L'ORATOIRE
Saint Charles Borromée, saint Philippe de Néri et César de Bus. — Institution de l'Oratoire en France. — Régime intérieur. — Opposition de la Compagnie de Jésus. — Propagation de l'Oratoire. — Mémorial pour la direction des supérieurs.
Dès 1546, les Pères du Concile de Trente avaient reconnu, qtf afin de guérir les maux du clergé , il fallait former une nouvelle génération de ministres des autels , et , pour cela, ouvrir à la jeunesse non plus seulement des académies savantes, mais des séminaires 1 . Leur conseil avait été entendu. En exécution du décret qu'ils rendirent, saint Charles Borromée
* Décret. Concil. Trid. de Reform Sess. 23, ch. xvm.
fondait des séminaires dans son diocèse de Milan. Ému aussi peut-être par cette puissante exhortation, saint Philippe de Néri, « ce prêtre si transporté de l'amour de Dieu, dont le zèle était si grand et si vaste, que le monde entier était trop petit pour l'étendue de son cœur, pendant que son cœur même était trop petit pour l'immensité de son amour S » saint Philippe de Néri réunit, en 1550, déjeunes ecclésiastiques qui partageaient avec lui le soin d'instruire les enfants et qui furent nommés Oratoriens, parce qu'ils se plaçaient devant l'Église pour appeler le peuple à la prière \
1 Bossuet, t. n, p. 475.
* Cf. Œuvres de Béruîle, p. 4 291 , lelire CLXV. « En cette petite congrégation, nous honorons et faisons la fête de saint Philippe de Néri, comme l'un de ceux dont il a plu à Dieu se servir entre les prêtres de ce siècle pour renouveler l'état et la grâce de la prêtrise, et comme éminent en cette profession. »
Ib. f p. 4248, lettre CXXI. « Je vous prie de mander par toutes les maisons, comme nous estimons être de notre devoir d'honorer saint Charles en qualité d'un des saints principaux et tutélaires de notre petite congrégation, comme
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De pareilles institutions n'étaient pas moins nécessaires à la France qu'à l'Italie. Et déjà en 1592, César de Bus créait à Avignon une congrégation de prêtres, qui, voués d'abord à
ayant eu en ce siècle l'esprit de direction et perfection au regard de l'état ecclésiastique et en grande éminence. »
Ib. p. 1304. Lettre à la reine, mère du roi, présentée en Tannée 1615, 3 novembre, pour lui offrir et dédier la Vie de . saint Charles Borromée, traduite par un prêtre de l'Oratoire de Jésus-Christ. « La naissance de V. M. et son extraction vous fait parente d'un grand saint. Alliance très-heureuse et trèshonorable ! C'est le grand et illustre cardinal Borromée , l'ornement rare, le fondement solide et la lumière vive de l'Italie en notre siècle !
« J'estime que cet ouvrage ne sera point inutile à notre France. Ses prélats y verront un prince de l'Église, un archevêque et cardinal tout ensemble, plus orné de vertus que du pourpre qui l'environnait en sa vie , que même des miracles qui Tout suivi après sa mort. Prélat humble en sa grandeur, et austère dans les délices de la cour, rare en piété envers Dieu , et singulier en respect vers le Saint- Siège; ardent au salut des âmes et insatiable en la soif de la gloire de Dieu; fort et constant dedans l'adversité; modéré
et retenu dedans la prospérité Nos prétendus réformés
qui font partie, et parti en cet État, verront ce prélat jeune et en la fleur de son âge, inopinément assailli d'un monstre d'impudicité par l'artifice d'autrui, sortir de ce rencontre comme un autre Joseph, à la confusion de Satan et de cette femme impudique, étonnée de la faiblesse de ses attraits et de la force de cette âme constante, pure et sainte. Bien loin «les
Pinstruction des enfants de la campagne, occupèrent bientôt de nombreux collèges sous le nom de Pères de la Doctrine chrétienne , ou Doctrinaires. Mais il fallait plus encore; il fallait, pour introduire au sein du Clergé une réforme utile, établir un Ordre qui ajoutât à l'exemple de ses vertus l'autorité que donne la science, et qui, distinct du siècle par son esprit, y fût mêlé par ses devoirs. L'Ordre de F Oratoire offrait des convenances particulières pour l'exécution d'un pareil dessein, et M. de Bérulle apparaissait à tous comme l'homme unique qui le pût réaliser. Aussi ne cessait-on de le presser sur cet objet.
