‹ Le cardinal de Bérulle et le cardinal de Richelieu, 1625-1629Chapitre 2 sur 46 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA COUR d'aNGLETEIUIE

Portrait de la reine d'An{;lett'rrc. — Le P. de liériillc chargé de composer la lettre d'adieu de Marie de Médicis à sa fille. — Approhation de Rrchclieii. — Visite de Henriette de l''rance au grand couvent. — Les douze Oratoriens désignés pour la mission d'Angleterre. — Réjouissances à Paris. — Discours d'adieu du I'. de liérulle aux PP. de l'Oratoire (2 juin). — Son départ. — l'assage à Montdidier. — Arrivée à Amiens.

— La Mère Anne du Saint-Sacrement. — Tristesse du P. de Bérulle au moment de s'embarquer. — Arrivée à Douvres (22 juin). — Entrée dans Londres. — La maison ecclésiasti(pie de la Ueiiic. — Impression i)roduite sur les Anglais par le P. de Iténdie et les Oraloriens. — Opposition du Parlement à la politicjue de (Charles I'^'", — j ,, ^\^^^. ,|e Buckingliaui. — Le P. de Iiérul!(; ac( ()iii|iagne la Heine dans ses voyage».

— Prétentions de liuckingliani. — Faihicssc de .M>L de (llicvrcuse et d'Efliat. — Protestation de M. de la Ville aux Clercs. — AItliction du P. de Bérulle. — Il écrit les Elcvaliuiis sur sainte Marjdrleiitf pour la reine d'Angleterre. — Piété de cette princesse. — Leilre de Hic lielieu aux ambassadeurs. — Ses dépèches au P. de Bérulle. — Huckingliam propose de renouveler les lois contre les calholicpu's. — Dissolution du Parlement. — Démarche de l'évèque de Mende. — Le S"' (îordon et le P. de Bérulle. — Lettre du P. de Béndic li Bicliciicu (:ii août 1625).

— Ambassade de M. de Blaiuville. — Le P. de Bérulle se décide à

retourner en France. — La traversée. — Audience du Roi à Fontainebleau. — Le P. de Bérulle confère avec M. de Blainville. — Efforts de Buckin{;ham pour empêcher le retour du confesseur de la Reine. — Le P. de Bérulle reste à Paris.

Henriette -Marie de France, depuis le 11 mai 1625 reine d'Anjjleterre , d'Ecosse et d'Irlande , n'avait point encore seize ans', et déjà on pouvait admirer en elle quelques-unes des vertus qui font les reines populaires et respectées. Bonne , sensible , capable d entendre une plainte et de garder un secret, fidèle à ses amies, généreuse, elle savait unir, en un âge si tendre, la douceur à la fermeté , la familiarité à la grandeur. Son esprit était prompt, étendu, pénétrant; sa conversation enjouée, rapide, semée de mots heureux, parfois mordants, que déplorait ensuite sa charité , mais qui , chez la fille de Henri IV, semblaient une portion de l'héritage paternel. Ses traits intelligents et nobles reflétaient avec une mobilité pleine de charme les moindres mouvements de son âme. Même auprès de sa belle-sœur Anne d'Autriche, elle parvenait à fixer les regards, tant le port, la démarche, l'allure vive et fière de cette fille de France, étaient dignes de sa race et de ses nouvelles destinées. La grâce en elle ne se montrait pas moins libérale que la nature. Elle avait une foi solide, une horreur extrême pour toutes les nouveautés, un sincère amour de l'Eglise et de Dieu. Mais ses grandes et séduisantes qualités demandaient à être développées. Il fallait la tenir en garde contre une humeur parfois capricieuse et hautaine; lui apprendre à sacrifier ses goûts à ceux d'autrui , suppléer à son inexpérience par

* Elle était née le 25 novembre 1609.

de sages conseils; l'entretenir des devoirs, des servitudes, des douleurs même de la royauté, alors que tout semblait lui parler de ses droits, de son autorité, de ses plaisirs. Il fallait montrer à ses yeux éblouis sans doute (comment n'être pas éblouie à seize ans par l'éclat d'un diadème?) les écueils qui hérissaient le rivage où elle allait aborder. Telle était la mission du P. de Bérulle. Il s'y dévoua tout entier'.

Comme la jeune Reine, après la cérémonie du mariage, s'était retirée dans un couvent de Senlis, il fit plusieurs fois ce voyage, afin de lui donner de vive voix les instructions, les encouragements, les conseils qu'il croyait utile à son âme. Puis , jugeant qu'en une circonstance si solennelle, nulle voix n'était aussi puissante que celle d'une mère, il encouragea Marie de Médicis à adresser par écrit ses dernières instructions à sa fille ^. Marie de Médicis, qui avait toujours surveillé de très-près l'éducation de ses

1 Sur Henriette «le France, voyez nn curieux Mémoire si{;nnlé par M. Floqlkt dans ses savantes Eludes sur la vie de Bussuel, t. 1)1, liv. XV, p. 357, et conservé aux Archives nationales (Musée, vitrine 159), en tète duquel on lit de la main de madame de Mottevillc : « Mémoires que i'ay « donnés par l'ordre tie Madame pour faire l'oraison funèbre de la reyne * d'Angleterre; 10()9. » liossuet a donc eu ce précieux manuscrit entre les mains, et il ne serait pas sans intérêt de voir le parti qu'il en a tiré. On peut consulter aussi les lettres de Richelieu. Le 27 août il écrit à M. de la Ville aux Clercs en parlant d'Henriette: « Il est besoin de leltre,-» parlicnlières de la Reyne sa mère qu'elle craint, pour la porter à ce qu'on désire. » Et encore: « La reyn(î d'Angleterre esl un peu fcruKî en ses opinions.» (Lettres de Bic/iflieu, publiées par M. AvE^KI,, Imprimerie nationale, in-i», t. II, p. 110.) M. Gui/.oi, qui fait d'Henriette-Marie un portrait flatteur, ni reproche cependant de céder à des mouvements d'humeur hanlainc et capricieuse. (Un projet de viariaç/e royal. Hachettk, 18()3, XIII, p. 353.)

2 La bibliothèque de sir Thomas Philipps, à Middichili, |)osscde plusieurs lettres fort curieuses de Marie de Médicis concernant l'éducation de ses enfants. (Mémoires inédits du comte Levcneur de Tillières , publics par IIiPPjiAi. Paris, Didot, 1863; introduction, p. xxin.)

4 LE GARDIA'AL DE BÉRULLE ET RICHELIEU, enfants, s'était fait aimer et craindre d'Henriette : elle approuva la pensée du P. de Be'rulle; mais quand vint Je moment de la mettre à exécution, elle recula. La lettre qu'on l'en^^ageait à écrire ne ressemblait nullement à ces billets familiers où, comme une bonne mère de famille, la veuve de Henri IV donnait à ses enfants des conseils de morale ou de santé. Il s'agissait de pre'senter à la Reine le tableau de tous ses devoirs, et avant de lui être remise, une œuvre de cette importance au point de vue politique devait passer sous les yeux du Roi peut-être , de Riclielieu certainement. Il fallait donc mûrement rêflêcbir, peser toutes les expressions. C'était imposer un trop rude travail à la noncbalance de ^larie deMédicis. Elle manda le supérieur de l'Oratoire et lui commanda de rédiger sa lettre d'adieu. Le sujet inspira M. de Bérulle, et dans un style élevé, simple, ému, il écrivit sur les obligations de la jeune souveraine envers Dieu et envers l'Eglise, envers le Roi son époux et envers ses nouveaux sujets, quelquesunes des pages les plus solides et les plus touchantes qu'en pareil moment fille de roi ait jamais lues'.

Après avoir rappelé au début le souvenir de Henri le Grand, qui, s'il vivait encore, tiendrait à Henriette le langage qu'elle va entendre : «Souvenez-vous, ma fille, contiime Marie de Médicis, que vous estes fille de l'Eglise, c'est « la première et plus grande qualité que vous aies et que

1 Tahahaud (t. I, liv. IV, cli. iv, |i. 359 et suiv.) cite à pou près les lucmes passafjPs, mais en se p(;rinettant des remaniements et des cliangeuKïnls consitli rallies. Dans les Mcmoircx de TilUcres (p. 70 cl suiv.), le discours de Marie de Médicis est reproduit; malheureusement l'ortho- {]raplio du ien)ps n'a pas été respectée, et on a même modifié la rédaction ju'imitive. J'ai suivi une ancienne copie conservée dans les papiers du P. de Bérulle. (Archives nationales, M. 232, Angleterre, n» 1.)

n VOUS aurès à iamais... Toutes les autres dignités comme « venant de la terre ne passent point la terre; maiscelle-cy « comme venant du ciel nous élève au ciel. Rendez grâces « à Dieu chaque iour de vous avoir fait chrestienne et ca- « tholifjne; estimes cette qualité comme elle le mérite. Elle « est émanée de Dieu, et elle conduit à Dieu; mais comme " elle nous est acquise et communiquée par les labeurs et « par le sang précieux de son Fils unique .1. C. N. S., elle « mérite d'être conservée par nos labeurs et mesme au pris » de nostre sang, si besoing est... Vous estes petite fille « de S. Louys. Je veux que vous receviès de uioy en ce « dernier adieu la mesme instruction qu'il recevoit sou- '< vent de sa mère, laquelle lui disoit qu'elle aimoit mieux « le voir mourir que de le voir offenser ceiuy qui est nostre " Dieu, nostre tout et nostre vie, et c'est cette instruction « qui a commencé à le faire Sainct et le rendre digne « d'emploïer sa vie et sa couronne |)our le bien de la foy « et l'exaltation de l'Eglise. Soyez ferme et zélée en la '< religion (jue cette Eglise vous enseigne... Nescoutès « iamais rien de contraire à la créance <jue vous professés. « C'est à l'Eglise à parler pour vous, et à vous à persévé- « rer en la simplicité de la foy. Ayez soing de protéger .1 envers le Roy vostre mary les pauvres catholiques affligés « et soies une Esther envers eux; hujuelle eut cette grâce « de Dieu , d'estrela défence et la lieutenante de sonpeuph; « envers son mary Assuère... Ne les oublies pas, ma fille, " et croyès que Dieu vous a envoïée en ce pays pour eux, « car c'est son peuple et son peuple souffrant depuis tant « d'années !... En vous recommandant ceux-cy ie n'en- « tends pas cpie vous oubliiez en vos aumosnes et en

« VOS faveurs ceux-là mesmes qui sont d'une autre relia gion , car c'est assès qu'ils soient en afflictions pour vous (I obliger à les secourir, et puisque Dieu vous fait leur »« dame et leur reyne, il vous oblige conséquerament à les <c assister, et vous devès le faire d'autant plus volontiers « que vous les devez aedifier par cette voye et les disposer « suavement à sortir de l'erreur où le malbeur du siècle « les a portes plus que leur propre faute et volonté. Après (1 Dieu et sa religion, vostre premier devoir est au Roy, « auquel Dieu vous a liée par le sacrement de mariage. 'i Aimès-le comme vostre espoux, lionorès-le comme vostre « roy, sans que l'amour diminue le respect, ni le respect « l'amour que vous lui devès. Ayès toujours une familia- « rite respectueuse envers luy, le considérant comme vostre «chef; et vous rendes humble, douce, patiente en ses «t volontés, mettant vostre contentement, non à vous satis- « faire, mais à le contenter... Nayès aucune part avec les « grands de son Estât que par son ordonnance et selon sa R conduite , et prenès d'autant moins d'authorité en l'ap- « parence que plus il se portera par sa bonté à vous en « donner. Vostre soing doit être de l'aimer et honorer, vt « non pas de régner... (Aimez-le) d'un amour chrestien et « non-seulement humain, aimant son âme et son salut , « l'aimant pour le ciel et non-seulement pour la terre. Par « cette sainte affection priés chaque jour et faites prier Dieu « extraordinairement pour luy à ce qu'il daigne le tirer à « la vérité de la Religion , en laquelle et pour laquelle <! mesme est morte sa grand'mère... L'amour que vous défi vès au Roy vostre mary, vous oblige à aimer le royaume (i auquel Dieu l'a eslevé ; soies donc prompte et facile à

« obliger tous ses subiects et à leur donner accès envers « luy et à leur procurer en toute occasion tout le bien qui « vous sera possible, et comme Dieu vous a fait leur Reyne, « rendès-vous leur mère et qu'ils recognoissent tous en «vous l'une et l'autre qualité... Vostre qualité de Reyne « vous lie à l'Angleterre et elle vous sépare de la France, <i et vous devès désormais entrer dans les sentiments de « l'Estat auquel vous êtes appelée, et il faut que je vous «dise pour ce regard, vous devez comme oublier la « France, bien que vous soyez fille de France, (tout en « vous efforçant) d'estre comme le lien et le ciment de « ces deux Estats.

