N» III
RÉPONSE A mois AFFIRMATIONS DE RICHELIEU
(chap. VII, p. 273, 283).
Richelieu, clans ses Mémoires (liv. XX, t. V de l'edit. Petitot, p. 63-64), avance trois affiimations qui auraient pour résultat de rendre le cardinal de BeriiUe ridicule, si elles étaient fondées. La première concerne le blocus de la Rochelle, la seconde la date de la prise de cette ville, la troisième l'essai malheureux tenté dans la nuit du 11 mars.
Première affirmatioii. — « Le sieur de Bérulle lui manda plu- « sieurs fois (à Richelieu) que la circonvallation étoit inutile, que la
-j''^ «digue ne serviroit de rien, puisque Dieu vouloit avoir raison de cette •" ville par un coup inopiné et une surprise non prévue, moyen par » lequel il feroit sentir à ces rebelles la rigueur et la puissance de « son bras. »
Je ne nie pas que dans une lettre du 11 décembre, M. de Bérulle n'ait dit : « Je ne l'attends pas (la prise de la Rochelle) de l'estacade « et (lu blocus, mais de quelque effort prompt et inopiné. » Mais Richelieu savait fort bien que trois semaines auparavant, M. de Bérulle lui écrivait : « le nignore pas le blocus e lestacade dont on « parle, e il ne les faut pas iiéyliyer, mais Dieu à mon advis veut
•■ prendre une autre vove pour faire son effect n ; et en post-
scriptum : « Lame que vous cognoissez dit... que son iugcment est « que la Rochelle ne se prendra pas par le blocus, mais par intelli- K gence et bien tost , et que toutefois il ne faut discontinuer les « travaux, |)uis(jue l'un apportera l'autre. » (Arch. des AlF. étrang., France, XLIII, fol. 278.)
Ainsi, M. de Bérulle dit qu'// ne faut pas 7ié(jli(jer le blocus et Cestacade , qu'il ne faut pas discontinuer les travaux, et Richelieu lui fait dire que « la circonvallation étoit inutile, que la digue ne serviroit de rien. «
Deuxième affirmation. — « Il étoit si fort dans cette opinion « (que la Rochelle serait prise d'une manière miraculeuse), qu'il « croyoit savoir par révélation de quelques bonnes àraes, qu'il en fit » diverses dépêches coup sur coup (pii assuroient toutes que la ville « devoit être prise vers le commencement de février. >>
Gomme je l'ai remarqué dans mon récit, il ressort des dépêches de M. de Bérulle, qu'à ses yeux, en efïet, la Rochelle tiendrait peu de temps ; mais ceci accordé à Richelieu, il convient d'observer :
1« Que si M. de BéruUe expédiait des dépêches coup sur coup à Richelieu, c'était pour lui obéir. « Nous obéissons à vos conimande- « ments, en vous mandant ces choses. •> (Lettre du 16 novembre.) — « lay reçeu la lettre du 23 novembre sur le suiet principal de u laquelle ie nay rien de plus à dire. » (Lettre du 3 décembre.) — « le suys sans lumières, mais non sans pensées, et puis que vous me u le commandez, ie dois vous les représenter. » (Lettre du 11 décembre.) — « Puisque vous me commandez absolument vous mander mon aduis sur les entrepiises proposées, ie vous dire... » (Dépêche de février 1628, Arch. nat., M. 232.) Donc, en faisant des dépêches coup sur coup à Richelieu, M. de Bérulle ne faisait que réponthe à ses impérieuses interrogations.
2* Que bien qu'à la vérité, M. de Bérulle ait cru d'abord à la courte
durée du siège, et ait répondu aux demandes de Richelieu que le
mois de février indiqué par le ministre paraissait s'accorder avec ses
pensées, néanmoins autant il se montre positif dans ses affirmations
sur l'issue finale du siège, autant il fait de réserves quand Richelieu
veut obtenir de lui qu'il j)récise l'époque de la victoire. » Le iour
m est înco(j7iu » , écrit-il le 15 novembre 1627. (Aff. étrang., France,
XLIII, f. 278.) Et le 11 décembre, après avoir dit que le temps lui
semble proche, il ajoute aussitôt : « Mais en choses semblables, on
u doit estre retenu e a iuger e a parler, e se rendre à cette parolle
« du Veibe incarné, mosme cnuers ses Apostres : i\o?i est veslrtmi
f Jiosse tempora vel momcnta (juœ Pater posuit in sud potestate.
« La puissance de cette parolle nous oblige à rentrer dans nostre
.< néant. » (Aff. étrang., France, XLIII, fol. 282.)
Ces textes suffisent pour démontrer l'injustice de Richelieu. Troisième uffirmcdion. — « Pour ne rien oublier de ce qui venoit •• de Dieu, il (Richelieu) fit tenter une enlrepiise qui seule étoit tai- M sable, dont il ne réussit autre fruit, sinon qu'elle cuida lui causer u sa ruine auprès du Roi, et la Rochelle ne fut prise que huit mois « après, au mois d'octobre, par le moyen de la circonvallation et de « la digue. »
L'entreprise dont parle ici Richelieu, est la tentative qu'il fit le 11 mars 1628 <> pour pétai dcr la ville », et le 14 mars pour escalader le fort du Tadon. Or, M. de Bérulle, sur (jui il cherche à rejeter la responsabilité de son double échec, non-ccuiement ne l'a pas poussé à cctle tentative, mais s'est efforcé de l'en dissuader, ainsi que je l'ai dit pages 283-284; Le lecteur ne me saura pas mauvais gré néanmoins de citer ici, in extenso, la lettre de M. de Bérulle dont la minute originale se trouve aux Archives nationales. (M. 232, 14.)
538 PIKGES JUSTIFICATIVES.
Jésus ■{■ Maria.
« Puis q. vous me commandez absolument vous mander mon « ad vis sur les entreprises proposées, ie vous dire quil me semble a selon Dieu q. vous deuez en surseoir lexequution iusques a ce q. « sa volonté paroisse plus clairement, plus fortement sur icelles. Cest « le premier exj)loit de v." autorité dans les armes. Cest en labsence « du Chesne e contre sa volonté. Cest auec de très grandes difficultés, « cest sans nécessité urgente. Ce qui a esté suggéré ne détermine a pas précisément que/les entreprises. Le temps en peut faire naistre « d'autres ou plus raisonnables ou non contredittes par ici ; ou sur u lesquelles Dieu daignera manifester son vouloir plus déterminee- «I ment, ou niesm il le fera en son temps sur quclquune de celles-ci. « En semblables matières, il faut e.stre fort considéré, il ne faut pas « se commettre absoluement, ny agir sur ce seul fondement. Il faut « veoir la détermination praecise ; d faut veoir la proportion de la « clarté, de la force dans lesprit avec la difficulté qui est dans la « chose. Dieu en ses œuvres intérieures aussi bien quaus extérieures y « met le poids, le nombre e la mesure. Il me semble quil faut prier, « attendre et veut (?) quon les y obserue. En lisle de Ré la nécessité « faisoit la praecision, car il falloit ou périr ou secourir, on ne pouuoit « attendre. Icy nest pas la mesme contrainte. le vous supplie donques « de différer. Il faut a mon aduis prier, attendre, e espérer, n
On ne peut être plus explicite.