• Il y a longtemps, écrivait en 1606 ma-
effets prodigieux d'un Luther , qui en un âge plus avancé , agité des fureurs et des flammes de sa chair , comme un taureau indompté, rompt la barrière de son cloître et de ses doubles vœux pour se lier publiquement à une nonain, par un double inceste et sacrilège ; et donner commencement et conduite à son Eglise réformée, par les enthousiasmes de cet amour infâme et impudique, digne des flammes temporelles et éternelles. »
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dame Acarie au père Cotton , que je presse M. de Bérulle d'entreprendre cet établissement, et il ne veut pas le faire ; mais il faut qu'il le fasse. Aidez-moi à l'en persuader. » François de Sales, le chancelier de Sillery, à qui Baronius, général de l'Oratoire, avait inspiré une véritable admiration de l'Ordre, joignirent leurs instances à celles de madame Acarie. Le cardinal de Joyeuse mettait à la disposition de Bérulle une somme considérable. La marquise de Meignelay déclarait ne désirer rien tant que de consacrer à cette œuvre toute sa fortune, tandis que son frère, M. de Gondi, évêque de Paris, témoignait hautement en attendre l'exécution. Enfin la reine régente, Marie de Médicis, promettait sa protection et ses encouragements, continuant de la sorte la propagande religieuse qu'elle avait, depuis longtemps, commencée l .
1 c Cependant comme la reine s'emploie à tenir les hérétiques dans les bornes de leur devoir, elle fortifiait la religion et
Après plusieurs années de résistance, Bérulle dut céder ou plutôt obéir. Mais il aurait voulu du moins décliner la responsabilité de la direction et sollicita tour à tour François de Sales et le docteur Gallemant de se mettre
à la tête de la communauté. François de Sales, depuis peu évêque de Genève, s'excusa sur ses devoirs ; Gallemant sur son âge. Obligé ainsi de se charger lui-même d'un gouvernement qu'il redoutait, BéruIIe ne songea plus qu'à donner à l'Ordre une constitution qui en assurât la perpétuité et l'influence pour le bien des âmes.
* Disposition notable et profondément sensée
le culte de Dieu par rétablissement de plusieurs congrégations de religieux réformés dans la ville de Paris. Les Carmes déchaussés furent établis au faubourg SainMjermain ; les Jacobins réformés au faubourg Saint-Honoré ; le noviciat des Capucins et un monastère d'Ursulines au faubourg Saint- Jacques ; de sorte qu'on pouvait dire que le vrai siècle de saint Louis était revenu, qui commença à peupler ce royaume de maisons religieuses. » Histoire de la Mère et du Fils, t. I, p. 237.
l'oratoire. 419 de cet éminent esprit ! Tandis que trop souvent les fondateurs d'Ordres semblent avoir à cœur d'imprimer à leurs instituts une marque qui leur soit propre, Bérulle préférait de beaucoup aux sentiers qu'on se trace à soimême la grande route de la tradition. Il s'enquérait de ce qui s'était pratiqué avant lui et tournait son zèle à mieux faire que ses prédécesseurs, mais non point à faire autrement.
Par conséquent , de même qu'il n'avait rien négligé pour que les Carmélites espagnoles vinssent communiquer au Carmel français l'esprit de sainte Thérèse, il s'efforça d'attirer au nouvel Oratoire quelques disciples de saint Philippe de Néri. Cette tentative avorta. Dirigeant alors ses vues d'un autre côté, il essaya
de se recruter parmi les Doctrinaires. Mais un nouvel échec le détermina à prendre décidément et isolément un parti.
Il loua donc au faubourg Saint-Jacques l'hôtel du Petit-Bourbon, qui occupait une partie
du terrain où l'on bâtit depuis le Val-de-Grâce. C'était rester dans le voisinage de ses chères Carmélites. Ce fut là que le H novembre 1611, s'établirent avec M. de Bérulle, sous le titre de Prêtres de l'Oratoire de Jésus, Jean Bence de Rouen , Jacques Gastaud de Niort, tous les deux docteurs de Sorbonne ; Paul Métézeau de Dreux, François Bourgoing, bacheliers de la même Faculté, et P. Caron, qui se démit de sa cure de Beaumont. Au mois de décembre de la même année , des lettres patentes déclaraient la maison de fondation royale; le 2 janvier 1612, ces lettres étaient enregistrées au Parlement, et le 18 octobre l'évêque de Paris donnait son approbation.