« Soies un exemplaire d'bonneur, de vertu , de modes- « tie. Que vostre port, vostre regard, vostre maintien res- » sente l'Iionnesteté , la pudicité, la débonnaireté mesme, « et en un mot la dignité de vostre naissance. Ayez une « douceur accompagnée d'une gravité royalle...

« Je ne finirois iamois si ie narrestois les mouvemens de i< mon cœur, tant ie suis esmeue et remplie de diverses « pensées. Mais il faut finir, il faut que ie vous laisse partir « et que ie donne lieu à mes larmes et que ie prie Dieu et « son sainct ange vous inspirer pour moy ce que ie ne puis « plus dire et ce que mes larmes effaceraient si ie pensois « l'escrire. A Dieu, ma fille, ie vous laisse et vous livre en « la garde de Dieu et de son ange. le vous donne à Jésus- « Christ, son Fils unique, nostre Seigneur et Sauveur. le « vous donne à la Vierge sa très-saincte Mère de laquelle « vous portés le nom, et ie la prie daigner estre mère de « vostre âme en l'honneur de ce qu'elle est mère de nostre « Dieu et Sauveur. A Dieu encore une fois, voires plusieurs

» fois; vous estes h Dieu, demeurés à Dieu pour iamais. »

Richelieu trouva cette lettre « si ample, si pleine de piété et de prudence ') que, non content de l'approuver, il en garda copie avec le dessein de la ])ublier un jour, jugeant tpie « ce seroit ravir un trésor au public que de « ne le pas exposer à la vue de tout le monde. » On n'était pas habitué à entendre le cardinal donner de tels éloges aux productions d'autrui; il est vrai qu'oubliant de quelle plume était sorti ce discours, il s'en déclarait l'auteur sans la moindre hésitation '.

Taudis que Mario de Médicis remettait à Henriette, avec beaucoup de larmes de part et d autre", sa lettre de conseils et d'adieux, le P. de Bérulle redoublait de prières pour la reine de la Grande-Bretagne ; et des monastères du Carmel s'élevaient pour elle les plus ferventes supplications.

Depuis longtemps la prieure du couvent de l'Incarnation était poursuivie au pied des autels par l'image

^ « Le cardinal... dressa une instruction ample, pleine de piété et de prudence, qu'il mit entre les mains de la Reine sa mère, pour lui donner comme le plus précieux et le dernier gage de son amour... Nous la mettrons à la fin de ce volume. >• Mémoires du cardinal de Richelieu, édit. Petitot, Paris, 182'i, t. II, p. 469-470.) L'éditeur remarque en note que « ce « ne fut point Richelieu qui donna cette instruction, qu'il en chargea le « P. de Bérulle » : il ajoute « que cette pièce n'est jias à la fin du volume, « comme l'annonce l'auteiu- des Mémoires. » M. liq)peau (op. cit., introduction , |). xxvii) n'hésite pas à attribuer cette instruction au P. de Bérulle. Au Las de la copie des Archives se trouve une note tlu P. Hervé, je crois, et (|ui atteste avoir appris le 13 février 16G0, d'un de ses confrères de l'Oratoire, que cette copie avait été faite d'après le manuscrit njcme du P. de Bérulle. Du reste, il suffit de lire ce discours pour y retrouver les pensées, la méthode, le style du fondateur de l'Oratoire.

2 L'expression est de Richelieu (^loc. cit.). Il existe à la Bibliothèque nationale, fonds Dupuv, G31, fol. 59, une copie de l'instruction avec ces mots: « A Amiens, le 15 juin 1625 <>. Faut- il en conclure que la Reine mère ne remit la lettre à sa tille qu'à Amiens; ou est-ce le copiste qui a j outé la date de son autorité privée?

LA COUR D'AINGLETERRE. 9

désolée de l'Eglise d'Angleterre' ; depuis longtemps elle avait voué une maternelle affection à Henriette-Marie, qui lui témoignait en échange la plus filiale confiance. La veille même de son départ, se soustrayant aux hommages et aux visites, la jeune Reine se fit conduire aux grandes Carmélites; elle y passa la journée entière, servit de ses mains toutes les religieuses au réfectoire ; prit une dernière fois les avis de la Mère Madeleine de Saint-Joseph, et promit de lui écrire. Quand vint l'heure de quitter ce lieu rempli des souvenirs de son enfance, elle ne put s'empêcher d'exprimer aux Sœurs, avec une grâce touchante, sa peine de n'en point emmener quelques-unes à sa suite et de n'avoir pas à leur offrir un monastère auprès de son palais^.

Le P. de Bérulle cependant avait j)Ourvu à tout. Il laissait, en son absence , ses pleins pouvoirs pour gouverner l'Oratoire au P. Gibieuf, dont il connaissait de longue date la foi, l'expérience, l'humilité, le dévouement^, et les douze Oratoriens destinés à l'accompagner en Angleterre étaient prêts au départ. Il les avait choisis avec tout le soin qu'exigeaient la délicatesse et la grandeur de leur

* La Vie de la Mère Magdeleine de Saint-Joseph, par un prestre de l'Oratoire de J. G. N. S. Paris, 1670, in-4'', 1^" part., ch. xlii, p. 228.

2 Jd., V" part,, ch. xxxi, |). 190. Les Chronif/ties de l' Ordre des Carmélites en France (Troyes, 1840, in-S", t. I, p. 192) placent par erreur la visite d'Henriette au grand couvent en 162(5. — M. Cousin a publié six lettres de la reine d'Anjjlcterre à la Mère Madeleine de Saint-Joseph, lesquelles inontient hien l'intimité qui régnait entre elles. (L« Jeunesse de madame de Lontjiieville , 5« édit., 1864. Appendice du ch. 1"", n° V, k'M.)

3 Siu- le P. Gibieuf, voyez le P. de Bérulle et l' Oratoire de Jésus, ch. v, p. 164, et .-a Notice dans le Recueil des vies de qucliiues prêtres de la Congrégation de l Oratoire de J. C. N. S., par le P. Edm?; Ci.OYSai lt, t. I, p. 174 et suiv., dans l'exemplaire conservé à l'Oratoire.

10 LE CARDINAL DE BÉRULLE ET RICHELIEU, mission. C'étaient le P. Morin, un des plus savants hommes de son temps, et qui, nourri dans le calvinisme, possédait à fond les matières de controverse et unissait à la connaissance des langues l'érudition la plus solide et la plus vaste'; le P. de Morainvilliers d'Orgeville, docteur deSorbonne, auteur d'une excellente réponse aux adversaires du P. de BéruUe^; le P. Robert Philips, tliéolojjien consommé, confesseur de la foi, pour laquelle il avait déjà subi la torture, et dont l'humilité égalait les lumières et le courage '. Persuadé, non sans raison, que chez les au-' môniers de la Reine, la science et la vertu ne devaient point exclure la connaissance du monde, le prudent supérieur adjoignit à ces premiers Pères quelques Oratoriens pour lesquels une cour n'était point un pays étranger: le P. Achille de Harlay-Sançy, autrefois ambassadeur de France à Gonstantinople, et qui se distinguait par une facilité et un goût alors assez rares pour les langues vivantes^; le P. Charles de Créquy , proche parent du maréchal de ce nom , et qui conservait dans la retraite les formes agréa-

* Sur le P. Morin, voyez Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du dix-septième siècle. Paris, 1708, t. II, p. 260 et suiv.; son article dans MoRÉRi, et la Bibliothèque des écrivains de t Oratoire, ou Histoire littéraire de cette Con<jré<jation, ])ar .M. Adry, de l'Oratoire, 1790, in-4°. (Bil)iiothèque nationale. Mss. ir. 25683.)

- Le P. de Bérullc et [Oratoire de Jésus, ch. xi, p. 411.

•^ Lorsque les compagnons du P. de Bérulle eurent été obligés de repasser en France, le P. Pliili|)ps, qui était Ecossais, put néanmoins demeurer auprès de la Reine, dont il était le confesseur. Plein d'estime pour sa science, son zèle, ses vertus, le Pape voulut le faire cardinal. De peur que la Reine n'entrât dans ce dessein, on ne lui loniit pas la lettre où il élait parlé de ce désir du Saini-Pèie.

■^ Le P. de Harlay (ui nommé plus tard évèque de Saint-Malo (1631). Il mourut le 20 novembre 1646.

bles et l'exquise courtoisie d'un yrand seigneur français'. Les autres, parmi lesquels on distinguait le P. Séguenot, que sa piété tenait alors en garde contre les singularités de son esprit ^, étaient des sujets de mérite et de vertu, capables de donner aux Anglais une haute idée du clergé de France. Au nombre des frères servants se trouvait Jean de Balfour, d'une des premières familles d'Angleterre, et que son humilité seule retenait en un rang d'où semblaient l'exclure son esprit et sa naissance^.

Tandis que, sous la conduite de leur fondateur, ces prêtres zélés et oublieux d'eux-mêmes se disposaient par la prière et le silence à l'œuvre si grave qui leur était confiée, le peuple, toujours avide de spectacles et de réjouissances, passait en foule sous les fenêtres de la maison de la rue Saint-Honoré pour aller attendre dans la rue Saint- Thomas du Louvre, aux abords du bel hôtel deChevreuse, ce fameux duc de Buckingliam, auquel le comte de Rolland avait ménagé la magnifique hospitalité de la surintendante de la Reine. Pour faire honneur au rej)résentant du roi d'Angleterre, tout Paris s'était mis en fête. On ne voyait que cavalcades, illuminations, feux d'artifice*. Le favori de Charles I" rêvait d'autres triomphes. Sous les

^ Le P. Charles de Créfjiiy mourut en 1637. Sa notice se trouve dans les Mémoires domestiques. (Archives nationales, M, 220, G, p. 108. j

2 Snr le P. Claude Séguenot, voyez Mémoires domestiques. (Arcli. nat., M. 220, G, p. 138.) — Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du (lix-septièmc siècle, t. II, p. 139 et suiv., et MoitKiu. — Sé{;ii(ni<)t ne lui ordonné prèire qu'à son retour d'Angleterre, en 1620. Sa traduction du Traité de la virginité de saint Augustin, (jui fit tant de bruit et dont il rétracta du reste humblement les erreurs, ne jiarut cpTen 1638.

^ I5A7TERi;r,, I'(V manuscrite , t. I, liv. V, n" ."iS.

^ Mercure français , t. XI, p. 365. — Madame de Chevreusc , par M. V. Cousin. Paris, Didiei, 2« cdit., ch. u, p. hT).

auspices de la duchesse de Chevreuse, il nouait de coupables et folles intri^fjues, dont Henriette de France devait être bientôt l'innocente victime'.

