‹ Le cardinal de Noailles, eveque de Chalons, archeveque de Paris d'apres sa correspondance inedite, 1651-1728Chapitre 12 sur 29 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Meniices contre Noailles. — Ses amis trouvent qu'il a assez résisté. — Projet de mandement dressé par le P. de la Borde. — Le cardinal le soumet à se» conseillers. — Il l'accepte malgré eux. — Première entrevue avec le Cardinal de Fleury. — Approbation ])ar les Cardinaux do Rohan, de Blssy, etc. — Le Cardinal dîne chez Fleury. — Bissy a communication du j)rojet et le garde longtemps sans faire connaître son appréciation délinitive. — Ce retard cause une émotion fâcheuse. — Bissy j)résente un volume d'observations. — Le P. de la Tour les examine. — Maladie de INoailles. — Conférence de ses conseillers chez, le Cardinal de Rohan. — Leur résistance à des modifications inadmissibles pour l'honneur du Cardinal. — Plusieurs conférences. — Une dernière a lieu chez Fleury. — Noailles signe une déclaration demandée par Fleury. — Il est administré. — Son rétablissement. — Fleury vient le féliciter. — Nouvel examen de jjrojet par Fleury, les abbés Dorsanne et de la Borde. — Il est accepté. — Une ruse de Fleury éventée. — Pamphlets répandus à Paris. — Irritation de Fleury, qui en accuse le Cardinal. — Il se calme.

Dès ce iiioniont on sent qne le Cardinal avait pris la résolution d'en finir : la lutte l'avait épuisé, et d'ailleurs on redoublait de violence contre lui, en allant jusqu'à le menacer de l'aire prononcer contre son instruction de 1719 une condamnation pareille à celle qu'avait dii subir le P. Quesnel. D'un autre côté, des amis du Cardinal vinrent eux-mêmes l'assurer qu'il avait assez résisté et que tous accepteraient un mandenient de lui. Plusieurs projets turent dressés, mais conçus dans des termes inadmissd)les pour l'honneur du prélat, <( qui tirait continuellement sur lui-même «, comme a dit un contemporain. Le P. de la Borde en composa aussi nu qui tournait avec une parfaite subtilité les dillicultés suscitées par la Constitution. Le Cardinal l'accepta en principe, pour le montrer h ses conseillers habituels, le général de l'Oratoire, les abbés Couei, Gueret, Vivant et Dorsanne : plusieurs discussions eurent lieu, très asritées. ces ecclésiastiques ne pouvant se décider

à admettre une pareille rédaction ; mais Monseigneur de Noailles, à quelques corrections près, tint bon; il consentit même à la révocation de son Instruction ; le 26 janvier enfin la rédaction fut arrêtée et rendez-vous fut pris avec le Cardinal de Fleury, pour que le P. de la Tour lui présentât le projet, le 30, à Marly. Le ministre n v trouvant rien à redire, on se contenta pour la forme de quelques corrections de style. Mais il fallut que le Père portât successivement ce document aux Cardinaux de Rohan, de Bissy, de Gesvres et à T Archevêque d'Aix. Tous l'approuvèrent. Le 7 février Monseigneur de ^soailles alla dîner à Issy chez le Cardinal de tleury; lentrevue fut courtoise, mais non encore décisive, le Cardinal de Bissv avant exigé qu'on lui communiquât une copie du mandement, ce qui avait été refusé à tous les autres ; il fut alors communiqué à plusieurs autres prélats, auprès desquels il rencontra le même accueil favorable. Mais à Paris le sentiment général n'était pas le même : on plaignait lArchevêque sans lui rien reprocher, mais on blâmait vivement ses conseillers et un certain nombre de curés déclarèrent par écrit au Cardinal qu'ils auraient la douleur de s'opposer à son mandement lors de sa publication. Xoailles porta lui-même cette pièce au Cardinal de Fleury qui la jeta au feu. Mais on fut assez impressionné pour décider qu'on ne publierait pas le mandement aux prônes des paroisses et qu'on ne l'enverrait pas dans les couvents de religieuses. L'agitation était accrue de jour en jour par le letard apporté ;i une conclusion définitive, retard uniquement dû au Cardinal de Bissy. ce qui inquiétait el froissait très naturellemeni notre Prélat, et le Père de la Tour non moins que lui. Cela dura en effet trois semaines, et en le renvovant au Cardinal de Fleury, Monseigneur de Bissy y joignit un volume d'observations, que le Cardinal de Rohan fut chargé de débrouiller. Cela dura encore plusieurs jours. Enfin, le 27 février, Fleurv écrivit ;i son collègue pour prendre jour avec lui, en lui prodiguant des promesses qui au

