‹ Le cardinal de Bérulle et le cardinal de Richelieu, 1625-1629Chapitre 20 sur 46 · SUR LES RAPPORTS DU CARDINAL DE BÉRULLE AVEC DESCARTES · texte numérisé non relu

SUR LES RAPPORTS DU CARDINAL DE BÉRULLE AVEC DESCARTES

(chap. IX, p. 385).

Jusqu'ici, on n'a guère coniiu les rapports de M. de BèruIIe avec Descartes que par les détails renfermes dans la Vie du grand philosophe, par Baillet; or, à s'en tenir au texte même de Baillet, Descartes n'aurait connu le P. de Bérulle qu'à son retour de la Rochelle, c'est-à-dire en novembre 1628, et il n'aurait pu le voir que dans le courant de ce mois et dans les premiers jours de décembre, ])uisque vers la mi-décembre au plus tard, Descartes quittait Paris (t. I, liv. II, chap. XIV, p. 168.)

Il est vrai que l'on peut opposer Baillet à lui-même. Car dabord, il dit (liv. III, ch. v, p. 193) que « M. Descartes... perdit un excel- « lent directeur et un ami très-sincère en la personne du cardinal « Pierre de Bérulle... » , et à la page suivante, que « M. Descartes « avait toujours eu beaucoup de vénération pour son mérite, beau- « coup de déférence pour ses avis. Il le considéroit après Dieu « comme le principal auteur de ses desseins... » Or, peut-on croire qu'il ait suffi à Descartes, qui ne se livrait pas facilement, de deux ou trois conférences avec M. de Bérulle pour lui donner sa confiance, au point de s'en remettre totalement à lui de la direclion de sa conscience et de sa vie? En outre, Baillet constate que, dès 1626, Descartes était en relations intimes avec plusieurs Pères de l'Oratoire; mais, ainsi que je l'ai dit, comment supposer que, venant frécpieniment à la rue Saint-Honoré, il ne soit pas entré en rap])orts avec le général d'une congrégation dont plusieurs membres étaient ses amis?

Toutefois, ces raisons, si sérieuses (pi'elles soient, ne nous conduiraient guère plus liant que l'année 1626, et j'en étais là, lorsque j'ai découvert aux Archives nationales (M. 233), parmi les papiers du P, de Bérulle, un hagment de lettre, sur le verso de la(juelle il a tracé quehjues lignes relatives au mystère de l'Incarnation, et sur le recto de laquelle on lit ces mots :

Monsieur, voslre bien humble et obéissant serviteur,

Descartes.

De Bloys, ce 4* octobre 1614.

L'écriture est bien celle de Descartes. L'embarras vient de la date. Doit-on lire 1604, 1614, ou 1624?

Ce ne peut être 1604: Descartes n'avait alors que huit ans. En 1624, il était en Italie, et ne pouvait dater une lettre de Blois. En 1614, il avait dix-huit ans, il venait de « se retirer des compagnies » , pour étudier. Rien d'étonnant que vers l'automne il eût fait un petit voyage dans le Blaisois.

De cette fin de lettre se trouvant en la possession de M. de Bérulle dès l'année 1614, faut-il donc conclure que les rapports de Descartes avec le général de l'Oratoire remontent à quatorze ans plus tôt que Baillet ne le suppose? Je n'ose l'affirmer absolument; mais cette rencontre m'a paru mériter l'attention des érudits.

éclaircisseme:«t eelativeme:<t a us passage des mémoires de hichelied

touchant le cnand aumonier de la reine dangleïerre

(chap. XI, p. 484).

« Son aversion (de M. de Bërulle contre les Jésuites) alloit jus- « qiies-là, que l'évéque de Bazas ayant été choisi pour aller en An- « yleterre servir la Reine en qualité de grand aumônier, il n'y eut " sorte d'opposition qu'il ne fit contre lui pour l'enipêcher d'avoir « cet emploi, sans y chercher d'autre raison, sinon qu'il étoit pas- « sienne pour les Jésuites, et que partant il n'étoit pas expédient qu'il « eut cet emploi, ce qu'il fit savoir non-seulement une fois mais '< plusieurs. » [Mcm., éd. Petitot, liv. XX, t. V, p. 75-76.)

Voici les lettres de M. de Bérulle ' :