Restait à obtenir de Rome une bulle d'institution. Alors commencèrent les embarras et les lenteurs.
M. de Bérulle, voulant concilier l'obéissance qui convient à des prêtres avec la liberté nécessaire à un Ordre séculier, demandait que,
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pour l'extérieur, les membres de l'Oratoire fussent soumis aux évêques, mais que, pour l'intérieur, ils ne relevassent que du pape. De plus, l'Oratoire de France différait de l'Oratoire d'Italie sur un point essentiel. Car, tandis que les maisons des Oratoriens étaient en Italie indépendantes les unes des autres, elles ne devaient former en France qu'un seul et même corps. La Cour romaine ne laissa pas que d'incidenter beaucoup. Mais M. de Soulphour, qui représentait auprès du Souverain- Pontife les intérêts de l'Oratoire, finit par lever les obstacles, et Paul V expédia la bulle le 10 mai 1613. 11 accordait même au fondateur pleine liberté de rédiger le règlement de l'Ordre, sauf ratification ultérieure du Saint- Siège.
En effet, M. de Bérulle, dont l'habitude était de ne rien précipiter, s'était contenté jusqu'alors de donner quelques conseils et quelques préceptes généraux aux prêtres qui s'étaient
réunis à lui. Ce sont les mêmes généralités pieuses que Ton trouve reproduites dans le plan de direction qu'il soumit d'abord à M. de Paris, et ensuite au pape. • L état ecclésiastique, y disait-il, sacré dans son origine, et source féconde de toute sainteté dans l'Église, se trouve par le malheur des temps ouvert au luxe, à l'ambition et à l'oisiveté. Pour remédier à cçs maux, il faut que les membres de la congrégation de l'Oratoire fassent profession d'une grande simplicité dans l'usage des biens de ce monde, d'un renoncement parfait aux bénéfices ecclésiastiques, et d'un zèle à toute épreuve dans l'exercice des fonctions sacer- - dotales \ » Mais à mesure que l'Ordre acquérait de la consistance, il était nécessaire d'en venir à de plus exactes précisions.
M. de Bérulle établit donc que la Congrégation comprendrait deux espèces de mem-
» Tabaraud, Hittoire du cardinal de Bérulle, 1. 1, p. 474.
l'oratoire. 123 bres, dont les uns, formant le régime de l'Ordre, ne cesseraient jamais d'en faire partie , tandis que les autres, après s'être pénétrés, par une fréquentation plus ou moins longue, de son esprit et de ses maximes, pourraient se répandre dans le clergé et y accepter des bénéfices ou des emplois. Ni les uns ni les autres ne devaient être soumis à aucune espèce de vœux. Leur instituteur ne leur imposait que le lien de la charité , considérant que dans le mystère de l'Incarnation le lien de la nature divine avec la nature humaine n'est autre chose que l'amour du Verbe divin pour la nature humaine. De là le nom d' antivotistes qui fut donné aux prêtres de l'Oratoire. Enfin Bérulle ne fixait point de temps pour le noviciat. Jamais une aussi large part n'avait été faite, dans une congrégation , à la liberté individuelle, mais jamais non plus on n'avait autant compté sur ce que peuvent l'humilité et la sainteté. Au lieu d'abdiquer entre les mains
Mi LE CARDINAL DE BÉRULLE.
d'un supérieur, chacun des membres de l'Ordre se dépouillait de soi-même par un culte spécial de Jésus et une fervente dévotion à la Vierge. N'était-ce pas comprendre à merveille les secrets de la vie intérieure, et, au lieu de diminuer la dépendance, n'était-ce pas l'affermir que de ne point en placer le principe dans une autorité purement humaine? Aussi ne voiton pas que la discipline ait fléchi dans l'Oratoire, par suite de son organisation. Loin de là, on ne saurait nier que cette organisation même n'ait été la principale cause de son rapide développement.