Le 2 juin, jour fixe pour le départ de la reine d'Angleterre, le P. de Bérulle, après avoir adoré le Saint-Sacrement, réunit dans la sacristie tous lesmembres delà Congrégation , et là, debout, il leur adressa ces paroles*:

u Mes Pères, ni le temps ni le lieu ne nous permettent « pas de vous entretenir beaucoup, et toutefois nous ne .( devons pas partir sans vous dire un mot. On nous em- « ploie à une affaire d'importance, et je ne pense pas que « nous seulement et ceux que nous menons quant et nous « y doivent avoir part; toute la Congrégation y <-st inté- « ressée , et il faut qu'un chacun y participe. Nous devons « tous aller en Angleterre par esprit , par soin , par cha- K rite; et je ne vois point d'autre différence entre ceux « qui Y vont et ceux qui demeurent, sinon que ceux qui y « vont auront plus de travail extérieur et sont obligés à '< plus de retenue et d'édification ; mais ceux qui demeu- « rent doivent avoir autant de charité. Nous y sommes « tous envoyés en un sens, car ily a double mission, l'une « intérieure et l'autre extérieure, et c'est de la mission K intérieure de grâce et de piété et de charité que je dis « que tous sont envoyés. Nous devons en tout temps ado-

' Voyez M. Cousin et tous les Mémoires du temps.

2 Mémoires pour servir au journal historique (^\vc\i. nat., MM. 626). — Baiteiiei. (liv. V, 11° 54) se borne à analyser cette allocution. Elle m'a paru digne d'ètie loprodnite entièrement. Je le fais d'après une copie conservée aux Arcliives (M. 232. Angleterre, 4, 5). En tète on lit : « Discours familier fait par le P. de Bérulle dans la sacristie, allant en Angleterre, recueilli par le P. Desmarets » ou Desmares.

LA COUR D'AJ^GLETERRE. 13

« rer Dieu en lui-même et en ses œuvres et surtout au plus

« grand de ses œuvres qui est l'Incarnation de son Fils;

n mais nous le devons faire particulièrement quand il nous

« emploie à quelque chose à son service. Il nous faut donc

« présentement adorer Dieu envoyant son Fils au monde,

« car cette mission est origine de sanctification pour toutes

« les autres missions, et sans le grand mystère de l'Incar-

« nation par lequel le Père envoie son Fils, il n'y a rien qui

» puisse lui être agréable, tout étant de nous ou du diable ;

« c'est de cette grande mission qu'il nous faut occuper et

" non point de l'autre. Il y a en elle beaucoup à vénérer, et

(' comme cette mission faite en la plénitude des temps a

« néanmoins rapport à 1 éternité, parce qu'elle a sa source

« dansla production et génération du Fils, lequel le Père a

« droit d'envoyer parce qu'il l'engendre, il nous faut aussi

« beaucoup honorer cette production du Fils et souvent

« adorer Dieu engendrant son Fils de toute éternité, lequel

« par après il envoie dans le temps.

« Nous devons remercier Dieu do ce qu'il nous fait ic compagnons de ses anges en ce voyage, et il nous faut « servir de cette pensée pour nous porter et exciter nous- « mêmes à être des anges en esprit, en conversation, en <■■ jjurcté, en charité, en diligence.

« Je ne veux point qu'on s'entretienne humainement de « cette mission, et que l'on se dise tant d'adieux. Doviini (1 est terra et i/lenùiido ejiis. La terre est toute à Dieu, et « elle n'est qu'un point au regard de Dieu, elle n'est rien « devant la grandeur de Dieu , et elle ne nous peut séparer « si nous sommes liés à Dieu, qui la remplit toute par « son immensité.

« J'entends qu'un chacun contribue par ses exercices, « tant communs que particuliers, à cette mission qui est « pour la gloire de Dieu, et qu'on fasse quelques prières et » dévotions pour ce sujet spécial à Jésus Notre-Seigneur, à « la Vierge sainte que notre Congrégation ne sépare « jamais de son Fils, à la sainte Magdelaine et aux saints Il anges qu'il faut beaucoup honorer et réclamer. »

Tous alors se mirent à genoux et récitèrent avec leur vénéré Père quelques prières tirées de la liturgie , conjurant le ciel de bénir le voyage et le séjour, les labeurs et les croix des serviteurs de Dieu *.

A la même heure, dans les salles du Louvre, la reine d'Angleterre recevait des visites sans nombre. Vers trois heures elle vit arriver le prévôt des marchands , les échevins et le corps de la ville, i<qui a cet honneur de conduire « seul les Filles de France à leur départ de Paris pour s'en Il aller accomplir les promesses de leur mariage^. » A cinq heures on se mit en route.

Le cortège était superbe. Les trois compagnies d'archers de la ville à cheval, faisant sonner leurs trompettes, cinq cents bourgeois, également à cheval, les dizeniers, les échevins, les quarteniers, et après eux deux exempts des gardes du Roi, suivis de trente archers du grand prévôt, précédaient la jeune Reine. Elle était étendue dans une litière do velours cramoisi portée par deux mulets couverts de housse de même couleur. A côté de la litière, marchait

* Ces prières sont indiquées dans la pièce manuscrite citée plus haut, — Mémento saliitis auclor. — Siib luum prœsidiiim. — Maria laciymisrigavit. — Angcli et Archangeli.

2 Mercure françoix, t. XI, ann. 1625, [>. 307.

le sieur de Bailleul , lieutenant civil et prévôt des marchands. Lorsque l'on fut arrivé à moitié chemin de Saint- Denis, il adressa à la fille de Henri JV les derniers compliments et « l'adieu au norai de la bonne ville de Paris. » Descendant alors de sa litière, Henriette monta dans son carrosse et, suivie de toute sa maison, alla coucher à Stains'. Le lendemain elle prit la route de Montdidier. Chemin faisant, elle fut rejointe par la Reine sa mère, la Reine régnante et un si grand nombre de princesses, dames et seigneurs, que les chemins disparaissaient sous les carrosses et « sembloient des fourmilières » . Au milieu de cette cour élégante et mondaine, le P. de Bérulle n'oubliait pas sa chère Congrégation. Déjà il lui conquérait un nouveau membre, un bon prêtre du pays, confesseur des Ursulines, qui fut tout heureux d'offrir rhosj)italité à celui dont il désirait si vivement devenir le disciple"^.

On partit de Montdidier dans la journée du 7. Le cortège était encore à deux lieues d'Amiens lorsqu'on aperçut accourant au-devant delà Heine, le duc de Cbaulnes, gouverneur de la ville, que suivaient trois cents cavaliers lestes, braves et bien montés. Derrière eux se trouvaient à quelque distance la bourgeoisie et les magistrats d'Amiens. Henriette, ayant pris place dans sa litière, s'approcha, et les harangues commencèrent. Lej)remicr échevin , François de Louvencourt, sieur de Vauchelles, le lieutenant général d'Amiens, le j)résideiit de l'élection vinrent tour à tour, genoux en terre, souhaiter à la jeune

^ Département de la Seine, arrondissement de Saint-Denis, à 14 kilomètres de Paris.

. 2 Lettre autographe du P. de Bériilie au P. Gibicuf. Amiens, 14 juin 1625. (Archives nationales, M. 234.)

princesse « l'escorte des dieux les plus aimables de la ' « mer » . Henriette voyait sans trop d'etonnementces cinq mille bourgeois ranjjés en bataillons, toute la jeunesse de la ville à cheval pour lui faire honneur et l'acclamer, toutes les autorités à ses pieds; elle applaudissait sans trop perdre de sa gravité aux efforts malheureux des muses picardes pour célébrer ses grandeurs et ses vertus. C'est ainsi qu'elle fit son entrée dans la ville d'Amiens, par « la porte du Paradis. » Silencieux, recueilli en lui-même, le P. de Bérulle avait oublié et n'entendait plus ce qui se passait autour de lui. Sa foi lui faisait apercevoir Jésus-Christ en cet endroit même, se montrant à saint Martin encore catéchumène, revêtu du manteau dont une charité héroïque avait dépouillé le jeune soldat".

Pendant que la ville d'Amiens n'épargnait aucune dépense pour traiter magnifiquement la fille de Henri IV; que le duc de Chaulnes, profitant de cette occasion unique, donnait comme parrains et marraines à ses trois enfants des rois, des reines et des princes du sang ; que le duc de Buckingham affichait insolemment sa passion pour Anne d'Autriche"; le P. de Bérulle vivait retiré dans la maison que lOratoire possédait à Amiens^. Il n'en sortait que pour aller aux églises et revoir ce monastère du Carmel où il avait donné le voile, en 1618, à la Bienheureuse Marie de l'Incarnation , et où il retrouvait main-

1 Mercure franco!^, t. XI, ji. ^73. — Vie Je saiut Martin, par SuLPiCE SÉvÈnE. Tours, Maine, l8Gl, iii-18; cli. m, p. 19.

2 Mémoires de madame de Motteville. Paris, Charpentier, 1809, t. I*"", ch. i*"", p. 17 et suiv. — Madame de Chevreuse, par M. Cocsis, 2* édit. Paris, Didier, 1862, oli. u, p. 47 et suiv.

^ Depuis l'année 1620.

tenant une de ses plus chères filles, uiademoiselle de Viole, la Mère Anne du Saint-Sacrement. Le triennat de la Mère Anne était terminé en 1625, mais, déposée ou en charge , elle édifiait toujours les Sœurs par le constant exemple de ses vertus. Depuis longtemps déjà elle projetait la fondation d'un nouveau monastère, et malgré bien des difficultés, soutenue par les conseils du P. de Bérulle, elle avait fait choix de Saint-Denis. Son grand travail était de former à une haute piété les Carmélites qui la devaient accompagner, et son unique crainte, la pensée qu'elle pouvait être désignée pour leur Prieure. Le P. de Bérulle fut ravi de tout ce qu'elle lui apprit des saintes dispositions de ses religieuses et des aimables vertus de sa jeune nièce, mademoiselle de la Grange-Trianon ; il approuva la solide dévotion (ju'elle inspirait à ses Sœurs pour le nivstère de l'Incarnation, et il voulut que le nouveau couvent en portât la marque par les noms de Jésus-Maria, qu'il lui donna. Mais quand la Mère Anne, abordant le sujet qui lui tenait le plus au cœur, tenta de persuader à son supérieur qu'elle était incapable et indigne de diriger la nouvelle maison, M. de Bérulh; den)eura inébranlable. « Je « désire que ce soit vous qui fassiez cet établissement » , lui dit-il d'un ton qui ne souffrait pas tle réplique; puis il ajouta affectueusement : « Je me rc'jouis que ce soit près « de Paris; j'espère y aller souvent, ce sera ma plus ordi- « naire sortie en me promenant et en disant mon bréo viaire'. » H ne restait qu'à obéir. La Mère du Saint- Sacrement se soumit et accepta.

^ I>0 p. de ISériille en effet ne comptait pas faire un lorij] séjour on Anjjli'- Jerro. Il le dit expressément dans une lettre du 20novembio 1620. — Voyez

Malgré les consolations qu'il goûtait à Amiens, le P. de BéruUe avait hâte d'en sortir. Sa royale pénitente y trouvait de fort tristes exemples : il était bon que la vue ne s'en prolongeât pas davantage. Le lundi 16 juin, Henriette quitta le palais épiscopal où elle était logée, alla faire ses derniers adieux h la Reine sa mère, et, passant devant la citadelle, qui la salua de toute son artillerie, elle se dirigea vers Abbeville. Les trois ambassadeurs d'Angleterre, le duc et la duchesse de Ghevreuse , M. de la Ville-aux-GIercs, les gentilshommes et dames de sa maison, les PP. de l'Oratoire attachés à sa chapelle, formaient son cortège '.