Après avoir, dans sa dépêche du 27 juin 1629, parlé au cardinal de Richelieu des affaires de Monsieur, il continue en ces termes : « Il (Chateauneiif) m'a dit auoir receu icy plusieurs grandes plainctes ■• des callioliques anglais sur fenvoy de Cevesqtie. Ils (le) tiennent » du tout en la possession des Jéstiites. Il est docte e vertueus, mais « il est en la réputation publique d'estre tout dans les setidments du « cardinal de la Roche foncauU et en la main des Jésuites; et de « tout temps-, vous scaves lopposition publique du clergé d'Antjle- « terre à eux. Et maintenant, cette opposition est en telle extrémité « qu'elle approche du schisme. Si cela vous dispose à 7/}i nouveau u choix, Cevesque de Langres peut estre considéré. Ou peut-estre « seroit-il mieux de faire un nounel evesque pour ce seul sujet , « sans distraire pour cela les autres de leur résidence. En ce cas, « vous pouves considérer Grellet, Saint- Ciran, et autres qui sont « exposés à cette dignité. Vous en auriez bien meilleur marché pour « le temporel. Dieu veuille (juc vous en ayez autant de fruict pour le « spirituel. Au moins vous en auriez |)lus de repos et de traïupiillité. Il Je n'ay point ouuert cette particularité à Hébert tellement que vous u la pouvez négliger avec la mesrae facilité avec laquelle elle vous est » proposée. Voyant Chaste auneuf en peine, iay creu à propos de « voir son sens ladessiis parcequc c'est lui qui doit agir. Il ra|)prouvc « e la tient plus facile que l'aiifie. » (Arch. des Aff. étrang., France, XLV, fol. 150.)

Le 23 août, M. de Bérulle écrit tle nouveau à Richelieu : « Il (Clia-

' Les mois soulignts sont chiffres clans l'oi-i'yinnl.

« teauneuf) me dit q.* sur le reffcis du roy cT Angleterre, le Chesne « aiioit pioiecte' dy mettre des capucins , et sans autre pensée ie « luy reparfis qu'il vaudroit mieus y faire aussi euesque le Père « Joseph pour moins varier e maintenir tout en une plus grande K unité. Il me dit qn'il estoit bien actif, et qu'il ne croyoit pas que u ce fust vostre intention. » (Arch. des Aff. étrang., France, t. LI, p. 407.)

M. Avenel, d'ordinaire si impartial, se laisse entraîner au sujet de la première lettre par son admiration pour son liëros. Il met sur le compte de C aversion du cardinal de Beridle pour les Jésuites, les conseils que celui-ci donne à Richelieu. Et comme Tabaraud (t. I, p. 226), et l'édit. des Mémoires de Richelieu (édit. Petitot, liv. XX, t. V, p. 77) disent que le cardinal-ministre céda aux observations de M. de Bérulle et n'envoya pas en Angleterre l'évêque de Bazas, M. Avenel affirme, et en citant des dépêches du 28 octobre et du 3 décembre, que le refus seul des Anglais put le décidera revenir sur le choix de l'évêque de Bazas. Comment M. Avenel n'a-t-il pas remarqué que ceci prouvait précisément le contraire de ce qu'il voulait démontier? Loin de se laisser conduire par une aveugle passion contre les Jésuites, M. de Bérulle a donc été le fidèle narrateur de ce que lui avait dit M. de Chateauneuf et des difficultés des catholiques anglais, puisque Richelieu, qui ne voulait pas céder à ses conseils, a dû fléchir cependant devant l'opposition que son choix trouvait en Angleterre? (Avenel, t. III, note de la lettre ccxvii , p. 399.)

S'attachant à la phrase sur Saint-Cvran, «Bérulle connaissait peu son monde », observe M. Avenel, « nous croyons qu'en rien Richelieu ne pouvait avoir bon marché de Saint- Cyran. >• Bien d'autres que M. de Bérulle, y compris Richelieu lui-même qui certes connaissait son monde, furent longtemps trompés sur Saint -Cyran. Quant au « meilleur marché pour le temporel » , j'imagine que M. de Bérulle parle ici de la pension qu'il aurait fallu servir au nouvel évêque, et qu'on aurait plus aisément contenté le P. Joseph, Grellet ou Saint- Cyran que M. Zamet, qui aurait quitté pour aller en Angleterre un siège tel que celui de Langres. Je ne vois pas qu'ici il fut nécessaire de connaître à fond les hommes pour conclure comme M. de Bérulle.

Ce qui est plus étonnant de prime abord, c'est que M. de Bérulle, inquiet des dispositions de Saint -Cyran, comme le prouve la conversation qu'il eut avec le P. Gibieuf, et que rapporte le P. Rapin, ait songé à lui pour l'épiscopat. Espéra-t-il qu'en poussant cet esprit ardent à l'apostolat il donnerait à l'activité de sa pensée un aliment dont elle avait besoin pour ne pas se perdre? Saint-Cyran était-il parvenu, dans ces derniers temps, à faire revenir M. de Bérulle sur

ses premières impressions, et à capter de nouveau sa confiance? En le nommant, sans appuyer, M. de Bérulle voulait-il simplement n'avoir pas l'air de l'exclure, ce qui eût semblé étrange à Richelieu? Je ne sais. Ce qu'il importe de noter, c'est qu'en 1629 Saint-Gyran jouissait de l'estime universelle, et que le cardinal-ministre ne lui avait rien retiré de son amitié, laquelle remontait à une quinzaine d'années, ainsi que le prouve la lettre suivante dont l'original se trouve aux Archives des affaires étrangères (France, XXVII, p. 6), et qui me semble mériter d'être citée :

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