En 1613, l'Ordre obtenait déjà des marques de l'attention publique. « Sous le nom de Prêtres de l'Oratoire, lisait-on dans le Mercure, s'est établie au faubourg Saint-Jacques une nouvelle congrégation. Ce sont tous prêtres ayant des commodités, et gens doctes qui vivent en communauté comme religieux. La plus grande partie du jour ils sont en prières et en
l'oratoire. 425 méditations. Ils portent la soutane comme les prêtres romains. Ils ont aussi un long manteau et un collet rabattu et non haussé comme celui des Jésuites. Plusieurs ont loué cette congrégation, comme aussi est-elle louable, et d'autres lui ont été contraires 1 . »
Les Pères de l'Oratoire (car Bérulle avait substitué le nom de Pères à l'appellation trop mondaine de Messieurs) se trouvaient alors au nombre d'environ dix- huit. Leurs offices, qui étaient suivis de deux instructions, chacune d'une demi-heure, attiraient un nombreux auditoire. Souvent même la reine-mère et le roi y assistaient. Un nouveau local, plus spacieux, plus rapproché du centre de la ville t devenait par conséquent nécessaire.
Après avoir un instant projeté d'occuper l'hôtel de la Monnaie, Bérulle acquit en 1616, rueSaint-Honoré, l'hôtel Du Bouchage, de madamedeGuise,sœurducardinal de Joyeuse.
1 Mercure de France, année 4 61 3, p. 288.
L'Oratoire parut alors être à la mode. On s'y pressait en foule , pour admirer la solennité du service divin, la pompe des cérémonies, et entendre des chœurs de voix, auxquels se mariait d'une manière délicieuse la musique du roi, ou celle du duc de Nevers, laquelle passait alors pour la meilleure de Paris. Les Pères de l'Oratoire n'étaient plus appelés que les Pères au beau chant. Qu'on ajoute à ces attraits un peu profanes les succès qu'obtenaient par leurs prédications les PP. Bourgoing, Métézeau, Hersent, Duchêne, Dorron, Pasquier et Gibieuf , et l'on comprendra facilement que la chapelle qui avait été primitivement construite dut finir par être trop étroite. M. de Bérulle eut donc à s'occuper d'en faire bâtir une autre. Le duc de Montbazon en posa la première pierre le 22 septembre 1621, au nom de Louis XIII, qui la déclara chapelle du Louvre, en même temps qu'il en reconnaissait les desservants chapelains du
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roi. De tout l'établissement de la rue Saint- Honoré cet édifice seul subsiste et retient encore le nom d'Oratoire. En faisant disparaître les bâtiments dont elle était enveloppée, le percement de la rue de Rivoli en a mis à
nu le sévère et élégant chevet.
Parvenu à ce degré de prospérité, l'Oratoire ne pouvait rester sans ennemis et sans détracteurs, t Bien que les Pères de l'Oratoire fussent des personnes dont la doctrine et la vie étaient connues telles qu'il ne se pouvait rien dire de contraire, toutefois l'envie, se joignant à la médisance, tâcha de leur porter nuisance par des vers et libelles; mais ce furent flots de calomnie, qui , après tous leurs éfforts, se rendirent en fumée \ »
La Faculté de théologie s'émut la première.
Elle avait supporté avec peine que quelquesuns de ses élèves les plus distingués, tels que
1 Mercure de France, année 4644, p. 286.
Claude Bertin et Ch. de Condren fussent entrés à l'Oratoire. Elle craignait surtout, dans l'obtention des évéchés et la collation des bénéfices, la concurrence des disciples du P. de Bérulle. C'est pourquoi elle imagina de
destituer de leurs grades et privilèges tous ceux qui se consacraient à l'Ordre de Saint- Philippe de Néri. Richer, syndic de la Faculté, développa cette proposition avec violence dans une assemblée générale qui se tint le 17 mai 1613. Mais la maison de Navarre et presque toute la Sorbonne opinèrent en faveur de l'Oratoire. Il fut reconnu que le titre de docteur n'était pas incompatible avec la qualité de membre de l'Ordre,
Nous omettons quelques autres débats que les Pères eurent à soutenir, et arrivons immédiatement à leurs démêlés avec les Jésuites.