Comme la peste sévissait à Calais, Boulogne avait été choisi pour lieu d'embarquement. On s'y attarda plusieurs jours : les uns disaient que les mauvais temps étaient la cause de ce retard ; d'autres, plus avisés peutêtre, n'y voulaient voir qu'un prétexte. Enfin le duc de Buckingham revint d'Amiens, où il s'était rendu de Boulogne, dans le but, disait-il, de conférer avec la Reine mère; les vents se calmèrent et la flotte anglaise, mouillée dans la rade, reçut l'ordre d'appareiller. Leduc de Chevreuse et M. de la Ville-aux-Clercs ayant remis solennellement la fille

les Annales du monastère île Jéswi-Maria des Carmélites de Saint-Denis en France, recueillies et rédir/ées par la Révérende Mère Eléonore de Jésus crucifié et par les Irès-ltunorées Sœurs Rosalie de Jésus et Aijnès Constance de Jésus, religieuses du même monastère , 1''^ part. p. 6 et 7 (Manuscrit appartenant aux RR. MM. Carmélites de Saint-Denis); les Annales manuscrites du m.onastère d' Amiens, appartenant à ce couvent, p. 56-58; les Chroniques des Carmélites de France, t. IV, p. 1V2. — Le monastère de 8ainl-Dcnis fut fondé le 28 septembre 1625. Dans les Chroniques imprimées, le P. de Rérulle dit : «Je veux. » Dans les Annales manuscrites un lit : M Je désire. »

ï Je ne sais pourquoi le Mercure françois parle lUi 1'. de Sancy, du P. de Créquy, et « autres prêtres de l'Oratoire», et omet le P. de Bérulle, t. XI, p. 390.

de Henri IV au duc de Buckingham et aux comtes de Garlisle et de Ilolland', la jeune Reine quitta ce rivage de France où elle laissait le bonheur, et au milieu des cris du peuple qui se pressait sur le port, des hourras des matelots, du bruit et de la fumée des cent pièces de canon de l'amiral anglais, elle monta sur ce navire, « un des plus grands qu'eût vus l'Océan *. »

Prêt à s'embarquer, le P. de Bérulle se sentit envahi par une tristesse soudaine, et tirant à l'écartle P. J. B. Gault, qui l'avait accompagné jusqu'à Boulogne et qui repartait pour Paris, il le supplia de recommander instamment l'Angleterre aux prières du P. Gibieuf et à celles de la Mère Madeleine de Saint-Joseph et de ses Sœurs. « Jusqu'à ce moment» , ajouta-t-il comme hors de lui-même, « Dieu m'avait caché toutes choses, mais dans le moment « où je vous parie, ses desseins sur l'Église de ce royaume « se développent à moi tout à couj) et me font appré- (c hender qu'on n'y ait pas à beaucoup près les consola- « tions et les fins qu'on s'est promis par cette alliance. Je « prévois de grands obstacles à l'œuvre de Dieu. » Ce furent ses dernières paroles^.

Midi sonnait aux horloges de la ville; la mer était calme, un vent favorable soufflait. Moins de sept heures après avoir quitté Boulogne, on jetait l'ancre en vue des blanches falaises de Douvres *.

1 La pièce originale se trouve aux Archives des Affaires étrangères.

2 Dimanclie 22 juin 1625.

3 Mémoires manuscrits d'Edmond de Messa. (Arcli. nat., M. 233.)

* Le M Cfcure français se trompe en disant que la traversée dura vingtquatre heures. — Voyez TilmÈres, p. 89, et la lettre écrite au Roi le 22 juin au soir, après l'arrivée dllcnriette, par MM. <le Chevreuse et de la Ville-aux-Ciercs. (Bibl. nat., fonds lîrienne, t. XLIX, fol. 182.)

Une partie de la cour d'Angleterre attendait sur le rivage. Mais le Roi ne s'y trouvait pas. Soit discrétion chevaleresque, soit désir de se rendre à un vœu exprimé secrètement, il avait voulu laisser le temps à Henriette de reprendre un peu ses esprits. Elle monta au château, où elle fut assez mal logée, et sa suite demeura dans la ville basse, où elle n'eut pas beaucoup à se louer de l'hospitalité anglaise.

Le lendemain, sur les dix heures, pendant que la Reine déjeunait, Charles entra. On avait fait de ce prince une telle peinture à la sœur de Louis XIII qu'elle eut peine à le reconnaître; rien ne la frappa au premier abord, ni ses traits, ni ses manières, ni son esprit. Il se montra cependant grave, bon et tendre. Henriette ayant voulu se jeter à genoux et lui baiseï' la main, Charles l'arrêta : « Sire, lui dit-elle, je suis venue dans « ce pays de Votre Majesté pour y être à ses ordres » ; et elle fondit en larmes. Charles, touché, essuya ses yeux et l'embrassa. Rassurée par cet accueil, elle se remit bientôt, et comme le Roi, qui la croyait plus petite, regardait à ses pieds pour voir si elle n'était pas élevée sur des talons : « Non, Sire, dit-elle vivement en lui montrant « ses souliers , je ne suis que sur mes pieds; point d'arti- « fîce, c'est là ma taille, ni plus grande ni plus petite. » Les carrosses étaient prêts. Quand il s'agit d'y monter, les dilhcultés commencèrent. Le duc de Buckingham vint dire aux ambassadeurs français de la part du Roi, que les principales dames anglaises devaient entrer dans le carrosse de la Reine avec ^L et madame de Chevreuse et la maréchale de Thémines. Il excluait ainsi, au mépris

de toutes les règles, madame de Saint-Georges, autrefois gouvernante d'Henriette et de plus sa dame d'honneur. MM. de la Ville-aux-Glercs et d'Effiat, blessés d'ailleurs qu'on eût pour M. de Chevreuse d'autres attentions que pour eux, réclamèrent et obtinrent de Charles ce (ju'il avait eu l'imprudence de refuser aux prières de la Reine. Fière et sensible, elle ne sut pas dissimuler sa tristesse et garda un long souvenir de cette première blessure. A peine si on avait perdu de vue les côtes de France, et déjà l'Angleterre manquait à ses promesses.

On prit l'eau à Gravesend ', et bientôt Londres apparut sous son plus bel aspect, à travers la forêt de ses mâts. Le ciel était chargé, la chaleur accablante : un orage éclata; le tonnerre et l'artillerie grondaient ensemble, tandis que les cloches des églises sonnaient à toute volée. La barque royale s'arrêta devant Somerset house, palais assigné autrefois par le roi Jacqties à sa femme Anne de Danemark, et devenu le domaine d'Henriette-Marie. Mais l'activité, la richesse, la grandeur de sa nouvelle capitale touchèrent moins la jeune Reine que l'absence de toute réjouissance. Aucune de ces « gentillesses et galanteries^ » que la France avait prodiguées à la fille de Henri IV ne l'accueillit sur le sol de l'Angleterre. La noblesse ne vint pas la recevoir, la bourgeoisie ne prit pas les arni(>s ; la foule, j)lus curieuse que symj)athique, ne fit |)as retenlir l'air de joyeux vivat. Après avoir vu le cortège, elle se hâta de disparaître. Une immense incjuiétude s'était d'ail -

« Le 26j.iitj.

- TlLLlÈRES, p. 91.

leurs emparée de tous : la peste multipliait à Londres les victimes ' .

Ce qui avait dû causer le plus de surprise au peuple anglais, c'était assurément le défilé de la maison ecclésiastique de la Reine. Elle était considérable. A sa tête se trouvait, en qualité de grand aumônier, Daniel du Plessis de la Mothe-Houdancour '"^j parent de Richelieu, récemment promu au siège de Mende, homme d'un esprit cultivé et fin, d'un noble caractère, et auquel l'âge seul manquait pour remplir dignement sa place ^. Après lui venaient quatre aumôniers ordinaires, parmi lesquels les abbés de Saint-Germain et deFlavignv, trois chapelains, deux clercs de chapelle, douze prêtres de l'Oratoire. Le P. de Bérulle avait le titre de confesseur ordinaire, aux appointements de mille livres ^ . Sur l'état officiel il ne venait qu'au troisième rang : l'évéque de Mende tint à lui donner une

* GnizOT, Un projet de mariage royal, p. 356. — Bribhne, édit. Michaud et Poujonlat, p. 38. — Lingard, Histoire d'Angleterre, t. X, p. 91.

2 Fils de Pliilippe de la Moihe, chevalier, seigneur de Houdancour, Sacy, etc.. Un des frères de l'évcque, Philippe, duc de Cardonne, devint maréchal de France. Daniel, promu le 5 février 1625 à l'évèché de Mende, mourut le 5 mars 1628. — Voyez MorÉri, et le Dictionnaire de statistitjue religieuse, Migne, 1851, 2« part., col. 152.

3 TiLLiÈRES, III, p. 864.

^ Recueil des pièces concernant le règne de Louis XIII. Paris, Montalant, 1716, t. II, p. 402. — M. Guizot raconte qu'à Cantorbéry, où l'on s'était arrêté deux jours entre Douvres et Londres, le Roi ayant servi luimême la Reine, lui offrit du faisan; que comnie c'était un jour maigre, la veille de saint Jean-Baptiste, le confesseur de la Reine, le P. de Sancy, qui se tenait près d'elle, le lui rappela; qu'elle n'en tint compte et mangea en souriant le gibier du Roi, qui l'en remercia du regard » (p. 355). L'anecdote ne me paraît pas prouvée. On ne conçoit pas bien celte présence du confesseur de la Reine à un déjeuner intime, cette place si près d'elle qu'il peut lui faire des observations; en outre, le P. de Sancy n'était pas alors confesseur de la Reine, c'était le P. de Bérulle. De plus, Henriette se montrait alors fort blessée des procédés du Roi, ce que ne dit pas M. Guizot.

autre place. Lorsque la Reine communia pour la première fois dans sa nouvelle patrie , elle voulut imprimer à cet acte de religion la plus grande solennité. Ce jour-là une délicate attention de M. de la Mothe réserva au P. de Bérnlle la consolation de dire la messe et de commimier Henriette et sa maison. Tout se passa avec un ordre et un recueillement parfaits. La noblesse, qui s'était portée en foule à la chapelle, se retira vivement impressionnée, et quelques ministres, attirés, eux aussi, parla nouveauté du spectacle, ne purent s'empêcher d'avouer tout haut en sortant « que si l'intérieur répondait à l'extérieur, ils « n'avaient rien à dire, et que jamais ils n'avaient vu de « dévotion pareille, et respect et dignité semblables dans « les choses ecclésiastiques ' . »

Le désir de montrer en toute occasion ce qu'étaient des prêtres fidèles à l'esprit de leur état, décida le P. de Bérulle à accepter alors une proposition (pii lui fut faite de la part du Roi. Gomme il s'agissait d'installer à Londres les PP. de l'Oratoire, Charles offrit de les faire servir par les gens de sa maison. Ne point payer aux prêties catholicjues la pension qu'on s'était engagé à leur fournir^ et avoir auprès d'eux des « espions honorables " , tel ('tait, sous les dehors d'une offre obligeante, le double dessein du Roi. Quoique le P. de Bérulle l'eût pénétré aisément, il s'empressa néanmoins d'accepter, certain que la vue de ses disciples suffirait pour faire évanouir bien des préjugés.

' LeUre du V. de Bérulle à ^I. de Réthune, du 6 novembre 1625. (Archives nationales, M. 234, Anjjleterre, 44.)

2 a L'arjjent du pavs ne nous a point encore donné de mauvais air. « Lettre du confrère Chevreux, 15 août 1625. (Arcli. nal., M. 232, Angleterre, 4.)