fond n'avaient rien de hien rassurant. Le P. de" la Tour vint trouver le Cardinal de liolian ijui avait été cliar<^é de traiter cette afl'aire et ne lut pas peu surpris en recevant de sa main le [)rojct de mandement modifié dans plusieurs passages asscA importants; li obtint avec beaucoup de peine la copie du mémoire de JVIonseigneur de Bissv, (pu relevait une centaine de [xnnls, proposant pas mal de corrections particulièrement blessantes pour rArclievèque. ÎNous n'entrerons pas dans le détail de ces tristes querelles d'autant plus regrettables, qn'éprouvé par ces longues discussions, le Cardinal était tombé assez sérieusement malade pour ne pouvoir en ce moment discuter avec suite cette délicate question. L'affaire vint devant les ecclésiastiques auxquels avait été soumis le projet originairement. Les uns de guerre lasse voulaient tout accepter, les autres avec le P. de la Tour repoussaient al)solument les modifications injurieuses pour le Prélat. Tous, sauf le P. de la Tour, se rendirent à une conférence chez le Cardinal de flolian qui dura, le 17 mars, jusqu'au milieu de la nuit, et dans laquelle ce dernier se montra sincèrement favorable à son collègue et désapprouva la plupart des corrections de Monseigneur de Bissy. Puis les clioses traînèrent encore en longueur: de nouvelles conférences eurent lieu ; une dernière se tint devant le Cardinal de Fleury qui parut surpris que le Cardinal de Noailles n'eût pas déjà tout terminé, mais on lui fit comprendre facilement l'inutilité de son apparent mécontentement, puisque le Cardinal de Noailles s'était exécuté dès le 30 janvier, et la rédaction définitiveavantpuètrearrètée, l'abbé Dorsanne fut chargé de la présenter, le 6 avril, à Monseigneur de Noailles ; il le trouva gravement malade; le prélat put cependant signer le lendemain une déclaration que Fleury avait désirée de lui pour pouvoir l'opposer après sa mort à tout ce que ses ennemis pourraient prétendre contre ses sentiments de bon catholique. Le soir même il reçut les sacrements. Puis un mieux sensible s'étant produit, la négociation

put repi»endre et alors les complications ne manquèrent pas, bien que Fleury parût disposé à faciliter les choses. Le 17 avril, il vint léliciter le Cardinal de l'amélioration de sa santé: ce fut ensuite le tour du Cardinal de Kohan, mais celui-ci ne faisait cette démarche que pour demander à son collègue communication du projet de lettre préparé par lui pour le Pape. Cette pièce fut transmise au Cardinal de Fleury qui promit alors de communiquer au préalable les instructions qu'il expédierait à Rome. Le 2 mai ce projet fut examiné par Fleury avec les abbés Dorsanne et de la Borde et accepté sans changement. Le Cardinal les pressa de faire signer le mandement, mais ils se défiaient trop pour aller si vite et se rejetèrent sur l'état maladif du Prélat pour gagner du temps, voulant au moins avoir auparavant la communication des instructions du. cabinet de Versailles. Fleury dut faire bonne contenance en sentant sa petite ruse éventée, et il affecta un extrême contentement de l'attitude des deux ecclésiastiques. Pendant ce temps parurent divers facturas qui firent grand bruit : d'abord la relation de tout ce qui s'était passé h Rome de la part du Cardinal de Noailles sur le tait de la constitution, qui n'était autre que le document envoyé par l'Archevêque lui-même, au mois de septembre 1726, au Cardinal Davia et soumis au Pape; une copie en fut subrepticement prise et on l'expédia à Paris où elle fut imprimée. Le Cardinal de Fleury afï'ecta d'ahord de ne pas avoir l'air de la connaître, mais les réclamations du Nonce furent si pressantes qu'il dut en écrire très vivement au Cardinal de Noailles pour savoir nettement s'il désavouait ou non cette pièce. La réponse ne se fit pas attendre; l'Archevêque déclarait condamner cette publication, mais il ajoutait que tout ce qu'elle contenait était vrai et avait été lu par le Saint-Père. Fleury se contenta de cette explication et laissa la relation se vendre. INIais alors les imprimés se multiplièrent : lettre publiée par le général des Bénédictins pour l'acceptation de la Bulle ;

réplique anonyme eonlie l'acceptation; lettre de l'Evcque (le Soissons écrite au Pape en 1725 et qui avait décidé la rupture lie racconimotlement. Tout cela animait les esprits et froissait particulièrement le Cardinal de Polignac, dont la relation faisait connaître des lettres et des actes qu'il eût préféré voir demeurer tiaiis l'ombre. Enfin le mémoire dressé au mois de février par les curés de Paris fut rendu public au mois de mai et complété, le 7 juin, par une lettre contenant un nombre considérable d'adhésions, et suivie d'une humble remontrance au Roi.

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