Tant que M. de Bérulle n'avait été qu'un simple prêtre , l'éminencede ses vertus, l'ardeur de son zèle, la prudence de ses conseils,
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l'oratoire. -129 Savaient trouvé chez les Jésuites que des admirateurs. Les principaux d'entre eux, les PP. Cotton l , de Séguiran, de Suffren ne cessaient de lui prodiguer des témoignages de leur estime; la Compagnie elle-même tout entière s'avouait redevable et reconnaissante. En effet, M. de Bérulle lui avait rendu d'importants services, torsqu'en 1594 elle fut chassée de France, et, depuis lors, il ne s'était pas lassé de travailler à son rappel Mais cette parfaite entente se tourna en hostilité, le jour où fut établi l'Oratoire. Car on ne saurait taire que la Compagnie de Jésus vit dans l'Ordre naissant un Ordre rival. Et cependant M. de Bérullen'avait rien négligé pour ménager la susceptibilité de ses anciens amis. C'est ainsi qu'en 1602 il résista aux sollicitations de François de
1 Cf. Œuvres de Béruile, p. 4368. Deux lettres au Père Cotton.
Cf. Recueil des lettres missives de Henri IV. t. VI, p. 482. —Réponse de Henri IV aux remontrances du Parlement sur le rétablissement des Jésuites.
Sales, qui le pressait de fonder l'Oratoire, afin de ne point paraître profiter de l'exil de la Compagnie de Jésus, qui n'eut la liberté de revenir en France qu'en 1604. « J'ai refusé, écrivait-il, dix ans durant au cardinal de Joyeuse et au cardinal de Retz l'emploi en l'institution de l'Oratoire, jusqu'à ce qu'il leur ait plu de me le faire ainsi ordonner par Sa Sainteté Il n'entrait même pas dans le plan primitif qu'il s'était tracé, de se charger d'aucun collège, et le projet de constitution qu'il soumit au pape exceptait nommément des fonctions de l'institut, t celles qui regardaient l'instruction de la jeunesse et les belles-lettres, ou qui engageaient ses sujets dans les grades, ou dans une juridiction temporelle et contentieuse. » Cette délicatesse de conduite , ces inofïen-
1 Œuvres de Bérulle, p. 4 323. Lettre au cardinal de Sainte- Suzanne. « 11 le remercie d'avoir protégé son innocence dans une grande persécution qu'il avait soufferte en France et à Rome. »
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sives dispositions d'avenir ne purent empêcher de fâcheux dissentiments.
Dans la lutte qu'il eut à soutenir, Bérulle ne connut d'autres armes que la fermeté et la patience. Il poursuivait activement son œuvre sans se plaindre, ou s'il laissait échapper quelques gémissements , c'était dans le secret et l'intimité 5 , c II y a quatre ans, écrivait-il à un de ses confrères de Nantes, que je suis per- •* sécuté criminellement aux mœurs et à la doctrine, par ceux-là mêmes qui me devaient, ce semble, quelque défense, non-seulement par les lois de la charité chrétienne, mais encore par le devoir d'une reconnaissance particulière. Béni soit Dieu qui permet que ceux-là se plaignent qui , à mon avis , sont les coupables ! »
L'opposition des Jésuites fut toutefois im-
1 Voir cependant une lettre de Bérulle a Richelieu. Taba- * raud, 1. 1, p. 445.
puissante à arrêter les progrès de l'Oratoire. À partir de 1615, où l'Ordre eut à Dieppe son premier collège , il se propagea par toute la France avec une incroyable rapidité. Luçon, Bourges, Limoges, Nantes, Lyon, Mâcon, Troyes, Langres, Nancy, Rouen, Orléans, Saumur demandèrent des Pères de l'Oratoire. En 1619 tout le Midi leur appartint par suite de la réunion du P. Romillon , chef des Doctrinaires, qui s'étaient refusés à faire les vœux qu'exigeait César de Bus 1 . Les pays étrangers eux - mêmes voulurent posséder de tels hommes, professeurs instruits, prédicateurs écoutés, administrateurs discrets et intelligents \ Les Oratoriens furent donc appelés à
i Cf. Œuvres de Bertille, p. 4239, lettre CXI, sur le bref d'union des maisons de l'Oratoire de la Provence avec la congrégation de l'Oratoire de Jésus.
8 Cf. Bossttet, t. XI, p. 473. Oraison funèbre du P. Bourgoing. « Cette vénérable Compagnie est commencée entre ses mains; il est un des quatre premiers sur lesquels son instituteur en a posé les fondements; c'est lui-même qui l'a étendue dans les principales villes de ce royaume. Que dis-je,