A Londres comme à Paris, les PP. de l'Oratoire observaient scrupuleusement le silence hors des heures de récréation , la gravité dans la démarche , la modestie au réfectoire, où pendant toute la durée du repas on lisait à haute voix la sainte Ecriture : « Ceci joint à la sobriété «ordinaire en France, ravit en admiration les gens du « Roi. » Le P. de Bérulle en fit bientôt l'expérience. Les ministres anglicans et surtout des ministres français réfugiés, « plus violents et plus fins que les autres » , excitèrent par leurs propos indignes contre les prêtres français l'inquiétude du Parlement. Il voulut se rendre compte du genre de vie de ces étrangers, et manda à sa barre le maître d'hôtel qui les servait. Cet homme, « grand puritain, d'ailleurs courtois, poly et sincère, répondit à toutes les questions, que jamais il n'avait vu plus gens de bien que ces ecclésiastiques, hormis leur religion, et qu'il serait à souhaiter que tous les ministres d'Angleterre leur ressemblassent. » Puis, racontant leur manière de vivre, il en fit un tableau si flatteur, que les membres du Parlement renoncèrent à adresser au Roi des remontrances au sujet de la maison religieuse de la Reine'.

L'ouverture du Parlement avait en effet coïncidé avec l'arrivée d'Henriette^, et tout annonçait que cette session serait signalée par de graves incidents. Les oiateurs de lu Chambre des communes se montraient bien décidés à surveiller la cour et à prendre au maniement des affaires une part considérable. Res])ectueux envers la pejsoune du

1 Lettre du P. de lîcriille à M. de Bélliuiie, G novembre 1625. (Archive* nationales, M. 232, Aiij|leterre , 4.)

2 18 juin.

Roi, le Parlement professait sur l'étendue des pouvoirs du prince des doctrines de plus en plus restrictives, tandis que Charles, marchant dans la voie déjà ouverte par les Tudor, et cherchant des modèles sur le continent, rêvait pour le trône d'Angleterre l'autorité absolue qui prévalait en Espagne et en France. Avec le sentiment réfléchi ou instinctif de l'abîme qui se creusait de plus en plus profondément entre le Roi et la nation, l'un inclinant vers le despotisme, l'autre luttant pour la liberté, le Parlement affirma hautement sa j)rétention d'intervenir en toutes choses, politi(jue extérieure et politique intérieure, religion et finances, conduite du Roi et de ses ministres '.

Pour son malheur, Charles avait hérité du favori de Jacques. Il subissait le joug de cet ambitieux insatiable, qui, sachant la pénurie du Roi, ne s'en était pas raoin.s fait donner, outre tous les titres imaginables, des biens représentant une valeur de plus de sept millions. Vain , égoïste, sans souci des intérêts de son pays, sans vues politiques, le duc de Ruckingham ne songeait qu'à éblouir les femmes par le luxe de ses ajustements, qu'à écraser ses rivaux par l'étalage de sa puissance. D'une maladresse que lui cachait son orgueil, d'une fatuité qu'aucun obstacle n'arrêtait, il avait tiouvé le moyen, durant son court séjour en France, de s'attirer la haine de Richelieu et de faire à Louis XllI lui-même une de ces blessures que rien ne guérit. En Angleterre il était abhorré, et le Parlement ne pouvait plus supporter un homme; qu'on rendait responsable de toutes les fautes du règne précédent

> GuizOï, Histoire de Charles /", O*' édit., Didier, ISfiO, t. 1", liv. I".

et dont le pouvoir semblait (jrandir encore sous le faible Charles I".

A une opposition si menaçante , il fallait faire des concessions. Buckingham n'en trouva pas de plus naturelle que de flatteries vieilles passions du peuple anglais en lui abandonnant les catholiques, sans souci des traités dont la signature était fraîche encore, et en décourageant les Français qui avaient accompagné la nouvelle Reine. Par cet expédient lâche mais commode, il se vengerait, pensait-il, de la froideur que lui témoignait Henriette , forcerait Richelieu à compter avec lui et amènerait les choses à ce point que, pour rétablir la paix, il serait nécessaire de le renvoyer lui-même à cette cour de France , où il avait laissé des souvenirs exagérés encore par l'imagination intéressée et coupable de la duchesse de Chevreuse.

Le P. de Bérulle eut bientôt compris les desseins de Buckingham. Sa tristesse fut extrême, et la nécessité de se séparer de ses confrères l'augmenta encore.

Les ravages de la peste s'étendaient de jour en jour. Charles résolut de quitter Londres et de se rendre à Hampton- Court, la magnifique résidence du cardinal Wolsey. Le P. de Bérulle, avec le P. de Harlay, le P. Viette et le confrère Chevreux, accompagnait la Rein(î. Buckingham les suivit de près. Exaspéré de voir Henriette ne point rechercher sa protection, et oubliant tout ce qu'il devait non-seulement à une femme jeune et étrangère, mais encore à l'épouse de son Roi, il lui déclara que Charles ne j)ouvait plus supporter la manière dont elle vivait avec lui, que si elle ne changeait volontairement, il faudrait bien qu'elle le fit de force , et « qu'elle se rendrait la plus mal-

LA COUR D'AMGLETERRE. 27

« heureuse femme de l'univers. » — « Je reconnais bien « que vous me faites mauvais visage, mais je ne m'en « soucie guère , ajouta-t-il insolemment; car j'ai pour moi «la bonne volonté de mon maître'. » L'outrage était grand : Henriette sut se contenir et répondit avec dignité au favori. Mais quel ne fut pas son étonnement lorsqu'elle vit le lendemain le duc de Buckingham se présenter devant elle, et, dans l'espoir sans doute qu'intimidée par la scène de la veille, elle n'oserait le refuser, la supplier d'accepter sa femme, sa sœur et sa mère pour dames du lit! Henriette répliqua que la feue reine d'Angleterre n'en avait que deux, qu'elle en avait amené trois de France, de quoi elle voudrait bien se contenter, que néanmoins elle remettait cette affaire aux ambassadeurs de France, MM. de Chevreuse , de la VilIc-aux-Glercs et d'Effiat.

Ne doutant de rien , Buckingham se rendit aussitôt chez MM. de Chevreuse et d'Effiat; il leur exposa avec emphase les prétendus services qu'il pouvait rendre à la reine d'Angleterre, et n'eut pas de peine à convaincre les deux ainbassadeurs. La duchesse de Chevreuse, dont la conduite à Londres était un scandale, avait plus de souci de plaire au duc de Buckingham qu'à la fille de Henri IV, et intriguait auprès de son mari pour qu'il favorisât les prétentions du grand amiral d'Angleterre. Quant au marquis d'Effiat, il avait donné, lors de sa première ambassade

' Tn.LiÈnES, p. 93. Il existe aux Aixliives des Affaires étranfjères (Angleterre, 1626, t. XLI, fol. 247 et suiv.) une copie du discours de M. de Tillières publié par M. Hippeau (p. 88 et suiv.). Le manuscrit des Archives est beaucoup plus correct que celui dout M. Ilippcau a eu connaissance; il contient des variantes assez importantes. Je l'ai toujours suivi.

28 LE CAl'.DINAL DE BERULLE ET RICHELIEU.

auprès de la cour de Saint-James, de telles preuves de faiblesse, que le favori n'avait point à le redouter.

Quoique les instructions remises aux trois ambassadeurs leur fissent un devoir de se concerter ensemble, M. de la Ville-aux-Glercs n'avait point été prévenu. Il se douta néanmoins qu'on ourdissait quelque intrigue en dehors de lui, et « faisant semblant de savoir ce qu'il ignorait encore » il s'adressa à Gordon , un Ecossais vendu à Buckingliam, et lui dit qu' « on connaîtrait particulièrement quelle avait été leur intention. » Gordon conclut de ces mots que MM. de Chevreuse et d'Effiat avaient fait confidence du secret à M. de la Ville-aux-Glercs, et il lui découvrit tout le mystère. Celui-ci, indigné du procédé dont on usait envers lui, courut chez M. de Chevreuse : « Votre qualité vous fera « peut-être éviter la Bastille , mais il faudra que nous v « allions M. d'Effiat et moi, lui dit-il. Vous n'avez pu ni « dû vous engager à mon insu à faire une chose de cette " conséquence, qui infailliblement déplaira beaucoup à « Leurs Majestés. Je ne prétends pas jouer la comédie. « Vous n'avez donc qu'à voir lequel vous aimez le mieux, « ou de tenir la parole que vous avez donnée à Buckin- « gham , ou bien de satisfaire à votre devoir. Si vous y « manquez, je vais dépêcher sur-le-champ un courrier au « Roi pour l'avertir de ce qui s'est passé, »

Etonnés de cette sortie vigoureuse, MM. de Chevreuse et d'Effiat s'accusèrent mutuellement; mais ils durent céder. D'ailleurs M. de la Ville-aux-Clercs n'était pas seul à lutter'. L'évêque de Mende, d'accord avec le P. de

* Mémoires de Brîenne, I""* part., p. 41, Dans ïrnstntction de M. le

BëriiUe, représenta non moins éner^iquement quel scandale ce serait pour les catholiques, quelle offense pour le Saint- Père, quel péril pour la Reine de placer « des femmes si huguenotes » auprès d'elle dès son premier abord en Angleterre. Le duc de Chevreuse, intimidé, ne reparla plus de sa promesse à Buckingham, ce qui exaspéra ce dernier.

Le poids de sa colère retombait toujours sur la Reine. Comme on était en voyages continuels, chaque fois qu'après une halte il fallait remonter en carrosse, les discussions recommençaient au sujet des dames françaises. Charles donnait invariablement raison au favori, et, plutôt que de laisser monter madame de Saint-Georges dans le carrosse d'Henriette, il y faisait entrer, sans souci de l'étiquette, le marquis d Hamilton. Puis à peine étaiton installé dans un nouveau palais, que, sous les prétextes les plus fiivoles, d'autres scènes éclataient. La jeune Reine errait ainsi de château en château, de Hampton-Court à Windsor, de Nontsutche à Woodstock, sans que les noms de ces magnifiques résidences rappelassent à son souvenir autre chose que des désenchantements et parfois des outrages.

Tout pour le P. de Bérulle était à cette triste cour un sujet de peine. Dans ces canqiagnes si riches , si belles sous leur riante et vigoureuse végétation, ses yeux n'étaient frappés que par les abbayes en ruine, les temples profanés, la vue d'un peuple qui, quatre-vingts ans à peine après sa rupture avec l'Eglise, avait oublié tous ses bienfaits, et.

D. de Chevreuse allant conduire la reyne d Analeterre, il lui est |)r('S(rit de consulter le P. de Bérulle. (Arch. «les affaires étrangères, Angleterre, t. XXXIII, fol. 147.)

docile aux calomnies des ministres , nourrisssait contre elle une haine implacable ' , Il se demandait avec angoisse quels fruits les catholiques pouvaient se promettre d'une alliance dont on éludait effrontément dès le début les clauses les plus solennelles. Cette fdle de France, si pleine de charmes, si digne, malgré des défauts dont son âge seul était responsable, déporter une couronne, n'avait-il contribué à en faire une Reine que pour vouer à la douleur ses jeunes années, peut-être sa vie tout entière? Qu'allaitelle devenir seule et sans défense « en une terre qui a plus « d'orages et de tempestes que la mer Océane qu'elle avait « laissée en passant le détroit^? » Elle lui apparaissait, ce sont ses propres paroles, « comme un lys entre les épines « et non entre les roses » , ainsi qu'il l'avait espéré, et son cœur et sa foi s'unissant pour aggraver sa peine, il ne pouvait plus regarder sans pleurer la fille de Henri IV ^.

Pour la consoler, il lui parlait un langage qu'elle entendait, celui de la piété chrétienne. Elle souffrait comme catholique et comme fille de France; il voulut lui montrer, sur cette terre si chère, une âme dont elle pût admirer la grâce et imiter la fidélité. Le mois de juillet, où l'on se trouvait alors, ramenait la fête de sainte Madeleine, dont

1 On tiouve l'expression de l'étonnement et de la douleur du P. de Bérulle dans sa lettre du 16 novenibre 1625 à M. de Béthune déjà citée (Arcliives nationales, M. 232, Angleterre, 4) et dans ï'K/jtstre à la séréniss'nne reine de la Grande-Bretagne , en tète des Elévations.

