène.
Quelle que soit l’approximation de ces chiffres, ils n’en montrent pas moins clairement qu’une exploitation normale des bois de France ne peut alimenter en carburant forestier qu’une faible partie des véhicules circulant en France.
Sans doute, le rendement thermique du bois et du charbon de bois pourra-t-il être amélioré à-l’avenir, en particulier par le développement des agglomérés.
Mais une calorie produite par la combustion du bois fournirait-elle I même travail utile que la calorie provenant de la combustion de l'essence, l’utilisation de gazogènes sur tous les véhicules serait encore loin d’être possible.
Si l'ambition des forestiers doit être moindre que certains
le désireraient, il semble par contre que l'équipement de plusieurs dizaines de milliers de gazogènes serait facilement et rapidement réalisable.
En effet, il n’y a pas pour le gaz des forêts les difficultés qui s’opposent au développement de la fabrication de l'essence ou de l’alcool synthétique. Le financement coûteux de ces fabrications est pratiquement inutile pour le gaz des forêts. Tout au plus, si le carburant choisi est le charbon de bois, sera-t-il nécessaire d'organiser de nombreux centres de carbonisation, qui procureront du travail à quelque 20.000 chômeurs et seront une source de richesse dans de nombreuses régions forestières.
Il est heureux, d’ailleurs, que l’utilisation du bois comme carburant puisse se faire sans un gros surcroît de main-d'œuvre, forcément coûteux dans un pays comme la France.
Si le carburant choisi est le bois, l'équipement sera un peu différent, mais plus simple encore. Au lieu d’ateliers de carbonisation, des stocks importants devront être créés, où le bois sera préparé et restera le temps suffisant pour acquérir un degré suffisant de siccité.
B. En temps de guerre. — L'étude précédente s’est bornée au cas normal, où la consommation annuelle de carburant forestier ne menace pas la consistance de la forêt.
Il est bon de remarquer à ce propos que le carburant forestier, à la différence du charbon ou du pétrole, peut être utilisé sans diminution des réserves. Il est véritablement un cadeau du ciel, une rente prélevée sur le travail du soleil et de l’air.
Mais dans des circonstances exceptionnelles, pour préciser, en cas de guerre, la nécessité de se ravitailler en carburant peut devenir une question de vie et de mort, devant laquelle le souci de préserver la forêt doit disparaître au moins dans une certaine mesure. Alors, la capacité de production de la forêt pourra être développée considérablement, dans la mesure où des travailleurs pourront être prélevés, dans les usines ou parmi les com-
battants, pour procéder à l'abattage des arbres et à la préparation du bois.
Dans son étude, le comte Goblet d’Alviella estime que la coupe d’un hectare de taillis sous futaie donne environ 29 tonnes de bois de feu sec. D’après les estimations précédentes, chaque hectare de taillis sous futaie alimenterait un camion pendant un an. On voit donc que les 6,5 millions d’hectares de taillis sous futaie de France constituent une réserve de guerre importante.
Comme l’a fait remarquer M. Baudry de Saunier, cette réserve présente sur les stocks de pétrole l'avantage d’être dispersée et dès lors inaccessible aux bombardements.
Néanmoins, comme en cas de guerre les besoins de pétrole seraient pour le moins doublés, cette réserve même disparaitrait bientôt s’il fallait s’en contenter. Une prolongation des hostilités serait d’ailleurs payée, pendant de longues années, par les conséquences désastreuses d’un pareil déboisement, sans précédent.
En temps de guerre comme en période normale, le carburant forestier ne saurait donc remplacer complètement le pétrole.
Mais, si ses possibilités ont des limites, la France est loin de les avoir atteintes. En réalité, l’utilisation du gaz des forêts commence à peine.
De l’examen de la capacité de production du carburant forestier ressort un double enseignement :
1° Le carburant forestier, pas plus que les autres carburants de complément, ne saurait remplacer à lui seul l'essence. IT n’y a pas un carburant national, mais des carburants nationaux.
20 Le carburant forestier présente les caractères d’un bon carburant de remplacement. Il existe en quantité appréciable, sa production garde une grande stabilité d’une année à l’autre, enfin il n’est menacé d’aucun épuisement.
Il est donc possible d'envisager l’adaptation des moteurs pour son emploi, à condition que son prix de revient soit acceptable.