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d'une arguiueniatiacLàJa fois puissante et alambiquée ^clateiUijàL-êLlà^des traits d'une énergie jacobine. M. de Bouillon lui proposait, en février 1649, pour donner plus de jeu à la Révolution, de mettre la main sur les principaux parlementaires, et Retz répondit :
« Je conviens de la possibilité de l'exécution ; mais je la tiens pernicieuse dans les suites et pour le public et pour les particuliers, parce que ce même peuple dont vous vous serez servi pour abattre rautotité des magistrats ne reconnaîtra plus la vôtre dès que vous serez obligé de leur demander ce que les magistrats en exigent. Ce peuple a adoré le Parlement jusques à la guerre ; il veut encore la guerre et il commence à n'avoir plus tant d'amitié pour le Parlement. Il s'imagine lui-même que cette diminution ne regarde que quelques membres de ce corps qui sont Mazarins : il se trompe ; elle va à toute la Compagnie ; mais elle y va comme insensiblement et par degrés. Les peuples sont las quelque temps devant que de s'apercevoir qu'ils le sont. »
Retz est plein de ces observations saisissantes oii se reconnaît l'homme destiné à gouverner les autres^ Au milieu du brouhaha de la guerre civile, il garde la tête froide et l'esprit présent. Ce qu'il y a de plus curieux en lui, qui semble quelquefois si ébervigé, c'est la connaissance exacte qu'il a des différentes classes de la société et du parti qu'un chef habile peut en tirer. A qui voudra étudier l'esprit et l'état d'âme des Français et surtout des Parisiens pendant la Fronde, les Mémoires de Retz 'seront de première utilité. 11 y a là sur le Parlement des renseignements
précieux, où il est visible que ce candidat au cardinalat et au ministère est sérieusement préparé au rôle qu'il entend jouer plus tard. Ni adulation, ni exécration, mais un sentiment très net et très fin de la première Compagnie du Royaume.
« Si le Parlement, disait-il en décembre 1()48 au prince de Condé, travaille à la ruine de l'Etat, ce n'est pas qu'il ait intention de le ruiner : nul n'a plus d'intérêt au maintien de Tautorité royale que les officiers, et tout le monde en convient. Il faut donc reconnaître de bonne foi que lorsque les compagnies souveraines font du mal, ce n'est que parce qu'elles ne savent pas faire le bien même qu'elles veulent. La capacité d'un ministre qui sait ménager les particuliers et les corps les tient dans l'équilibre où elles doivent être naturellement et dans lequel elles réussissent par un mouvement qui balance ce qui est de l'autorité des princes et de l'obéissance des peuples (1). »
Condé n'y voyait pas si loin et si clair. Il avait pour les robins tout juste le mépris d'un traîneur de sabre pour de vulgaires pékins qui sont en outre de sempiternels bavards. Il prisait à leur valeur les justiciards, malgré leur impatientant souci de la forme et leurs interminables discussions juridiques ; mais surtout il sentait dans le peuple, par une intuition remar quable, une force qui dormait encore, mais qui pouvait se réveiller et gronder. Y avait-il si longtemps que la Ligue avait disparu? Mais les Français avaient
(1) couvres du cardinal de Retz, Mémo'res, t. II, 2" partie, p. 102-
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oublié. Gondi se souvient et il dit à Condé qui esquisse un geste de mépris :
« Le Parlement n'est-il pas Tidole des peuples? Je sais que vous les comptez pour rien parce que la cour est armée; mais je vous supplie de me permettre de vous dire que l'on doit compter pour beaucoup, toutes les fois qu'ils se comptent eux-mêmes pour tout. Ils en sont là; ils commencent eux-mêmes à compter vos armées pour rien, et le malheur est que leur force consiste dans leur imagination, et l'on peut dire avec \érité qu'à la différence de toutes les autres sortes de puissances, ils peuvent, quand ils sont arrivés à un certain point, tout ce qu'ils croient pouvoir (1). »
Leur force consiste dans leur imagination. Que de révolutions ûiLil'es.sais de révolutions oii cette formule a trouvé sa place ! Cent traits semblables sont épars dans l'œuvre de Retz et donnent de lui d'abord, si ou n'y prend garde, l'idée d'un précurseur puissant des hommes de 1789. C'est aller trop loin. Gondi n'est pas un ancêtre de la démocratie contemporaine ; il a ses passions, son esprit de caste, sa conception d'un Etat oîj l'Eglise domine ou tout au moins fournit les premiers jninistres. S'il avait remplacé Mazarin, il aurait peut-être mieux fait que lui ; il n'aurait guère fait autrement. Il connaît le peuple, il l'a étudié, il lui a tâté le pouls, il sait comment on le jette sur l'ennemi, à la manière d'un bouledogue, pour quel os à moelle on obtient
(1) Œuvres du cardinal de Retz, t. II, Mémoires, 2* partie, p. 103-
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de lui le bon combat ; mais cette foule, en dehors de l'appui qu'elle peut lui prêter, lui est parfaitement indifférente. Il s'en sert, mais il ne la sert pas. Il la flatte, il l'amadoue, il l'apaise, il l'excite, il la cajole, il savoure ses hommages et quête ses applaudissements ; mais il ne voit rien pour elle au delà des distributions d'argent que sa main toujours ouverte ne ménage pas d'ailleurs. Il aimait, dit-on, ses amis, qui le lui rendaient bien ; mais en dehors d'un tout petit cercle que ses caprices d'ailleurs ont restreint, il n'avait pas cette chaleur d'âme, cette bonté communicative, cet amour d'un pour tous qui fait vibrer longtemps et profondément l'âme populaire. Quand donc s'intéressera-t-il à un autre qu'à lui-même ? C'est la question qu'on se pose en tournant chaque page ; mais la petite émotion que l'on attend, le mot sympathique spontanément éclos sur les lèvres, la simple larme tombée des yeux des grands sur la misère des petits, ne viennent jamais. Si le cœur a ses raisons que la raison ne comprend pas, ce n'est ni dans la vie ni dans les Mémoires du cardinal de Retz qu'il faut aller les chercher.