2 Epistre , ete... On dirait que Bossuet s'est souvenu du P. de BéruUe lorS(|u'il parle de l'Angleterre, « plus agitée en sa terre et dans ses ports inêuie que l'Océan qui l'environne. » [^Oraison funèbre d'Henriette de France.')

3 Epistre, etc. Il est à peine besoin de faire remarquer au lecteur que les roses étaient autrefois les armes de l'Angleterre.

journellement, d'ailleurs, le P. de BéruUe invoquait le secours. Il eut donc la pensée d'entretenir sa royale pénitente des ineffables condescendances du Seigneur Jésus pour la sœur de Marthe et de Lazare. Henriette fut si touchée des discours de son confesseur qu'elle lui demanda de les mettre par écrit. C'était un ordre auquel le P. de BéruUe se hâta d'obéir. Quelques jours lui suffirent pour rédiger ses Elévations à Jésus-Christ sur sainte Madeleine '. Depuis bien des années déjà, éclairé dans la prière sur la vocation miraculeuse et la gloire éminente de la sainte amie du Sauveur, il avait, en outre, selon son inva-

1 Le titre complet est Elévation à J. C. iV. S. sur la conduite de son esprit et de sa grâce sur sainte Magdelaine, l'une des principales de sa suite et f/es" plwi signalées en sa faveur et en son Evangile. L'ouvrage fut imprimé en 1627 avez les approbations les plus louangeuses, à Paris, clie/ Nicolas Buon. Le P. Nicolas de Hralion de l'Oratoire le traduisit en italien et le fit paraître à Rome en 1640, in-12. En 1683 on en donna une édition in-32 cliez Roidiand, dans un style rajeuni, avec une approbation fort sèche du docteur Pirot, le même sans doute dont il est si souvent question dans la correspondance de Bossuet. — Le P. de Bérulle avait iusj)iré à sa Congrégation une dévotion toute spéciale à sainte Madeleine. Sa fête se célébrait du i-ite double de 2" classe avec Octave (Vovez Officia propria Confjregationis Oratorii Doniini Jesu. Parisiis, apud Collombat, 1715, in-12). Fidèle à la pensée du P. de Rérulb", le P. Roin-going a consacré à sainte Madeleine plusieurs méditations où l'on retrouve toute la doctrine du fondateur de l'Oratoire. (Le.v Vérités et excellences de J. C. JS. S., 6e édit., Paris, S. Huré, 1648, in-12, t. V, p. 480-556.) Le P. Lejeune en était, lui aussi, bien pénétré, comme le prouve son panégvrique i\v. sainte Madeleine. (Le Missionnaire de l' Oratoire. .., par le P. Jean Lejei;ne, Tolose, 1667, iu-12, t. IV, p. 1185.) Le P. de Réruile avait piopagé la même dévotion dans le Carmel, aidé dans cette œuvre par la Vénérable Mère Madeleine de Saint-Josepli. (Voyez sa Vie, par un Prêtre de l'Oratoire de J. C. N. S. Paris, in-4°, 1670, 2" part., cli. xvi, j). 549.) — La rapidité du tiavail du P. de Piérulle est prouvée clairement par les dates. Le 10 août il envoie son manuscrit en France avec prière de le communiquer à l'Oratoire, aux deux couvents et à la marquise de Maigncday. Or il était en Angleterre depuis moins de deux mois, en de continuels vo\ages et d'incessantes préoccupations. (Lettre autographe au P.Gibieuf, Archives nationales, M. 2-J2, Angleterre, 9.)

Fiable et prudente coutume , soumis ses pensées aux plus doctes et aux plus pieux j)ersonnages. Le P. Coton, après avoir considté ses confrères de la Compagnie de Jésus, le P. Gibieuf, esprit éloigné de tous les extrêmes, la Mère Madeleine de Saint-Joseph , aussi sage que sainte , s'étaient rendus garants de l'exactitude de sa doctrine'. Il était donc préparé au travail (pie réclamait la reine d'Angleterre. Néanmoins, pour écrire d'une plume aussi rapide ces pages, les plus solides, les plus élevées, les plus émouvantes qu'eut encore inspirées sainte Marie-Madeleine; pour entrer h cette profondeur dans l'analyse des opérations de la grâce ; pour se transporter à seize siècles de distance , avec celte vigueur de pensée , cette vivacité d'impression, cette tendresse de sentiment; pour se soustraire par une abstraction si complète à toutes les pensées étrangères au pieux objet de ses méditations, alors que lui-même, sans s'avouer qu'il fût malade, était contraint de se soigner^, que les courriers de France lui annonçaient le déchaînement d'un nouvel orage contre le Carmel et contre lui^, qu'à la cour d'Angleterre les créatures de Buckingham l'épiaient, le calomniaient, préparaient sa ruine; pour demeurer ainsi maître de son esprit et de sa

• Voyez une curieuse lettre du R. P. Coton an P. de Bérulle en date du 8 août 1618. (Les Carmélites et le cardinal de Bérulle, par M. HocssAYE. Paris, Pion, 1873. Pièces justificatives, it, p. 95.)

2 « N. R. P. se porte assez bien, Dieu mercy ; il a néantnioins grand u besoing de lait d'ànesse; nous lui en faisons |)rendre souvent ipioy qu'aux " champs et que nous fassions d'assez grandes journées. » Lettre du confrère Chevreux au R. P. Gibieuf (Archives nationales, M. 232, Angleterre , 4).

"^ Le différend du docteur Louytre avec lévèque de Saint-Pol de Léon, dont on trouvera le détail au cli. ii de ce \olume.

LA COUR D'A^GLEÏERHE. 33

j)liime, il fallait une rare éner(jie ou plutôt une force d'âme que Dieu seul communique à ses saints.

Quand l'écrit fut terminé, le P. de Bérulle l'offrit h la Reine. Rlle voulut le transcrire de sa main ; elle lisait et relisait sans cesse ce discours, où elle trouvait un « soulagement en ses ennuis, un entretien en sa solitude'. » Fruit précieux d'une direction sage et forte! « Afin de ne pas l'ef-

« faroucher, il faut lui tenir la bride légère dans tout ce

« qui n'est pas nécessaire au salut » , s'était dit à rori,",ine le prudent confesseur^; il avait beaucouj) j)lus compté sur le travail intérieur de la grâce que sur ses paroles, sur le temps que sur ses empressements personnels, pour faire disparaître certaines taches, pour donner à certaines vertus tout leur éclat. Bien loin de fatiguer Hemiette de sa présence, il ne la voyait presque jamais qu'au confessionnal, â la j)rière, à la messe; il ne lui parlait pas longuement. Aussi , eu respe(;tant sa liberté et celle de la grâce, il était arrivé bientôt à lui faire goûter les enseignements les plus austères de l'Evangile, à obtenir d'elle de généreux sacrifices, â lui inculquer si fortement les véritables maximes du chiistianisme, qu'elles lui étaient, au milieu de ses douleurs, non-seulement une consolation, mais une joie. Toute la maison de la Reine imitait son exem[)le. » Nous avons un couvent de l'Incarnation aussi

« bien que vous, » écrivait avec lui aimable sourire Henriette à la Mère Madeleine; « mais nous ne nous ac(|uit-

« tons pas trop bien de notre règle:... M. de Héiulh;

' Epistre à la Reine, en tèle de l'élévalion sur .sainte Madeleine. - l'.i-.-i paroles sont tirées d une sorte de rè{jle do (•ondiiit(' que le P. do Bérulle s'était tracée et fjui se trouve parmi ses papiers.

« qui est icy nous en dispensera'. » Propos enjoué qui prouve bien qu'aux yeux de la Reine, son confesseur n'était guère l'homme rigoureux et absolu que prétendaient ses ennemis.

Tout en excitant Henriette à mettre sa plus ferme confiance en Celui qui tient dans sa main le cœur des rois, le P. de Bérulle ne négligeait rien pour édifier la cour de France sur la situation faite à la sœur de Louis XIII et sur la déplorable mollesse des ambassadeurs. Aussi le 20 juillet Richelieu leur mandait que « le Roy « (était) extrêmement fasché du peu de facilité qu'il trou- « voit h l'exécution des choses promises. » Il leur commandait" de ne partir point que l'establissement de la Reine « ne fut faict et que le Parlement ne fût passé ^. » Mais le duc de Chevreuse, joué à la fois par sa femme et par Buckingham, trouva apparemment que du moment où on lui donnait la jarretière etde magnifiques diamants, les affaires de la France et de la Reine étaient en heureux état. Il profita de la clôture temporaire du Parlement, transféré à Oxford , pour retourner à Paris par la voie la plus directe avec M. de la Ville-aux-Clercs , tandis que le marquis d'Effiat partait sur les navires envoyés par l'Angleterre à la Rochelle.

Le même courrier qui apportait aux ambassadeurs des

instructions dont ils firent si peu de compte, était chargé

d'une lettre du cardinal pour le P. de Bérulle : « Je loue

« Dieu, disait le premier minisire, de ce que la Reyne fait

* Billet autof[iaj)lie de Ileniiette-Marie à la Mère-Madeleine. (Za Jeunesse de madame de Lont/iicville , A|)pendicc, notes du cli. i, v, p. 4ii2.)

- Pièce ori(;iiialo et inédite ^Arehivos des Affaires étrangères, Ainjleierre, tome XXXIII, foL 188.

« tout ce l'on pouvoit désirer de son aage. Par ce moyen « elle acquerra grande gloire devant Dieu et grand hon- « neur devant le monde, estant certain que si elle faisoit « autrement, on l'accuseroit ou de foiblesse naturelle, ou « d'avoir tant de passion pour le mary que Dieu lui a donné « en terre, qu'elle n'en auroit point pour celuy qu'elle « doit avoir pour iamais au Ciel. On vous envoyé » , ajoutait Richelieu, « les lettres que vous demandez sur le « subiect des dames du lict. Je trouve quelque péril à « accorder la femme. Il y en a aussy avec le temps à ne « l'accorder pas, de peur que l'on face pis. Partant on vous i( envoie doubles lettres , les unes pour demander la mère, « les autres pour accorder la mère et la fille, afin que vous « usiez de celles qui seront plus à propos, estant raison- « nable que vous qui estes sur les lieux faciez la décision « de cette affaire'... » Mais peu de jours après Richelieu, u qui désirait plus de vigueur au procédé de MM. les « ambassadeurs » , revient sur la concession faite dans cette lettre. « J'ay changé de pensée, » écrit-il, « estimant » qu'ils imputeront ce consentement à faiidesse ou à peu « de soin d'entretien des conditions du mariage et de zèle « pour la religion. Pourtant, me sousmettant à ce que sur « les lieux vous estimerez le plus h proj)Os, en mon parti- « culier je pense qu'il vaut mieux n'admettre aucune « huguenote, veu qu'avec le temj)s elles pourroient faire « des maux incalculables, et que je ne voy pas qu'on en « receust aucun avantage^. » Pour adoucir les Anglais il

' Pièce ori{;in.'ilc et inédite. (Archives des affaires étrangères, Angleterre, tome XXXIII, fol. 188.

2 Id., ibiJ., fol. 190.

35 LE CARDINAL DE BÉRULLE ET RICHELIEU, propose de rappeler en France madame de Saint-Georges et de la remplacer par la marquise de Muignelay. Il supplie qu'on pousse la iîeine à gagner peu à peu son mari par sa douceur et son affection, qu'on l'excite à prendre patience ; sans se dissimuler toutefois « combien il est diffi- « cile de porter un jeune esprit à une conduite dont le suc- « ces n'est pas présent. Cependant c'est à quoi vous devez u buter, conclut-il, et le tout avec la modération ordinaire « de M. de Bérulie, qui va insensiblement à ses fins'. » Le 1" août, nouvelle dépécbe, dans laquelle Richelieu laisse au P. de Bérulie le soin de décider s'il faut, oui ou non, exclure du service de la Reine l'Ecossais Gordon, vendu à Buckingham. « J'estime à propos que vous usiez «du pouvoir qu'on vous donne, quovqu'avec fermeté, « modérément, afin que le roy de la Grande-Bretagne v « prenne goust et que de ça personne n'ayt lieu de vous " blasmer^. »

N'être point blâmé en une mission pareille, était un espoir dont le P. de Bérulie ne se berçait pas. Le départ des ambassadeurs l'obligeait à prendre, d'accord avec l'évéque de Mende^, des résolutions dont il était d'autant

' Arcllives des AITairos ctr^in^^èics (Aitf/lctene, \XXIII,rol. 190), piùi-coriginale, de la main de Cliar|)enii('r, je crois. Elle ne porte ni dale ni suscripdon, mais elle est placée entre la dépêche du 20 juillet et une autre du 1''' août. Malgi'é la loiniinrc de la plirase que je cite, je la crois adressée au P. de lîéridie. liiclieiien, tians le feu de la dictée, cessait souvent de s'adresser à ceu\ à qui il écrivait, laissant à ses secrétaires le soin de remanier la forme de ses letties.

2 De Courance, l^r août 1625. (/</., iOui., fol. 191.)

^ Le comte de Tillières était aussi consulté, mais il n'avait alors ni le titre ni les fonctions tran)l)assadeur, loniine le disent à tort Goiijet et Taliaraud. Madame de Tillières était seconde dame de la chambre du lit. Quant à M. de Tillières, Lien qu'il eii soit sans cesse question dans les dépêches, il ne figure pas sur l'état de la maison de la Reine publié dans le Recueil de

plus difHcile à la cour de France de mesurer la portée qu'on y était mal renseigné sur l'Angleterre , grâce à la coupable connivence du duc et surtout de la duchesse de Ghevreuse avecle duc de Buckinghara.

Le favori, pendant ce temps, se voyait en butte aux

attaques du Parlement. Le 6 août 1G25, dans laChanibie

des comnmnes réunie à Oxford, un orateur qui passait

pour modéré , sir Robert Gotton , après avoir rappelé la

part prise par le Parlement sous d'autres règnes au choix

des conseillers et des ministres du monarque, concluait

en ces termes : " Puisque le Roi s'est entouré de conseillers

« sages, pieux et honorables, nous souhaitons que, de

'< concert avec eux, il porte remède aux maux de l'Etat,

« et ne se laisse jamais guider par un seul homme, ni

« par de jeunes conseils '. »

Buckingham eut peur, et comprenant (pi'il fallait à tout prix adoucir le Parlement, il mit à exécution le projet qu'il nourrissait dej)uis longtemps : il proposa de renouveler tous les édits contre les catholiques et de renvoyer sur l'heure même tous les Français. Plus honnête que le favori, la Ghambre des communes refusa une offre dont l'acceptation eut été la plus cruelle injure pour le roi de France. Quant au renouvellement des lois contre les catholiques.

pièces concernant rhistoire de Louis Xfll, cité |)lus haut. Par contre, dans un document conservé aux Arcliives des affaires étr;m{ièros en date du 2C mai 1625, ayant pour titre : J^lat de ditlriliulion de la somtue de cinquante-huit mil livres qui seront pris sur les menus plaisirs de la Reyne d'Ant/lcIerre , yi ne trouve pas madame de Tillières, mais Inen au Sieur comte de Tillières 4,000 livres. Est-il porté à la place de sa femme? ou Lien la reine d'Angleterre se réservait-elle de faire un traitement à quelquesuns de ses serviteurs? Je ne sais. (Anqleterre, XXXILI, fol. 135.) 1 Histoire de Charles /<"", par M. Guizor, 9'' édit., liv. l", p. 1.37,

38 LE CARDlJsAL DE BÉRDf.LE ET RICHELIEU.

la Chambre ne voulut les discuter qu'après avoir reçu l'assurance du duc de Buckingham et du comte de Carlisle, que si le roi de France avait pris tant d'intérêt au sort des catholiques anglais et exigé même des garanties en leur faveur, c'était pour adoucir le Pape et obtenir de lui la dispense; mais qu'au fond, il comprenait bien l'impossibilité où se voyait le roi d'Angleterre de tenir des promesses de ce genre. Le Parlement rassuré passa outre. Après quoi , nullement désarmé par le méprisable expédient du grand amiral , il reprit l'examen de ses griefs, et ne songeait à rien moins qu'à décréter d'accusation le favori et à faire son procès , lorsque Charles indigné prononça la dissolution.

On pouvait croire que , débarrassé de témoins et d'accusateurs incommodes , Buckingham laisserait les catholiques en repos. Il n'en fut rien, et avec un acharnement étrange, malgré l'avis des membres les plus sages du conseil , il poussa Charles P"" à décréter par lui-même la loi que le Parlement n'avait pas eu le temps de voter'.

A cette nouvelle , le P. de BéruUe se rendit chez l'évêque de Mende et le supplia de voir le Roi et le duc de Buckingham. L'évêque, craignant de faire une fausse démarche, s'excusa d'abord; le P. de Bérulle insista. « Il n'y a point d'ambassadeur ici, lui dit-il; à défaut d'instruction , nous devons supposer la volonté du Roi trèschrétien ; il serait honteux que pas un ne parlât en cette occasion. » Touché de ce discours, le prélat vit le Roi et le favori; il leur parla à tous deux avec prudence, dignité

1 Bibliollièque nationale, Fonds Dupnv, t. CDUl. Letiic de l'évèquedc Mende du 18 août.

et force. Charles répondit, non sans une certaine hauteur, «qu'il en avait écrit au Roi très -chrétien et qu'il s'en « accommoderait bien avec lui. » Quant au duc, il le prit sur ce ton insolent qui lui était familier ' .

Peu de jours après l'entretien du grand aumônier et du grand amiral, au moment où le P. de Bérulle, qui venait de dire la sainte messe, quittait ses vêtements sacerdotaux , le sieur Gordon vint le trouver et lui dit que le duc de Buckingham l'accusait de conspirer sa ruine. « Voilà un péché dont je ne me suis point accusé à mon « confesseur avant ma messe, et duquel je ne me veux point « justifier, » répliqua le P. de Bérulle ; « je suis fort assuré « (d'ailleurs) que ceux qui m'en accusent n'en croient « rien, et il leur faudrait beaucoup parler avant d'en rien « faire croire en France, ni même en Angleterre. Je suis « résolu de n'en point faire parler à M. le duc. S'il m'en « parle lui-même, je sais bien ce que j'aurai à dire. — i< Je ne suis facile ni à croire, ni à m'émouvoir » , ajouta froidement le P. de Bérulle. Gordon, saisi du ton avec lequel le confesseur de la Reine lui répondait, se hâta de battre en retraite, déclarant que lui-même n'ajoutait aucune foi au propos qu'il venait de lui rapporter, mais qu'on ne pouvait empêcher les {jens de parler.

Désormais l'expulsion du P. de Bérulle et de l'évêque de Mende était résolue dans l'esprit du favori, qui s'empressa de les dénoncer l'un et l'autre en France. Le P. de Bérulle l'avait prévu, et, racontant à Richelieu l'intervention du jjrélat : « Cette couipe est toute mienne,

* Lettre auto{;ra|)hc du P. de Bérulle à Rirliclieu, du 31 août 1625 (Archives des Affaires étrangères, Angleterre^ XXXIII, fol. 201 cl suiv.)

4a LE CARDINAL DE I!ÉHI:LLE ET IlICIIELIEU.

« lui dit-il, si vous jugés qu'il ayt fully de parler sans « charge. » Du reste, se rendant parfaitement compte des manœuvres du duc, qui venait de se réconcilier avec madame de Saint-Georjjes: « N'estois que i'apprends en ce « pays })lus qu'en aucun du monde où i'aye esté à ne « ra'estonner de rien, continuait-il, ie me feusse estonné « après tant de mespris et de façons brauasches, d'un « procédé si humble et, si j'ose dire, si abiect, si ce n'est « qu'ils avment miens changer de batterie et s'attaquer u à nous qu'à madame de Saint-Georges. l'entens ù '<■ monseigneur l'évesque de Mande , ou à mov ou à tous « deux ensemble. Je ne sçay pas quel sera le succès. .< Mais je scay bien que ie n'en ay ny grand peur ni grand " pœne '. »

Au moment ou le cardinal recevait cette lettre , Louis XIII, instamment pressé par lui, venait de se décider à envoyer en Angleterre un ambassadeur extraordinaire pour réclamer l'exécution du traité de mariage, et son choix s'était arrêté sur M. de Blainville^. On ne tarda pas à en être informé auprès de la Reine, Depuis la dissolution du parlement, elle avait quitté le vieux manoir de Woodstock pour venir s'établir dans un château du comte de Southampton, \VinchHeld^. Elle continuait à y mener la

' Même lettre.

2 Jean de Varigiiiez, seigneur de Blainville, conseiller d'Etat, premier fjentilliomme de la chambre, maître de la garde-robe, lieutenant an gouvernement du bailliage de Caen. Il mourut à Issy, le 26 février 1628.

3 II est dilHcile de découvrir les vrais noms, surtout quand il s'agit de noms anglais, sous l'ortliojjraplie fauiastique du dix-septièmo siècle. Til- Hères dit Lichlield (p. 99), dont Hiclielieuqui copie Tillières en l'abrégeani a fait TiiliHI ( Méiiioiies, livre XVI, p. 499). Or, je trouve bien sur la carte Licbfii.ld, mais à 110 milles de Londies et sur la route de Stralford,

LA GOUli D'ANGLETERRE. 41

i)lus triste vie du monde. Charles la laissait seule pendant toute la semaine. Le samedi seulement, parfois le dimanche, il oubliait la chasse pour se souvenir de la Reine. Mais ces courtes apparitions étaient le plus souvent assombries par des reproches violents et amers. Quant au duc de Buckingham, toujours dominé par son humeur fantasque, il semblait à certaines heures se réconcilier avec sa souveraine. Il lui tenait alors des propos chevaleresques, lui ména^jeait de petites fêtes et d'a^jréables divertissements; puis, tout à coup, reprenant ses airs hautains, et comme s'il eût redouté que le Roi, aimant davantage la Reine, n'échappât à son empire, il excitait de nouveau le faible Charles contre l'infortunée princesse. Les serviteurs d'Henriette étaient indignés. La nouvelle de la prochaine arrivée de M. de Blainville leur donna d'abord quelque espoir, bientôt troublé par une sérieuse; inquiétude. Les dépêches ne disent pas tout : un chiHre peut être facilement traduit. Kût-on tout écrit, cela ne suffisait pas. Si peu estimés (jue fussent le duc et la duchesse de Chevreuse, ils plaidaient habilement la cause du roi d'Angleterre et du favori ; leurs critiques n'épargnaient ni la conduite de la jeune Reine, ni celle de ses conseillers. Il importait donc souverainement d'instruire Louis XllI et le cardinal-ministre de l'état véritable des affaires d'Angleterre. L'évêque de Mende et le comte de Tillières, après s'être consultés, furent d'avis fjue

tandis qu'à 40 nulles de Sontliamplon, je vois Winchfield. Ce lieu me semble repondre aux indications du confrère Ghevreux qui parle d'aller à trente lieues de Woodsiock, « tirant vers la lîrctafjiic. •> De plus, nous savons que le P. do nérulle s"end)arqua à l'orstmoutli, qui n'est pas fort éloi(>né de Winchfield.

le confesseur de la Reine devait se rendre en France au plus tôt'. Henriette le jugea également nécessaire; elle se consolait d'ailleurs de cette séparation en songeant qu'elle serait de fort courte durée. « J'envie votre bonheur de voir M. de BéruUe, écrivait-elle à la Mère Madeleine. Je l'ai « laissé aller à mon regret, mais ce ne sera que pour un « mois tout au plus*. » Autres étaient les pressentiments du serviteur de Dieu. Il s'en ouvrit discrètement au P. de Sancy, en le prévenant d'avoir à se trouver auprès de la Reine pour la fête de la Nativité. « Il faut, » ajoutait-il, '< luy « parler' peu, luy parler avec douceur et respect, et ne la « pas charger ny presser^. » Ayant ainsi pourvu au plus nécessaire, le P. de Bérulle ne voulut pas avoir l'air de fuir. Il prit congé du Roi, de la Reine et duduc de Buckingham. Mais aussitôt sorti de l'audience, persuadé qu'on allait tout tenter pour retarder son départ , il gagna la côte en toute hâte et se jeta dans un navire qui faisait voile de Portsmouth vers la France. La mer était mauvaise, le vent soufflait avec violence. Une tempête furieuse éclata. Les passagers pleins d'angoisse adressaient au ciel les plus ardentes prières pour la conservation de leur vie. Tranquille comme à son ordinaire, quoique malade, le P. de Bérulle n'avait qu'une crainte, celle d'arriver trop tard le lendemain pour dire la sainte messe, ou d'être obligé, par son mal, de prendre quelque nourriture. Avec la sim-

1 Lettre de l'évêque de Mende du 5 septembre. Bibliothèque nationale, Fonds Brieniie, n" 51.

-"Le billet d'Henriette, daté du 25 août 1625, a été publié par M. Cousin. (La Jeunesse de madame de Longuevillc, Appendice. Notes du ch. i, n« VI, p. 432.)

3 Cité par le P. Batterel, Vie manuscrite, liv. V.

plicité des enfants de Dieu, il recourut à sainte Madeleine afin d'en obtenir de n'être point privé de communier. Le ciel s'éclaircit, le vent tomba, et, contre toutes les prévisions des matelots , à neuf heures du matin on entrait au Havre de Grâce'. Le P. de Bérulle ne se donna que le temps d'offrir le saint sacrifice et partit en poste pour Paris. Il V arrivait alors que le duc de Buckingliam le croyait encore à Londres. Malgré le retard causé par la tempête, il avait fait près décent trente lieues en cinq jours ^. La cour se trouvait à Fontainebleau; le P. de Bérulle s'y rendit en toute hâte. Introduit auprès du Roi et de la Reine mère, après avoir reçu leurs félicitations pour la résolution et la promj)titude qu'il avait montrées dans son voyage, il leur exposa en grand détail la situation de la Reine, de la cour, des affaires d'Angleterre^. Quand le P. de Bérulle eut achevé, Louis XIII l'emmena dans la salle du conseil et lui ordonna de répéter devant les ministres ce qu'il venait de lui dire en particulier. Le pieux négociateur obéit, et, comme il négligeait de redire certains détails, le Roi, attentif et préoccupé, les lui rappela. A la suite de ce discours, Louis XIII déclara à son conseil, le P. de Bérulle présent, que sa volonté était u d'appuyer et de protéger la Reine sa sœur et de faire observer scrupuleusement toutes les clauses du traité et toutes les promesses du mariage*. »

* HABKnx DE CÉiusy, liv. II, eh. xii, p. 507.

^ Il était «à quarante lieues par de là Londres n . Lettre du P. de Bérulle au P. Rertin, du 21 novembre 1G2.'), dictée et siynée. (Arcliives nationales. M. 242. Angleterre, 4, 15.)

3 Le P. Le Rat. Vie manuscrite , liv. III, eli. vm.

^ Lettre du P. de Rérulle à la reine d'Angleterre {^OEuvics coiiijilèles. Éd. de 1057, in-fol. Lettre CLXXVII, p. 859.)

Déjà, à la date du 4 septembre, on avait rédigé pour M. de Blainville des instructions dans lesquelles il lui était enjoint de conférer des points les plus délicats de sa mission avec le P. de Bérulle que la cour croyait toujours en Angleterre, avec l'évéque de Mende et avec M. de Tillières'. Mais tout en recommandant à l'ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté d'obtenir les satisfactions auxquelles la France avait droit, on gardait dans ces premières instrîictions un ton fort modéré. Le retour inopiné du P. de Bérulle ouvrit les yeux à tous sur la conduite outrageuse pour la France du roi d'Angleterre envers la Reine son épouse et les catholiques ses sujets. Richelieu modifia les premièies instructions et en remit de nouvelles à M. de Blainville, plus nettes, plus énergiques^. On fil mieux encore. M. de Blainville s'occupait à Paris de ses derniers préparatifs de départ. Un ordre du Roi le manda sur-le-champ à Fontainebleau afin

• Lettres du cnrdiiiai «le Richelieu..., publiées pai- M. Avenel, t. II, Lettre LIX, p. 124, 129.

- Dans le prcainl)ule de cette seconde instrurlion, en date du 17 septembre (^Lettres, t. II, p. 137), le Roi déclare tju'il a été informé par le retour de M. le duc de Chevreuse et des sieurs de la Ville-aux-Clercs et uiarcpiis d'Effiat , de l'état où ils ont laissé les affaires de Sa Majesté en Angleterre... « et najuèrcs par le retour du P. delJérulle. n Je crois devoir attribuer le changement des instructions au retour du P. de Bérulle et au lanjiajjo (pi'il tint au Roi, parce motif tpie lors de la rédaction de la première instruction en date du 4 septembre, M. de Chevreuse et M. de la Villeaux-Clercs étaient déjà de retour en France. Dès le 21 août 1625 [Lettres, p. 110), Hiclielieu écrivait à ce dernier pour presser l'envoi en Anijieterre de M. de Blainville. A la date du 4 septembre, le cardinal était donc [)arfaitement au courant de tout ce que |)ouvaient lui dire les ambassadeurs. D'où il suit que ce n'est pas à leur influence, mais à celle du P. de lîérulle appuyant de vive voix les ren<ci;[iu'ments envoyés d'Aujjleterre par l'évéque de Mendc et le comte de Tillières, (jn'il convient d'attribuer cette seconde instruction. La lettre du P. de liénille à la reine d'Angleterre, citée plus haut, ne permet aucun doute à ce sujet.

l.A COUR D ANGLETERRE. 45

qu'il conférât avec le supérieur de l'Oratoire. Celui-ci pouvait donc écrire à la reine de la Grande-Bretagne : « Si Vostre Majesté n'oublie pas la France, la France ne u vous oublie pas; ie voy vostre nom, vostre mémoire et « vostre affection empreinte dans le cœur du Roi et de la « Reyne mère plus que iamais. Ils m'ont commandé de « vous écrire et de vous exhorter de leur part à rendre « comme vous faites l'honneur et le respect dus au Roi, « bon accueil aux grands, bienveillance aux catholiques, « affection à tous, et im zèle, courage et constance dignes n de vostre naissance et grandeur en l'exercice de la reli- « gion et piété chrétiennes. Faisant ainsi, vous servirez <; Dieu, et Dieu vous servira. »

Le duc de Buckingham cependant ne perdait pas de vue le P. de Bérulle. Redoutant son influence à la cour et les témoignages accablants qu'il pouvait accumuler contre lui, il envoya sur ses traces un certain Gerbières, avec charge de se plaindre au Roi du supérieur de l'Oratoire « qui avait conspiré et attenté en Angleterre contre la vie et la fortune du duc '. " L'évêque de Mende et le comte de Tillières étaient accusés d'avoir trempé dans le même crime. Gerbières ne faisait du reste aucun mystère de ses démarches. Un jour que le P. de Bérulle s'était rendu auprès de Richelieu, alors malade et retiré dans cette belle maison de Limours, autrefois construite j)ar François I"

' Une de> causes, |)arait-il, de la haine de IUu:kinp,liain contre le V. de Bérulle était l'aniilié que celui-ci avait contractée avec Williams, cvèquc do Lincoln et {jarde du {jrand sceau d' An(ileterre, auquel il annon(;a en confidence que l(! Favori voulait le perdre, ce que l'événcincnt confirma. Je n ai pu vérifier dans les jiapicrs du temps l'exactiuidiî de cette alli';;alioii de Levassor. [Histoire du règne de Louis XIII, liv. XXII, p. 172.)

Ji6 LE CARDINAL DE BÉRULLE ET RICHELIEU.

pour la duchesse d'Etampes, il se rencontra avec l'agent de Buckiiigliam qui sortait de chez le cardinaP, Malgré les témoignages d estime et les démonstrations d'amitié que Richelieu prodiguait alors au P. de Bérulle, il ne 1 aimait pas^. On peut supposer que les calomnies de Gerhières laissèrent au moins quelques doutes dans son esprit. Soit que,

1 Lettre du V. de Bérulle à la reine d'Anglcterrre. Paris, 26 octobre 1625. (OEuvrex complètes, Lettre CLXXIX, p. 861.)

2 Sans accumuler ici des détails qu'une simple note ne comporte pas, il importe de répondre à une calomnie de Richelieu. Dans le portrait célèbre qu'il a tracé du P. de Bérulle au livre XX de ses Mémoires, t. V, p. 63, il s'exprime ainsi : « Ledit sieur de Bérulle fut destiné pour aller en » Angleterre où il eut une conduite du tout particulière, car il n'eut d'autre « but que de tenir la Reine mal avec le Roi, et lui donner aversion de sa u personne; ce qui réussit si mal, (jue de là s'ensuivit beaucoup de mau- 1" vais ménage et l'éloignement des Français. »

Autant de mots, autant d'erreurs.

1° La conduite du P. de Bérulle était si peu particulière, qu'il ne fit rien que d'accord avec l'évêque de Mende, parent et créature de Richelieu, et avec le comte de Tillières. Les Mémoires de Tillières et les dépêches de Richelieu lui-même citées dans ce chapitre le prouvent avec la dernière évidence.

2" Il faut une résolution bien arrêtée de calomnier un adversaire pour le rendre responsable comme le fait Richelieu d'une situation qu'il ne créa nullement. Les Mémoires de Brienne, les Mémoires de Tillières, les Mémoires même de Richelieu, lorsque son aversion pour le P. de Rérulle ne l'aveugle pas, expliquent par de tout autres motifs les tristes commencements de l'union d'Ileurietie de France. Ajoutons que les dépêches inédites de Richelieu citées dans ce chapitre donnent un démenti formel à l'assertion d(!S Mémoires. Richelieu loue la « modération ordinaire de M. de Bérulle ». Il lui abandonne la décision de l'affaire de la dame du lit, etc..

3" Quant à l'expulsion des Français, on sait fort bien , et j'en donnerai plus bas toutes les preuves (chap. m), que le P. de Béiulle, de près ni de loin, ne saurait en être responsable. C'est Bucklngham qui lavait résolue.

La calomnie de Richelieu a trouvé un écho — très-adouci, il est vrai, — dans les Mémoires de madamede Motteville. F.lle dit que « la Reiued'Angle- « terre, aussitôt après son mariage, eut à souffrir quelques chagrins qui luy « arrivèrent par imprudence des personnes, qui avaient eu 1 honneur de u la suivre... » La Reine retrouva son mari quand Buckingham eut cessé d'exister. Lan luinne madamede Motteville», comme l'appelle M. Cousin, a cru ici sur parole les intimes de madame de Chevreuse.

SOUS le coup de cette impression, il crût devoir se montrer plus déférent envers le favori de Charles I", soit qu'il craignît les extrémités auxquelles le (jrand amiral d'Angleterre était capable de se porter contre le confesseur de la Reine, Richelieu ne parla plus au P. de Bérulle de quitter de nouveau la France. 11 avait d ailleurs besoin de lui immédiatement, à Paris même, pour une négociation grave, pressante, et qui n'aboutissait pas.

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